IV. — Cependant tout n'est pas pour le mieux
Le l**" juin, le bon P. Bourrot informe l*amiral que l'équipage et les passagers de V Aigles-Blanc sont sur le point d'en venir aux mains .
L'équipage est huguenot et les passagers sont papistes.
Papistes et Huguenots causent religion, discutent, disputent et s'injurient. La haine, toujours à fleur d'épiderme, se fait jour, on voit rouge, on court aux armes . Les Huguenots se saisissent de deux canons, les roulent à l'avant et les pointent sur les Papistes ; les Papistes s'emparent de deux autres canons, les roulent à l'arrière et les pointent sur les Huguenots. Les mèches flamblent, les bêtes hurlent, le carnage va commencer. Allez, bonnes gens.
Dans rinfidële sang baignez- vous sans horreur.
1 Mém. de la Mission, t. IX, p. 510.
L'amiral arrive et jette, sur ces pieux imbéciles, un quos ego réfrigérant. Il punit les chefs, qui sont huguenots ; mais, pour le moine, qui a soulevé les colères et armé les bras, il est tout miel.
V. — Le 3 juin, sur le parallèle du cap de Bonne- Espérance, Tamiral donne le signal du rassemblement, et fait prier les officiers et les marchands de venir à son bord pour Touverture des boîtes contenant les instructions de la Compagnie.
Chervy, marchand, chargé de la boîte de La Vierge-^e-^Bon^Porty refuse de communiquer ses instructions.
Cetacte d'indépendance déplut fortà M. deBeausse, qui déjà trouvait très mauvais qu'on ait mis dans le Conseil de simples marchands.
VL — 11 apprend, par le contenu des boîtes, que sa situation de président n'est que provisoire et que les marchands admis dans le Conseil ne dépendront pas de lui. Ce n'est pas ce qu'il ambitionnait.
Il décide, dans son mécontentemeiit, de partir sans attendre le reste de la flotte et, contrairement à ses instructions, de se rendre à Madagascar sans passer par l'île Bourbon. Le capitaine Yéron ne Tentendait pas ainsi, mais un certificat de médecin dégagea sa responsabilité.
Le 10 juillet 1665, il jette l'ancre devant Fort- Dauphin. On chante un Te Deum. Cela ne dit riea
aux indigènes, mais les Français pensent que tant d'honneur n'appartient qu'à un grand chef.
Beausse fait demander à Champmargou des otages pour la sûreté de l'officier qui doit aller traiter avec lui. Champmargou envoie, sur le soir, quatre français.
l.e lendemain, Souchu de Rennefort se rend à Fort- Dauphin avec un lieutenant et quatre commis.
Il offre à Champmargou les provisions de commandant d'armes et lui remet une lettre du duc de Mazarin. Ce seigneur l'informe qu'il a cédé, à la nouvelle Compagnie, tous ses droits sur Madagascar.
Champmargou consent à se rendre auprès du président de Beausse, mais à condition que le lieutenant et les commis resteront en otage.
Quelles chinoiseries ! Se croient-ils réciproquement capables des plus noirs forfaits ? Non. Chétives pécores, ils s'enflent, ils se travaillent pour se persuader à eux-mêmes que leur vie importe au salut du monde.
Les otages livrés, Champmargou va trouver M. de Beausse, qui est malade. Les deux hommes échangent force compliments. M. de Beausse fait voira Champmargou les sceaux du roi et lui en explique en français la légende latine.
Il lui confirme les dires de Rennefort, lui donne 24 flacons de vin d'Espagne, et salue son départ de quelques coups de canon.
QuuDpflttrgoo, de reioor aa fort, e&roîe à M. èe ht^saoààmt des légomes, un T^ao et dn rii.
Il défiraîl Câre crcÂfe qmH araît {«ÎKaauiieDt affermi la puissance fraoçaise. ei TCHilaii q«e ks ei>kMks IM& plaiguisseot d'être trk>ablés daiks kars passesiio&s. Ceux-ci, aa eouiraire, mûolrai^ot, par leor air de CMileoteiDefst, que le Samt^Paml arrirait juste â poioi poorks saorer ^
VIL — Cha/ipmargoa lait oâébrer^ i la mc^ moire da doc de la Meilleraje. un service religieux auquel assîsteiit tous 1-^ français soos ses ordres.
Cette cérémonie terminée, il se déclare prêt â remettre le fort.
