‹ MadagascarChapitre 8 sur 73 · SUPERSTITIONS · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS

I. Zanal)ary. — II. Les Anges. — III. Les Dzinis. *• IV. Morts récalcitrants. ~ V. Les Spectres. — VI. Les Sacares. — VII. Les Sorciers. — VIII. Les Ombiasy. — IX. Les Aulis.

I. — Flacourt accuse les Malgaches de n'avoir pas de religion. Il veut dire qu'ils n'ont pas la même que lui. Encore à demi-barbares, ils ont, plus que les civilisés, la peur qui fait les dieux. Ils croient, et les civilisés ont l'air de croire.

Zanahary, leur dieu, a créé les sept cieux, les sept terres, les anges et les hommes. Comme Ormuzd, il entretient la vie de tous les êtres, féconde la terre et donne les bonnes pensées. Il est unique, souverain, omniscient, tout puissant, infiniment bon, « père du jour ^ ».

Us ont aussi un diable ^ et ce diable est proche parent d'Ahriman, frère d'Ormuzd. Il est éternel, tout puissant, auteur de toute corruption morale et physique, « père de la nuit ».

Entre le dieu du bien et le dieu du mal la guerre est ouverte. Elle dure depuis l'origine des temps et durera « tant que dureront les siècles ». L'univers est leur champ de bataille. L'un s'acharne à créer, l'autre

^ Flacourt, Avant^ropos. — HUt,, ok. xtii.

à détruire, Tun à multiplier ce qui est bon, l'autre à multiplier ce qui est mauvais.

Les Malgaches du Sud déduisent de ce dualisme que le dieu est inoffensif et le diable nuisible. Aussi, quand ils font des sacrifices, le premier morceau est pour le diable, qu'ils craignent, et le second pour le dieu, qu'ils ne craignent pas.

A la vérité, le dieu n'y perd guère, car les malins gardent pour eux tous les bons morceaux.

Un bon jaloux du temps du roi Louis XI faisait comme eux. Il brûlait une chandelle devant l'image de monseigneur saint Michel, et une devant celle de monseigneur le Diable, pour voir, disait-il, « se Dieu ou Diable le pourroit guarir * >.

En réalité, les Antanosy ne prient ni Dieu ni Diable, n'ont ni temples ni autels et ne sacrifient que pour manger de la viande *.

Fiacourt fait cette suggestive réflexion : « Ils » n'adressent à Dieu aucunes prières, si ce n'est » quelque particulier qui sera plus sage et advisé que

1 En réalité, les Malgaches ne tremblent pas au nom de leur dieu. Est-ce, comme le dit M. Ch. Bénévent, parce « qu^il est trop bon, ce dieu, et quMl ne frappe ni assez fort ni asses visiblement » f Non. Les peuples craignent les dieux quand les dieux ont un clergé puissant soutenu par le pouvoir civil. En France, au temps de saint Louis, « déjà les laïques n*obéissaient à Téglise que par crainte du pouvoir royal ». (Lavissb, Hist, de France^ t. III, ii« part. p. 66).

« SoucHU DE Rennefort, ojf». Cit., p. 185. — Flacourt, Av<knt^ropo$ et ^15^., ch. xxvii. — Gauche, op. ott, p. 120. — • Ch. BéMÉVEMT, Conception de la mort chez Ut Malgaches. (Rev. de Madag.^ sept. 1901).

» les autres, comme sont les Zafferaminî et les plus

» Grands d'entre les Noirs, qui, par quelque sorte de

» tradition de leurs ancêtres, font quelques prières à

» Dieu en lui demandant des richesses, des bœufs,

» des esclaves, de l'or, de l'argent et des choses

» temporelles ; mais pour les choses spirituelles ils

» n'y songent point; ils sont fort adonnez à la paillar-

» dise et estiment aussi celuy-là malheureux qui n'a

» point de femme, et plus encore celuy qui n'a point

» de mignonne ^ ».

