‹ MadagascarChapitre 18 sur 45 · L'ARMÉE HOVA · texte numérisé non relu

L'ARMÉE HOVA

Effectif de l'armée. — L'état civil n'existant pas à Madagascar et les renseignements fournis par les autorités militaires étant absolument faux^ il est aussi difficile de connaître le chiffre exact de la population que l'effectif de l'armée.

Il est possible toutefois de se faire une idée suffisante de l'importance de l'armée^ en totalisant les levées faites depuis la loi de recrutement et en retranchant de la somme obtenue le chiffre approximatif des disparus de tc^ute sorte, tel qu'il est avoué par le gouvernement.

En rapprochant du résultat obtenu le nombre d'armes existant à Madagascar, on pourra déterminer à peuprèsTeffectif utilisable en temps de guerre. Nous allons donc examiner successivement le recrutement, puis l'armement de l'armée hova.

Recrutement. — La loi de recrutement a été dictée par les Anglais ; elle remonte à l'année 1879.

En voici les points principaux :

Tout homme libre et valide, âgé d'au moins 18 ans, doit cinq ans de service à l'État. Toutefois, il peut être rappelé, après cette période, si le gouvernement le juge nécessaire et spécialement en cas de guerre.

Ce principe n'est applicable qu'à la nation hova.

En dehors du contingent hova, l'armée reçoit des contingents fournis par les provinces, suivant les besoins locaux et sans règles fixes.

Recrutement du contingent hova. — La classe ayant atteint 18 ans n'est pas forcément appelée dans l'année.

Comme toutes les choses importantes, l'appel des classes sous les armes relève de la fantaisie du premier ministre. Pour ne pas mécontenter la population, Rainilaiarivony ne fait que rarement usage de son droit.

Lorsqu'un appel est décidé, les chefs de district de rimerina sont convoqués à Tananarive et font connaître au premier ministre le chiflFre approximatif des hommes de leur territoire en état de porter les armes. Ce chifite, qui est naturellement toujours au-dessous de la vérité, sert de base au gouvernement pour la fixation du contingent général.

Celui-ci une fois déterminé, l'eflfectif est réparti proportionnellement entre chaque district.

Alors commence une véritable chasse à l'homme qui rapporte gros aux fonctionnaires recruteurs. Moyennant de bons pots-de-vin, on exempte les amis et tous ceux qui le désirent; mais comme il faut atteindre Tefi^ectif fixé, on comble les vides en enrôlant des enfants, des vieillards et même des infirmes. Un grand nombre de conscrits trop pauvres pour se faire exempter s'enfuient dans la brousse et vont grossir les bandes de fahavalos. Les nobles et les esclaves sont exempts.

Le recrutement terminé, les conscrits sont acheminés

l'armée hoya. 53

sur Tananarive ; beaucoup profitent de Tpccasion pour se sauver.

Ceux qui restent sont immatriculés sous les yeux du premier ministre et répartis en compagnies de cent hommes.

A part la levée de 1879, qui a fourni, dit-on, plus de 20,000 hommes, les autres levées, au nombre de huit, n'ont donné que 7,000 hommes environ chacune. La neuvième (1893) a produit 12,000 hommes, dont il ne reste actuellement que la moitié.

On estime à environ 80,000 le nombre des soldats recrutés depuis 1879.

De ce chiflFre il faut défalquer, d'après les renseignements officiels :

1* Les morts ou disparus, 20,000;

2"* Les infirmes et les malades dont le nombre va en augmentant sans cesse, une grande partie des soldats recrutés il y a quatorze ans étant aujourd'hui des vieillards, 15,000.

Eeste un total de 45,000 soldats environ.

Or, au dire de quelques officiers malgaches avec lesquels nous entretenons des intelligences et de tous les Européens résidant à Madagascar, on peut être certain que plus du tiers de cette armée déserterait en cas de guerre*. Il resterait donc en dernière analyse 25,000 à 30,000 Hovas.

1. Les dernières entreprises militaires des Hovas prouvent Texactitude de cette appréciation : En 1888, lors d'une expédition contre le chef sakalave de Tolléar, 50 p. 100 des troapes désertèrent. En 1893, 2,000 hommes ayant été envoyés dans le Bonéni pour réprimer les désordres des Fahavalos, 150 soldats seolement arrivèrent à destination.

