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XXXV. — Caron a été bon pour les moines et dut

i Mim. de la MUtion, t. IX, pp. 547 et suiT. — Souobu db Rbn- NEFORT, op, eit,, pp. 317, 323 et suiv.

favoriser Tachèvemeut de l'église de Fort-Dauphin. Les bons pères^ reconnaissants, font de lui un grand homme. Selon eux, il aurait accompli des merveilles « si l'incurie, l'ambition, la cupidité et les divisions » de ses collaborateurs n'eussent neutralisé ses » efforts ». C'est lui qui aurait repeuplé les habitations abandonnées, couvert de moissons les plaines désolées, achevé l'église, construit des magasins et ouvert "un chemin entre le fort et la mer.

Cette pluie de bienfaits s'accorde mal avec la proposition qu'il a faite de transporter, à Saint-Augustin, tous les services de Fort-Dauphin.

Une voix s'élève et crie : Caron a calomnié Montdevergue, empoisonné son collègue de Faye, trompé La Haye, volé la Compagnie et trahi la France.

Les Lazaristes n'entendent pas cette voix et, de par eux, Caron sera grand homme ^

XXX VL — Montdevergue est mal entouré, mal secondé, entravé.

Il envoie aux Matatanes et à Manamboule, pour fonder des établissements, des chefs de colonies, des colons et des nègres.

Champmargou et La Case ont la haute main sur les nègres et les font déserter. Les commis cherchent des

1 Mém. de la Mission, t IX, pp. 547 et suiv. — Souchu dk Rbn- NbPORT, op. oit,y paseim. — Colbbrt, op, oit.^ t. III, 2» part, pp. 410, 417, 437.

marchandises prêtes à emporter, les colons reculent devant les travaux des champs, et tous viennent dire à Fort-Dauphin que le pays ne vaut rien.

Le Conseil ajoute foi aux discours de ces paresseux, transforme en commis les chefs, en matelots les colons et admet comme chose impossible, la création de centres de colonisation. ^

Champmargou possède, Dieu sait par quels mojensl de grands troupeaux de bœufs ; pour les vendre plus cher et plus vite, il empêche les arrivages.

La Case prétend à la souveraineté de TAmbolo et trouve qu'une colonie le gênerait ; il suppose tant et tant de difficultés que Montdevergue finit par lui donner raison.

En somme, chacun travaille pour soi et nul ne pense aux intérêts de la Compagnie ^

XXXVII. — Colbert ne savait pas tout ce qui se passait dans Tile Dauphine, et ce qu'il en savait lui paraissait nécessiter le remaniement, dans un sens restrictif, du projet de colonisation.

Il veut transporter au cap de Bonne- Espérance la juridiction souveraine de la Compagnie et l'entrepôt général des marchandises envoyées de France aux Indes et des Indes en France.

Les vaisseaux ne s'arrêteront plus à Fort-Dauphin,

1 SOUCBU DB RbNNFFORT, Op. Ctt, pp. 331 et SUiT. ~~ GOLBBRT,

op, cit., t. m, 2« part, p. 418.

de crainte que les gouverneurs n'en tirent, par force, des marchandises et des denrées.

Les directeurs du commerce des Indes n'enverront plus de vivres à l'île Dauphine que pour faire rentrer l'argent et les marchandises si malheureusement dissipées.

Provisoirement, ils laisseront croire à nos gens de rîle Dauphine qu'ils pourront toujours se procurer aux Indes, contre argent et marchandises, les vivres et denrées dont ils auront besoin.

Ils réduiront le prix des marchandises apportées de l'île Dauphine et majoreront le prix de celles qu'ils donneront en échange. Cela n'est pas très honnête, mais Colbert estime que la Compagnie peut, pour rentrer dans son bien, user de tous les moyens.

Dans la grand<^. île, les bonnes terres ne manquent pas . Elles produisent en abondance du bétail , des légumes et du riz. 11 faut forcer les Français à les cultiver, et pour cela les abandonner à eux-mêmes. La nécessité les rendra ingénieux et industrieux. Avant peu, ils arriveront à se suffire. Avec de la volonté, ils auront bientôt des excédents de bétail et de récoltes, ce qui leur permettra de vendre, aux vaisseaux de passage , de la viande, du riz et autres rafraîchissements ^

XXXVllI. — Montdeveigue ignore les rapports

i CoLBBRT, op. oit.y t. III^ 2* part., pp. 420 et suiv.

des directears et les impressions défaTorables de Colbert. Il sarmonte les difificaltés accamulées par ses lieafenants et s'efforce, aTant tout, de mettre fin à la gaerre si stupidement allumée par Etienne et Gliampmargou. En même temps, il dresse un plan de campagne conforme aux idées de Louis XIV.

