FONDATION DB LA COMPAGNIE DES INDES ORIENTALES ^ DE
I. Pétition des marchands de Tours, Nantes et La Roobelle. — II. Louis XIV a l'idée d'une Compagnie coloniale. — III. Le mémoire de Charpentier. — IV. Formation d'un Comité d'action. — V. Les Marchands à Fontainebleau. — VL Elections de Syndics. — VII. Lancement de la souscription. — VIII. Lettres du roi aux municipalités. — IX. Demande au Clergé. — X. Invitation à la Noblesse. — XI. Invitation aux Cours souveraines. •— XII. Circulaire aux Financiers. — XIII. Réclame. — XIV. Souscription. — XV Louis XIV veut aller de l'avant. — XVI. Madagascar est concédée à la Compagnie. — XVII. Armement de quatre navires. — XVIII. Armes de la Compagnie. — XIX. Règlement avec l'ancienne Compagnie. — XX. Nomination d'une administration. — XXI. Déclaration du roi. — XXII. Statuts pour le commerce des Indes Orientales. — XXIII. Les Colons. — XXIV. Enquête.
I. — On se doutait en France que la colonie s^enlisait. Mais le privilège de la Compagnie Rigault- La Meilleraye ne devait prendre fin qu'en 1668, et avec le maréchal-duc de la Meilleraye il fallait compter. Il meurt en 1664, et la situation se simplifie.
Tandis que la France était embourbée dans les guerres de religion, le Portugal et la Hollande accaparaient les marchés de l'Orient. Les denrées colo-
niales nous venaient par eux, et ils nous en faisaient payer cher le courtage.
En 1663, € plusieurs marchands de Tours, Nantes, la Rochelle et autres lieux », soumettent à Louis XIV un projet de formation d*une Compagnie des Indes Orientales « soubz Tauctorité du roy et uniquement > la conduitte et bonne foy desdits marchands qui » autrement n'auroient pas voulu s*y engager à » cause des grands fraits et inconvénients qui arri- » vent quand les officiers s*y meslent ».
< Le fonds de la Compagnie debvoit estre de cent » mille écus ».
Us demandent au roi de souscrire une somme quelconque, pour que les étrangers n'osent brûler ou prendre leurs navires ; d'accorder à la Compagnie des lettres de représailles; d'interdire aux étrangers et même aux Français de trafiquer dans les établissements que cette Compagnie aura fondés à ses risques, « coust et despens »;
Ils représentent que si l'on pouvait se passer des Bataves, la France n'aurait pas à leur payer chaque année : pour épiceries, 3 193 130 livres; pour soieries, 2 millions de livres, sur lesquelles ils réalisent un bénéfice net de 500 pour 100.
Toutes les Compagnies marchandes ont eu des commencements modestes et n'ont grandi que peu à peu. « Mais ce qu'il faut le plus remarquer », disent les pétitionnaires, « c'est que tout se fait et conduit
< par le ministère des marchands seulement, sans » participation d'officiers et de bonne foy, soubz » l'auctorité qui leur est concédée ou par leurs Roix » ou leurs Estais qui leur donnent les prérogatives » nécessaires ».
Ils exposent ce que Ton peut faire à peu de frais et promettent le concours de marchands « de consé- » quence et de renommée dans les villes de Tours, » Nantes et la Rochelle ». Et toujours ils en reviennent à ces conditions qu'on se fiera à leur bonne foi et qu'ils dirigeront l'affaire sans le concours d'officiers ^
Il . — Louis XIV trouve bonne et fait sienne l'idée des marchands de Tours y Nantes, La Rochelle et autres lieux. Toutefois, il ne veut pas une Compagnie marchande comme celle d'Amsterdam, mais une Société d'actionnaires pour le commerce de la Chine et des Indes.
Les hommes d'affaires voyaient des difficultés insurmontables, mais ils n'osaient rien dire, et Louis XIV, alors dans sa vingt-cinquième année, croyait que
Le destin à ses yeux n'oserait résister.
Charpentier dit qu'il aurait pu prendre à son compte cette grande entreprise mais que « par une
1 Archives du Miaistére des Colonies. Fonds de la Compagnie des Indes Orientales (1619-1669). Publié par Louis Pauliat, Louis XIV €t la Compagnie des Indes Orientales; Paris, Calmaon-Lévy, 1886.
» générosité vrayment royale, il en a voulu aban- » donner toute la conduite à ses Sujets, afin de leur » en abandonner tout le profit ^ >.
Charpentier se trompe. Il ne pouvait convenir à Louis XIV de faire du commerce pour son compte. Mais il était dans son rôle de roi en provoquant, protégoant, dirigeant, des coulisses, une entreprise qui devait avoir, d'après ses calculs, une infiuence politique et commerciale considérable.
