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CHAPITRE II

LES ORIGINES DES MALGACHES (sUITE)

I. Les Antimorona. — 11. Les Tanala. — IH. Les Bezanozano. — IV. Les Betsimisaraka.

I. — D'après une légende recueillie par M. A. Grandidier, Mahomet eut cinq fils qui furent rois en Arabie : Abraham, Noé, Joseph, Moïse et Jésus, pères des quatre tribus Antimorona.

Les quatre derniers ont engendré Tsiraoto, Kazimambo, Anakara et Raminia.

Les Tsîmeto, fils de Ra Noha, « le seigneur Noé » , s'établissent sur le Matitanana.

Les Anakara, qui se disent fils d'Ali, demandent aux Tsimeto une place sur le Matitanana . Leurs bons cousins les reçoivent sur la pointe des sagayes et les chassent jusqu'à Vatomasina, où M. Alfred Grandidier a vu leurs descendants en 1870. Ils sont aujourd'hui sur le Manankara et le Matitanana.

Ils se prétendent les plus nobles des Antimorona. A force de présomption, d'impudence et de ténacité, ils ont fini par le croire et par le faire croire aux autres. Les Tsimeto, les Zafikazimambo et les Antiony les ont laissés s'emparer du pouvoir religieux, source

de richesse et d'influence, et du droit de fournir de chefs toutes les tribus Antimorona. Par orgueil et par habileté, ils s'enfoncent dans l'ombre et font autour d'eux le mystère . Ils sont strictement endogames. Ils entourent leurs villages de fortes palissades, etpersonnen'jr pénètre sans permission. Leurs femmes ne sortent que le vendredi et voilées.

Les Antiony, « Gens de la famille d'Iony », et les Zafikazimambo <( les fils de Kazimainbo », sont les dernières vagues do l'immigration arabe.

Us arrivèrent au xvi* siècle, bousculèrent et soumirent les Anakara, qui leur barraient la route. En 1625, lesZafindRaminia, qui dominaient entre la Matitanana et le Faraony, veulent les soumettre à leur despotisme. Mal leur eu prend. Les Antiony et les Kazimambo se ruent sur eux, tuent la plupart de leurs guerriers, asservissent leurs femmes et leurs enfants, et rv.gettent, sur le Mauanjary, les vaincus survivants.

Les Antiony étaient bravos .

En 1878, les Ampanabaka exigent d'eux qu'ils les reconnaissent pour parents et leur donnent leurs filles en mariage.

Les Antiony répondent par un refus. On en vient aux mains et les Ampanabaka sont battus. Ils préparaient une nouvelle prise d'armes quand les Français, entrant à Tananarive, mirent fin à ces petites

guerres qui ruinaient le pays et entretenaient la haine entre les tribus ^

Au X* siècle de l'ère vulgaire, au moment où quatre des cinq branches des Antimorona passèrent en Madagascar, une épouvantable disette endeuilla TArabie. Lo chef de la cinquième était Ali Zouber, « Isaac », fils d'Abraham. Il n'a pas voulu quitter le pays et pria son père d'implorer la pitié d'Allah.

Allah écoute Abraham, accueille sa demande, mais il veut un sacrifice dont il désignera l'holocauste en temps utile. Le bonhomme et son fils se rendent au lieu indiqué pour la cérémonie, et Allah f.ût savoir qu'il veut, pour victime, Isaac. C'est terrible, mais il faut se soumettre, crainte de pis. Isaac, attaché sur le bûcher, crie comme Iphigénie :

Ciel I pour tant de rigueur, de quoi suis-je coupable ?

Abraham gémit et trouve bien dur d'égorger son fils unique. Lo dieu voulait tout simplement s'assurer de la soumission d'Abraham. Au moment où le patriarche allait frapper, il lui envoya du ciel un chevreau, qui prit la place d'Isaac.

Justice est rendue au patriarche et à son fils . Et au chevreau? Pour les chevreaux, il n'y a pas de justice.

1 Flacodrt, Hist., 1658, p. 17. — A. Granuidier, Les Orig. det Malg., [ip. 140-147. — G. IIukt, Hist. de l'oecupation du territoire des Antaimorona par les Uova (dans la Revue de Madag.f oct. 1901).

Cette fable est une imitation grossière de celle de la Genèse (ch. xxii). Les Musulmans n'ont pas peur des anachronismes, et quand ils touchent à la Bible, c'est pour la défigurer.

