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se trouve ainsi bien supérieur aux principicules de son entourage. Il gouverne avec sagesse, avec justice, agrtaudit pacifiquement sou petit royauuie et fonde, sur le canal de Moçainbique, la dynastie sakalava. Ses successeurs iiuraédiats Tiinitent et donnent au peys do longues années de paix.
Les Alahafaly voient, dans l'humeur paisible dos Sakalava, un affaiblissement des vertus guerrières, et recommencent leurs incursions.
Ravahofotsy régnait alors. 11 était jeune, très craignant les dieux, très obéissant aux Ombiasy. Irrité par les insultes et les déprédations des Mahafaly, il insinue discrètement à Tombiasy de la, cour — son Mentor, son ministre, son maire du palais — qu'il voudrait bien repousser, par les armes, ses éternels ennemis. L'ombiasy fait des incantations, les dieux lui promettent une brillante victoire, et le jeune roi a permission de faire la guerre. Ravahofotsy part avec SOI) peuple, passe l'Onilahy et défait complètement les Mahafaly. Mais ce que les dieux n'ont pas dit à Tombiasy et que l'ombiasy, malgré sa science profonde, n'a pas lu dans le livre de l'Avenir, c'est que h roi sériait blessé mortellement.
Pour les Sôjialava, Tombiasy devait, comme il le disait, tout savoir. En ne disant pas tout ce qui devait arriver, il a commis un régicide. 11 se défend de toutes sas forces. Mais il ne peut convenir qu'il n'a jamais ni vu ni entendu les dieux, que le livre de l'Avenir
lui est fermé comme à tout le monde, qu'il a prédit au hasard, sans savoir qui serait vainqueur ou vaincu. Renard ou I.oup, il a mérite la corde. Les chefs la lui passent au col, mais, comble de la sagesse 1 ils le remplacent par un de ses pareils.
Peu après, lesMahafaly recommencent leurs incursions et repoussent au Nord les Sakalava.
Andriamandresy, « le Prince victorieux », marche contre eux et les rejette au sud du fleuve. Puis, par des mariages, par la persuasion, par le charme d'une heureuse paix, il attire à lui les tribus voisines, s'agrandit, étend son royaume de TOnilahy au Moron- (lava.
Les Masy ou Ombiasy consultés, car il ne fait rien sans leur avis, il transporte à Inosy les reliques des anciens rois sal^alava et. à des époques fixes, on leur rend de solennels hommages.
Ses petits-fils donnent pour limitesà l'empire sakalava, au nord, le Sambirano, au Sud, l'Onilahy et le partagent en trois royaumes : le Boina, le Mahilaka et le Ménabé.
Les Sakalava ont la chevelure ondulée, le nez large et plat, la bouche lippue, le mollet bien développé, le pied de forme élégante, la taille haute et la charpente solide.
Ils se sont croisés et rocroisés tant de fois avec dos Persans, des Hindous, des Soahilis, des Makoas, des Arabes, des Javanais, des pirates portugais, hollan-
dais, anglais, français, des marchands de Maurice et de la Réunion, que Ton ne reconnaît plus, sous leur épiderme presque blanc, les descendants des Noirs de rinsulinde.
De tout temps, les Vezo ou « Nageurs », habitants des côtes, ont fourni de bons et hardis marins. A l'époque delà conquête ho va, ils avaient encore des barques à balancier. En 1805, une flottille de ces barques a capturé, sur les côtes d'Afrique, une corvette portugaise ^
X. — Comme nous l'avons vu, le Mahafaly confine au Sakalava dont il est séparé par l'Onilaby ; au Sud, il est limité par la Manambaly.
]>es Arabes y vinrent des côtes orientales de Madagascar. Leur chef soumit à son autorité les indigènes, 11 leur promettait l'abondance, les richesses, le bonheur, tout ce qu'ils pouvaient désirer et même davantage. Pour confirmer ces promesses de prétendant, il donna au pays, qui s'appelait Tsianaka « sans chef », le nom pompeux de Mahafaly ^ c'est-à-dire « lieu sacré, respecté, fortuné ».
Changer le nom, ce n'était pas changer la chose.
ï GuiLLAiN, Documeyits sur VHist., la Géog. et le Comm, de la partie occid. de Madagascar; Paris, Imp. roy., M DCCC XLV, patsim. — Elisée Reclus, ^^ouv, Géogr, Univ. Paris, Hachette, 18S9, pp. 91, 92. — Alfred Grandidier, L'Origine des Malgaches, pp. 28, 53. — FiRiNOA, La Dynastie des Maroserana (dans la Revue de Mada" goêoar, 10 sept. 1901).
