‹ MadagascarChapitre 19 sur 45 · Extrait textuel du rapport d'un officier en mission · texte numérisé non relu

Extrait textuel du rapport d'un officier en mission

vent en faire partie sont réunies au palais, où elles sont haranguées par la reine et le premier ministre. Le chef de l'expédition répond et, bien entendu, promet la victoire ; il y a distribution d'argent et de vêtements, tout cela au milieu d'un enthousiasme aussi bruyant que momentané, puis le corps expéditionnaire quitte la capitale.

Les étapes sont courtes; malgré leur très réelle aptitude pour la marche, les Malgaches ne parcourent par jour qu'une faible distance. C'est qu'une troupe de 1,000 soldats, par exemple, comporte un effectif de 5,000 hommes.

Ce sont les esclaves des oflSciers et d'un grand nombre de soldats. Ils portent le riz, les marmites, les tentes et une foule d'ustensiles.

Ce sont les habitants du territoire traversé que l'on réquisitionne pour le transport des canons, de la poudre et des munitions de toutes sortes.

Ce sont enfin les marchands qui suivent la colonne et vendent des vivres et des vêtements. L'Européen qui se trouve en présence d'une armée hova doit donc réduire de 4/5 l'efi'ectif total pour avoir l'efifectif des combattants.

A l'étape, on campe. Le camp a toujours la forme d'un carré et les voies principales sont toujours orientées nord-sud et est-ouest. Chaque côté du carré est formé de plusieurs lignes de tentes assez rapprochées ; au centre est la tente du général en chef; dans l'espace resté libre, on installe les cuisines. Lorsqu'il y a plusieurs corps d'armée, chacun d'eux forme un carré distinct et placé de telle sorte que les soldats de ce carré occupent dans le camp, par rapport à la tente du

l'armée hova. 61

général en chef, la même position que leur province occupe dans Flmerina par rapport à Tananarive.

Les tentes des soldats sont en rabanne grossière de teinte jaunâtre (toile en fibre de rafia) ; il y a cinq hommes par tente; celles des officiers sont en toile blanche.

Les alignements sont corrects. De loin, Taspect du camp est pittoresque ; si Ton approche, il n'y a plus que saleté et indiscipline. A proximité de Tennemi, le service est fait par des sentinelles avancées.

Les Malgaches ne se risquent en bataille rangée qu'autant qu'ils ont le sentiment bien net de leur supériorité; autrement, ils se retranchent derrière de fortes positions d'où ils ne sortent que pour fondre à l'improviste sur leurs ennemis, surtout pendant la nuit, afin de les surprendre ou tout au moins de les fatiguer et de les tenir en alerte. C'est la pratique qu'ils ont employée contre nous pendant la dernière guerre (1883).

Mobilisation. — En cas de guerre, un drapeau rouge est hissé dans chaque localité importante. A ce signal, tous les hommes instruits ou supposés tels sont tenus de se rendre à Tananarive où ils sont enrégimentés. A cela se réduisent les prévisions.

Valeur morale de l'armée hova. — Le soldat hova n'est ni courageux, ni discipliné, ni patriote. Il a eu son beau moment lorsque, dirigé par les Anglais, mieux armé grâce à eux que les autres peuplades, il a fait sous Eadama I" la conquête de l'île. Mais cette

époque est passée et on peut dire qu'aujourd'hui le gouvernement, le peuple et l'armée sont absolument démoralisés et désorganisés.

Un officier de rang élevé, en garnison à Tamatave, disait dernièrement à un de nos notables commerçants : <( Je suis loin d'être mécontent de faire partie des troupes stationnées à Tamatave, car cela me permettra d'être fait prisonnier dès le début et d'échapper ainsi aux dangers du reste de la campagne. y>

Un officier appartenant au monde de la cour donnait ainsi son opinion à la résidence générale sur ce qui se passerait si une nouvelle guerre éclatait : « Sitôt que les troupes auront quitté Tananarive pour gagner la côte, les officiers ne ^manqueront point de gagner leurs postes dans la crainte que leurs biens ne soient confisqués en cas de désertion. Il n'en sera pas de même pour les soldats et si, par exemple, on en envoie 1,500 à Tamatave, il y aura des chances pour que 1,000 ou 1,100 seulement arrivent à destination. Jusqu'à la fin des hostilités, les 400 ou 500 déserteurs n'osant pas rentrer par crainte d'être pris se feront brigands et se mettront à piller et à saccager les populations. Après quoi, sûrs de l'impunité, ils reprendront leur ancienne existence. Il en sera de même pour tous ceux qu'on enverra à Majunga et dans tous les autres ports de la côte. y>

Nous ajouterons toutefois une observation à ce portrait peu flatteur du soldat hova : c'est qu'un homme, quel qu'il soit, armé d'un fusil à tir rapide et posté derrière un abri ou un retranchement, est toujours redoutable, surtout s'il combat dans son propre pays. Dans ces conditions, les Hovas ont donné pendant la

l'armée hova. 63

dernière guerre des preuves de ténacité tout à leur honneur. Aussi, malgré tout ce qui vient d'être dit, on aurait tort de ne pas prévoir une résistance même énergique dans une marche de la côte à Tananarive : il ne faut jamais mépriser son ennemi.

ir PARTIE

Page 1