Les Antimorona sont laborieux, sobres, économes et bons cultivateurs. Tous les ans, leurs moissons faites, ils se louent au loin comme terrassiers. Ils sont doux, pacifiques, dociles, mais impressionnables et craintifs à Texcès. Souvent, pour une cause ni vue ni soupçonnée, ils désertent un chantier sans prendre le temps de réclamer leur salaire.

Les nobles sont remarquablement intelligents, robustes et actifs. Pendant plus d'un siècle, ils ont tenu tète aux Hova, et c'est à ces luttes sans fin qu'ils doivent leurs instincts belliqueux et pillards.

Ils sont monogames et endogames ; leur race est ainsi restée pure, et ils en sont très fiers . L'adultère est sévèrement puni, les filles se respectent, et les familles de douze à quinze enfants ne sont pas rares .

Vers le milieu du xix^ siècle, le roi et les nobles d'Ivato tyrannisèrent, plus que de raison, les gens de castes inférieures. Ceux-ci se soulèvent, battent leurs maîtres et les amènent à composition . Les nobles ne se croient pas engagés par des paroles données à des vilains. Les vilains se fâchent, les battent de nouveau en 1883 et leur retirent certains privilèges, notamment celui que l'Europe a connu sous le nom de Droit du Seigneur. Qui se serait attendu à trouver

à Madagascar, chez des Mnsolmans de la Mekke, le jus cunni des temps féodaux î

Les Hovâ sont intervenus, non par amour de la justice ou de la paix, mais pour s^implanter dans le pays et le dévorer .

Les Antimorona avaient de nombreux troupeaux de soixante à cent bœufi ; ils ont préféié les détruire que de les voir devenir la proie des Amboalambo, c'est-à-dire < des Chiens, des Cochons », comme ils appelaient les Hova. Quand les Français arrivèrent dans le pays, il était complètement ruiné.

II. — La grande île a la forme d'un toit dont la crête est de 1 cOf) à 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le versant orierital s'élève en gradins titaniques et sa largeur est de 1 10 à 150 kilomètres. Le versant occidental, zébré de monts, coupé de bourrelets, s'incline en pente douce et n'atteint le canal de Moçambique que de33u à 440 kilomèrres de la ligne de faite.

La chaîne principale est un»* succession de cimes et de plateaux qui rayonnent dans tous les sens. Du cap d'Ambre à Fort-Dauphin, t^llo est hérissée d'une centaine de cratères éteints.

Quand ces bouclies d'enfer grondaient, couvulsaient et déchiraient le soi, so courronnaient de panaches de feu, drapaient de laves incandescentes les flancs des monts, soulevaient la mer en vagues

énormes et furieuses, le spectacle devait être sublime et terrifiant, mais il n'y avait personne pour le contempler.

Entre 2P et 24^ de latitude Sud, la montagne est chaotique, lézardée de précipices, de collines, surmontée de pitons, pardc d'une foret magnifique, solennelle, épaisse, vierge. Ses sentiers, très étroits, sont envahis par une v^^gétation vigoureuse et touffue ; des troncs d'arbres tombés sous les coups de la vieillesse, des cyclones ou de la foudre, barrent le chemin et rendent impénétrable cette partie de la montagne.

Dans la contré.3 que domine le « Pays des Ombres», les hommes de la forêt ne ressemblent pas à ceux de la plaine.

Les premiers sont forts, vii^oureux, courageux, et leurs femmes sont presque jolies. Ils descendent, disent les Bctsileo, du lémurien Babakoto. Le docteur Catat en a vu qui mesuraient 1"" 15. Ce sont probablement ces petits bonshommes qu'on a pris pour des Kymosy nains qui perchaient dans les arbres, dont beaucoup de voyageurs parlent et que personne n'a vus.

Les villages tanala sont haut percliés dans la Montagne. Ceux de la plaine ne sont pas fortifiés. 11 suflSit au brave Tanala, dit le capitaine Nèple, de voir venir, car à la moindre alerte il s'enfuit.

La hache est l'arme du Tanala. Elle lui tient lieu de marteau, de rabot, de scie, de vrille, de ciseau ;

on verrait plutôt une malgache sans amant qu'un tanala sans sa hache.

