‹ MadagascarChapitre 44 sur 73 · HIC CAPITA JACENT · texte numérisé non relu

HIC CAPITA JACENT

Razakafidy croit qu'il a remporté une grande victoire et se prend pour un héros. 11 écrit à la Reine que les Français et les Anglais ont bombardé Tamatave, qu'il leur a pris des armes, qu'il a < tué un » grand nombre de ces lâches », qu'il a « fait tran- » cher la tête à dix-sept d'entre eux, et qu'il a fait > mettre ces têtes sur des piques, afin d'épouvanter » tous les Européens qui auraient, comme ces bri- » gands, l'intention, dit-il, d'envahir notre pays » . Il assure que les canons du fort ont fait aux navires un mal énorme et leur ont tué tant de monde que

€ Tinfection des cadavres vient jusqu'à terre ». Ce vaillant assure que jamais plus on ne verra, sur les côtes malgaches, d'Européens. S'il en venait, par hasard ou par étourderie, il en ferait son affaire et n'en laisserait pas un seul vivant.

Jean Laborde, Rakoto, le Premier Ministre pensent que Razakafidy est un impudent menteur. Mais les Ombiasy, les Sikidy^ les idolâtres, les lucifuges — qui haïssent les Européens parce que les Européens portent toujours avec eux un peu de lumière — prétendent qu'il dit la vérité, qu'il est un héros, que sa victoire, éclatante et décisive, est de celles qui marquent dans la vie d'une nation. La Reine dit comme eux. Les sages n'ont qu'à se taire. Il est dangereux de s'attaquer aux idolâtres, dit le Premier Ministre à Jean Laborde. La Reine elle-même, bien que toute puissante, doit compter avec les Ombiasy, avec les Sikidy^ avec tous les malins qui vivent des dieux.

Les ministres rédigent alors, au nom de leur «divine maîtresse, la reine de Madagascar», une proclamation dithyrambique. Sa divinité approuve la < noble conduite » de Razakafidy et lui donne, en récompense de « sa vaillance », le grade de maréchal. Elle dit que les Européens sont les plus grands ennemis des Malagasy, qu'EUe ne veut plus avoir de rapports avec eux^ qu'Elle leur interdit l'eau, le bois et tous les produits du pays.

Cette proclamation magnifique, préface d'un grand

Kabaryy finit à peu près ainsi : tirez du canon, fête? notre grande victoire, ébaudissez-vous ^

XVIII. — L'opinion publique s'indigne. C'est une honte pour la France de se laisser ainsi malmener par une demi-sauvagesse. Des pétitions montent jusqu'au roi, Guizot est partisan d'une action. On réfléchit profondément, trop longtemps. La révolution de 1848 arrive, emporte sous d'autres cieux le roi et son ministre ; le nouveau gouvernement pense à autre chose, et nos alliés répètent avec tristesse : « les Français passent, mais les Hova restent »,

Oui, les Hova restent; et les Anglais, qui finissent toujours par se glisser dans le pays, les excitent et les dressent, comme des chiens de chasse, contre nous.

1 Louis I^runrt, op, cit,, p. 253. — < Henry d'Escamps, ojp. eu., p. 173. — G. Grandidier, Voyage de la reine Ranavalo /f» d Manerinerina {Bévue de Madagascar, 1900, janvier).

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