‹ MadagascarChapitre 25 sur 73 · XIII. — Comme on l'avu, la flotte a emporté trois · texte numérisé non relu

XIII. — Comme on l'avu, la flotte a emporté trois

1 Relation de Madagascar depuis l'an 1656. Jusqu'à Tan 1657. En^ voyé en. France. Dans Flacourt, Hist., 1661, pp. 43 et tuir. — Mém, de la Miision, t. IX, p. 244, et Passim,

* Relation de Madagascar, loc. cit. Mém, de la Mitsion, t. IX, loe. cit.

moines et un prêtre de Dieppe qui s'est noyé en mer.

Le P. Dufour raconte à Vincent de Paul son voyage et son arrivée à Madagascar.

« Un bon soldat » Ta beaucoup aidé dans ses travaux. Ses bons exemples et ceux de beaucoup d'autres lui ont donné « bien de la joie ». Mais, dit-il, « les jurements, vilaines paroles de quelques-uns » m'ont beaucoup déplu : quand quelque matelot ou

> soldat s'en est rendu coupable, on les a mis aux » fers, ou bien je leur faisais demander pardon à y> Dieu et à tout le monde et baiser la terre, et Dieu

> merci, on y a remarqué beaucoup d'amendement». « Mais », ajoute le doux, modeste, bon et zélé

moine, « quand quelque officier, comme un lieutenant » et capitaine, est tombé dans Tun de ces défauts, ça » été un mal où je n'ai jamais su mettre de remède » .

Le bon Père à tort. Il devait, au prix même du martyre, tenir tout le monde sous le même joug, n'avoir qu'un poids et qu'une mesure, forcer les officiers, les soldats, les matelots, les colons à demander j>ardon à Dieu et aux hommes et à baiser la terre. Que ne s est-il souvenu de saint Ambroise et de Théodose le Grand ! « Par les dents de Dieu ! » comme jurait certain roi d'Angleterre, on est le maître ou on ne l'est pas !

Le bon moine trouve que le navire est suffisamment approvisionné d'huile, de légumes et de poisson pour que l'on puisse se dispenser, pendant le carêipe,

€ de manger de la chair plus souvent qu'en carnayal, » c'est à savoir trois fois par semaine, les dimanche, » mardi et jeudi ». Si on lui en demandait la permission 11 raccorderait, comme il le dit à un officier. Il n'y a donc qu'à demander, qu'à reconnaître la suprématie du saint homme. L'officier lui répond qu'il n'a que faire de sa permission, qu'il est le maître à son bord, et qu'il fera manger de la viande quand il le jugera convenable. L'un des principaux ajoute, sans en être prié, qu'on devrait en faire manger môme le samedi.

Indigné d'une impiété si grande, le bon moine les perce de ce trait : « présumant ainsi de leur auto- » rite et voulant trancher du petit pape dans leur > bord * » .

Grâce à son manque de tact et de prudence, la population du navire, comme celle du village de Paul- Louis Courier, se partage en bons et en mauvais sujets, c'est-à-dire en deux camps qui se haïssent, se méprisent et guettent l'occasion de s'entre-déchirer. Les affaires du bord n'en vont pas mieux, et les officiers osent lui faire des observations. Indign(5 de tant d'audace, il écrit à saint Vincent de Paul : « Perdant » tout respect pour la parole de Dieu et pour mon » caractère, on me reprit fort vertement de ce que je » disais dans mes prédications, m'assurant que si on

i Mém. deluMUsion, t. IX, p. 270.

» croyait avoir assez d'autorité pour me faire taire, » on m'eût interdit la chaire pour jamais ^ ».

Il ne cède rien de ses prétentions. Les officiers, qui ne sont pas des indévots^ n'osent pas le consigner dans sa cabine, et il finit par faire du navire un petit couvent.

Trois cathéchismes par semaines.

Tous les jours lectures tirées de la vie des Saints, du Pédagogue chrétien, du Traité de la Dévotion, de TA. B. C. des Ames Dévotes ou quelque chosç de € l'excellent Grenade ».