Le pays resta ce qu'il était, sec, aride, pauvre. Les habitants, toujours nomades et pasteurs, continuèrent, comme les patriarches, à errer derrière leurs troupeaux, en quête de pâturages. De l'invasion arabe, il leur revint quelques gouttes de sang sémite : c'est peu, très peu, et c'est tout.
Dès l'an 945, on vit, dans le canal de Moçambique, des Japonais ou des Chinois qui venaient acheter des esclaves sur les côtes d'Afrique et dans les Comores. M. Alfred Grandidier leur attribue la paternité des individus de type mongoloïde qui se rencontrent dans le Mahafaly et dans TAntandroy.
Le Mahafaly est de taille moyenne ; il a le teint brun, relativement clair, les cheveux lisses, les lèvres un peu fortes, le nez épaté. Il est doux, menteur, ivrogne, inhospitalier, voleur, pillard. Il a un dieu, nommé Andrianahary. 11 ne lui demande rien, se contente de superstitions, et sa morale est de n'en avoir point.
Il vit en famille sous la conduite du père ou du frère aîné, et souvent la famille forme une tribu .
Il est polygame, non par amour, mais pour avoir des servantes qui ne lui coûtent rien. Pour lui la femme est un être inférieur, un animal qui parle, qui sert à son bien être, à son plaisir, à la reproduction de l'espèce. 11 lui impose beaucoup de devoirs et ne lui reconnaît aucun droit. Elle ne mange pas avec lui.
Malade on Téloigne ; morte, on la dépose loin de la terre sacrée réservée aux hommes.
Les mœurs sont relâchées, moins cependant que chez les Hova, car rarement une femme trompe son mari sans lui en demander la permission.
Les femmes sont laides et ne coûtent pas cher. Ce n'est pas d'elles que le poète aurait pu dire : « La femme est un diable très perfectionné »^ En 1897, une qui passait pour belle a été vendue quatre bœufs, une autre, plus laide, deux bœufs. L'homme, en tant que marchandise, valait moins encore : un pauvre vieux, un peu décrépit, il est vrai, a été troqué contre un dindon.
Dans le Sud, les Mahafaly vont presque nus et gitent dans des huttes misérables où ils n'entrent qu'en rampant.
On fête la naissance des enfants, on enterre vivants ceux qui naissent les jours fadtj et, pour quelques bouteilles de rhum, on vend les autres.
Malgré leurs grands troupeaux de bœufs, de chèvres et de moutons, les Mahafaly no mangent de la viande qu'aux funérailles des chefs. Ils font alors des hécatombes et, pendant des jours, pendant des semaines, ils se gorgent de viandes et se soûlent de rhum. Ces orgies terminées, ils ne mangent plus que des figues de Barbarie et ne boivent plus que du latex de feuilles d'euphorbiacées.
i V. Hudo, Le Roi s'amuse.
Une vieille coutume défend aux Vazaha ou < étrangers » rentrée du pays. D'après les Ombiasy, la présence d'un Vazaha, surtout s'il est blanc, causerait de grands malheurs, notamment la mort des rois et des chefs.
Dans le Nord, sur TOnilahy, le pays vaut beaucoup mieux que dans le Sud. Les cases sont petites et bien faites; les villages, ombragés de grands tamariniers, sont propres et coquets. Les tombeaux des chefs sont grands, bien bâtis, et entourés de pieux assez bien sculptés. Les artistes ont une certaine habileté et paraissent cultiver la charge. M. Guillaume Grandidier a vu, sur un tombeau, une silhouette humaine qui fumait la pipe.
Au milieu du xvii" siècle, les Mahafaly possédaient de trente à quarante mille bœufs, et des chèvres et des moutons en nombre infini. Une bonne partie de tout cela provenait de vols.
Pour voler, ils rompaient avec leur somnolence habituelle, devenaient actifs, rusés, braves.
Si un chef revenait les mains vides, les femmes le criblaient de railleries cruelles, et les vieillards l'accablaient de reproches. D'aucuns ont préféré la mort à pareille récoption.