Son projet arrêté dans son esprit, il le dévoile peu à peu, en dirige le développement avec une habileté, une constance, une ténacité qui éclairent d'un jour nouveau son rôle politique et son action personnelle sur les afl'aires de l'État.
III. — François Charpentier, de l'Académie française, fut un littérateur élégant, facile, capable d'allumer une polémique.
Colbert l'appréciait et, quand vint l'idée d'une Compagnie des Indes, il le chargea d'attacher le grelot. Charpentier, copieusement documenté, publia, le I*' avril 1664, une brochure petit in-4**, de 57 pages, intitulée : Discours d'un fidèle sujet du Roy tou^ chant VEstahlissement d'une compagnie françoise
* Relation de Vestablissement de la Compagnie fra/nçoise, pour le commerce des Indes Orientales. Dédiée au Roy ; à Paris, chei Sebastien Cramoisj, el Sebastien Mabre Cramoisy, Imprimeurs ordinaires du Roy^ rué S. lacques, aux Cigognes. M.DC.LXV, pp. 3, 4.
Pour le Commerce des Indes Orientales; Adressée à tous les François.
On ne peut, dit-il, s'occuper d'expéditions lointaines que pendant la paix. « Mais aujourd'huy » que Dieu nous a rendu la Tranquillité si désirée, » et que la France jouit d'une profonde paix sous le » glorieux gouvernement de son Roy. Aujourd'huy » que la sage conduite de ce Prince, et sa ferme » application aux affaires, sont les objets de l'admi- » ration et de la crainte de toute l'Europe, il y auroit » un juste sujet d'estonnement si notre Nation ne » vouloit pas faire quelque effort pour se remettre » dans un droit qu'elle ne peut perdre, et pour se j » procurer à elle-mesme, par Testablissement d'un
I » fameux Commerce, les utilitez inestimables que les
I » voisins en reçoivent-».
{ Le plus grand commerce du monde est celui des
/ Indes Orientales. Il est aux mains des Portugais, des
I Hollandais, des Anglais, des Danois. N'avons-nous
^ pas de bons ports, de nombreux vaisseaux, des
marins expérimentés, de vaillants soldats ? « A quoy I » donc serviroit-il », s'écrie Charpentier, « de nous
; » vanter d'estre sujets de la première Couronne
» de rUnivers, si les Sujets de cette première Cou- I » ronne n'avoient pas la hardiesse de se raonstrer
» dans les lieux où les autres se sont establis avec [ » empire ? »
t II rappelle que la Compagnie hollandaise a été fon-
dée en 1595, par quelques marchands; qu'elle a donné 30 et 35 pour 100 de profit, et que son inventaire de 1661 montre qu'elle entretenait 80 000 commis, soldats et marins.
Le commerce des Indes est plus facile aux Français qu'aux autres peuples parce qu'ils possèdent, sur la route, la grande île Saint-Laurent ou Madagascar, € qui est dans le climat le plus doux de toutes » les Indes" ». Et il ajoute crânement qu'il serait facile d'en faire « un vrai Paradis terrestre ».
Les marchandises des Indes payent en Hollande 12 pour 100 de droits, et la France consomme un tiers de ces marchandises. Nous payons ainsi à la Hollande un tribut énorme dont il dépend de nous de nous afiFranchir.
Pour prendre en Orient la place qui nous revient, il faut, dit Charpentier, fonder une Compagnie, puis € équiper une Flotte, et aller descendre droit dans » nostre Isle de Madagascar, où nous ne trouverons » aucune résistance, et commencer à y faire un » grand establissement, qui sera soutenu par de » fortes Colonies que l'on continuera d'y envoyer. » 11 faut faire estât de n'y mener que des hommes de » courage et de bonnes mœurs, et non point des » criminels rachetez du gibet ou des galères, ni des » femmes persécutées pour leur débauche ». Les uns seront attachés à la terre et fonderont la glèbe; les
autres seront soldats, protégeront le cultivateur et poursuivront la conquête de Tîle.
Grande est la diflférence entre la Compagnie Rîgault et celle dont il s'agit, car il y a lieu d'espérer « que » le Roy qui a tant d'affection et de tendresse pour » ses Sujets, considérant les notables utilitez que » cette entreprise apportera à ses Estats, Tappuyera » puissamment, et y entrera mesme pour une part » considérable ».
Il résulte de ce ferme langage que le roi avait étudié l'affaire et déjà pris une décision.
Selon lui, la Compagnie Rigault-La Meillerflye n'était que Tembryon de celle projetée.
Flacourt demandait un navire par an : nous nous proposons d'en envoyer d'un seul coup quatorze ou quinze.
Il sollicitait l'envoi de cinq cents hommes : nous parlons d'en envoyer cinq ou six mille.
Il n'osait pas proposer une dépense de cent cinquante mille livres : « Nous songeons à Temploy de » plusieurs millions » .