Recrutement en dehors de l'Imerinai — Pour la garde des provinces, les Hovas entretiennent, par des procédés de circonstance, 10,000 à 12,000 indigènes encadrés par 4,000 des leurs. Ces soldats improvisés ne servent qu'à contre-cœur et ne sauraient entrer en ligne de compte, s'il s'agissait d'entrer en campagne.

Armement. — Les troupes hovas sont armées de Snider, de Remington, de fusils à piston et de fusils à pierre.

10,000 Snider ou Remington sont en magasin à

Tananarive ; 4,000 Eemington sont entre les mains de la garde; 12,000 Snîder ou Remington sont en service dans

les troupes de l'Imerina ; 5,000 de ces armes sont emmagasinées dans les

postes ; 9,000 fusils à piston ou à pierre sont en service

sur les routes militaires, dans les postes

de moindre importance.

Soit au total : 31,000 fusils se chargeant par la culasse et 9,000 se chargeant par la bouche.

La plupart de ces armes sont dans un état déplorable.

Quant aux munitions, elles sont, parait-il, de mauvaise qualité et très mal entretenues.

Toutefois, de nouvelles commandes d'armes ayant été faites ces temps derniers en Europe, on peut admettre que les 30,000 hommes de l'armée hova sont actuellement armés d'une manière convenable.

l'armée hova. 55

Artillerie. — Il existe à Tananarive^ 85 canons de petit calibre se chargeant par la culasse^ Hotchkiss^ Gardner, etc. ;

12 canons-revolvers; 4 canons bouche Vortford ;

10 mitrailleuses sans affûts.

Dans les forts, on compte environ 2:2 canons de pe-^ tit calibre se chargeant par la culasse, 1 canon de 10"" système de Bange et 2 canons-revolvers.

On rencontre en outre dans tous les postes de nombreux canons à âme lisse, se chargeant par la bouche, mais ils sont généralement hors d'usage et n'ont pas d'affûts.

Les chiffres que nous venons de donner paraissent considérables, mais il ne faut pas oublier que le meilleur matériel ne vaut rien entre de mauvaises mains. Or, nous verrons plus loin que l'artillerie malgache compte en tout 500 prétendus canonniers fort inexpérimentés.

Organisation. — Chacune des six provinces de l'Imerina fournit une force militaire dénommée corps d'armée. Chaque corps d'armée comprend trois brigades, c'est-à-dire trois ou quatre groupes ou bataillons de 700 à 800 hommes.

L'unité de formation est la compagnie de 100 hommes commandée par un capitaine ayant sous ses ordres un lieutenant et cinq sergents.

Au-dessus des capitaines, on trouve les chefs de 1,000 hommes (probablement chefs de bataillon) qui résident au centre de la province et président aux manœuvres d'ensemble.

Il existe un 7* corps, la garde, dont l'effectif est de 4,100 hommes. Les hommes de la garde vivent dans leurs foyers; chaque semaine, trois cents d'entre eux sont convoqués pour le service du palais et de la capitale.

Artillerie et troupes spéciales. — Cinq cents ou six cents soldats sont préposés au service de Tartillerie; leurs officiers sont pris parmi les jeunes gens qui ont reçu une instruction sommaire d'un Anglais, le major Grave.

Il n'existe, bien entendu, ni génie, ni cavalerie, ni service administratif, ni service sanitaire, ni casernement. Chacun vit chez soi et à ses frais.

Gardes des provinces. — En dehors de l'armée de rimerina, 10,000 indigènes, encadrés par 4,000 hovas, sont égrenés dans les postes, le long des routes divergentes de Tananarive. On peut les considérer comme perdus pour l'armée de campagne.

Instruction de l'armée. — Les cadres n'ont aucune instruction, aucune pratique, et, par suite, aucune valeur. La désignation des officiers se fait ordinairement au moment de l'appel du contingent et, bien qu'on fasse passer un semblant d'examen aux candidats, on n'exige d'eux en réalité aucune préparation. C'est ainsi qu'un modeste planton à la résidence générale, faisant partie du contingent de 1889, a été nommé capitaine, au moment même de l'immatriculation, parce qu'il savait quelques mots de français. La

l'armée hova. 57

plupart des places, il est inutile de le dire, se donnent à la faveur.