Les guerriers qui perdaient la vie dans ces expéditions étaient laissés en pâture aux corbeaux à col blanc ; on abandonnait leurs os, qui se calcinaient,
s^effritaient, se pulvérisaient et, à la longue, s'envolaient sur Taile des vents ^
XL — A TEst du Mahafaly, entre la Manambahy et la Mandrary, s'étend l'Ant-Androy ou Antandroy € Peuple de la Brousse ». Il comprend les deux peuplades que Flacourt connaissait sous les noms de Caremboules et d'Ampâtres.
Le plateau est aride, inculte, accaparé par les euphorbiacées dont les rameaux aphylles cachent le cactus au bras épineux.
Dans l'extrême Sud, il n'y a d'eau que dans le puits de Betanty (Faux-Cap) et dans celui d'Itampolo, près de Menarendra.
On ne fait pas de cultures. Les plantes autochtones n'ont pu vivre qu'en devenant grasses ou épineuses.
Pendant plusieurs mois de l'année, les Antandroy, comme les Mahafaly, vivent de figues de Barbarie et s'abreuvent du latex d'euphorbiacées.
* Flacourt, Bist.^ IfôS, ch. xxv. — Guillain, op. cit.^ p. 10. — Alfred Orandidier, Les Origines^ pp. 52, 159, 160. — E.-J. Bastard, Mission chez les Mahafaly (daus la Revue de Madagascar^ dov. et déc. 1900, j an V. 1901). — Baldauf, Journal de route du BaS'Iianambovod Tulear (dans la. Revue de Madag.^ avril 1902). — Guillaume Grandidier, Dans le Sud de Madagascar (dans la Rev. de Madag,, mars 1902). — Guillaume Grandidier, Mœurs des Mahafaly {dans la Rev. de Madag., septembre 1S'J9;. — Elisée Reclus, Nouv, Géog, génér.^ t. XI V, pp. 92, 99. — Ueauprez, Rec. de Madag. , 1901, p. 598. — Voyage du général Gallieni {Cinq mois autour de Madag. (dans le Tour du Monde, 1900, t. VI, pp. 141, 112).
En 1896, on évaluait à une dizaine de mille âmes la population de T Antandroy et du Mahafaly. Cette faible population ne s'accordait guère avec Ténormité des troupeaux. Nos soldats ont pénétré au delà de la zone sablonneuse et trouvé de bonnes terres, de la verdure, une population très dense. On porte aujourd'hui à cent mille le nombre des habitants des deux provinces.
Il n'y a pas longtemps, M. Guillaume Grandidier, explorant la région du cap Sainte-Marie, se trouva presque en famille. Le 11 juin 1866, M. Alfred Grandidier, son père, vint par mer à ce cap, et fit fatidra^ « échange du sang », avec Tsifany, l'un des chefs de la région.
Le fils de M. Alfred Grandidier fut reçu par le fils de Tsifany qui se souvenait encore du fatidra de
Les Antandroy, comme les Mahafaly sont aux trois quarts sauvages, ivrognes, pillards, inhospitaliers, hirsutes, loqueteux. Us viventpar petits groupes, dans des villages de trois à quatre cases, ceints de fortes haies de cactus et d'une forte palissade de pieux. Chaque village dépend d'un grand et tous les grands d'un plus grand.
Us se volent leurs fe.nmes et se battent furieusement pour elles, et ces dames ne se sentent pas d'aise de se voir si passionnément désirées .
A Fort-Dauphin, ils voient quelque chose de stu-
péfîant : une maison à étages. Invités à la visiter, ils en montent les marches à quatre pattes ^
XII. — L'Antandroy est limité, au Nord, par le Masikora (le Machicore de Flacourt).
Ce pays était très florissant, mais au commencement du XYii** siècle, Baloùalen mourut, ses fils s'armèrent Tun contre l'autre et ravagèrent tout le pays. Les chefs du Mahafaly arrivent, comme le troisième larron de la fable, ot dépouillent l'un et l'autre adversaire de tout ce qu'il a de bétail, d'or et d'argent^.
A l'arrivée de Flacourt, ce qui restait de la peuplade était retourné à l'état sauvage et vivait dans les bois.
XIIL — Les Ant'Anosy ou Antanosy, « Gens des Iles » ou des « Rivages », s'étendent de la Mandrary à la mer dos Indes.
C'était la iribu dominante et chez elle se trouvait notre principal établissement.
