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V. — Au Sud-Ouest du Betsileo s' étendent les pays Bara

Une zone déserte sert de tampon entre les pays libres et les pays soumis aux Antimerina. Les Fahat?a/o y trouvent un asile, une retraite, d'où ils peuvent guetter la proie et la saisir à l'improviste.

Les Antimerina ordonnaient aux voyageurs de faire la chasse aux Bara qu'ils rencontraient dans cette zone. Les voyageurs n'en faisaient rien, mais, admirateurs des Antimerina, ils chantaient leurs louanges et se disaient leurs amis. Or, être amis des Antimerina c'était être ennemis de tout le reste de Madagascar, et tous les indigènes s'ingéniaient à supprimer les imprudents voyageurs.

Au Sud et à l'Ouest du Betsileo c'est la brousse bara et la brousse sakalava, la région des termites.

Ces petites bêtes républicainesont familles, ouvriers, soldais, architectes. Elles sont combattives, comme les hommes leurs voisins, et se font volontiers la guerre de tribu à tribu. Leurs architectes construisent aussi facilement leurs phalanstères qu'ils détruisent les palais des hommes. Leurs habitations de la brousse sont coniques, hautes d'une soixantaine de centimètres, parfois si nombreuses et si pressées qu'elles paraissent former des villages en miniature.

L'histoire n*a pas connu les Bara avant le XIX' siècle.

D'après une tradition, les Zafimanely auraient pour

ancêtre Rakanjobé, fils d'un blano, naufragé sur la côte orientale. Une autre tradition donne pour père à cette tribu un Bourbonnais.

Les Bara ont pris aux Tanala une moitié du sang qui coule dans leurs veines et les ethnologues leur attribuent une origine arabe.

Leur nom signifie « sauvages >, et ils le tiennent des Betsimisaraka.

Dans le Betsileo et le sud de Tlmerina ils passent pour des brigands.

Rakanjobé habitait Andrizaha, dans Tlvondro. La Case lui a vendu des fusils qu'il n'avait pas dii payer cher, a fait la guerre avec lui, a pris sa part de la conquête et du butin.

Rakanjobé, toujours en quête de pâturages, continue de s'avancer au Nord et finit par s'emparer des plaines situées au sud du Betsileo.

Au commencement du xix'' siècle, deux de ses descendants se disputent le pouvoir. Ils prennent pour arbitre Radama P"*, et Radama partage en deux le royaume des Bara.

Peu après, il envoie dans le Sud une petite colonne, bien inoffensive, bien amicale, pour faire du commerce, soi-disant; en réalité, elle devait sonder le terrain, créer un parti hova, fonder un comptoir qui, le moment venu, se transformerait en poste militaire. Rasahela, mpanjaka du Bara-bé, reçoit à bras ouvert les Antimerina, mais il devine leur but, coupe le cou

aux malades et dit qu'ils sont morts de maladie. Radama sait à quoi s'en tenir* saisit^ ligotte, porte à Fianarantsoa, jette dans une fosse avec un chien mort et fait mourir dans Teau bouillante le malheureux Rasahela.

Radama dût, toutefois^ abondonner son projet, Ranavolo r"* l'a repris et mené à bien. Les Bara sont toujours insoumis, mais l'ennemi est au milieu d'eux, les surveille, les guette, et dit qu'il est leur maître.

Bara et Tanala ont maille à partir. Bara et Tanala restant obstinément rebelles aux Antimerina, les Anlimerina les verront avec plaisir se saigner, s'affaiblir les uns les autres, se forger, de leurs propres mains, des chaînes. A ce moment les Français arrivent, les Hova disparaissent, Bara et Tanala posent les armes. Ils savent, depuis quelques années, qu'ils n'ont plus à craindre pour leurs femmes, leurs bœufs et leurs récoltes, et trouvent que la civilisation française a du bon.

Les Bara sont robustes et de haute taille ; leur teint va du jaune clair au plus beau noir; ils ont le nez aplati, les lèvres épaisses, les yeux bridés, les cheveux crépus, la physionomie inintelligente, un peu bestiale, et reproduisent les types africain et sakalava. Les chefs sont beaux hommes et tiennent beaucoup des Arabes.

D'après des photographies du docteur Catat et du capitaine Nèple, les femmes bara sont remarquablement laides.

Hommes et femmes portent les cheveux longs, roulés en petites boules enduites d'une épaisse couche de terre, de graisse et de bouse de vache. Cette pommade dissimule leurs cheveux et leur donne une odeur repoussante. Ces boules savamment disposées et surmontées d*un énorme chignon leur forme une double et une triple couronne.

Une longue aiguille en bois, en os ou en cuivre est plantée dans ces masses chevelues.

