‹ MadagascarChapitre 43 sur 73 · XIII. — A Radama P' succède Raiiavalo T* ou · texte numérisé non relu

XIII. — A Radama P' succède Raiiavalo T* ou

Rabodonandrianampoinimerina, ce qui veut dire : « Gentille reine au centre de Tlmerina * .

Dirigée par les Ombiasy et les Sikidy, fanatique des divinités nationales, elle a la haine des Chrétiens. Chaque année de son règne, qui dura trente-trois ans, elle a fait mourir dans les supplices de vingt à trente mille personnes. Quand elle rendit au diable sa vilaine âme, elle avait efifacé du sol des milliers de villages et réduit de moitié la population de l'île. On lui donna le surnom de Coligula femelle.

Radama I'*" était mort depuis quinze mois quand lui vint une idée bien malgache : celle de visiter, amuser si possible, sa veuve inconsolable et fidèle . Le dieu Zanahary bénit ses amours posthumes, et, neuf mois plus tard, Ranavalo I'* lui donna un beau fils qui reçut le nom de Rakoto. La bonne dame adorait ce fils * et disait souvent : « Quel bon fils que ce Rakoto ! C'est Radama en personne! ».

Autant elle aimait Rakoto, autant elle détestait Hastie. Elle attribuait à cet ivrogne la mort prématurée de son mari, et se rappelait avec colère qu'un jour il lui avait dit : « Vous êtes la première femme de Radama, mais vous êtes aussi la plus méchante.

1 EUe n*a jamais aimé que Rakoto et un taureau; elle u*a jamait pleure qu'une fois, c'est quand mourut ce taureau. Elle fut inconsolable et lui fit faire des funérailles magnifiques; les maréchaux eurent Thonneur de le porter au tombeau; etlon^tem[is après, ces hauts fonctionnaires se faisaieni gloire de cet acte de courtisannerie (H. d'ëb- CAMPs,op. ciY., p. 212).

Faites comme nous, buvez, et vous deviendrez bonne» ^

Elle haïssait vigoureusement Hastie, les Anglais et les Français. Sa haine pour les Français se manifestait alors par des spoliations et des massacres.

M. de CheflFontaines, gouverneur de Bourbon, expose au gouvernement qu'il faut ou abandonner l'île Sainte-Marie et nos prétentions sur Madagascar, ou venger nos injures et reconquérir nos droits.

L'Europe est en paix, bien tranquille, et Charles X ne prévoit aucune complication.

En 1829, il envoie une division navale commandée par le capitaine de vaisseau Gourbeyre.

Cet ojBBlcier supérieur fait des propositions de paix . Elles sont repoussées avec dédain. Bientôt les échos de Tananarive répètent des bruits sinistres : c'est le canon qui hurle, c'est le clairon qui sonne la charge, Tintingue qui tombe, le fort de Tamatave qui s'écroule, les débris de l'armée de la reine qui courent affolés et répandent Uépouvante depuis le bord de la mer jusqu'au palais royal. Autour de la reine tout le monde a peur et demande à traiter. On fait un traité et la reine doit le ratifier avant le 31 décembre.

Les Méthodistes lui conseillent de ne pas se presser, de temporiser le plus possible.

Charles X ne veut pas être dupe et décide l'envoi

1 G. GRANDiDiiiRf Voyage de Ranavalo J»"» à Manerinerina {Re- 9Uâ dé Madag., 1900, p. 14).

de forces considérables. En même temps, le prince de Polignac fait offrir à Ranavalo 1"* des conditions honorables pour les deux pays. En cas de refus la guerre sera poussée à fond, jusqu'à l'anéantissement de Thégémonie hova et de la dynastie fantômale créée par sir Earquhar.

XIV. — Sur ces entrefaites, les Bourbons sont renversés, et Louis-Philippe, leur bon parent, roule sur eux la pierre du tombeau.

Le nouveau roi rappelle les forces envoyées par son cousin Charles X, et donne Tordre d'évacuer Tintingue et Sainte-Marie. On évacue Tintingue mais on ajourne, sine die, l'évacuation de Sainte-Marie. Nos alliés Betsimisaraka sont égorgés sous nos yeux; Ranavalo refuse de traiter ; des têtes de soldats français pourrissent sur des pieux, le long du rivage de la mer; les Méthodistes, les instructeurs, les ouvriers de Farquhar protestantisent les Malgaches, marchent à la conquête religieuse, politique et commerciale de l'île : mais la merci Dieu ! Ventente cordiale est sauve I

Pourtant, Louis-Philippe a donné des preuves de bravoure, de patriotisme et de bon sens. Pourquoi n'a-t-il rien fait ? Parce qu'il avait sur les bras la conquête de l'Algérie ; parce qu'il n'était pas assez fort pour entretenir une armée en Afrique et défendre en même temps, contre une agression toujours possible,

les frontières continentales de la France; parce que l'Angleterre pouvait, par ses intrigues et ses sterlings, occuper nos forces sur le continent et nous dérober l'Algérie.