Le lendemain, 14 juillet 16fô, les matelots et passagers du Saint-Paul sont armés, débarqoés, mis en ligne et placés soos les ordres du lieutenant Budée. Le canon tonne, Souchu de Rennefort se porte, avec sa troupe, jusqu'à quarante pas de l'entrée du fort ; puis escorté de trois mousquetaires, il s'avance gravement,
à pas plus mesurés
Qu*uD doyen ao palais ne monte les degrés
vers Champmargou qui, très solennel, l'attend entre deux rangs de soldats. 11 lui présente une copie de
1 Sovcvo DB RsHvcroRT, op. eit.^ pp. 48-58. — CjiA&PBimK&, Aelotion, p. 88.
Tacte qu'ils ont rédigé la veille et lui dit qu'il vient prendre possession de l'île de Madagascar, au nom du roi, pour le compte de la Compagnie des Indes Orientales.
Rennefort et Champmargou font l'inventaire de ce qui appartient au duc de Mazarin; cela demande peu de temps et peu de papier, car ils trouvent seulement 14 canons sans affûts, 500 petits boulets, 1,000 chênes à changer, 100 grenades vides, 50 balles ramées, un peu de plomb et un baril de poudre.
Cette opération terminée, les canons du fort et du navire tonnent gravement, le lieutenant Budée entre dans le fort par la porte de l'Ouest et Champmargou en sort par celle de l'Est.
A ce moment, Tîle de Madagascar ou de Saint- Laurent prend le nom d'iLE-DAUPHiNE.
Il y avait alors dans Tîle cent français dont deux à Galemboule, deux dans Tile Sainte-Marie, huit à Mananbare et le reste à Fort-Dauphin ^
VIII. — Encore à cette époque, après vingt-deux ans d'existence, Fort-Dauphin était peu de chose.
11 formait un carré long de 150 pas et large de 120. Il s'appuyait sur la falaise septentrionale et commandait le port, qui pouvait tenir à bon abri quatre vaisseaux.
' SoucHU DB Rennefort, op. oit,^ pp. 60-65. — Mém. de la Misêion, t. IX, p. 529. ~ CHA&PBNTiBa, ReliUionf p. 108.
La principale porte était à Touest et donnait vue sur un magnifique paysage ; l'autre était à Test et regardait la mer.
La clôture était formée de pieux gros comme le bras.
Il y avait dans le fort une chapelle en planches, une maison en planches pour le gouverneur, un magasin et une cuisine en pierres, un corps-de-garde et douze cases en pieux et joncs : tous ces bâtiments étaient couverts en feuilles de ravenala.
Au delà du fort et des jardins s'élevaient un village de cinquante cases, la maison des missionnaires et le séminaire ^
IX. — C'est dans cette habitation peu confortable que M. de Beausse vient passer ses derniers jours. Il est malade et quasi septuagénaire. Champmargou pense qu'il n'en a pas pour longtemps, refuse toute fonction, s'installe près du fort et attend que la « divine Mort » lui rende son gouvernorat .
M. de Beausse se rétablit ; Champmargou voit ses espérances indéfiniment ajournées et accepte l'emploi qui lui est offert.
Le Président voit avec dépit, dans le Conseil, de simples marchands. Ceux-ci le devinent et se liguent entre eux pour la défense commune.
Beausse, pour ne pas les coudoyer et jouir d'une
) Soucnu DL Rknnkfort, op, otr., pp. 65-67»
autorité plus grande, ajourné tant qu'il peut Tinstal*lation du Conseil .
Entre lui, Rennefort, Champmargou et autres il y a des conflits d'autorité et des froissements d'amourpropre* Les affaires de la Compagnie n'eut vont que plus mal, ce qui est le moindre de leurs soucis.
Beausse, talonné par ses confrères, installe le Conseil, mais presque toujours malade, il ne le convoque pas, et la fonction de Souchu de Rennefort est une véritable sinécure.
Le P. Bourrot les accuse d'accaparer les marchandises et les provisions, de vivre dans une abondance scandaleuse, tandis que les ouvriers et les soldats sont miséreux et affamés .
Rennefort ne dit pas le contraire . Depuis l'aflFaire d'AndriandManang, les Grands ne reconnaissaient plus la suprématie des Français et avaient dans le fort des espions . Informés de l'arrivée de nouveaux navires, ils conçoivent des craintes; beaucoup payent leurs tributs; AndriandBel, Grand des Ampâtres, fait un présent de 58 bœufs et le Président se l'approprie^.
