‹ MadagascarChapitre 42 sur 73 · CHAPITRE PREMIER SIR FARQUHAR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER SIR FARQUHAR

I. Louis XIV reconnu roi du Sud de Madagascar. — II. Béti donne à Louis XV l'Ile Sainte-Marie. Nos possessions orientales. — III. Le comte de Maudave. — IV. Beniowsky. — V. Lescallier, Louis XVI et la Convention. — VI. Napoléon, Bory de Saint- Vincent, Decaen. — VII. Reprise de possession de Madagascar. — VIII. Les variations de sir Farquhar. — IX. Sylvain Roux. — X. Sylvain Roux et les gouverneurs de Bourbon. — XI. Radama I" à Foulpointe. — XII. Prise de Fort-Dauphin par les Hova. — XIII. Ranavalo P« et Charles X. — XIV. Louis-Philippe abandonne Madagascar. — XV. Ranavalo P« expulse les missionnaires. — XVL Conquêtes de Tamiral de Hell. — XVII Ranavalo I" expulse les Européens. — XVIII. La Révolution de 1848.

De 1642 à 1674, nous avons possédé Fort-Dauphin et tout le Sud de Madagascar. Nous pouvions alors, sans grand effort, mettre la main sur l'île entière.

Hélas ! les hommes qui ont martelé cette page de notre histoire coloniale ont manqué, tantôt de ressources, tantôt de génie, tantôt de ressources et de génie.

Louis XIV a bien vu et bien compris. Il pouvait beaucoup, mais il ne pouvait pas tout. Il eut contre lui tout le monde et eut tort d'avoir trop raison.

Néanmoins ces hommes nous ont créé des droits et donné, comme qui dirait, la nu-propriété de Madagascar.

I. — Flacourt a fait Louis XIV roi de TAntanosy, de TAmbolo, du Masikora, de TAntandroy, du Mahafaly, de tout le Sud de Madagascar. En 1649, il a fondé un établissement dans Tîle Sainte-Marie.

IL — En 1750, Béti, reine de Foulpointe, donne cette île à Louis XV. En 1754, elle renouvelle sa donation. Depuis cette époque, Sainte-Marie est occupée par la France.

En 1761, nous avons des établissements sur la côte orientale, depuis Fort-Dauphin jusqu'à la baie d'Antongil.

Six ans plus tard, la France revendique le monopole du commerce malgache et fait de Foulpointe le centre de ses op<5rations.

III. — En 1768, le comte de Maudavc est nommé gouverneur de Fort-Dauphin. Il est homme à réussir. Mais le gouvernement l'abandonne, et les traitants de rîle de France et de Bourbon le poursuivent de leur jalousie, le harcèlent, l'isolent, Taffament. Il

amena son pavillon et « les Anglais s'en sont réjouis comme s'ils avaient gagné une bataille » ' .

IV. — En 1773, le comte Auguste Beniowsky est fait commandant général de Madagascar. Le gouvernement ne lui envoie ni les hommes ni l'argent qu'il lui a promis. Les autorités de l'île de France s'efforcent de le retenir. Il déjoue leur vigilance et gagne Madagascar. Bien que sans ressources et en but à toutes les tracasseries que peut imaginer le gouverneur de l'île de France, il fonde Louisbourg et un sanatorium] il installe des postes à Fénérive, à Angontzy, à Foulpointe, à Taraatave, à Mahanoro, à Antsirak, dans l'île Marosse ; il ouvre des routes, notamment la grande route royale de Bombétoke à Antongilf dont les explorateurs de nos jours ont retrouvé des traces.

Le 14 février 1774 il prit possession, au nom du roi de France, de la grande île de Madagascar.

On sait comment il devint le chef, Tempereur de l'île entière, et comment une balle française a terminé sa brillante épopée.

Beniowsky mort, la France ne conserve à Madagascar que quelques postes de traite, un agent commercial, et juste le nombre de soldats nécessaire pour empêcher la prescription de ses droits ^.

ï PouoBT DE Saint-André, La colonitation de Madagascar sous Louis Xr; Paris, 1886.