Il offre aux chefs indigènes des titres de princes, de ducs, à condition qu'ils reconnmtront la suzeraineté de la Compagnie et que les Français pourront créer, sur leurs terres, des plantations.

Ces offres sont bien accueillies. Dès 1669, plusieurs cantons des provinces méridionales sont régis par des princes, des ducs indigènes, vassaux de la Compagnie. Sur les terres de ces seigneurs, des colons s'établissent et fondent d'importantes plantations.

Le 3 mars 1670, M. de Grandmaison écrità Colbert au nom de Champmargou : « La paix que le marquis » de Montdevergue, comme gouverneur et lieutenant » général, a establie dans Tisle a produit de très bons » effects, en ce qu'elle a permis aux habitans d'ense- » mencer et cultiver leurs terres, dont l'on a eu cette » année une abondante récolte qui a beaucoup servy » .

« Cette seule citation », dit M. L. Pauliat, « atteste » donc que, dans cette question si difficile de la colo- » nisation, Montdevergue, le 3 mars 1670, avait plei- » nement réussi. En moins de 24 ou 30 mois, à travers > des obstacles, des embarras et dans des conditions » inimaginables de difficultés de toute nature, il avait

> effectivement si bien dirigé les choses, que lés

> colons en étaient arrives à se suffire à eux-mêmes ^ » .

XXXIX. — Louis XIV ne voyait pas d'obstacles et croyait au succès définitif et prochain de la colonisation. Cependant, fidèle à sa promesse, il ne veut rien décider avant d'avoir des nouvelles de l'île Dauphine et des Indes. De leur côté, Montdevergue et Caron attendent, pour écrire, qu'ils puissent annoncer quelque succès.

L'année 1667 se passe sans un mot. Le roi, confiant en sa bonne fortune et sûr de ses agents, n'en est point alarmé. Pourtant au commencement de 1668, sa foi commençait à fléchir. Juste à ce moment, il reçoit, de Faye et de Caron, des lettres du 14 octobre 1667, et ces lettres donnent, sur le commerce des Indes, les plus belles espérances.

XL. — Ils rendent compte, à leur manière, de ce qui s'est passé à Fort-Dauphin jusqu'au 14 octobre 1667.

A leur avis, tout va mal. Après trois mois de séjour ils ont manqué de vivres et envoyé, pour faire une razzia, La Case avec soixante français et six à sept mille nègres. Il leur semble tout naturel de voler les troupeaux des indigènes. Par ce moyen ils attisent les haines et aiguisent les vengeances. Cela, d'ailleurs,

1 Ârch. du Min. de la Mar. — Colonies, Madagascar, Correop. gén. cart. 1 (1612-1724) c — Pauuat^ oj». ei$., p. 239.

n'empêche pas le gaspillage de Targent donné par la Compagnie pour le commerce des Indes.

Us disent que Teau manque à Fort-Dauphin, qu'il faut en aller quérir à une bonne demi-lieue, et qu'elle est bourbeuse. Ce qu'ils ne disent pas, c'est que Flacourt a creusé un puits, à quelques pas du fort, vers la pointe de la péninsule. Ce puits, il est vrai, a été empoisonné par les Anosy, mais il serait facile do le désinfecter. Ils préfèrent dire que Fort-Dauphin ne vaut rien, qu'il faut l'abandonner et transporter à Saint-Augustin la capitale de la colonie.

Ils demandent de nouveaux missionnaires et se plaignent des Lazaristes. Ces pères font payer trop cher leurs messes et leur assistance aux enterrements et se font faire beaucoup de legs. Cela peut prendre de l'importance. Les curés ne dépensent rien, sont nourris et défrayés honnêtement par la Compagnie. Si on les laisse faire, ils finiront par posséder tous les biens et tout l'argent de l'île. Ils conseillent aux directeurs généraux de s'entendre avec M. Aimeras, supérieur général de la Congrégation. Ils reconnaissent d'ailleurs que les missionnaires travaillent avec ardeur et avec succès à la conversion des indigènes.

Montdevergue était préoccupé des renseignements envoyés à Paris et attendait, pour expédier un navire en France, de les connaître et d'y répondre ^

i Mém. de la Misiion, i. IX, pp. 519 et suiY.

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