11 raisonnait au point de vue d'une Compagnie de particuliers : « Nous parlons d'en faire une, » dans, laquelle il y a lieu d'espérer que le Roy » mesme voudra bien entrer, et y donner par sa par- » ticipation royale un certain caractère que nul autre » ne luy peut donner ».
En tout cas, remarque-t-il avec raison, pour peu
que nous le voulions bien, nous aurons, dans Tîle de Madagascar, des places d'un prix inestimable, infiniment commodes comme lieu de rafraîchissement et de relâche, et plus sûres que celle de Batavia, où les Hollandais ont leur principal établissement.
€ On me demandera sans doute », ajoute Charpentier, € si je suis avoué pour le dire si hardiment. » Je ne me vanteray point d'un pouvoir que je n'ay » pas; Mais je puis dire, qu'il n'est point à croire » qu'un prince aussi accompli que le nostre, refusast » son secours à ses peuples dans une occasion si » importante, et leur montrast moins d'affection, que » les Roys d'Angleterre n'en ont tesmoigné à leurs » sujets ».
Tout en prétendant ne parler qu'en son propre nom, il dit avec assurance, comme un homme bien renseigné, qu'il faut faire un fonds de six millions, armer douze ou quatorze vaisseaux, transporter à Madagascar, pour € en prendre possession de la bonne sorte », un grand nombre d'hommes.
Il veut qu'on supplie le roi d'entrer dans l'affaire pour un dixième, et il paraît sûr de son acceptation .
Il est également certain que, si les associés le désirent, plusieurs grands seigneurs souscriront près de trois millions, ce qui formera la moitié du fonds nécessaire; pour l'autre moitié, il exhorte les nobles, les bourgeois, les marchands à donner des marques publiques de leur zèle.
c Pour leur donner plus de courage, j'ay sujet » de croire, avec grand fondement, qu*on pourra » obtenir de sa Majesté qu'après s'estre enga- » gée du dixiesme dans le premier armement, elle » en fournira davantage, s'il est besoin, pour le » second, letroisiesme et le quatriesme ».
On obtiendra facilement du roi remise de la moitié des droits de douane et d'entrée sur toutes les marchandises apportées des Indes.
€ Enfin », dit-il, « sur ce que j'ajr pensé que le
» Roy voudroit faire paroistre en cette rencontre
» (comme il fait en toutes les autres) qu'il est verita-
» blement le Père de son Peuple, j'ay conceu je ne
» sais quelle espérance, que Sa Majesté nous accor-
» deroit volontiers de porter sur sa part toute la perte
» qui se pourroit faire dans les huit ou dix premières
» années ».
Il termine sur cette assurance que les étrangers souscripteurs seront naturalisés, et que les directeurs seront pris dans le corps des marchands ^ .
Cette curieuse brochure fut répandue à profusion, le roi voulant, par ce moyen, informer « tous les » François » de ses intentions « et du désir qu'il
1 Discours d'un fldeU sujet du rvy touchant Vettablissem^nt d'une Compagnie française pour le Commerce des Indes Orientales, A Paris, M.DC.LXIV, passim.
- âiô -
» avoit de concourir puissamment à cette entre- » prise * ».
IV. — La question ainsi posée fait un bruit énorme. La noblesse, le clergé, la magistrature, la bourgeoisie sont touchés, les esprits se tournent vers les lointains pays où le soleil se lève, et le roi, brusquant les choses, forme un Comité d'action.
Le recrutement des membres de ce Comité n'est pas facile. Les bourgeois honnêtes, fiers et riches, ne peuvent faire des prête-noms; ils se défient, observent, se tiennent sur la réserve.
Des personnes de « grande qualité » vont chez eux en brillants équipages, flattent leur vanité, qui n'est pas petite^ les caressent, les séduisent, les soumettent aux désirs du roi.
Des conférences ont lieu entre les courtisans et les principaux négociants de Paris. Ils s'entendent et, le 21 mai 1664, une assemblée publique, autorisée par le prévôt des marchands, a lieu chez le sieur Faverolles, riche négociant.
A cette assemblée se trouvent les plus gros marchands de Paris et quantité de personnes « de toutes sortes de qualitez», notamment le sieur Berryer, secrétaire du roi et de ses conseils, « qui s'est toû- » jours depuis employé avec un zèle et une assiduité
1 Relation de Veêtablissenient de la Compagnie française pour le Commerce des Indet Orientales, p, 4.
» infatigables pour Tavanceinent de la Compagnie ^ » .
Les marchands, bien que chauffés à blanc depuis six semaines, manquent d'enthousiasme. Ils sentent ia main du roi et devinent des officiers, des fonctionnaires, des protégés, des maîtres qui feront à leur bon plaisir, bien ou mal, au petit bonheur.
Mais pour ne pas laisser s'éteindre la pauvre petite flamme, si péniblement allumée, on tient une deuxième séance le 24 et une troisième le 26. Ceux qui mènent l'affaire enlèvent, dans cette dernière séance, un projet de statuts en quarante articles *.