IL — Les Antimorona, les Antanosy et la plupart des autres Malgaches ont sept cieux, sept terres, sept enfers. Ils ont des anges pour remuer Tair, former les nuages, porter, tirer, pousser le soleil, la lune, les planètes et les étoiles. Ils n'ont rien inventé. Mahomet, truchement d'Allah, dit dans le Koran (ch. ii, v. 27) : « C'est lui (Allah) qui a créé pour vous tout ce qui est » sur la terre ; il se porta vers le ciel et en forma sept » cieux, lui qui s'entend en toutes choses ».

Jusqu'en plein xvii* siècle, les cosmographes chrétiens supposaient, malgré Kopernik, Kepler et Galilée, six, sept, neuf, douze et même seize cieux concentriques, et des anges pour porter, tirer, pousser les corps célestes.

Les anges ont pour compagnons les Djinn, les Iblis, les Sakary, les démons, les esprits malins qui ont

1 Flaoourt, HUt,^ eh. xxvii.

pour mission de tourmenter les hommes, de les porter au mal, puis de les punir. Ils sont commandés par Ra Salomanga, fils de Ra Davoda (le seigneur Salomon, fils du seigneur David).

Ils savent que, dans Tespacc de six jours, Dieu a créé la terre, le soleil, la lune, les étoiles, ce qui vit sur la terre, dans les airs et dans les eaux. Ils connaissent les légendes d'Adam et d'Eve, de Gain et d*Abel, de Noé et du déluge, d'Abraham et d'Isaac, de Jonas et de la baleine.

L'àme est la respiration, le souffle vital, quelque chose d'immatériel. A la mort elle passe devant l'ange Gabriel, qui la juge et l'envoie au ciel si elle est bonne, dans le corps d'un crocodile ou d'un serpent si elle est mauvaise.

Les Australiens ne les comprenaient pas, ces subtilités métaphysiques. Un ami de Lang expliquait à un indigène, très docile et très intelligent, l'existence de l'âme immatérielle, immortelle, indépendante du corps. Le sauvage ne pouvait garder son sérieux, se cachait dans un coin et riait à gorge déployée. Il prenait ces démonstrations pour des contes amusants ; quand il vit que le conteur parlait sérieusement, il le crut un peu détraqué \

Les Antimorona prient Dieu, mais à la façon de Jacob : « Si Zanahary, disent-ils, nous protège dans

> Lano, The Aborigènes of Australia, p. 31. — Joen Lubbock, Les Origines de la civilisation, trad. Barbibr, 2« édit., p. 369.

nos voyages, nous donne du riz à manger, des pagnes pour nous couvrir, des femmes fécondes, Zanahary sera notre dieu ».

Ils ont une pieuse et touchante coutume, celle de prier, le soir, pour les morts. Ils croient que beaucoup de dieux et d'esprits parcourent sans cesse les espaces célestes ; que les prières, montant et errant entre ciçl et terre, peuvent rencontrer Vm\ d'eux, Tintéresser au sort des pauvres âmes et, par leur intervention, obtenir quelque chose de la pitié des dieux.

Ils présentent à Zanahary les prémices de leurs récoltes et de leurs troupeaux, mais ils ne font pas de sacrifices et mangent en famille les oblations.

Chaque homme avait un ange qui l'accompagnait, dans tous les détours de la vie, pour le protéger contre les pièges du Malin.

Il n'était guère fin, car à chaque coup le Malin le faisait quinaud et emportait la pauvre âme. Alors il se voilait la face, laissait tomber un pleur inutile, secouait ses ailes et retournait, les mains vides, au séjour des dieux ^

III. — Les dzinis sont des esprits malfaisants, des revenants, qui hantent les villages abandonnés, reviennent dans les maisons, font grand bruit, effraient, battent et tuent des hommes ^.

* Flacourt, Hist.f ch. xvii. — Bknévent, Conception de la mort chez Uê Malgacheê (dans la Rev. de Madag,, sept. 1901). s Flacoukt, HUt, ch. xvii.

Nous avons eu aussi des revenants, et, si nous n'en avons plus, c'est depuis peu.