> Beniowsky, Voyages et Mémoires^ Parii, 1791, fi vol.

V. — Louis XVI chaire Daniel Lescallier de faire des étades sur Madagascar. Lescallier propose à la ConTention roccupation de cette île. La Coav^tition a bien autre chose à faire. La France a sur les bras toute l'Europe et la Vendée qui, aidée de l'Angleterre, l'attaque par derrière.

VL — En 1801, le Premier Consul a signé la paix de Lunéville et se prépare à signer la paix d'Amiens. Se sentant les mains libres, il pense à reconstituer notre empire colocial perdu. 11 envoie Borr de Saint> A'incent à Madagascar ei c^ri oflScier distingué Toit, dans cet île, une admirable position sur la mer des Indes. En 1804, le Premier Consul, devenu empereur, charge le général Decaen d'organiser nos établissements de la Grande-Terre. Le général remplit sa mission avec beaucoup d'intelligence.

En 181 1, l'Empereur prépare sa funeste campagne de Russie. L'Angleterre, toujours aux aguets, voit nos colonies sans défense et s'en saisit.

Le traité du 30 mars 1814 rendit à la France Bourbon et Madagascar.

Vil. — 11 n'y avait pas qu'à prendre, comme on pourrait le croire.

Sir Robert Farquhar, gouverneur de l'île Maurice (notre ancienne ile de France), écrit au gouverneur de Bourbon que Madagascar est une dépendance de l'île Maurice et appartient à Sa Majesté Britannique.

Louis XVIII rejette bien loin cette iaterprétation anglo-jadaïque du traité de 1814.

Les cabinets de Londres et de Paris échangent un nombre considérable de lettres, de notes, de rapports, d'arguments, et le régent d'Angleterre lâche, avec regrets, une proie qui lui semblait fort appétissante. Il donne l'ordre à sir Farquhar do rendre.

Le digne gouverneur reçoit avec respect l'ordre régentiel, le baise, le met sur son front, puis le glisse dans un tiroir pour ne plus y songer. Nos administrateurs le savaient fin diplomate. Il était surtout le plus retors et le moins scrupuleux des procureurs.

Autrefois, au temps des guerres de l'Empire, l'Angleterre a trouvé que Madagascar ne valait rien, et l'abandonna. Sir Farquhar trouve aujourd'hui qu'elle vaut quelque chose et il s'y accroche, désespérément, de ses longues griffes et de ses longues dents. Pour en retarder la remise indéfiniment, à toujours si possible, il épuise son arsenal procédurier et emploie, sans sourciller, les arguments les plus ridicules. 11 sait bien d'ailleurs qu'il ne sera ni désavoué ni blâmé par son gouvernement.

VIII. — Il disait autrefois : «le traité de 1814 substitue l'Angleterre à la France dans ses droits sur Madagascar, donc Madagascar devient propriété de l'Angleterre ». Cet argument étant condamné, il glapit maintenant : « Madagascar appartient aux Mal-

gâches; aucune nation européenne n'a droit à une partie quelconque de son territoire ». Si on Fécoutait, bientôt il dirait dans la langue de Bilboquet : « ce pays n'est à aucune nation européenne, ce pays est à l'Angleterre ».

Cela ne va pas. Il conçoit un nouveau plan qui, pendant quatre-vingts ans, nous causera des embarras. De son autorité il fait Radama I** roi de Madagascar.

Il envoie dans l'île des missionnaires protestants pour former, à leur vilaine image, le moral des populations malgaches.

Il fournit à Radama 1% pour nous combattre, des instructeurs, des armes et des munitions.

Il envoie des artisans et des ouvriers pour instruire les Hova et les anglicaniser.

Et tout cela marche méthodiquement, d'ensemble, avec un parfait mépris de nos droits.

IX. — Sylvain Roux était, sous l'empire, agent commercial pour la France. Il revient, en I8I8, comme administrateur de nos possessions malgaches.