V. — Les compères du roi ne laissent pas au fer le temps de se refroidir et proposent de désigner, séance tenante, neuf des marchands présents pour aller demander à Louis XIV, à Fontainebleau, une déclaration des quarantes articles.
Cette délégation nommée, ils font décider qu'elle partira le 28 mai, c'est-à-dire de suite, sans que les délégués aient le temps de réfléchir et de se dérober à rhonneur.
M. Berryer offre spontanément, par bonté de cœur, de les conduire.
1 Char^bntibr, Relation, p. 5.
< Ce projet de statute a pour titre : « Articles et conditions sout lesquels les Marchands et negocians du Royaume, supplient très humblement le Roy de leur accorder la Déclaration et les grâces y contenues pour Testablissement d*une Compagnie pour le Commerce des Indes Orientales ». (Charpbntier, Relation^ pp. 5, 6).
A Meluu, une lettre de Colbert annonce à M. Berryer « que le Roy, pour leur témoigner combien leur » deputation luy estoit agréable, avoit donné ordre » qu'ils fussent logez à Fontaine-bleau par les Ma- » reschaux des logis de sa Maison, et traitez par ses » oflSciers pendant tout leur séjour ^ ».
Ils arrivent à la nuit. Colbert les reçoit de suite, les complimente, les entretient longtemps, les tàte et .leur promet, pour le lendemain, une audience du roi.
La réception a lieu dans le grand cabinet.
Le sieur Maillet, qui porte la parole, se met à genoux, mais le roi le fait relever, et il parle debout. Louis XIV est aflfable, gracieux, captivant, et paraît entendre parler de Taffairepour la première fois.
Encore dans Téblouissement delà réception royale, ils passent dans une grande salle, dans cette saUe un magnifique repas leur est servi, et à ce repas prennent part, d'ordre du roi, le duc de Saint-Aignan, le comte de Béthune et le marquis de Vardes.
Le repas terminé on leur fait visiter le parc. Dans la journée, on leur rend le cahier annoté, article par article, de la main du roi.
N'ayant plus rien à faire à Fontainebleau, ils prient Colbert de les présenter de nouveau à Sa Majesté pour la remercier, et le roi les reçoit € avec > cette douceur auguste, et cette gravité charmante,
1 Charpentier, Relation t pp. 6->8.
» qui le rendent Maistre absolu des cœurs de tous :► ceux qui ont le bonheur de l'approcher^ ».
Ils sont dans le ravissement, sous le charme, conquis par l'accueil infiniment habile et gracieux de Louis XIV.
VI. — Le 5 juin 1664, sans laisser à l'enthousiasme le temps de se refroidir, une réunion a lieu pour Télection de douze syndics. Une main invisible a tout arrangé, et tous les élus sont selon le cœur du roi.
Il y a dans la salle trois cents personnes des trois ordres. Toutes adhèrent, sans toutefois spécifier le chiff^re de leur^ souscriptions. Ces signatures n'engagent guère, mais elles produisent^ sur le public, le plus grand efiet.
Le Comité d'initiative constitué, on peut lancer la souscription.
VIL — Le capital à souscrire est de 15 millions de livres. C'est une grosse somme et les difficultés seront grandes, mais Louis XIV, jusqu'alors très habile, pratiquera dextrement, merveilleusement, « la battue » des actionnaires ».
Colbert, Berryer et quelques courtisans assistent aux réunions quotidiennes des syndics. On ignore à quel titre, mais on voit que, par leur moyen, le roi dicte toutes les décisions.
1 Cbarpbntibr, Relation, pp* d-S.
VIII. — Quelqu'un émet Tavis que la souscription ne réussira pas sans le concours des municipalités. Un autre propose de demander au roi, pour les maires et les échevins, des lettres de recommandations pressantes.
Il semble que cette demande était attendue, que les lettres étaient prêtes, déjà signées : LOUIS, et, plus bas : Le Tellier.
« Nous avons pris résolution », y dit le roi, « d*es- » tablir une Compagnie puissante pour faire le Com- » merce des Indes Orientales ; Ce qui estant venu à » la connoissance des Marchands Negocians de » nostre bonne ville de Paris, ils ont de nostre cony> sentementet avec nostre permission tenu diverses » assemblées ».
Au reçu de cette lettre, les maires et échevins convoqueront, en assemblée générale, les habitants de toutes conditions, leur donneront lecture des quarante articles et des annotations royales, et, ajoute le roi, feront « connoistre à tous nos Sujets qui s'y trouve- » ront, que comme nous n'avons rien de plus à cœur » que l'establissement de cette Compagnie, nous » nous porterons avec un soin et une application sin- » gulière à la protéger en toutes occasions ». Ces lettres sont datées du 13 juin 1664, et furent envoyées aux cent dix-neuf principales villes du royaume.