Les hommes ont pour vêtements un peigne, les femmes un petit bonnet et des bracelets. Elles sont tatouées des pieds à la tête, ce qui leur fait comme un vêtement. Le suprême bon ton est d'avoir sur les fesses un beau soleil levant. Jacques Arago nous apprend que les reines des Sandwich se faisaient tatouer, au même endroit, dos cors de chasse. Les soleils levants sont plus poétiques.

Quandles Antimerina on fait la conquête du plateau central, les insoumis se sont réfugiés dans les solitudes des forêts tanala, et ont fondé, dans une vallée profonde et sauvage, la ville d'ikongo. Les Ho va ont réussi plusieurs fois à les assiéger, mais toujours avec perte et sans les entamer. En 1898, « ces sauvages » étaient apprivoisés, et leurs chefs sont venus à Farafangana assurer le général Gallieni de leur fidélité ^

in. — Le pays Bezanozano^, voisin du Tanala, est une création du Mangoro. Il figure un parallélo-

i Catat, op. cit., pp. 303 et suiv. — Cap» Nêpi k, Guide ds Vlmmigrant à Madag, ; Paris, A, Colin, 1899, t. I, pp. 380 et suiv. — Voyage du général Gallieni» — Cinq mois autour de Madagascar (dans le Tour du Monde, 1900, t. VI, p. 150). — Abinal, op. cit. pp. 219 et suiv.

* « Qui ont les cheveux tressés » ou « Pays où il y a beaucoup de Zano » (NÈFLE, op. cit., t. I, p. ^4). — « Nombreux njetons » (Abinal, op. cit., p. 50. — « Gens d^» Défrichements n, ou ■ Anarchiques • (ëuséb Rbclus, t. XIV, p. 96).

gramme d'environ 300 kilomètres du Nord au Sud et 60 de l'Est à l'Ouest. Les derniers gradins de l'Ankeramadinika le limitent du côté de Tlmerina. De petites vallées ou de petits cours d'eau le séparent du Tanala, du Betsiniisaraka et du Sihanaka.

Le Mangoro sort du lac Alaotra. Son cours, d'en-* viron 400 kilomètres, est capricieux, pittoresque, tantôt insensible, et tantôt torrentueux.

Dans les temps très anciens, il formait un chapelet de lacs qui descendaient en échelons jusqu'à Andakana. La plaine de Didy, — où petits lacs, étangs, marais s'enchevêtrent, — est une imago de ce que fut la vallée du Mangoro. Le courant étant très faible, les seuils ne cédèrent que grain à grain, et des siècles passèrent sans laisser de traces appréciables.

Le haut Mangoro forme deux biefs : ses eaux s'étendent ensuite en une large nappe qui coule au milieu des rizières et serpente en nombreux méandres qui allongent la navigation mais diminuent la pente.

Au Sud, c'est la montagne avec sa couronne forestière, son pêle-mêle de rochers grisâtres, ses ravins, ses torrents, ses cascades, ses cascatelles et ses nuages de vapeurs irisées qui retombent en poussière d'eau.

Le haut Mangoro est calme, lent, paresseux comme le peuple de ses rives . Il se réveille aux rapides de Belambo et d'Antanjona. Les obstacles franchis, il redevient lent, lourd et ensommeillé.

Sarla rive gauche, c'est ia ilrûn^ iicnieiis*.-, ^illoanée de légers plis^erLems. l':>:.;r-f-j :-. VE< r^: les premières assises de la «raLi- :l.-1.. . :..'a:L:. Le paysage -rst ^juj our^ le m^L'^e, dr:?-?--. rr-roirL.! moao» loiie, mais ricLe vL prairie? l:xI ir-ii -. ■::. fc sqaets, ea esiérances. L»r capitrvii-e N-:..- * -.-:.? -e ■^^- Ia ^"ac^ cmplirorit. a court délai, de gra:. 1< :?:'-:>-?.

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Jusqu'à A^dakaiia, le MaL-ror- ne r nooiitre que deux rapides et ^uit une p -l: ■ d. 'l-.v : au Sv.d, des barrages rarrèicut; après i:..- 1.:îv millèLiaire, il les surmonte et se répand e:iiorre:.t a l'éiace iiifê rieur. Il L'a plus de gracieux coL:o:;r<. mais il e?: ■ ea;: de la beauté sauvage «lu s:t- . Pl.:s t.ie ruieres, :lus de bosq'jets, peud'haM^ati ns. Serré eritre devjt montagnes tortueuses, co'.Lv-rr;'. s ■-fiiiie épais <r- î\ ré: vierge, il se cabre ei. rageusemeiit. se crouse un o,-.:.:ù reciiligne, rapide, p^jur arriver plus vit / va la i:.r r. Ki^tre Andakana et Vohitromby, ^a violence. Iv lounvrr.- de sa cataracte, le choc des eaux con-.re les rv.ohers, les embruns qui rioueiit. comme une fuuiéj. :.;:-dessusde sesîîots, c'rtte iuue d-:- la matière c :.ire la matière sont d'une impressionnai/e majesié.