L'Anosy et l'Ambolo sont les régions les plus riches de Madagascar. La terre est noire, arrosée de
* Voyage du général GaUieni, loc. cit., p. 14G. — Flacourt, ITtst. ch. XIII. — Louis Cat.vt, Voi/agn à Madagascar, 1889, 1890; Paris, Hachette, s. d., p. 33i. — Glmllaume Grandidibr, Dans le Sud de Madagascar {dans la Ucv. de Madagascar, mars 1902). — Baldauf, Journal de rovte du JJas-Manampolo à Tulear (dans l.i Rev. df Madagascar, avril 1902). — Elisée Reclus, Nouvelle Géog. univ,^ t. XIV, p. 92.
» Flacourt, Bist,, ch. xit.
nombreux cours d'eau, très fertile. Les plaîaes nourrissent de nombreux troupeaux de bœufs, les rivières fourmillent de poisson; dans les bois le gibier foisonne ; les forêts, qui s'avancent jusqu'au bord de la mer, sont riches en essences précieuses et en arbres propres aux constructions navales ^
€ Ce Sud-Est privilégié », « ces riclies territoires antanosy » * sont à cheval sur le 25' parallèle Sud, en dehors de la région tropicale. Les jours et les nuits y sont presque de même longueur. Les grandes chaleurs commencent à neuf heures du matin, finissent à trois heures du soir, durent trois à quatre mois et sont tempérées par les brises de mer. Le reste de l'année, dit Flacourt, est un printemps ^. Pendant l'hivernage, qui dure de novembre à avril, la température est de 22 à SO"" ; pendant la saison sèche, de mai à octobre, elle est de 15 à 28°. « Ce climat doux rappelle celui » du midi de la France » *.
Les Antanosy sont d'origine malayo-polynésienne, et très proches parents des autres peuplades méridionales.
Vers 1525, des Indiens firent naufrage dans la baie d'Itaperina ou dans celle des Galions. En 1608, les Portugais ont trouvé dans la région de Fort-Dau-
1 L. Catat, op. cit., pp. 375, 376. — Flacourt, ffist., 1658, pp. 4, 5. ' Louis Catat, op. cit., pp. 371, 376.
3 Flacourt, Avcmt^ropos. — Louis Catàt, op. cit., p. 372. ^ Qbnéral Galueni, loo. cit., 1900, pp. 150, 152.
phin (les descendants de ces naufragés ; ils étaient noirs, se n( inmaient Voajtryet se disaient Compon-taw/, c'est-;'i-dinî ^< Maîtn s du i)ays » ^
Une au(ntca>to noire très répandue dans le Sud, c'rst cellf des Lohacohits, ou chefs de villages.
Dnns la hiéivirchie antanosy, imaginée par les Koandriaua, les Lohavohils sont au cinquième rang, entre les Voajiry et les Esclaves. A mon sens, ils sont l(;s plus nobles dos Malgaches, parce qu'ils ont pour ancêtre>i l«,'s Indo-Mélanésiens, les premiers qui ont pu se dire Componff/ni/^,
Tous les Malgaches, qu'ils soient de race nègre, arabe, indienne ou malaise, « parlent un idiome souple, poétique, harmonieux » apparenté aux dialectes de? Tlnsulinde et de la Polynésie. Sur les cent vingt-cinq termes les plus usuels, cent sont malais, vingt-cinq sont arabes, souahélis ou bantous. Tous ces noms agglutinés que présente la carte de Madagascar, et qui nous étonnent par leur longueur, sont pour la plup.ut très heureusement formés et peignent d'un trait l'a>pect drs lieux.
Dans rAiiL'Anusy, rintluencc arabe paraît avoir été considérable. Les blancs ou ZafindRaminia sont des Arabes ou des Hindous convertis à ITsIam ^.
J A. (îRAM*ii>]EK. Les Origines^ p 157.
2 Kla<'ol'iit, Ilist., 165S, Avant-j>ropo$. - A. Grani iDif-.R, /-' » Orû/inas^ y 157.
^ Ki.isKK Ukclus, 2<ouv. fJéog. tinivers.^ t. XIV, pp. 85, 86. — Flacourt, llist., 1658, ch. ii.
Les Anosy, dit Flacourt, sont bonnes gens, peu vêtus, sans ambition, sans luxe, contents des fruits que leur donne la terre et du produit de leur^ troupeaux. D'après Grossin, ils sont adroits, subtils, lestes et inventifs.
Ils passent le jour doucement, paresseusement, sans fatigue de corps ni d'esprit, et s'assemblent le soir, devant le donac du chef, pour danser, chanter et compter des histoires ^ .