Il est intelligent, zélé, d'esprit juste et droit, très instruit des affaires malgaches. M. Louis Brunet ^, son compatriote, a eu la bonne pensée de le tirer

1 Louis Brunkt, La Ft ance à Madagascar^ 1815-1895 ; Paris, Hachette, 1895.

d'un injuste oubli, et de lui faire, dans son beau livre, la place qu'il mérite.

.X. — Sylvain Roux a trouvé dans M. Milius, gouverneur de l'île Bourbon, un homme compétent, bien accueillant, et nos affaires prirent une allure assez satisfaisante.

M. Milius s'en va, M. de Freycinet vient, et la situation change du tout au tout.

Sylvain Roux défend habilement, sciemment, pied à pied, les intérêts de la France. M. de Freycinet, très ombrageux, très ignorant des affaires malgaches, repousse systématiquement toutes ses propositions, toutes ses demandes , tous ses avis, le blâme à tort et à travers, le froisse, l'humilie, quand il devrait le féliciter et l'encourager.

Malgré les instances de Sylvain Roux, il ne fait rien pour préserver Vohemar des convoitises anglaises, rien pour enrayer les progrès des Méthodistes, rien pour empêcher le développement de la puissance hova.

XL — Le 24 avril 1822, Sylvain Roux reçoit la soumission des principales tribus cantonnées entre Fénérivc et la baie d'Antongil.

Dans le môme temps, Radama P% roi des Hova, prend le titre de roi de Madagascar. Poussé par Farquhar et les Méthodistes, il annonce qu'il confis-

quera, au profit de son domaine, tout terrain cédé à des Européens.

Cette proclamation, dirigée contre nous, n'est pas entendue de M. de Freycinet.

Radama fait savoir qu'il va venir prendre Fouipointe, qui nous appartient. Sylvain Roux demande des renforts. M. de Freycinet envoie des vaisseaux, et ces vaisseaux ont l'ordre de contempler, d'admirer, de laisser faire ... et Radama prend Foulpointe.

XII. — En 1825, Fort-Dauphin était occupé par un officier, M. de Grasse, et quelques hommes.

M. de Blévec, successeur de Sylvain Roux, mort de chagrin, informe le gouverneur de Bourbon que Radama P*" envoie, pour prendre Fort-Dauphin, une armée de plus de trois mille hommes.

Eh bien! c'est pour nous une bonne occasion. M. de Blévec, homme d'initiative, a gagné les Betsimisaraka, les Antanosy, les Antandroy et autres tribus méridionales. Que M de Freycinet envoie quelques navires autorisés à faire feu, une moitié de l'île se précipitera sur les Hova, les écrasera, assouvira sa vengeance, les enfermera pour longtemps, peutêtre pour toujours, dans l'Imerina.

M. de Freycinet fait la sourde oreille. Les Hova avancent à petites journées, prudemment, éclairés par une forte avant-garde. Ils arrivent sans être inquiétée et défilent devant Fort-Dauphin.

M. de Grasse renonce à la résistance. On peut combattre un contre dix, et c'est déjà beaucoup; on ne peut combattre un contre mille. Il fait une capitulation honorable. Pour les Hova, cette capitulation est un piège. Ils viennent dans le fort, au nombre d'une vingtaine, sans armes, comme des curieux qui cherchent à tuer le temps. Ils choisissent leur moment, se jettent à Timproviste sur les quatre soldats sans défiance, les ligottent solidement, abattent notre mât de pavillon, arrachent, déchirent et foulent aux pieds notre drapeau.

M. de Frey cinet envoie alors la corvette le Sylphe. . . pour enlever M. de Grasse, qui avait profité d'une nuit de tempête pour se sauver et faire flotter encore, sur un îlot de la baie de Sainte-Luce, le pavillon fleurdelisé.

Les Hova s'étaient avancés avec précaution parce qu'ils craignaient une intervention des Français. Ils demandent des secours aux Anglais. M. de Freycinet, on ne peut plus talon rouge, fait passer cette demande au gouverneur de Maurice.

Les Anglais sont stupéfiés. Dans cette étrange courtoisie ils voient une faiblesse, et disent et font facilement croire, que la^ France a été vaincue et réduite en esclavage par la toute-puissante Angleterre .

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