La vaiîée du Maugoro est a 9b0 mètres au-dessus

du niveau de la mer. Cette altitude tempère les chaleurs, et Tamplitude thermométrique oscille entre -j- 10® et + 28**. Cette vallée est exposée aux orages, aux cyclones et aux pluies diluviennes.

Le climat est doux, mais les hautes montagnes, les épaisses forêts, les vastes marais, les plaines incultes et humides, la mauvaise qualité des eaux du fleuve (les animaux même les boivent avec répugnance) rendent le pays fiévreux.

Les Bezanozano sont au'nombre de 10 à 12 000. Ils se sont tellement croisés avec leurs voisins qu'on ne les en distingue pas toujours très bien. Les dialectes se pénètrent aussi les uns les autres et paraissent devoir se fondre dans le dialecte littéraire des Hova.

Longtemps avant Radama P"^ les Antimerina ont fait des incursions chez les Bezanozano . Dès que ceuxci voyaient les chapeaux antimerina, ils se sauvaient, peut-être parce que chaque chapeau était accompagné d*un fusil. Toute invasion laissait derrière elle des colons hova. L'infiltration se faisait lentement mais régulièrement, et la civilisation hova se substituait à la civilisation bezanozano.

L'infiltration antimerina était si bien acceptée que les métis, comme le Mulet de la fable, se vantaient très haut de leurs pères les Antimerina.

Cependant la domination hova n'a pas pénétré, et les Bezanozano viennent à nous les bras ouverts.

Leurs traditions ne les gênent pas, leur histoire.

Sur la rive gauche, c'est la plaine immense, sillonnée de légers plissements, longée à l'Est par les premières assises de la grande chaîne malgache. Le paysage est toujours le même, désespérément monotone, mais riche en prairies naturelles, en bosquets, en espérances. Le capitaine Nèple pense que là s'accompliront, à court délai, de grands progrès.

La rive droite est un plateau sec et dur, de maigre végétation, coupé de cavées creusées par des torrents. Puis viennent les prairies, dont la couche d'humus s'est formée, siècle à siècle, des maigres herbes qui végétèrent à sa surface.

Jusqu'à Andakana, le Mangoro ne rencontre que deux rapides et suit une pente douce ; au Sud, des barrages l'arrêtent ; après une lutte millénaire, il les surmonte et se répand en torrent à l'étage inférieur. Il n'a plus de gracieux contours, mais il est beau de la beauté sauvage du site. Plus de rizières, plus de bosquets, peu d'habitations. Serré entre deux montagnes tortueuses, couvertesd'uneépaisse forêt vierge, il se cabre et, rageusement, se creuse un canal rectiligne, rapide, pour arriver plus vite à la mer. Entre Andakana et Vohitromby, sa violence, le tonnerre de sa cataracte, le choc des eaux contre les rochers, les embruns qui flottent, comme une fumée, au-dessus de ses flots, cette lutte de la matière contre la matière sont d'une impressionnante majesté.

La vallée du Mangoro est à 950 mètres au-dessus

du niveau de la mer. Cette altitude tempère les chaleurs, et Tamplitude thermométrique oscille entre -j- 10** et + 28**. Cette vallée est exposée aux orages, aux cyclones et aux pluies diluviennes.

Le climat est doux, mais les hautes montagnes, les épaisses forêts, les vastes marais, les plaines incultes et humides, la mauvaise qualité des eaux du fleuve (les animaux même les boivent avec répugnance) rendent le pays fiévreux.

Les Bezanozano sont au'nombre de 10 à 12 000. Ils se sont tellement croisés avec leurs voisins qu'on ne les en distingue pas toujours très bien. Les dialectes se pénètrent aussi les uns les autres et paraissent devoir se fondre dans le dialecte littéraire des Hova.