Vers 1530, à Orléans, pays de Flacourt, la femme du prévôt revenait dans les combles de Téglise des Cordeliers. Le prévôt soupçonna quelque chose, obtint du roi l'autorisation de perquisitionner et trouva, dans les combles de l'église, l'àme de sa chère femme. Elle n'était pas en enfer, comme le bruit en courait, mais dans le corps d'un novice. Il y eut procès, condamnation, scandale énorme ^

Flacourt aurait dû conter aux Antanosy cette édifiante histoire qu'il connaissait bien, mais il préféra imiter, de Sem, la pudeur filiale.

IV. — Certains morts sont maudits. La terre les rejette. Ils se lamentent et font à leurs familles grande honte. Pour en finir avec eux, il faut les faire remourir et les réinhumer.

L'un de ces morts récalcitrants fut Andrianampoinimerina « le Désir d'Emirne », fondateur de la puissance hova et père de Radama P"".

11 quitta ce monde en 1810, à regret, il semble, car pendant un an il revint toutes les nuits.

Au couvre-feu, il entrait dans le palais. La garde lui présentait les armes, ilJa passait en revue et distribuait à chacun, selon le cas, des blâmes ou des éloges.

^ MicBBLBT, Ré former ch. xix.

Malgré le nombre des gardes et la rigueur des consignes, il franchissait les barrières de son Louvre et les portes de ses appartements, allait, venait et laissait des signes sensibles de son séjour.

Dix mille vétérans, qui se sont succédé dans la garde du palais, ont vu ces apparitions et disent en avoir mille preuves \

Que ne voit-on pas ?

Quelqu'un disait un jour, devant le lion de bronze de Northumberland-House, dans le Strand : « De par le ciel il remue la queue ! — Il la remue encore I > Il se forma, en quelques minutes, un attroupement immense. D'aucuns voyaient la queue du lion remuer ; d'autres attendaient patiemment qu'elle remuât : bref, il devint notoire que des milliers de personnes ont vu, en plein Londres et en plein jour, le lion de bronze de Perci remuer la queue *.

V. — Les spectres sont de la famille des revenants. Flacourt croit que cette espèce de fantômes est € plutost imaginaire que réelle ».

VI. — Le Sacare est un esprit malin, un diable. Sa fonction est de tourmenter les hommes, les femmes et les filles, surtout les filles. « Je m'estonnay », dit Flacourt, « de la bestise de cette nation ». Eh ! bon-

1 Abinal, op, oit,j p. 227.

s Waltbr Scott, Histoire de la Démonologie et de la Sorcellerie ; trad. Defauconpret ; Paris, Furne, 1836, t. XXV, pp. 235-237.

homme, ejiceprimum trabem de oculo ttco^ commence par retirer la poutre que tu as dans l'œil. N'avionsnous pas, dans ce temps-là, en nombre infini, des filles possédées du diable et des exorciseurs ? Jacques P', fils de Marie Stuart, n'a-t-il pas fait, sur la démonologie, un livre très savant? La possession, beau sire, a été une épidémie, et ses victimes, dans notre occident, sont innombrables.

Les Antanosy n'étaient pas si « bestes » puisqu'ils n'ont fait périr personne, mis personne dans des culs de basse-fosse, et se sont contentés, pour chasser les diables, de danser au son du tambour, de sacrifier, c'est-à-dire de manger des bœufs, des moutons, des coqs et des cabris ^ .

VIL — S'il en coûtait peu de chose pour être possédé du diable, il en coûtait beaucoup pour être sorcier.

Le sorcier, dit le RP. Abinal, naît pour la perpétration du crime. Il est le maître des hautes œuvres du génie du mal. Les maladies, les fléaux, les épidémies, la mort lui font escorte.

En Madagascar, nul ne meurt que de la main des sorciers.

La croyance à ce pouvoir surnaturel, dit encore le RP. Abinal, ne s'explique « que par une folie due à » l'incitation diabolique ou à un acte formel avec le » démon ».