A chaque lettre est joint un exemplaire du Discours cTun fidèle sujet du roi y et les maires trouveront,
dans ce discours , réponse à toutes les objections ^
IX. — Le roi fait savoir au Clergé que Teatreprise a pour but Texpansion commerciale de la France et la conversion des infidèles. Le Clergé est généreux et cet appel le touche au cœur. Mais hélas ! il possède à peine les deux tiers de la richesse totale du pays *, il est pauvre, miséreux, à la besace. 11 donnera ce qu'il peut donner, des prières.
X. — Louis XIV informe la Noblesse qu'il entre dans la Compagnie pour trois millions de livres ; que, pendant dix ans, cette somme ne produira pas d'intérêts et supportera les pertes qui se pourraient produire.
La noblesse de cour, qui le suit, avec un égal empressement, à la guerre, à la chasse et au bal, souscrit une sommo énorme.
XL — Le 17 septembre 1664, on écrivait de Rouen à la Gazette de France :
« Le 9 du Courant, le Parlement de cette ville, » s'estant assemblé sur le sujet de deux Déclarations » du Roy, pour l'établissement d'une Compagnie du » Commerce daus les Indes Orientales, dont l'une
1 Charpbntibr, Relation^ pp. 10-14. — L. Pauliat, op. oit.,, pp. 106, et suiT.
« G. Hanotaux, Etude hist, sur le XVJc et le XVII^9.\ Paris, Hachette, 1886, p. 20. — L'abbb £. Vacandard, Vie de Saint Ouen\ Parii, liecoflre, 1902, p. 107, dit « un tiers » (au VK siècle).
» porte que tous les Officiers du Conseil de S. Ma- > jesté, des Compagnies Souveraines, et autres Offi- » ciers du Royaume, y pourront entrer sans déroger » à leurs Privilèges ; la lecture en fut faite avec d'au- » tant plus d'applaudissement, qu'elles contiennent » de très grands avantages pour les Particuliers qui » s*y intéresseront ».
Le premier président Franquetot a signé, et son exemple a été suivi par tous les présidents et conseillers.
L'archevêque a visité tous les officiers des Compagnies souveraines, joué un rôle actif dans les assemblées de rbôtel-de-ville, parlé partout « avec cette » forte éloquence qui luy est ordinaire » , fait si bien, en somme, que « Sa Majesté luy en a témoigné son » agréement, et ordonné de le faire sçavoir à tous » ses officiers, par une lettre qu'EUe a bien voulu luy » écrire de sa main, pour montrer combien elle pro- » tège cette entreprise ».
La Chambre des Comptes suit le Parlement, et tous les autres corps suivent la Chambre des Comptes \
XII • — Mais le même z^le ne se rencontre pas partout. La noblesse de province est rétive, et les intendants ont ordre de la talonner.
Les financiers sont froids, donnent peu de chose ou rien du tout Le 20 novembre 1664, Colbert leur
i Gasette de Franee, 1664, no 114, pp. 933, 934.
fait, au nom du roi, un rappel admirable de brutalité, de hauteur et de pression ^
XIIL — Louis XIV, qui mène toute l'affaire, s'entend, comme pas un, à faire de la réclame.
Les syndics tiennent leurs séances dans une maison de la rue Saint-Martin. Il fait placer sur cette maison, et inaugurer en grande solennité, une plaque de marbre noir portant : Compagnie des Indes Oi'ientales.
Le prêt du roi devait être fait par des versements de 300 000 livres.
L'ordonnance de comptant du premier versement est du 7 août 1664 et signée du roi lui-même, ce qui ne s'était jamais vu.
Pour le second versement, c'est autre chose. Il est chargé sur des fourgons dû roi, et ces fourgons sont escorté^, à travers Paris, par une compagnie de Suisses, des tambours, des fifres et des trompettes '.
Kergadiou, capitaine de la Compagnie Rigault- La MâUeraye, revient de Madagascar et débarque à Port-Louis. Il est appelé à Paris, prié de faire des conférences, d'exhiber des produits malgaches, de prouver que la grande île est un Eldorado.
i Ce rappel est adressé Avkx PrésidenU et Trésoriers généraux de France au Bureau des Finances de Bourges, Un exemplaire, retrouvé dans let Archive* du département du Cher, a été publié par M. L. Pauliat, op. oit., pp. 110, 111.
* Charpentier, Relation^ pp. 50, 93. — Mém. de la Miss. t. IX, p. 500. — SoucHU DE Rbnn£FOrt, op. cit.j pp. 5, 6. — L. Pauuat, op. cit,f pp« 114, 115.