Longtemps avant Radama P"^ les Antimerina ont fait des incursions chez les Bezanozano . Dès que ceuxci voyaient les chapeaux antimerina, ils se sauvaient, peut-être parce que chaque chapeau était accompagné d'un fusil . Toute invasion laissait derrière elle des colons hova. L*infîltration se faisait lentement mais régulièrement^ et la civilisation hova se substituait à la civilisation bezanozano.

L'infiltration antimerina était si bien acceptée que les métis, comme le Mulet de la fable, se vantaient très haut de leurs pères les Antimerina.

Cependant la domination hova n'a pas pénétré, et les Bezanozano viennent à nous les bras ouverts.

Leurs traditions ne les gênent pas, leur histoire.

même celle du dernier siècle, est un mélange de contes, de fables, de souvenirs confus dont on ne peut rien tirer.

Ils paraissent de race bantoue, croisés de malais, d'arabes, de juif et d'indiens. Ils sont dolichocéphales, un peu prognates, bien constitués, bien proportionnés, un modèle de force et d'élégance, plus beaux que les Ântimerina et que les Betsimisaraka. Les femmes, surtout celles d'Ambilona, rappellent le type Indo- Européen, sont d'allures gracieuses, bien proportionnées, en réputation de beauté.

En 1889, le docteur Catat a vu Mararaanga. C'était un gros bourg. Ses maisons étaient en raphia, couvertes en paille, divisées en plusieurs pièces par des parois en zozoro. Une grosse poutre en palissandre ou autre bois précieux traverse la maison d'un pignon à l'autre . Vers le quart de sa longueur, une sculpture représentant deux seins de femme indiquaient le gynécée. Les maisons avaient des portes et des fenêtres fermées par une large planche . Deux ou trois pierres posées debout formaient la cuisine ; un ou deux escabeaux, parfois un lit, et des ustensiles de pêche composaient le mobilier. Les nattes étaient d'une propreté irréprochable; les portes étaient ornées de sculptures grossières mais originales.

Catat, Maistre et Foucart ont occupé Tune des plus confortables de ces maisons. Des bataillons, des légions, des armées de puces, plus nombreuses que les

étoiles du ciel et que les sables du bord de la mer se ruèrent sur eux et les mirent dans un véritable danger. Les piqûres sont si nombreuses qu'en deux ou trois nuits, dit le docteur Catat, elles donnent la fièvre .

En 1900, le général Gallieni a revu Maramanga. C'était une jolie petite ville, coquette propre, blanche, dont la plupart des maisons étaient en briques crues et à un étage. Les puces y sont peut-être moins nombreuses, moins assoiffées de sang humain, ce qui serait un grand bonheur pour les étrangers.

Le Bezanozano adore le repos. Il travaille pour se donner juste le vivre et l'abri . Il ne pense qu'aux besoins du présent. Demain est un intrus qu'il connaîtra toujours assez tôt. Si sa provision de riz est trop vite épuisée, il se retire avec sa famille dans la forêt, construit une hutte, vit tranquillement, sans souci, de feuilles, de racines et de miel. C'est lui qui a trouvé ce ^ joli proverbe < iN'allons pas plus loin, reposons-nous, ; le temps ne manque pas » .

Les Bezanozano transportent les marchandises, par les difficiles sentiers des monts, de la côte à Tananarive et de Tananarive à la côte. Ils font preuve d'une force, d'une agilité, d'une habileté, d'une douceur surprenantes. L'habitude qu'ils ont de porter de lourds fardeaux sur les épaules y fait développer des bourrelets charnus qui protègent la clavicule contre les chocs. Les enfants naissent tous pourvus de ces . appendices protecteurs.

Les femmes fabriquent des nattes et pèchent des crevettes, pour se procurer des vêtements et des bijoux.

Ils connaissent le dieu de l'amour, et je crois qu'à ce dieu s'arrêtaient leur théogonie et leur théologie .

Il y a, dans leur pays, des temples des différents cultes, mais ils n'y vont jamais. Ne comprenant rien aux pratiques extérieures ni à la métaphysique du christianisme, ils restent, comme les ancêtres, fétichistes.

Un jour, ils vont au temple par curiosité . Ils écoutent le ministre et ne comprennent rien ; ils écoutent encore et ne comprennent pas davantage. Ils s'ennuient, se consultent de Tœil, et partent tous ensemble, en se promettant de ne plus revenir.

L'au-delà est ce qui les tourmente le moins. Pourtant ils ont le respect des morts, chaque famille a son tombeau, et ces tombeaux serventde temples, d'autels, de siège pour les kàbary ^ .

