Voir le résamé historique (I" partie du volume
nous sommes résolus à mettre un terme à leurs tentatives pour slmposer aux populations de la côte nordouest placées sous notre protectorat, vous ferez disparaître les postes qu'ils ont établis chez ces dernières, en commençant, autant que possible, par ceux les plus récemment fondés et dont la présence est la plus gênante. y>
Ainsi, il ne s'agit tout d'abord que d'une action sur la côte nord-ouest de Madagascar.
La force navale placée sous les ordres de l'amiral Pierre comprend les bâtiments suivants :
Le croiseur la Flore portant le pavillon du commandant en chef de la division ;
Le croiseur le Forfait ;
L'éclaireur d'escadre le Vaudreuil ;
L'aviso de station le Bour saint ;
La canonnière la Pique ;
Le BeautempS'Beaupré, croiseur, alors en armement à Lorient, doit, aussitôt prêt, relever le Forfait.
En outre, le transport-aviso la Nièvre, aflfecté au service de la colonie de la Réunion, peut coopérer aux opérations, après entente entre le commandant en chef de la division navale et le gouverneur de cette île.
Mais on estima bientôt, dans les conseils du Gouvernement, que les opérations projetées sur la côte nord-ouest ne suffiraient pas pour amener à composition la cour d'Imerina.
En conséquence, des instructions plus étendues et plus énergiques sont envoyées à l'amiral Pierre, à son passage à Zanzibar.
Après avoir accompli le programme fixé tout d'à-
COMMANDEMENT DE l'âMIRàL PIERRE. 69
bord, la division navale doit, en outre, chasser les Hovas des territoires de la côte nord-est placés sous notre protectorat ; puis, pour frapper davantage l'esprit de l'adversaire, mettre à exécution les mesures suivantes :
S'emparer de Majunga, y saisir la douane et en percevoir les droits ;
Se rendre à Tamatave et faire parvenir au premier ministre de la reine de Madagascar un ultimatum exigeant :
« l** La reconnaissance effective des droits de souveraineté que nous possédons sur la côte nord ;
« 2* Des garanties immédiates destinées à assurer l'observation du traité de 1868 ;
« 3* Le paiement des indemnités dues à nos nationaux. y>
En cas de rejet de l'ultimatum, occuper le fort de Tamatave, se saisir de la douane et en percevoir les droits jusqu'à concurrence de la somme réclamée par le gouvernement français.
Expulsion des Hovas de la côte nord-ouest. —
L'amiral Pierre arrive le 30 avril à Nossi-Bé, où est concentrée une partie de la division navale ; il entreprend immédiatement l'exécution de la première partie du programme qui lui a été fixé : l'expulsion des Hovas des territoires de la côte nord-ouest placés sous notre souveraineté et l'occupation de Majunga.
Le 8 mai, au point du jour, tous les commandants des portes hovas de la côte nord-ouest reçoivent la sommation suivante :
« Au chef de poste de. . . .
« Vous êtes établi sur un territoire sakalave qui n'appartient point aux Hovas et qui est placée au contraire, sous la protection de la France.
« J'ai résolu de ne pas souffrir plus longtemps F exercice d'une autorité hova ou la présence du pavillon ho va sur ce territoire.
a Je vous invite, en conséquence, à vous retirer immédiatement du pays sakalave avec les hommes que vous commandez.
<r Je vous accorde deux heures pour quitter le poste de....
« Si, après ce délai, vous n'avez pas obéi à mon injonction, ou si vous n'y avez pas fait une réponse satisfaisante, vous m'obligerez à vous expulser par la force et la responsabilité des conséquences que cela peut amener retombera sur vous tout entière.
ce Si une demi -heure après la réception de la présente lettre, vous n'avez pas fait acte de soumission en amenant le pavillon hova qui flotte sur le poste de...., je considérerai cela comme une intention formelle de résistance et je n'attendrai pas pour vous attaquer l'expiration. des deux heures que je vous ai accordées pour vous retirer volontairement.
Le Contre- Amiral,
commandant en chef la division navale
de la mer des Indes.
a Signé : Pierre. »
COMMA.NDEMENT DE l' AMIRAL PIERRE. 73
Les postes sommés sont ceux de Mourountsang^ 6eramahomaï^ Âmpassimbitiki^ Amboudimadirou ; ils sont répartis entre la Flore, le Boursaint, le Beautemps-Beaupré, le Vaudreuil et la Pique, Les commandants ont l'ordre d'employer comme moyen cotercitif une canonnade très lente et^ l'évacuation obtenue de gré ou de force, de procéder à la destruction totale des établissements hovas, sans engager de lutte d'infanterie.
Aucun chef hova ne consentit à faire acte de soumission : les forts furent donc canonnés, puis occupés et détruits par les compagnies de débarquement. Les garnisons ennemies qui, pour la plupart, étaient restées à proximité de leur poste pendant le bombardement, tirèrent quelques coups de fusils et se replièrent dans l'intérieur. Les bâtiments français n'éprouvèrent aucun dommage au courant de cette opération .