Il fait cette réclame avec tant de virtuosité que les syndics l'engagent au service de la nouvelle Compagnie ^
XIV. — La reine-mère a souscrit 60 000 livres, la reine 60 000, le dauphin 60 000, le prince de Condé 30 000, le prince de Conti 20 000, les princes, ducs, maréchaux au moins 2 millions, les cours souveraines 1 200 000 livres, le corps des marchands 650 000, les officiers de finances 2 000 000.
Les sommes souscrites seront versées. en trois ans, au mois de décembre 1664, 1665, 1666. L'impaiement d'un acompte entraînerait la perte des acomptes versés.
Les villes, chauffées à blanc par les maires et les échevins, séduites par la lettre du roi, confiantes dans la direction des marchands de Paris, souscrivent avec enthousiasme î Lyon un million, Rouen 550 000 livres, Bordeaux 400 000, Tours 150 000, Nantes 200 000, Saint-Malo 100 000, Rennes 100 000, Toulouse 120 000, Grenoble 113 000, Dijon 100 000, etc., etc.
Paris est resté de glace. Il a donné seulement 650 000 livres qui se composent ainsi : corporation des drapiers , 180 000 livres ; les douze syndics , 306 000 ; les parents des syndics et les autres corporations, 164 000.
i CHARPENTIER, Rclatîonf p. 19.
Para K 4«fe. ÎI T:â ok ^cioosbc 'waçç ^ F
rètUsm^ étvxrdliâaz^ ^iûoz; il s*^ ras «oirxxe 71 toiie: il îad ^«Bi^ ^{le Le rx est mo ^t^ib «iazH la CompanJe. ^H ai ^ra b( aiasr» et la «oodsirar sH TevI, ok dk ike t jwirais pas aQer ^.
XT. — Lot» XIV en» q« la eaî»e ééiwnie ec Teal < réaltKT eertaioft ileâseîiss «pli avak » daeteéde lamerikalades».
Il fentakqae Madagascar povrak dereoiri d'opéraûoiis de premier ordre pour la eockqaêiey ea OrieMy d'an empire eoiomaL II jogeau qae ceoe île, poar reodre de pareils serrices, defah écre une France fjrietdaU.
Ce projet, beau, hardie gèniaU povrait écre réalisé; comme o& le rerra, il D*a échoué que par la trahisoD d' an agent et le stnpîde orgaeîl d* on aotre.
Toat à son idée, mr de la réossite, il n*a pas la patience d'attendre qpe le capital social soit e&t^r&ment sooscrity et qœ radmioisiration déànitiTe soit constitaée.
Les syndics ne se reconnaissent pas le droii d'engager des opérations, pensent à lenr responsabilité, se cabrent. I»ais XIV dissimule ses intentions, les
» (UtAK^mmuL, RelaiUyn. pp. ^4^. — Voltairb. SiééU de l/mU XI Vf édît Pacl OAWfARZL, pp. ¥St, é53L — L. Pacuat, op. eii,<, pp. }tH H fviir.
caresse, endort leurs scrupules, et tout doucement les pousse. Il demande peu de chose, puis peu de chose, mais ces « peu-de-chose » s'emboîtent si exactement Tun dans l'autre que^ le premier admis, les autres, forcément, passent.
XVI. — Il persuade aux syndics que Tîle de Madagascar peut faire une belle et riche colonie, un point de relâche et de ravitaillement pour les navires allant aux Indes ou en revenant, et les amène à la lui demander ^
XVII. — Devenus seigneurs de Madagascar, il faut en prendre possession ; pour en prendre possession, il faut des navires ; et, bien qu'ils n'aient pas le droit d'engager des dépenses, ils achètent La Viergede Bon-Port^ Le Taureau ^ Le Saint^PatU et L^Aigle^Blanc.
Pour l'armement des navires, les syndics se partagent le travail et, c'est justice à leur rendre, tout est rëglé admirablement, honnêtement, avec compétence, souci de bien faire *.
XVIII. — La Compagnie, comme toute (Compagnie qui se respecte, aura un sceau, des armes et une devise.
* Charpintibr, Relatiortf p. 16.
« Charpentier, Relation, pp. 18 et 20. — Soucbu db Rbnnbport, op. cit., p. 8.
Le grand sceau représente le roi assis sur son trône, couvert du manteau royal, coiffé de la couronne, armé du sceptre et de la main de justice. La légende est : LuDovici XIV Francis et Navarre régis
SIGILLUM, AD USUM SUPREMI CONSILII GaLLI^ ORIEN- TALIS.
Les armes sont représentées par un globe chargé d'une fleur de lys d'or ; elles ont pour support deux figures symboliques représentant l'Abondance et la Paix, et la devise est Floreho quocumque ferar ^
XIX. — Depuis dix ans, le duc de La Meilleraye conservait à la France l'île de Madagascar, et cela lui coûtait beaucoup. En 1658, le cardinal de Mazarin avait dans l'entreprise 600 000 livres, et les auteurs de son inventaire de 1658 ne tiennent compte de cette somme, « laquelle », disent-ils, « ne sera » cy tirée hors ligne, attendu que les vaisseaux ont » esté pris ou sont péris ^ ».