1 Flacourt, HUt,f cb. xvu.

Après dix heures du soir^ les grands chemins appartiennent aux voleurs. Passé minuit, ils appartiennent aux sorciers. Pour autant que vous tenez à votre vie, laissez au sorcier le haut du pavé, tout le pavé, fuyez, évitez son regard ophidien.

Autrefois le sorcier malgache finissait par le tanghin et son cadavre était donné en pâture aux chiens. Ses os ne pouvaient être reçus dans le tombeau des ancêtres. Ses biens étaient confisqués, sa femme et ses enfants vendus comme esclaves.

Abinal dit que, de son temps, la sorcellerie semblait en décadence ^ Il en est de même un peu partout, mais cela n'est pas fini : les sorciers sont fils des démons, et tant que vivront les démons vivront les sorciers.

En Europe, nous avions surtout des sorcières.

Elles allaient au sabbat^ par les airs^ à califourchon sur un manche à balai» Elles se vantaient de voir le diable, de s'unir à lui charnellement, de faire des choses horribles et de jouir d'un pouvoir surnaturel. Elles confessaient à la lueur des bûchers, intrépidement, ces folles visions.

Une femme, accusée de sorcellerie, persista, malgré les juges, à se faire condamner. Arrivée sur le bûcher, elle dëclare qu'elle n'est pas sorcière et qu'elle a voulu mourir parce qu'elle passe pour sorcière et qu'elle veut

1 A»iNAL, op. cit., pp. 282-284.

échapper à ce déshonneur. Le bon peuple pleure et admire, non sa stupidité, mais la subtilité de Satan et son adresse à perdre les humains ^

Pendant tout le moyen âge, et des siècles après, le diable a gouverné TEurope.

Au temps dont nous parlons, — Corneille, Boileau, Racine, Molière, Lafontaine immortalisant le siècle, — la cour, la ville et la campagne, l'armée, la magistrature et Tépiscopat ont subi, avec tremblement, les sorcières, les magiciens et les nécromans. Un paillard d'abbé Guibourg égorgeait des enfants pour les messes noires qu'il disait sur le corps nu de la Montespan.

Nous rendions alors aux Malgaches, sous le rapport de la sorcellerie, un nombre infini de points.

VIII. — En Occident, les femmes ont la passion des gens d'église, surtout des moines.

A Madagascar, les Ombiasy n'ont pas plus d'influence sur les femmes que sur les hommes. Ils ont d'ailleurs à leur arc beaucoup de cordes.

Ils sont prêtres, médecins, sorciers.

Dans r Antimorona, ils écrivent couramment l'arabe et possèdent quelques livres du Koran.

Flacourt assimile la hiérarchie ombiacale à celle des Catholiques ^ Il y a loin pourtant, il semble, du

1 Waltbr Scott, oj). cit., pp. 430, 431. t Flacourt, J7t«r., ch. zlii.

catigou à l'évèque, du loulamaha à Tarchevêque, du sabaha âu pape.

Néanmoins ils sont très forts et inventeurs de superstitions très productives.

Ils ont partagé, en fastes et néfastes, les mois Jours et heures de Tannée.

On connaît à peu près l'influence faste ou néfaste attribuéeà chaque jour de la semaine et à chaque heure du jour. Mais la foudre, la pluie, la grêle, le vent, les sauterelles, la lune, Orion, lesPleïades, etc., sont autant de facteurs qui, sans changer radicalement le destin, Taccidentent de nuances infinies.

Les calculs sont ainsi très délicats et d'autant plus difficiles que l'année lunaire ne concorde pas avec Tannée solaire. Les Ombiasy, à ce qu'ils prétendent, peuvent seuls les faire. Grâce à cette science profonde et subtile, rien ne se fait que par leur permission, ils font faire ce qu'ils veulent et sont maîtres des âmes, des corps et des biens. Autrefois il en était de même chez nous, et tout, disent d'aucuns, en allait beaucoup mieux.

