JUSTICE
En J881, au moment des démêlés entre la France et la cour d'Imerina, les méthodistes firent comprendre au premier ministre que le meilleur moyen de nous combattre était de s'attirer les sympathies des États européens en leur donnant le spectacle d'institutions régulières et civilisatrices. Ce programme accepté, un code de justice conforme aux principes de l'équité et de la raison fut publié.
Ce document règle toutes les questions qui intéressent la vie d'un peuple; mais c'est une œuvre purement théorique. Nous l'avons déjà dit, on n'a eu qu'un seul but en le publiant : illusionner l'Europe.
Dans la pratique, la justice est abandonnée à la fantaisie ou plutôt à la cupidité des fonctionnaires : ses arrêts sont vendus au plus offrant des intéressés.
Trois cours de justice furent en même temps instituées; l'une devait connaître des causes civiles et commerciales, une autre des crimes et délits, et la troisième des atteintes violentes et injustes à la propriété.
Cette organisation n'a jamais fonctionné; dans la pratique, voici ce qui se passe :
LE GOUVERNEMENT ET l' ADMINISTRATION HOVAS. 47
A Tananarive, un certain nombre d'individus désignés par le premier ministre, en raison de leur fortune ou de leur influence, connaissent indifféremment de toutes les affaires; ils siègent au nombre de trois, quatre ou cinq.
Les procès durent longtemps ; il s'agit en effet de tirer le plus d'argent possible des intéressés; quand les deux parties sont à bout de libéralités, l'affaire est entendue; les juges rédigent une sentence qu'ils soumettent au premier ministre et c'est ce dernier qui tranche le différend.
Hors de Tananarive, la justice est rendue par les amis des villages, qui sont chargés en môme temps des fonctions de notaire et de greffier. Ils examinent toutes les affaires qui leur sont soumises et rédigent un rapport pour le premier ministre qui prononce la sentence.
Dans les provinces, ce sont les gouverneurs qui remplissent les fonctions de juges. Les choses se passent comme à Tananarive, avec cette différence que les gouverneurs prononcent la sentence.
Il est pourtant permis d'en appeler au premier ministre, mais le fait se produit rarement, à cause des frais énormes que nécessite une nouvelle procédure.