Le duc de Mazarin, fils du duc de La Meilleraye, réclame. Les associés de Tancienne Compagnie Rigault réclament aussi.
Louis XIV a donc donné à la nouvelle Compagnie, avec la Grande-Terre, deux bons procès à liquider. L'affaire s'arrange mieux qu'on ne pouvait l'espérer.
i Tharpentieb, Relation, pp. 21, 90.
* Lettres, Instructions et Mémoires deColbert, pubUéspar Pierrb Clament ; Paris, Imp. NaV, 1865, %. I, p. 527.
La Compagnie Rigault transige moyennant 20 actions de mille livres. Le duc de Mazarin prend 100 actions, abandonne ses droits et cède, à prix d'estimation, les meubles, canons et munitions qu'il a dans les magasins de Madagascar ^
XX. — L'administration définitive de la Compagnie ne peut encore être élue.
Le roi pense que les syndics ont pouvoir de nommer, pour gouverner provisoirement l'île, un conseil particulier de six membres, dont quatre marchands. Les syndics sont un peu étonnés. Mais doucement on leur fait comprendre que le roi ne saurait avoir tort, qu'ils peuvent aller de l'avant, que c'est pour le plus grand bien de la Compagnie. Moitié figue, moitié raisin, ils nomment : président, M. de Beausse; vice-président, M. Montaubon; secrétaire, M. Souchu de Rennefort, dont on venait de supprimer la charge de trésorier des Gardes du corps du roi. Le commandant des armes et quatre marchands sont désignés comme assesseurs*.
Beausse est frère utérin d'Etienne de Flacourt, âgé de 67 ans, maladif, et sa vie s'est passée dans un laboratoire d'alchimiste, à la recherche de la pierre philosophale.
i Charpentier, Relation, pp. 25, 48.
2 Charpentier, iîtf/atto/î, pp. 73, 74. — SoucHU de Rennefort, op. c«t., pp. 9, 10.
Montaubon a 63 ans. Il a été, pendant quarante ans, juge au présidial d'Angers. Les rhumatismes le taquinent et la pierre le fait beaucoup souffrir.
Il fallait des hommes jeunes, actifs, entendus aux affaires commerciales : on choisit deux vieillards, Tun mourant et alchimiste, Tautre podagre et chicanous.
XXI. — Au mois d'août 1664, le roi délivre des lettres patentes, en forme d'édit, qui sont enregistrées, par le Parlement, le l**" septembre.
Elles portent déclaration et confirmation des grâces accordées par Louis XIV et du privilège « de naviger » à l'exclusion de tous autres Sujets du Roy dans » toutes les Mers des Indes d'Orient, et du Sud, du- » rant cinquante ans, à commencer du jour du départ » de leur première flotte ». Par ces mêmes lettres, le roi accorde à la Compagnie, pour en jouir perpétuellement, en toute propriété, seigneurie et justice, l'île de Madagascar ou Saint-Laurent, sous condition de foi et hommage lige et de redevance, à chaque changement de règne, d'un sceptre d'or du poids de cent marcs.
Les Seigneurs de la Compagnie nommeront leurs officiers de justice et de guerre, et les ambassadeurs qu'ils enverront aux rois des Indes parleront au nom du roi de France ^
1 Charpentier, Relation, pp. 63-65.
XXII. — Une question très délicate se posait. La colonie malgache serait-elle, comme devant, traitée en pays conquis ? Les syndics et le roi ne furent pas de cet avis. Un décret du 26 octobre 1644, en 13 articles, résout cette question de la manière la plus humaine et la plus honorable.
Les premiers articles prescrivent de respecter le € Saint Nom de Dieu » et d'honorer les Ecclésiastiques.
Tibère disait que c'est aux dieux de venger les injures des dieux, Deorum injurias dits curœ.
Louis XIV et les syndics croient que leur dieu ne peut pas se venger soi-même et prennent généreusement si^défense : quiconque blasphémera son « Saint- Nom » sera puni de peines rigoureuses.
Un article, qui vaut peut-être mieux, punit ceux qui prennent par force des femmes et des filles.
Le 4' défend aux Français d'épouser des femmes indigènes qui n'auraient pas été baptisées et communiées : encore faut-il la permission du commandant et du supérieur de la mission. Cest dans leur intérêt qu'on les bride, qu'on pense pour eux, qu'on les mène en laisse. Tolérez leur une once de liberté, ils divagueront à droite, à gauche du bon chemin et culbuteront en lieu de perdition.
L'article V défend aux Français de délaisser les femmes malgaches épousées en justes noces.
Les Français fermeront leurs portes aux femmes de
mauvaise vie, ils respecteront l'âne, la femme et la vie de l'indigène. Les duels et les guerres de partisans sont interdits, ainsi que la vente des esclaves.