Tous les soirs du carême, assemblée spirituelle sur le tillac.

Soir et matin, au commandement, tout le monde se meta genoux pour les prières.

Les résultats immédiats, les premières fleurs de cette culture intensive ne se font pas attendre : « ayant ouï », dit-il, € jurer quelqu'un, dire quelque mau- » vaise parole, ou vu faire quelque action condam- » nable, en efl^et ou en apparence, on m'en donnait » avis* ».

Ainsi le bon P. Dufour faisait, de la délation, une vertu.

Je me hâte d'ajouter, par respect de la vérité, que le P. Bourdaise considère Dufour et Prévost comme des désiquilibrés. « Je vous dirai franchement »,

1 Mém. de la Mission, t. IX, p. 271.

« Mém. de la MieBion, t. X, pp. 272, 273.

écrit-il à Vincent de Paul, « tout en honorant la

» vertu, les motifs et Tamour de Dieu qui les faisait

» ainsi agir, quMl y avait de l'excès ; car ils passaient

» dans les eaux tout habillés, et après avoir enduré

> la pluie, ils ne changeaient pas de linge; ils » faisaient de grandes austérités, et ne mangeaient » quelquefois qu'une fois le jour. S'ils avaient mo- » déré un peu leur zèle, ils seraient encore pleins de » vie et serviraient à la conversion de nos pauvres

> Indiens^ ».

XrV. — Si Ton en croyait le P. Dufour, il conduisait en Paradis^ au pa3 de charge, les matelots et les soldats. Il avoue pourtant des défections. Beancoup, dit-il, ont laissé passer, sans se confesser ni communier, la quinzaine de Pâques. II les prévient charitablement qu'ils encourent l'excommunication*, mais ces foudres sont ébrechées, rouillées, ne font plus feu, et les mécréants s'en moquent.

XV. — Al' arrivée du Grand-At^mandj M.Gueston prend le gouvernement de la colonie, et son premier acte édifie les missionnaires. Le P. Bourdaise raconte ainsi une procession de la Fête-Dieu.

« Monsieur le chevalier de Sourdis tenait la cha-

> subie ; Monsieur le Gouverneur et son lieutenant » portaient le dais, et quatre mousquetaires mar-

1 Mém, de la Mission, t. IX, p. 280.

s Mém, de la Mission, t. IX, p. 275.

» cbaient aux quatre coins avec quatre autres qui » portaient des flambeaux.

» Les fidèles portaient des cierges allumés. Nous » allâmes ainsi jusqu'au Fort, où s'élevait un repo- » soir aussi riche que le permettait notre pauvreté ».

Les néophytes, au nombre de trois cents, « com- » prenaient que de tels honneurs ne pouvaient se » rendre qu'à un Dieu. A la sortie du Fort, on tira » tous les canons et les soldats saluèrent par des > décharges de mousquets.

» Après la messe, les Français restèrent tour à » tour en adoration devant le Saint-Sacrement ^ » .

XVL — Le 29 septembre, le Grand^Armand entre de nouveau dans la baie de Fort-Danphin. M. du Rivau, gouverneur général, prend terre et fait son entrée solennelle*.

XVIL — Il envoie dans l'Ambolo une vingtaine de soldats. Le P. Bourdaise les accompagne jusqu'à Imouts et leur dit la messe. « Il y avait », dit-il, un « bon ordre partout, mais particulièrement pour les » prières que l'on faisait, soir et matin, d'après la » coutume qui y avait été introduite ; mais ce qui » m'édifia surtout, c'est qu'étant arrivés à la pro- » vince d'Anos, il y eut plusieurs Français et même » des principaux officiers de l'armée (armée de vingt

I Mém. dé la Mission, t. .IX, pp. 299, 300. t Mém. de la Mission, t. IX, p. 904.