Les grandes dames du xviii' siècle étaient belles, richement parées, et leurs coiffures magnifiques étaient à plusieurs étages. C'était lourd, incommode, malsain, inesthétique, mais très habité. Ces belles dames étaient armées d'une longue tige terminée par un crochet d'ivoire, d'argent ou d'or qui leur servait à taquiner les dégoûtants parasites qui, férocement, les perçaient, les pinçaient, les suçaient en bêtes avides de sang. La coiffure des dames bara, comme celle des grandes dames françaises, était une garenne, et Taiguille, comme le grattoir^ une arme de chasse.

Les Bara sont fous d'ornements et se parent de colliers, de bracelets, de boucles d'oreilles, de chaînes, etc.

Quand ils sont jeunes, on leur fait, sur les pommettes, trois entailles qui convergent vers le menton.

Plus on s'éloigne des centres commerciaux, plus les chemises et les lambas deviennent rares. Les

Bara les remplacent par des nattes et des pagnes d'écorces préparées.

On ne voit jamais un Bara sans ses armes ^ et sans ses ody *.

Sur la place principale de chaque village se trouve le fétiche communal.

La thérapeutique bara consiste en un mélange de terre et de graisse que Ton applique sur toutes les parties malades.

Chaque tribu se compose d'un grand nombre de villages, ordinairement situés dans la plaine et entourés de haies de cactus. Chaque village a son chef, et ce chef se qualifie pompeusement de mpanjaka, € roi » ou « souverain ».

Chez les Antimerina, ce titre n'est donné qu'à la reine de Tananarive; les Sakalava insoumis ne l'accordent qu'aux chefs de tribu ; chez les Bara et dans le midi, les chefs de tribu, les chefs de district, les chefs de village, les chefs d'une dizaine d'individus se donnent du mpanjaka. Le docteur Catat était mpanjaka ; il assure, — peut-être dit-il vrai, — que cette appellation royale n'a pas troublé ses idées.

Les Bara n'ont pas de monnaies et leurs transactions se font par échange.

1 Un fusil à pierre et deux 8a<>:ayes.

' Des cornes de bœufs remplies de miel, de résine, de boue; parfois rOdy est un morceau de bois, parfois une statuette grossièrement sculptée.

Au sud du Bara, c'est le désert d'Horombe, qui prolonge le plateau central. Taudis que Tlmerina et le Betsileo sont très accidentés, coupés de montagnes, de hautes collines, THorombe, plat, monotone, a pour relief les quelques plissements, les quelques ondulations où naissent les ruisseaux qui forment les affluents de droite de TOnilaby \

VI. — Au XVI» siècle, les Malais, ou plutôt les Javanais, pères des Andriana (nobles) de l'Imerina, furent pris par les moussons de l'Est et jetés, comme tant d'autres, sur la côte orientale de Madagascar.

Ils trouvèrent là de belles rizières, des plaines magnifiques portant de nombreux troupeaux. Ils se croyaient au terme de leurs misères, au port. Hélas ! la place était prise. Des Silamo, € Arabes musulmans », avaient conquis le pays sur les Indo-Mélanésiens. Ils ne veulent pas des nouveaux venus et sont assez forts pour faire respecter leur volonté.

Les Hova reprennent le bâton de voyage, bien à contre-cœur. Ils gravissent péniblement les hautes montagnes, traversent en tremblant, l'œil aux aguets, la forêt vierge immense, aussi vieille que la terre malgache. Les arbres s'élancent à des hauteurs prodigieuses et mêlent leurs rameaux. C'est à qui

i D»" Catat, op. cit,, pp. 131 et suiv. — Cap'^ Nèple, op, cit.^ t. I, pp. 381 et suiv. — Elisée Reclus, op. cit., t. XIV, p. 92. — Voyage du général GMiéni, — Cinq mois autour de Madagascar (dans le Tour du Monde^ 1900, n» 14, p. 160).

aura de la lumière et du soleil. La brise souffle sur ce toit vivant et chantant ; la luiiaière filtre par des ouvertures fugitives, et treoxblotte sur les mousses comme des feux follets sur un marécage. L'œil inquiet se perd dans des profondeurs vagues et indécises. Il faut franchir des ravins, tourner des précipices où hurlent des torrents, escalader des arbres tombés sous les coups de la foudre ou des ans, ensevelis sous des mousses^ des lianes et des fleurettes.

La nuit, à la lueur du foyer, la flamme se joue dans les feuilles, les arbres prennent des formes fantastiques, on entend des bruits étranges, épeurants, toute une gamme depuis les rugissements de Torgue, jusqu'au murmure des feuilles, depuis le glapissement du lémure qui saute de branche en branche jusqu'aux efi'arements de combats de taureaux imaginaires.