Les ordonnances du royaume seront strictement appliquées dans Tile de Madagascar ^
Louis XIV veut faire de Madagascar une France d'outre-mer; i] le veut fortement, et le manifeste par cette phrase, qui revient fréquemment dans ses instructions : « Et la Justice sera rendue aux Habitans » Naturels du pays ainsi qu'aux Français mesmes, > sans aucune distinction ».
Montaubon, juge au civil et au criminel, appliquera les lois du royaume de France et la coutume de la prévôté et vicomte de Paris, et suivra^autant qu'il le pourra, « Tordre et la pratique des Justices » Consulaires, pour l'abréviation des procès* ».
Les ordonnances durent être affichées à la porte des églises et des forts et dans les campagnes, en français et en malgache, « pour faire connoître aux » Naturels avec combien d'Equité et de Justice, ou » veut les gouverner, et que l'on ne fait aucune diffé- » rence entr'eux et les François ».
La Compagnie prescrit au Conseil particulier d'ini-
1 Statuts et Ordonnanct^s et iléglemens que la Compagnie rstablie pour le Commerce des Indes Orientales veut et entend estre gardez «t obserTes dans i'isle de Madagascar et adjacentes, et dans tous les lieux à elle concédez par Sa Majesté. (CHARpENTiEa, Relation^ pp. 82 et suiv. — Louis Pauliat, op. cit.^ pp. 138 et suivantes).
* Charpbntibr, Relation^ Epttre au Roy, pp. 76, 82 et 86.
tier les indigènes, pour gagner leur affection, aux arts, aux procédés de culture et aux mystères de la religion catholique ^ .
XXIII . — Elle donne aux colons des conseils hygiéniques et leur signale le danger des femmes malgaches.
Des agents visiteront souvent les Français, s'assureront que leurs maisons sont saines et qu'ils ont tout ce qui est nécessaire à leur santé ou à leurs travaux *.
Par des affiches collées sur les murs de Paris, la Compagnie demande, pour Madagascar, des artisans et des ouvriers.
Ils seront organisés en Compagnies et serviront, selon les circonstances, comme ouvriers, comme soldats ou comme planteurs .
Elle les passera sur ses navires. Pour un prix très modéré, elle les nourrira pendant la traversée et pendant les trois premiers mois de leur séjour dans Tîle.
Elle leur donnera des appointements convenables et les moyens de gagner honnêtement leur vie.
Le roi accordera, aux artisans qui resteront huit ans dans l'île, <c d'estre Maistres de chef-d'œuvre » dans toutes les villes du Royaume de France où ils
1 Cbarpbntibr, Relation, pp. 76, 77.
* CuA&PBNTiBR, Relation, pp. 82, 88.
» voudront s'establir, sans en excepter aucune et sans » payer aucune chose ^ ».
Est-ce que François Charpentier ne nous en donnerait pas à garder ? Guy Patin parle un peu diflféremment du recrutement de la Compagnie des Indes Orientales. Dans une lettre du 9 juin 1665, il écrivait à Falconet : « On cherche ici des gueux et des » misérables, tant hommes que femmes, pour les > envoyer à Madagascar, afin de travailler et d'y » peupler le pays. Cela déchargera un peu la France » de tant de gens oiseux qui y abondent; mais il me » semble », ajoute-t-il indévotement, « qu'il seroit » bon d'y envoyer aussi des moines, car nous en » avons beaucoup trop, et ici et ailleurs; ils n'aiment » pas à travailler, au moins serviroient-ils à peupler, » et ils ne servent ici à rien du tout » .
D'après Charpentier, il y eut affluence de demandes et l'on choisit 200 hommes de tous les métiers.
XXIV. — Le Conseil particulier fera explorer le canal de Moçambique et la Mer Rouge. En même temps, des équipes d'ouvriers visiteront l'île entière, en étudieront les populations, la géographie physique, les richesses minières et végétales; elles réuniront, pour les envoyer en France par La Vierge-de- Bon-Port y des échantillons des minéraux, des plantes, des produits de la terre et de l'industrie.
^ Charpsmtikr, Relation, pp. 23, 89.
Au temps de Louis XIV, Touvrier n* était pas, comme aujourd'hui, spécialisé, réduit à l'état de machine ; il connaissait la technique de son métier et les matières premières à son usage. Ces ouvriers pouvaient ainsi, en moins d'un an, mener à perfection une enquête do l'île entière. Et ils le firent avec d*autantplus de zèle, que le conseil particulier avait ordre de proposer aux Directeurs, pour des récompenses, ceux qui se distingueraient dans ces travaux.
Ce que font les syndics est irrégulier, ils le savent, mais c'est pratique, honnête et intelligent*.
A L. Pauliat, op, ct'r., pp. 149 et suit.