Si TCmbiasy, ses calculs faits, déclare néfaste l'heure de la naissance d'un enfant, cet enfant est porté dans les bois et donné en pâture aux fauves, aux chiens et aux cochons.

Souvent il prétend que le nouveau-né sera méchant, vicieux, voleur et parricide. Les parents Tétoufient € et croient asseurement qu'en faisant cela ils

> gaignent autant que s'ils tuoient un scorpion ou la » besle la plus dangereuse ^ >.

Les bons sires vendent aux Grands, — au lieu de médailles bénites, d'amulettes et de talismans, — des papiers qui préservent de maladie, du tonnerre, du feu, des ennemis et même de la mort. Ils vendent aussi des morceaux de fer plats et ronds, de la grandeur d'une pièce de quinze sous, marqués de lettres arabes et de sept fois trois pointes : qui porte ce précieux talisman ne se peut noyer *.

Par ces honnêtes moyens, ils gagnent de beaux troupeaux et, tant qu'ils veulent, des pagnes, des lambas, de Tor et de l'argent.

Le P. Bourdaise appelle, pour discuter, le plus savant des Ombiasy et lui demande insidieusement ce qu'il pense d'Adam, d'Abraham et de Moïse.

L'Ombiasy, madré comme un paysan normand, n'est pas dupe de la curiosité du moine, mais il se croit pour le moins aussi fort que lui.

Il sait que la crédulité des Malgaches fait toute sa science et suppose que son cas est celui des Ombiasy de tous les pays. Pour un peu, il lui taperait sur le ventre et l'appellerait « confrère ».

Il lui raconte, avec des détails sans fin^ comment Dieu a jeté Adam comme un morceau de chair ; com-

1 Flacourt, Eist.t cb. xxix. — Souchu de Rennefort, op. cit., p. 183.

t SouoBU DE RsNifEFoirr, op. cit., p. 189.

ment Adam, devenu grand, alluma un feu extraordinaire, immense, dont les flammes ont léché la voûte céleste et failli incendier le paradis.

Il raconte ensuite, en moins d'une heure, comment Abraham fut irrite contre son fils, comment il le voulut sacrifier, comment Dieu refusa le sacrifice et changea en taureau le père des Hébreux.

L'histoire de Moïse n'est pas moins intéressante : « Comme il était petit, il criait si haut près delà porte ». de sa maison, que Dieu l'entendit du ciel et envoya

> un ange lui demander ce qu'il voulait. Lui ne voulut » point le dire à l'ange, et continua à crier plus fort, » de sorte qu'il étourdissait Dieu, lequel vint lui » parler et pour l'apaiser lui fit donner une vache » à téter, etc. ^ >.

Le P. Bourdaise lève les yeux au ciel et déclare que ces fables sont ridicules.

Pour émerveiller l'Ombiasy, il prend une grande bible ornée d'images et lui montre « Comment s'était

> faite la création et quelques autres mystères ». L'Ombiasy regarde^ tourne le feuillet et ne comprend rien.

Les Ombiasy, en tant .que sorciers, sont très redoutés du peuple. Pourtant, leurs sortilèges les plus puissants n'avaient pas d'effet sur les Français. Pourquoii Parce que les Français mangent du cochon

1 Mém. de la Miss., t. IX, pp. 235, 236.

et n'ont pas les mêmes lois que les Malgaches ^

D'aucuns opèrent par la géomancie. Leurs calculs sont toujours faux, mais^ Dieu merci ! leur prestige n'en soujflfre pas.

Tout malade a recours à leur science. S'ils ne le tuent pas « dans les formes », comme monsieur Dyafoirus, ils le tuent, et c'est le principal.

Ils n'ont qu'un remède, et ce remède consiste à écrire, sur un chiffon de papier, des versets du Koran, à laver ce papier dans de l'eau et à faire boire au malade cette eau ainsi consacrée. Si l'opération ne réussit pas, TOmbiasy recommence, et il recommencera jusqu'à ce que mort s'ensuive. Il ne se fait pas payer, mais il faut liii donner, pour la préparation des remèdes, des vaches, de Tor, de l'argent et du corail *.