X. — AndriandNong, femme de La Case et souveraine de TAmbolo, vient faire visite à M. de Beausse. Elle est en filanzane ainsi que ses douze premières
1 Mém, de la Mission, t. IX, pp. 530-532. — Souchu de Renn^fORT, op, cit., pp. W-JOÇ.
femmes. Cinquante autres femmes et quatre cents guerriers lui font escorte.
A cinq cents pas du fort, elle met pied à terre . Vingt guerriers, commandés par son mari, la précèdent, et toutes ses femmes la suivent. Le reste de Tescorte campe à Farrêt.
Elle complimente le Président, exprime sa reconnaissance pour les services que lui ont rendus les Français, et manifeste le désir de conserver leur amitié.
Elle fait présenter, par chacune de ses femmes, un cadeau de valeur, et laisse, à la porte du fort, vingt bœufs .
AndriandNong est très belle, ses femmes sont très belles, leurs toilettes sont charmantes, et les présents sont faits de la meilleure grâce du monde.
Beausse, enhabile homme, offre gravementquelques brasses de rassade. Il n'a pas l'air de se douter que la jeune femme sait, aussi bien que lui, que ces grossières parures n'ont aucune valeur.
« Cette dame fièie et généreuse », dit Souchu de Rennefort, « n'a jamais cru depuis que des gens si » avares envers des Princes dont l'amitié leur estoit » nécessaire, puissent faire quelque chose de consi- » dérable ^
Avec ses tendances âpres et mesquines, il aurait
1 SoucBU DE Renmefo&t, op, ctt., pp. 106, 107.
dû se concilier les moines, gagner leurs bonnes grâces et leur indulgente partialité. Que fallait-il pour cela? Faire ce qu'ils demandaient, peu de chose : leur baiser la main, écouter avec respect leurs conseils et leurs avis, et s'y conformer strictement ; appuyer, comme sur les vaisseaux, Tusage de la férule, régler au son de la cloche la vie de la colonie, leur soumettre le bras séculier et reconnaître leur prééminence.
Au lieu de cela, il imite de Flacourt les mauvais exemples, les traites en subalternes, leur défend de mettre le doigt dans les affaires et dans l'administration.
Ce qui devait arriver arriva. Les bons moines se sentirent persécutés, et d'une plume indignée, vengeresse, ils dévoileront ses méfaits, ses maladresses, et raconteront la passion de la colonie.
Ainsi le P. Bourrot nous apprend qu'il donnait à chaque soldat, par jour, deux livres de viande. Aux moines, il en donnait « proportionnellement » moins, et « c'était de la vache ». Si les bons Pères voulaient du veau, la boucherie le leur faisait payer. Le riz ayant manqué, le P. Bourrot en demande à ces messieurs, qui en ont de réserve, et ces messieurs lui répondent par un refus ^ .
XI. — Comme toujours, les sous-ordres sont pires que le chef.
1 Afém. de la Miuion, t. IX, pp. 533-536.
Le P. Montmasson, « bon et vertueux prêtre de la Compagnie, » exerçait à Fort-Dauphin. Le P. Bourrot ne pouvait presque pas s'absenter qu'il ne lui arrivât mésaventure. « La dernière fois », dit-il, « il » s'éleva une difficulté entre lui et M. Chervy, con- » seiller marchand, ce qui fit beaucoup de bruit. Car, » comme ces gens-là font moins d'état des Prêtres » que de leurs laquais, ils forent assez insolents pour » le menacer des fers, ce qui scandalisa même les » nègres * » . — « A mon retour », ajoute le Père, « ils » vinrent m'en demander pardon et je ne leur dis » rien davantage pour le moment ».
« Une autre fois le même conseiller, parlant de » M. l'aumônier de Saint-Paul, fort bon Prêtre, » d'après de faux rapports qui lui avaient été faits, il » répéta qu'il le ferait lier et mettre aux fers. Alors » je n'eus pas la force de supporter, sans répliquer, » une si grande insolence. Je lui répondis à haute » voix, qu'il n'avait pas d'autorité sur les Prêtres, » comme il le prétendait.
» Je vous assure que quand j'y pense, cela me fait » frémir ».