XIV. — En 1825, Radama h' nous prit Fort- Dauphin et l'Antanosy. Pendant les premiers temps, le gouvernement hova fut supportable. Avec Ranavalo I"* il changea et, comme au temps de Flacourt, les habitants désertèrent le pays : les uns se rendirent à la Réunion, les autres se firent place, les armes à la main, sur l'Onilahy. Ils ont trouvé le pays bon et l'on couvert de troupeaux de bœufs. On les connaît sousle nom à' A ntanos}/ émigrés. Ils sont paisibles, dociles et d'esprit ouvert. Maintenant qu'ils se sentent libres, maîtres de leurs biens, sûrs du lendemain, ils acceptent franchement notre civilisation et notre domination. Leurs enfants fréquentent nos écoles et deviendront des Français * .
1 Mém, de Grossin sur Madagascar , publié par Gabriel Ma&cbl, (dans la Revue de Géog., t. XIII, pp. 338 et suiv.). — Flacourt, Hist,, 1658, Avant-propos, — Soucnu de Rennefort, Hist. des Indes orientales; Lejde, Frederik Haring, 1688, p. 176.
« Voyage du général Gallieniy loc, cit,<, 1900, t. VI, p. 147. —
XV. — Les Ant'Anosy sont limités, ^u Nord, par les Ânt'Âisaka .
Les Ant'Aisaka ou Antaisaka, «ceux qui pèchent à la main », font partie de la grande peuplade Bara et paraissent de la même origine que les Sakalava.
Ils sont braves, jaloux de leur indépendance, et passionnés pour les bijoux.
Leur pays, bien boisé, bien arrosé, magnifique, est paresseusement étendu au bord de la mer, sur le flanc de la grande montagne longitudinale, entre TAnosy et la Mananara.
Ils sont nombreux, serrés, 60 par kilomètre carré : c'est presque la densité de la population de la France et le double de celle de l'Espagne ^
XVI. — Au nord de TAntaisaka, entre l'Isandro et ritampolo, c'est-à-dire entre 23" 56' et 21* 36' de latitude Sud, plusieurs peuplades sont réunies sous le nom de Farafangana.
Il y a deux cents ans, ou à peu près, des familles sakalava, fouettées par la misère, demandent aux Farafangana l'hospitalité. Ceux-ci, par pitié, leur donnent des rizières et des champs.
Les Sakalava s'organisent, forment une tribu dans la tribu, croissent et. multiplient. Dans la première
Sainjon, Xtf Pays Antctnosy (dans la Rev. de Madag., nov. 1901). 1 Louis Catat, op. cit., pp. 292, 293. — Elisée Reclus^ Nouv. Géog. untv., t. XI V, p. 95.
moitié du xix* siècle, ils se comptent, trouvent qu'ils sont plus forts que leurs maîtres .et leur tiennent ce langage : « Nous ne voulons plus travailler pour vous; nous vous rendrons vos rizières et vos champs
Si vous pouvez nous mettre dehors ».
Cette révolution éclata partout en même temps, sur un mot d'ordre venu des Hova.
Il y a également environ deux siècles, d'autres Sakalava s'établirent dans la vallée du Manampatrana. Leurs descendants se nomment Antefasy € Enfants du Sable » ou « Venus de Fasy ». Ils avaient pour esclaves les Zafinsorona. Ces esclaves, comme leurs voisins, se comptent, se trouvent les plus forts et disent, comme ce bon Monsieur TartuflFe, que la maison leur appartient.
Ils prétendent aujourd'hui qu'ils n'ont pas été esclaves. Puisqu'ils sont les plus forts, ils sont ce" qu'ils veulent.
Dans la sylve magnifique qui s'épanouit entre le Manambavana et le Manampatrana, se dresse un mamelon, et sur ce mamelon un bananier balance ses feuilles immenses. Un jour cet arbre produisit, au lieu de bananes, un beau petit garçon. Ce petit garçon grandit très vite, devint amoureux, prit femme et bâtit, à l'emplacement du bananier, sa case conjugale. 11 eut beaucoup d'enfants qui multiplièrent rapidement et formèrent la nation des « Enfants du
Bananier » ou Ho va « Gens du Peuple », encore qu'ils n'aient rien de commun avec la plèbe de rimerina.
Ces tribus et d'autres, venues du Sakalava, ont des mœurs et des croyances communes.