Deux Anglais, dont Tun a été chassé de Tarmée anglaise pour escroquerie et dont Tautre ne vaut guère mieux, sont supposés former des officiers pour l'armée hova. En réalité, professeurs et élèves savent peu de chose.

• D'après des renseignements récents donnés par un haut fonctionnaire hova, il n'y aurait dans les six districts de l'Imerina que trois officiers connaissant les manœuvres de brigade et de division, vingt officiers pouvant commander l'école de bataillon et vingt et un officiers au courant du service des pièces d'artillerie.

En résumé, personne ne sait rien, mais le gouvernement ne s'en émeut guère, estimant qu'il suffirait de quelques exercices, au moment de la déclaration de guerre, pour que tout le monde sache manœuvrer et combattre correctement.

L'armée hova du temps de paix se divise, comme nous l'avons vu, en deux parties bien distinctes, l'une stationnée dans l'Imerina, l'autre répartie entre les postes de l'intérieur.

L'instruction des troupes diffère suivant qu'il s'agit de l'une ou de l'autre de ces deux catégories.

1** Troupes de Vlmerina, — Après l'immatriculation, chaque homme retourne dans son village où il reçoit d'instructeurs subalternes les premiers principes de l'école du soldat. Il termine son instruction au cheflieu de son district, sous la haute direction des chefs de 1,000 hommes et exécute quelques manœuvres d'ensemble.

En trois mois, rinstruction est terminée ; elle comprend le maniement d'armes et la marche à rangs serrés.

Le tir à la cible engageant nécessairement des dépenses est très rarement exécuté ; toutefois il paraît que le Ho va est naturellement bon tireur.

Ainsi dégrossi, le soldat hova rentre dans ses foyers; il emporte son arme. De temps à autre, il est convoquépour des exercices, mais moyennant cadeaux à ses officiers, il peut facilement être dispensé.

Tous les quatre ans environ, la reine passe à Tananarive une grande revue des six corps de Flmerina et de la garde. Dans ce cas, les exercices reprennent avec énergie quelque temps avant la convocation et on apprend aux troupes à exécuter avec ensemble certaines formations de parade qui n'ont rien de commun avec des manœuvres de guerre.

Ces mouvements sont d'ailleurs, parait-il, assez bien exécutés.

2° Troupes occupant les postes. — Les hommes destinés à tenir garnison dans les postes sont dirigés immédiatement sur leur destination ; ils y reçoivent une instruction rudiment aire leur permettant d'exécuter le maniement et le chargement de l'arme. Ils sont ensuite employés au service de garde et d'escorte et ne font plus que rarement l'exercice. Ils vivent avec leurs familles et font le commerce; ils doivent être considérés plutôt comme des colons militaires que comme des soldats. Ils sont perdus pour l'armée de campagne.

L'homme que sa malchance et sa pauvreté ont fait désigner pour un poste éloigné risque fort de ne plus

l'armée hova. 59

revoir rimerina. Ou Toublie volontairement et il meurt dans sou exil^ à moins qu'il ne déserte pour émigrer ailleurs ou se faire fahavalo.

Habillement. — L'armée ne possède aucun uniforme qui lui soit propre. Le soldat ne se distingue pas du civil. Tous deux portent le lambas blanc, grande pièce de toile dans laquelle ils se drapent comme à la mode espagnole ; au-dessous du lambas, ils ont une sorte de chemise blanche et un caleçon. La coiffure consiste en un chapeau de paille qui rappelle nos chapeaux européens. Quant aux chaussures, elles n'existent pas : tout le monde va pieds nus.

La garde possède pourtant un certain nombre d'uniformes qu'elle revêt à Tananarive lorsqu'elle prend le service. Le costume comprend un pantalon bleu, une tunique courte en toile blanche, une toque bleu foncé avec un liseré de couleur.

Si les soldats ne sont pas habillés, en revanche les hauts fonctionnaires et les officiers arborent les costumes les plus fantaisistes. Chacun est libre de choisir l'uniforme qui lui convient le mieux. Aussi peut-on voir des capitaines en amiraux, en généraux européens et inversement dés généraux en officiers subalternes. La plupart du temps même, les costumes sont composites, empruntant leurs différentes parties à plusieurs tenues européennes.

Manière de marcher et de combattre *. — Toute expédition part de Tananarive. Les troupes qui doi-

Page 1