A cette occasion, le P. Bourrôt fait du conseiller Chervy ce portrait, qui n'est pas flatté :
« Il laisse mourir les malades, sans aucune assis- » tance quoiqu'il leur doive de l'argent : quand on
1 Mém. de la Afiêiion, t. IX, p. 538.
» loi eu demande, il dit qu'il n'en a point et pourtant » on en fond tous les jours pour faire des pièces qui » servent dans la traite avec les nègres. Je suis » assuré qu'il nous doit plus de mille francs, et » nous ne saurions en tirer un sou. Il faut que nous » empruntions, si nous avons besoin d'acheter » quelque chose pour le Séminaire ou pour nous ^ ».
XII. — Les moines ne s'entendent pas avec les prêtres séculiers. Le P. Bourrot ne veut pas vivre avec eux, et, pour les traiter avec ménagement, il ne les met pas beaucoup au-dessus du commun des mortels.
Il prie son supérieur de ne pas envoyer, pour demeurer avec eux, des prêtres séculiers, « si saints qu'ils » puissent être », car il y a grande différence entre leur vie et celle des réguliers. « Je vois ici », dit-il, « le bon M. Flachier, l'un des plus vertueux prêtres » qu'on puisse trouver peut-être dans Paris, et cepen- » dant nous avons bien de la peine à vivre avec lui, » parce qu'il a des maximes tout à fait contraires aux » nôtres et des opinions particulières qu'il voudrait » imposer, s'attachant positivement à un livre sans » vouloir considérer ni le temps, ni les lieux, ni les » commodités du pays* ». Les PP. Etienne et Manié
1 Mém. de la AOuion, t IX, p. 53S. < J/^m. de la Mission, t. IX, p. 541.
le jugeaient dangereux et désiraient qu'il se séparât de la communauté.
XIII. — Ce bon Père est toujours intéressant. Après le récit de ses démêlés avec les laïques et ses appréciations sur les prêtres séculiers, il nous conte, sans rire, comme s'il y croyait, un bon petit miracle.
Quand mourut le P. Etienne, le fils d'Andriand- Manang eut le cou tellement enflé qu'il ne pouvait presque plus respirer. Il consulta les Ombiasy, et les Ombiasy, sans doute inspirés de Dieu, lui dirent que c'était la faute de son père, etluiprescrivirent, comme remède, de rendre, aux français massacrés, les honneurs de la sépulture, « ce qu'il fit^ et aussitôt il » fut guéri ^ ».
XIV. — AndriandManang, le père de ce miraculé, était, jadis, notre plus fidèle allié. On a vu comment Etienne et Champmargou, par leur enragé prosélytisme, en ont fait notre plus redoutable ennemi.
Quand il a vaincu Champmargou, les Grands de tout le pays Font acclamé pour chef.
Quand il est vaincu par La Case, la Fortune lui tourne le dos et ses admirateurs de la veille lui montrent les dents.
Cette petite révolution, exploitée avec intelligence, rejetterait dans nos bras Manang et tous les Grands.
1 Mém. de la Miêêion.i. IX, pp. 541-542.
Mais M. de Beausse, toujours prêt à rendre l'âme et mené par des gens peu scrupuleux, paraît avoir ^ssez à faire de tenir en éveil les espérances macabres de Champmargou.
Champmargou pourrait sacrifier ses rancunes et faire quelque chose pour la paix. 11 n'est pas si généreux, et la succession de M. de Beausse, toujours imminente, ne lui laisse pas la faculté de penser à autre chose. Les autres fonctionnaires, très affairés autour de l'assiette au beurre, se soucient, coipme de •cela, des intérêts de la Compagnie.
Fonctionnaires, soldats, colons suivent assidûment les offices, remplissent exactement leurs devoirs religieux : ils n'en perdent pas moins la notion du bien et du mal, de l'honnête et du deshonnête, du juste et de Tinjuste ^ .
XV. — Champmargou, pour s'attacher les nouveaux venus, leur fait quelques présents et beaucoup de promesses.^ Il propose à trente anciens français, pour les détourner de la nouvelle Compagnie, « d'aller » en party sur l'ancien pied». Et pour éloigner La Case, qui est toujours sa bête noire, il lui offre le commandement de cette troupe. La Case accepte, va prendre sa garde particulière de trois cents nègres, et gagne Imours, lieu du rendez-vous.