L'individu n'est rien, et la famille est tout. Elle se compose du père, de la mère, des ascendants, des descendants, des collatéraux et des esclaves. Elle dispose des biens, acquitte les impôts, garde les coutumes et les traditions. Le fils aîné succède au père de famille dans ses droits et dans ses devoirs.
Les Fils du Bananier, comme nos Auvergnats, vont travailler dans le Nord, reviennent avec des économies et achètent des bœufs.
Les filles à marier implorent Andriamanitra, lui font des offrandes et des promesses. Si le dieu ne les exauce pas, elles lui tournent les talons et s'adressent au Diable. Qu'elles se marient, et peu leur chaut que ce soit avec l'aide du Diable ou avec l'aide de Dieu .
La femme qui abandonne, sans permission, la case conjugale, ne peut se remarier sans présenter le « sang », c'est-à-dire la natte de la nuit de noces, et le mari ne s'en dessaisit pas volontiers, car cette natte est son titre de propriété. La femme peut jouir en paix de ses nouvelles amours, mais si elle a des enfants, ils appartiennent au possesseur de la natte. Le bonhomme tourne à son profit cette sentence du droit romain : Ispaterest quem nuptiœ demonstrant, et
il a pour cela de bonnes raisons. Les enfants ne coûtent ni soins ni sacrifices, s'élèvent comme ils peuvent, vivent ou meurent sans que personne ne s'en soucie. Heureux pays ! les parents ne connaissent pas les privations, les chagrins, les angoisses, les deuils et les ingratitudes de la famille. Et quand ces enfants, devenus grands, le font grand-père, il devient chef de village, membre important et respecté de la tribu .
Le mpanjakay « celui qui règne » , descend directement d'Adam. Cette origine lointaine, mystérieuse et divine attire le respect.
Un lamba rouge le distingue de ses sujets. Comme les souverains de l'Asie, il ne sort jamais de son village sans un parapluie, insigne royal.
Naguère, dans une cérémonie, deux frères faillirent se prendre aux cheveux pour un parapluie : le cadet voulait en ouvrir un, l'aîné prétendait avoir seul droit à cet honneur. Un sage, heureusement, arrangea l'affaire .
Les jeunes gens qui ont fréquenté les Européens affectent de voir, dans le parapluie, un petit abri portatif, et ils l'arborent outrageusement. Les vieillards crient au scandale, au sacrilège, et pleurent sur les anciennes coutumes et la sagesse des ancêtres. Là ! ils sont au point d'intersection de deux mondes, l'un qui s'enlise dans le bourbier sans fond du passé, l'autre qui regarde vers l'avenir, vers l'inconnu. Que
sera-t-il ? Il aura ses triomphes et ses naufrages, ses joies et ses angoisses, ses grandeurs et ses misères; somme toute, la vie matérielle sera plus douce, la vie intellectuelle plus délicate et plus noble. L'Eden n'est pas dans les ténèbres de l'état sauvage, mais dans les splendeurs de la civilisation, dans l'épanouissement des facultés humaines.
Les Farafangana ont le culte des morts. Leurs kiboro ou cimetières sont dans des bois, et ces bois sont fadj/. Les femmes ne peuvent y entrer vivantes.
Les femmes, ce présent qu'à Tbomme ont fait les cieux,
G. Leqouyb.
savent preudre leur revanche et mettre un frein à l'orgueil du sexe fort.
EUes ont des femmes-chefs chargées de les défendre contre les hommes, et elles sont bien défendues, car ces dignes matrones ont bec et ongles, dents et griffes, verbe et langue.
0 femmes ! c'est à tort qu'on vous nomme timides.
G. Leoouvé.
Si une femme est insultée par un homme, la femmechef réunit son Conseil, examine l'affaire, va trouver \empa7ijaka et lui demande justice. Si le Malgache est éloquent, la Malgache est éloquentissime. Rien ne résiste àTénergie de ses plaintes, à son éloquence
torrentueuse, à ses arguments de toutes sortes, joyeux, légers, mordants, déchirants, qu'elle roule et déroule et jette, comme un filet, à la tête du juge ahuri ^
1 Marchand, Les habitants de la province de Farafangana (dans la Rev, de Madag.^ juillet et août 1901.) — Ch. BéNÉviSNT, Cov^ ception de la mort chez les Malgaches (dans la Rev. de Ifadag., sept. 1901).