Après bien des jours et bien des nuits, entre .1555 et 1560, les infortunés voyageurs atteignent le plateau central.

La terre est rougeàtre, sèche, poussiéreuse et paraît stérile. Ils s'en contenteraient, mais les Vazimba la possèdent et prétendent la garder. Malais et Vazimba en appellent au sort des armes et à la justice des dieux. Ils crient, chantent, hurlent, menacent de tout détruire. Nous connaissons trop ces Matamores qui remplissent

tour à tour,

Les hommes de terreur et les femmes d'amour.

Corneille, L'Illusion,

Les femmes vazimba ont tenu à honneur d'accueillir à bras ouverts les nouveaux venus. Elles ont donc, dans les deux camps, des maris, des frères et des amants. Nouvelles Sabines, elles se précipitent entre les combattants, lèvent vers eux leurs innocentes mains, et ces farouches guerriers, qui se sont épuisés en vantardises, sont heureux d'avoir un prétexte pour déposer les armes. Ils font des sacrifices solennels, des serments non moins solennels, et les Malais épousent des femmes vazimba.

A Tarrivée des Malais sur le plateau central, le pays était divisé entre un grand nombre de minuscules potentats, très fiers, très indépendants les uns des autres, très convaincus de leur importance. 11 est prouvé, par des chants de bardes malgaches, qu'ils descendaient directement des dieux '.

1 Aux temps heureui et très lointains où les dieux daignaient visiter les hommes et parfois caresser leurs femmes, Zanahary permit à son ûls Andrianerinerina de jouer avec les Vazimba. Il recommande à ces derniers de ne pas lui donner de viande de mouton parce qu'elle lui fait mal.

l\ en fut comme de la pomme d'Eve, tant il est vrai que rien n*est parfumé, savoureux, désirable comme le fruit défendu.

Le dieu avait à peine réintégré son tabernacle qu* Andrianerinerina dévorait un gigot de mouton. Il en eut une indigestion et ne put rentrer, le soir, au tabernacle paternel.

Zanahary, très en colère, parle d'anéantir le peuple désobéissant. A la réflexion, il juge que ce serait peut-être un peu sévère de détruire,

Les rois de Tlmerina ont trouvé mieux : ils se dirent Andriamanitra hitamasOy c'est-à-dire « les dieux que les yeux voient » .

Ils avaient la prééminence sur les Vazimba. Ils voulurentla domination. Un jour Andrianjaka achète aux Antalaotra une cinquantaine de fusils et trois barils de poudre. Se sentant le plus fort, il attaque les Vazimba et les soumet.

Ceux-ci ont vécu comme nation, mais ils revivent dans les maîtres de leur pays. Les rois et les Andriana ont pour mères des princesses vazimba; les Hova ont pour ancêtres les Malais et les anciens chefs des Vazimba.

Les rois malais ont apporté l'astrologie, la divination par le sikidy, les sampy ou amulettes, et le Kelimalaza, talisman national \

pour un gigot, toute une race d^hommes. Sans abandonner tout à fait sa première idée, il pose aux coupables ce dilemme : Reconnaissez-vous esclaves de mon fils, ou préparez-vous à mourir.

C*est dur d^étre esclaves, mais c*est encore plus dur de mourir : ils choisissent l'esclavage.

Andrianerinerina reçoit du ciel une femme. De cette femme il a un fils Andriananjavonana; Andriananjavonana engendre Andrianamponga, le plus ancien roi connu des Vazimba, ancêtre de la princesse Ranjita, femme d'un Javanais et mère du premier roi de la dynastie qui fit la conquête de Madagascar. (A. Grandidier, Les Origines, p. 74, note).

1 Ce talisman était soigneusement enveloppé d*herbes et de feuilles de bananier. On le cachait à tous les regards et l'on ne disait pas, sûrement pour de bonnes raisons, en quoi il consistait. Balambo, second roi malais, lui donne un village et des gardiens. La femme Kalobé l'avait apporté d'Isandra (Betsileo) et le tenait d*un Antimorona du

Andrianjaka attribue aa Kefimalaza la conquête à^Analamanga^ qu'il a nommé» AnUmanarivo^ < Ville des Mille Guerriers », et chôme pour sa capi* taie.

Les rois malais deviennent ainsi les maîtrat de rimerina. Ib sont les plus intelligents des Malgachet» ils ont un embryon d'administration, ils ont la meilleure des situations, ils finiront par dominer sur uii# bonne partie de l'île.

Snd-Eft. £!!• eosnaitsait les rites wKttiJÈ de ton cmlte «t les eoseigaait à sas gardiens. (Ai^&xd Grakdidisr, L'Origine d^s Malgmekes^ p. 72, noU). — Abinal, Vingt ans d Madagascar^ Paris. Leoofl^, 1SS5, f 2».

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