1 SoucHU DB Rbnnbfort, op, cit., pp. 109-111 • — Mém, de la Mission, t. IX, pctuimm
Sa femme et les tributaires de Fort-Dauphia lui amènent (les forces, et il entre en campagne, contre AndriandRavaras, avec 30 français et 5 600 nègres.
Ravaras était « ennemy des François » . A .tort ? A raison? — A tort puisqu'il était le plus faible et qu'il avait de beaux troupeaux de bœufs, puisque La Case le bat, brûle ses villages et vole ses bœufs.
La Case se tourne ensuite contre Lavaleffe et lui demande la fille de Pronis. Lavaleffe a épousé cette jeune fille, et de toutes ses femmes c'est elle qu'il aime le mieux. Il refuse de la rendre et se retire dang^ des lieux inaccessibles. Il ne peut emporter ses villages, ses esclaves et ses bœufs, La Case brûle les villages, capture 800 esclaves et enlève 1 500 bœufs.
Lavaleffe, pour avoir la paix, se décide à ramener 4c sa belle dcmy-Françoise » . Mais à la traversée d'une rivière un français tire sur sa pirogue et blesse Tun de ses rameurs ; pris de peur, il rebrousse chemin, et jamais plus on n'entendra parler de la fille de Pronis.
A Manambolo, La Case constate qu'il a sous ses ordres 29 français et 5 580 nègres, et qu'il a capturé 5 000 esclaves et 20 000 bœufs *.
XVL — Champmargou, commandant d'açjnes, vient pour la curée.
Déduction faite de la part des nègres, des bêtes
l SOUCHU DB RlNNBrORT, op. Cit., pp. 150 et gUÎT.
perdues et de celles mangées^ il reste à partager 5 500 bœufs. Pour avoir 5 500 bœufs, on en a sacrifié 14 500.
Champmargou s'en attribue, comme ancien gouverneur, un dixième ; comme représentant du duc de Mazarin, les deux tiers du reste, soit au total 3850.
Les 1 600 bœufs restant sont partagés entre les français qui ont pris part à l'expédition. La Case a double part et tous les cadeaux qu'il a reçus .
Champmargou prétend que le Conseil n'a aucun droit sur cette prise, parce que ceux qui l'on faite ne sont pas au service de la Compagnie. Il prévoit pourtant des critiques, des réclamations, des poursuites ; et, pour les étouffer doucement, sans cris ni plaintes, il distribue avec discernement cent quarante bœufs. Moyennant ce sacrifice, sa sagesse et sa probité sont mises hors de doute.
Le Conseil trouve aussi très correcte la conduite de Champmargou et lui achète, pour la nourriture du fort, 1 200 bœufs, au prix de quatre écus l'un^
XVII. — Le Conseil ne s'arrête pas en si beau chemin. Il décerne à La Case, pour récompense « du » succès de son dernier voyage » , un diplôme de lieutenant et une épée d'honneur .
Depuis neuf années, La Case sert avec dévoûment, et plusieurs fois il a sauvé la colonie . Cela ne lui a
1 SOUCHU DE RsNNKFOftT, Op. cit,y pp. 158 6t «liv.
valu que des humiliations et des persécutions. Il commet une action mauvaise, et, pour cette action mauvaise, on le couvre d'honneurs.
En témoignage de reconnaissance, il offre, si l*on veut lui donner deux cents français, de conquérir rile entière de Madagascar.
Ce n*est pas une ridicule vanterie. Il connaît les hommes et les choses des pays malgaches. La réussite lui paraît certaine, elle sera très heureuse pour la France et très gloneuse pour lui.
Les hobereaux de Fort-Dauphin pensent que ce serait trop d'honneur pour un villain, raillent, ridiculisent et enterrent un projet qu'ils n'ont pu concevoir, et qu'ils ne pourraient pas exécuter ^
XVIII. — Dans le même temps, c'est-à-dire le 28 août 1665, le Gouvernement est prévenu de l'arrivée, dans l'ance aux Galions, du Taureau et de La V%erge'-de''Bon'Port.
Beausse redoute les critiques et les reproches des nouveaux venus, et charge ses amis d'aller à leur rencontre et de les prévenir en sa faveur.
Souchu de Rennefort a des plaintes à formuler et part aussi, mais il ne parvient pas jusqu'aux navires et une lettre qu'il adresse à Montaubon arrive trop tard *.