IV. — Les Anlimorona ont pour voisins, au Nord, les tribus Betsimisaraka.

Les Betsimisaraka, «Beaucoup qui ne se séparent pas >, s'étendent le long de la mer des Indes, de

^ NÈPLB, op, oit,y t I, pp. ^4-376. — Vivien de Saint-Martw, Dic, verbo Mangoro, — Eusée Reclus, op. cU,^ t. XIV, p. 96. — — Abinal, op. eit,y p. 50. — Voy, du général GcUlieni (dans le Tour du Monde, n» 16, avril 1900). — Dr Catat, op, ciL, pp. 46-50.

Mahela au Fanambakely , et du rivage au sommet des monts et à la limite occidentale de la zone forestière; ils couvrent ainsi un parallélogramme d'environ 830 kilomètres de long sur 70 de large.

Ils ont le visage rond, le front saillant, le menton fuyant, le teint noir, luisant et peu foncé, les cheveux épais et peu crépus, la taille au-dessus de la moyenne.

Autrefois la femme avait la tête en vadrouille. D'après une photographie de M. Alfred Grandidier, on ne lui voyait qu'un angle du front, lés yeux, le nez et la bouche : on aurait dit une tête de saki.

Aujourd'hui, son immense chevelure est partagée en un nombre infini de petites tresses ; elle est moins simiesque mais encore très laide. Les femelles des grands singes ne s'enivrent pas et sont très bonnes mères. La femme betsimisaraka leur est bien inférieure, car elle s'enivre et se fait avorter.

Les Betsimisaraka sont de caractère doux, jovial, paisible, craintif et paresseux. Ils ne demandent à la terre que pour leurs besoins immédiats ; si une récolte venait à manquer, ils crèveraient de faim.

Leur probité les distingue des autres Malgaches, qui ont trop l'amour du bien d' autrui. Depuis que les Européens leur apportent du rhum, ils s'enivrent volontiers.

Ils sont guerriers médiocres et bons marins ; ils furent autrefois la terreur des Comoriens.

Les villages, construits à proximité des rizières, ne

forment qu^une rue et qu'une place. Les maisons sont rudimentaires, couvertes en feuilles de ravenala, ne peuvent contenir que quatre ou cinq personnes et ne ferment qu'au loquet. L'intérieur en est assez propre.

Les pauvres, — car les infirmités, la vieillesse, la paresse et l'ivrognerie font des pauvres, même chez les Sauvages, — les pauvres couchent sur des nattes . Les personnes riches ont des lits, des coffres, des lampes à pétrole, des marmites en fonte; parfois, mais rarement, des plats, des assiettes et des verres ; ordinairement ils ont pour plats, pour assiettes et pour verres des feuilles de ravenala.

Quand un Betsimisaraka doit partir en voyage, toute sa famille se réunit pour l'exhorter et le bénir.

lisent pour ancêtres, à ce qu'ils disent, le Crocodile et le Babakoto S lémure à courte queue, haut de 1"^ à r 10.

Les Betsimisaraka, comme tous les peuples inférieurs, sont crédules et superstitieux. Les Ombiasy les façonnent à leur usage, leur persuadent que trois et deux font quatre, et les exploitent à leur bon plaisir.

Les décès sont l'occasion d'orgies qui durent deux ou trois jours. Quand le mort est riche, on sacrifie des quantités de bœufs, et le betsabetsa coule à flots.

Ils aiment beaucoup la danse, et sur de traînantes

i Babaf père, et koto^ koto.

mélopées ils chantent, avec accompagnement de tambours, de grosses caisses et d'accordéons, des chansons très libertines.

Au commencement du xviii* siècle, les Betsimisaraka formaient une puissante nation. Ils avaient pour roi le caporal Labigorme, mari de la reine Beti, homme intelligent et bon français. Il a gouverné sagement son pays d'adoption et rendu service à son pays d'origine ^

< Abinal, op. cit,, pp. 47 et suiv., et 236 et suiv. — Ouillauxb Orandisier, Eist. delà fondation du royaume dei Betsimisaraka (dans le Bulletin du Comité de Madagascar^ 1898, pp. S75 et sniv.). Louis Catat, op, oit,, pp. 187 et suiv. — Cap. Nèpls^ op. oit,, t. I, pp. 305 et suiv.

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