» hommes), qui» sur le point d^aller en expédition à » Mananboule, voulurent d'abord se coufesser à » moi et recevoir de ma main la sainte communion. » Quand nous fûmes à Himourt, on fit la revue,' et » après le souper on battit le tambour dans une » grande place. Là tous étant assemblés, je fis la » prière devant mon crucifix . Il y avait près de deux » mille nègres tout autour de nous. Le lendemain » matin^ je dressai un autel au milieu de la place, et » en même temps plusieurs se présentèrent pour se » confesser. Je les entendis, et ensuite je célébrai la » sainte messe en présence de toute Tarmée^ » (de vingt hommes).

MM. de Cbampmargou et Gueston, chefs de cette armée, font la prière matin et soir, à genoux^ publiquement, ce qui édifie les nègres , mais ils prennent au pays deux mille bœufs et des otages, et les Nègres pensent que ces messieurs, pour être dévots, n*en sont pas moins des voleurs*.

XVIII. — Le 25 juin 1657, peu après le retour de cette fameuse expédition, le P. Toussaint Bourdaise rendit le dernier soupir, sans avoir reçu les sacrements, comme il en avait exprimé la crainte à saint Vincent de Paul.

Il dit avoir baptisé six cents familles malgaches.

i Mém, de la Mission, t. IX, p. 311.

> Mém. de la Miuion, i. IX, p. 321.

Les conversions faites de 1048 à 1657 ont coûté à la mission sept missionnaires et 8,000 livres ^ .

Comme le remarque le P. Etienne, on peut dire de Madagascar ce que les Hébreux disaient de la terre de Promission : Illa terra dévorât habitatores stMs.

XIX. — Des Perriers a commis des crimes horribles> sous les yeux du P. Bourdaise. Et dans son testament, en date du 21 décembre 1655, le P. Bourdaise donne « à M. Desperriers, notre Gouverneur», un quart de vin d'Espagne, un caleçon et une camisole de chamois neuve '.

XX. — Le 10 septembre 1654, Flacourt a envoyé dans l'île Bourbon huit Français et six nègres. Ces hommes trouvent le ciel clément, la terre féconde, 6t joyeusement se construisent des cases, créent des jardins, et font des plantations de tabac.

Après avoir été deux ans sans entendre parler de la France et de Madagascar, ils reçoivent la visite du Saint-GeovgeSj alors commandé parl'Esbahi.

L'Esbahi parti, ils retombent dans l'isolement^ et cela leur pèse de plus en plus . Us ne pensent qu'à la 4c douce France », et voudraient la revoir, tout au moins en avoir des nouvelles

Le 28 mai 1658, arrive un navire anglais commandé par le capitaine Gosselin.

i Mém.déla Mistion, U IX, pp. 338, 365. s Mém. delaMiition, U IX, p. 341.

Oi>8seliQ leur dit que les Barbares ont surpris Fort- Dauphin et coupé le cou à tous les Français.

Le bonhomme prend son désir pour une réalité. Les Bourbonnais le croient et ne demandent qu'à partir.

Gosselin ne veut à aucun prix de leurs marchandises, mais s'ils peuvent lui donner les vivres dont il a besoin, il les transportera gratuitement, avec leurs nègres et leurs marchandises, à Maiéraspatan, sur la côte de Coromandel, à une lieue de Saint-Thomas.

Ils acceptent. Arrivé à Madéraspatan, Gosselin donne au président, comme esclaves, les six nègres, et jette sur le quai, les huit français. Ceux-ci ne peuvent rien tirer de leurs marchandises et sout obligés» pour vivre, de servir comme soldats dans le fort Saint-Georges,

Deux mois après, quatre des nègres étaient mort8\

XXL — Tandis que la Compagnie v^pète, Flacourt et la Meilleraye s'efforcent de lui infuser un sang nouveau.