XV. — Depuis longtemps Ranavalo méditait l'expulsion des missionnaires et la déchristianisation de Madagascar. Quand elle apprit que les Français revenaient à Madagascar, elle ajourna ses projets et garda près d'elle, pour la conseiller, les révérends Méthodistes.

L'orage passé, sa haine lui remonte aux lèvres.

Un chef influent lui montre publiquement, ce qu'elle voyait très bien, que les missionnaires séduisaient les Grands, les hommes libres et surtout les esclaves, pour ouvrir aux « Vestes Rouges » les portes de Madagascar.

La bonne dame pleure, rugit, endeuille la cour, la ville et le pays. C'est une veillée de colère. Le P' mars 1835, elle décide que les missionnaires anglais quitteront immédiatement Madagascar, et que, de ses sujets catholiques, les uns seront mis à mort, les autres soumis à l'horrible supplice des fers.

L'Angleterre perd, en un jour, le fruit de quinze ans d'hypocrisie, d'eflforts considérables, de sacrifices énormes, et le moyen de nous supplanter dans l'île.

XVL — Malgré Ranavalo et les Anglais, nous

éteadonn uotre pouvoir sor les cdtes et sur les îles de rOccident.

En 1840^ Tsiomeka, reine sakalava, cède à la

France Nony Bé, Nosy Cumba, et tout le pays comprih fiiïtre la baie d'Ampasiadava et le cap Saintr- Vincent.

L'année suivante, Tsimiaro nous cède son royaume d*Antaiikarana, Nosy Mitsio, Nosy Lava, Nosy Faly et autres petites îles voisines de la Grande Terre ^

Le 25 avril 1841, Andrian Soli, roi sakalava, nous cède Mayotte.

Dans son arrêté de prise de possession, Tamiral de H(îll dit : De même que V Angleterre fonde son droit de souveraineté sur le continent de la Nouvelle^ Hollande (Australie) sur ce fait de la prise de possession de liotanj/'Bay, de même on ne saurait contenter ù la France la souveraineté de toute Vile de Madagascar, par application du même principe et en conséquence de la prise de possession et de Foccupalion par elle de diverses parties de la côte Est, notamment du Fort-Dauphin, de Foulepointe^ Tamatavej la baie d'Antongil^ etc. *.

C'est bien dit et ça frappe juste.

XVI L — Entre temps des Français et des Anglais ont ropris pied sur la côte orientale.

ï Dk Ci.brQj lifcueil des traités de la France. • HuUetin de Vile Jiourbon, aiméa 1841, t. IV. — Henry d'Es- OAMPH, op. oit.f p. 158.

Cela déplaît à Ranavalo. Peu à peu la colère lui monte à la gorge, et le 13 mai 1845, elle lauoe uu ukase terrible.

Les étrangers n'auront aucun droit, ils devront obéissance au dernier des Hova et pourront être ven-dus comme esclaves.

Ils accepteront cet ukase de suite ou leurs maisons et marchandises seront livrées au pillage.

L'amiral Romain Desfossés et un Anglais accourent, embarquent, sous la protection de leurs canons, les personnes et ce qu'elles peuvent sauver de leurs biens. Ils n'osent pas faire davantage, de peur que Ranavalo n'égorge les Européens qui sont encore dans l'île.

Le sauvetage terminé, les moyens de conciliation épuisés, l'amiral français et l'officier anglais bombardent et prennent le fort de Tamatave, tuent un grand nombre de Hova et mettent les autres en fuite. Les munitions venant à manquer, les Français et les Anglais qui avaientétémis à terre, regagnent leur bord, et oublient, par une erreur incompréhensible, d'enlever les morts.

Au moment du bombardement, Razakafidy, gouverneur, était ivre-mort. Il s'enferma dans un souterrain, se blottit dans un coin, se serra contre la muraille regrettant de ne pouvoir, comme un lézard, se glisser et disparaître dans quelque petite fente.

Le danger passé, il se lève et se gonfle. Panurge

excepté, il n'y a pas au monde plus brave, plus ardent, plus belliqueux, plus terrible. Un matelot blessé se trouve sur son passage : il le torture horriblement, impitoyablement. Dix-sept soldats morts gisent devant la forteresse : il les décapite, fiche leurs têtes sur des piques et plante ces piques sur le rivage où, le lendemain, au départ, Tamiral peut leur envoyer une larme et un salut.

Dix ans après, M. Charles Jeannette, de Tîle Bourbon, les enlève (non sans risquer beaucoup), et les ensevelit. En 1883, elles furent transportées à Sainte-Marie et déposées sur le point culminant de Tîlot Madame. Sur ces reliques on a élevé un monument très simple, tout blanc, haut d'environ deux mètres, portant cette inscription qu'on ne lit pas sans émotion :

Page 1