Les Ombiasy noirs ne savent pas écrire. Us n'en sont pas moins habiles, puissants et vénérés. Ils guérissent au moyen « de pierres que Dieu leur envoie > quand il tonne > . Il s'agit de pierres de foudre^ c'estp-à-dire d'armes ou d'outils préhistoriques ^. Il n'y en a pas dans Madagascar ^. Cela n'empêche pas les bons nègres d'en trouver.

^ Flacourt, Hist.f ch. xlii.

* Flacourt, Hist., ch. xlii.

3 B. Cartailhac, La France Préhistorique; Parif, Alcan, pp. 2 et siÛT.

< Elisée Reclus, Nouv, Géogr. i*ntr., t. XIV, p. 85. — Flacourt, HUU, ch. xui.

La circoncision a été importée par les Juifs et les Musulmans. Elle est pratiquée par un Grand. Les Ombiasj disent que les enfants ont dans le corps un esprit mauvais. Ils poursuivent cet esprit, furieusement, de case en case, et le forcent, par des menaces terribles, à passer dans le corps d'un poulet qui est lié au fond d'un panier. Ils écrasent la pauvre bête et crient, sur un air de triomphe, que les enfants sont délivrés. Les pères et mères sont bien joyeux et donnent aux saints hommes des bœufs et des poulets noirs \

IX. — Les Ombiasj fabriquent des aulis et la vente de ces talismans rapporte beaucoup.

L'aulis est une petite boîte remplie de petits morceaux de bois, de certaines racines en poudre, de miel, de graisse, etc.

Un Malgache ne voyage jamais sans aulis. Le matin, le soir, la nuit, il le fiche sur un bâton, lui explique longuement ses affaires et le prie de le secourir. Il commence par lui parler doucement, pianissimo ^ puis piano, puis rinforzando, il s'étourdit, tombe en extase et s'endort. L'aulis alors lui souffle sa réponse. Si cette réponse ne vaut rien, le bon dévot lui dit des injures, le menace d'abandon, le laisse pendant plusieurs jours sans un regard et sans un mot. Puis il

I SoucBU Di RsHMiroRT, op, oit.^ pp. 185-187.

lui revient, le flatte, fait sa paix et le prie de ne pas se fâcher.

Les Kakongois, peuplade du sud du Loango, jetèrent au feu leur dieu qui ne voulut pas les secourir pendant une épidémie.

Les habitants de certain village des Pyrénées jetaient à l'eau saint Pierre quand il ne voulait pas leur donner de la pluie. La pluie enfin venue, ils le repêchaient et lui disaient amicalement : <c Tu es un vieil entêté ; si tu nous donnais de la pluie lorsque nous t'en demandons, nous ne serions pas obligés de te jeter dans la rivière ».

Antanosy, Kakongois et Pyrénéens ont même état psychique.

Il y a des aulis pour la pluie, le tonnerre et les éclairs; pour donner du courage et découvrir les trésors cachés ; pour préserver les bœufs des larrons, faire mourir des ennemis et se rendre invisible ; pour être aimé et se guérir d'amours importuns ; pour faire mourir en cachette les médisants et ramener à l'enclos conjugal les femmes qui Tout quitté par jalousie ; pour préserver des crocodiles et des hasards des amours d'aventure ; pour attirer la foudre et commander aux vents ^ .

Le P. Bourdaise croyait que les aulis étaient une invention diabolique et disait aux Antanosy, avec

i Flaoourt, Hist.j cb. xui.

indignation, que leurs aulis ou dieux « ne pouvaient » parler et n'avaient pas d'oreilles ; que ce n'était » que du sable et qu'il fallait les jeter ».

Quand les bonnes gens le croyaient, il remplaçait les aulis par des croix et des médailles. Il ne donnait pas à'agnus, non parce qu'ils sont muets, mais parce qu'ils ressemblent aux aulis et, comme eux, se portent au col *.

< Mém. de la Missian, t. IX, pp. 232, 237.

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