Le P*" octobre 1652, le duc de Ventadoor, grand maître du Commerce et de la Navigation, a prolongé de quinze ans le privilège de la Compagnie, mais les associés ne parvinrent pas à s'entendre et laissèrent, sans secours et sans nouvelles, la gnalheureuse colonie.

i Relation de Madagascar, 1656, 165'/, dans Flacourt, H ht., 1661, pp. 423 et suiv. — Mémoire de Grossin sur Madagascar^ publié par Gabribl Marobl, dans la Revue de Géographie, t. XIIl, p. Wt.

En 1655, comme on l'a vu, le maréchal de laMeilleraye a envoyé à Madagascar quatre navires et huit cents hommes. La Compagnie lui intente un procès. Flacourt et Cazet arrangent l'affaire. Le duc et une partie des associés s'entendent pour envoyer à Fort- Dauphin un navire et cinq cents hommes. Les autres associés se mettent en travers. L'affaire est portée devant le roi, le roi nomme des commissaires pour recevoir les propositions de l'ancienne Compagnie et les personnes considérables qui voudraient former une compagnie nouvelle.

Les anciens associés ne trouvent chez eux ni les ressources ni les volontés nécessaires pour relever l'entreprise et se prêtent à une nouvelle combinaisoiu

La Compagnie est reconstituée en dehors du duc de la Meilleraye.

Louis XIV lui concède l'île de Madagascar et dépendances, et lui accorde les privilèges dont jouit la Compagnie des îles d'Amérique .

La Compagnie s'engage à passer dans l'île — pour la conquérir, la convertir et la coloniser — un nombre sufiisant de soldats, de moines et de colons .

Son capital sera d'un million divisé en cent parts de dix mille livres chacune, La moitié des parts pourra être attribuée au principal des intéressés \

^ Manuscrit de la Bibl. Nat., dans les Métn. des Misêionif t. IX, pp. 360, 363.

XXII. — Le duc de la Meilleraye n'a souci des décisions prises et décide d'envoyer à Madagascar le Satnt-^Jacques.

Il demande à Vincent de Paul un moine, et Vincent de Paul lui en donne deux, plus un frère.

Le P' novembre 1656, le Sainte acques part de Paimbœuf, s'échoue en Loire, est relevé par la marëe, s'arrête à Mindin, en face Saint-Nazaire, et, comme le temps menace, il jette ses quatre ancres.

Le 2, à 3 heures, un vent d'ouest s'élève et, bientôt, souffle avec violence. I^a rivière se gonfle épouvantablement, déborde, noie plus de quatre mille animaux domestiques, submerge 45 ou 60 navires mouillés à Paimbœuf, arrache le Saint-Jacques à ses ancres^ le ballotte brutalement et le brise.

Des 162 marins ou passagers qui le montaient, 18 sont à terre, 16 se sauvent sur un radeau^ et 128 se noient.

Les moines sont en ville, à l'abri du danger, et c'est du rivage qu'ils contemplent la catastrophe.

Le P. Hcrbron, l'un des deux moines, dit à Vincent de Paul que, sur le Saint- Jacques j le désordre € était » si grand, les jurements, blasphèmes et vilenies qui » s'y commettaient, si horribles, que cela était pi- » toyables » ; et saint Vincent de Paul insinue que, peut-être. Dieu n'a pas voulu tolérer davantage de pareilles horreurs ^ ,

1 Mém. de la Mission, t. IX, pp. 353-362.

Voire. Les 45 ou 60 navires coules, brisés, détruits à Paimbœuf, les 4,000 chevaux, ânes, bœufs, vaches, chèvres, moutons qui furent noyés, leurs propriétaires qui furent ruinés, avaient-ils aussi juré, blasphémé, fait des vilenies ?

XXI IL — La Meilleraye n'abandonne pas ses prétentions sur Madagascar. Le Saint-Jacques perdu, il arme La Mareschale et en donne le commandement au capitaine Véron.

La Compagnie, dirigée par Cazet, arme aussi un navire pour porter, à Fort-Dauphin, Etienne de Flacourt et un certain nombre de colons. Elle veut reprendre Madagascar ou, tout au moins, Tîle Bourbon ^

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