Occupation de Majunga. — Sans laisser aux Hovas le temps de se remettre de l'impression produite par la promptitude apportée à la dispersion de leurs garnisons, l'amiral Pierre se porte immédiatement devant Majunga avec le Beautemps-Beaupré, le Vaudreuil, le Boursaint et la Pique.
Pour les Hovas, la position de Majunga a une énorme importance ; elle commande l'unique entrée du plus vaste estuaire de la côte de Madagascar, dont les ramifications commerciales alimentent une grande étendue du pays.
Majunga est en outre la tête de la meilleure route militaire qui relie la côte au pays hova. La possession
de ce point équivaut à la possibilité et à la menace perpétuelle d'une invasion.
La ville est située sur une pointe basse et sablonneuse, en arrière de laquelle se dressent les pentes ravinées du plateau du Gouverneur. L'extrémité ouest de ce rempart naturel était défendue par un fort circulaire en maçonnerie de 45 mètres de diamètre intérieur et de 5 mètres de relief; l'extrémité est, par une vaste redoute de forme semblable, mesurant 200 mètres suivant son plus grand diamètre, pourvue d'un parapet d'infanterie et entourée d'un fossé profond.
Les deux ouvrages étaient reliés par une ligne de retranchements disposés de manière à fournir des feux plongeants sur la ville et la plage.
Les Hovas entretenaient à Majunga une garnison de 2,000 hommes, mais leur artillerie n'avait aucune valeur et était hors d'état de riposter aux coups des canons de la marine française.
Le 15 mai, l'amiral Pierre arrive devant la place et somme le gouverneur de l'abandonner sous peine d'être aussitôt canonné ; celui-ci répond par une lettre dérisoire dont nous reproduisons le texte ci-dessous ; on aura ainsi une idée de la finasserie des fonctionnaires hovas :
« Majunga, le 15 mai 1883.
(i J'ai reçu la lettre que vous m'avez envoyée, mais comme c'est écrit en français, je ne suis pas à même de bien comprendre le français.
« Je vous souhaite la bénédiction du Seigneur, Monsieur l'Amiral.
« Recevez mes respects, Monsieur l'Amiral.
COMMANDEMENT DE l' AMIRAL PIERRE. 75
« Je suis Ramanhazafy^ 14* honneur, gouverneur de Majunga, aide de camp du premier ministre et commandant en chef. »
Sur ces entrefaites, la nuit étant venue, le bombardement est remis au lendemain.
Le 16, au lever du soleil, la division navale ouvre le feu sur les défenses de Majunga. Les forts ripostent coup pour coup.
Les navires, mouillés à 1 ,800 mètres de la place, exécutent un tir lent, à raison d'un obus par navire de deux en deux minutes. Bientôt les mâts de pavillon sont abattus, les ouvrages largement entamés et dès 7 heures du matin, le feu de l'ennemi est éteint. Notre tir continue plus lentement.
A 8 heures, nos projectiles allument un violent in-, cendie dans le fort principal et dans les cases qui servent d'abris à la garnison. L'amiral fait alors cesser un tir désormais inutile, les flammes se chargeant d'achever la destruction des établissements de l'ennemi.
La garnison a déjà disparu abandonnant 30 canons ; quant au gouverneur, il se serait enfui, parait-il, dès le début de l'action.
Dans la journée, le Vaudreuil et la Pique remontent la côte pour canonner le revers nord de la position et achever la destruction des maisons hovas restées debout.
La ville commerciale située au bord de la mer avait été absolument épargnée par notre feu. Soudain, à 10 heures du soir, un vaste incendie éclata sur divers points à la fois et embrasa toute la ville en un instant ; les Hovas essayaient de détruire ce qu'ils n'avaient pu
conserver. La factorerie française et la plupart des maisons de commerce américaines et indiennes furent pourtant épargnées.
Le 17, au point du jour, le corps de débarquement (infanterie de marine et compagnies de débarquement) fut dirigé sur le plateau du Gouverneur avec mission de le fouiller et d'occuper le fort de la Pointe.
Les troupes ralliaient ce point après une reconnaissance sans résultat, lorsqu'un fort parti de Hovas, sortant à Timproviste des couverts du terrain, se précipita sur elles. Une vive et rapide escarmouche s'ensuivit ; arrêté par notre feu, l'ennemi se débanda presque sans résistance et fut poursuivi pendant 4 kilomètres. Nous ne perdîmes aucun homme dans cette affaire.
On s'occupa aussitôt d'organiser la défense de la position conquise et de mettre la garnison en mesure de repousser tout retour offensif.
Occuper tout le plateau du Gouverneur avec les faibles effectifs dont on disposait n'était pas possible ; on se contenta donc de placer les 80 hommes de l'infanterie de marine dans le fort de la Pointe ainsi qu'une dizaine d'artilleurs de marine destinés au service de : une pièce de 4*"", un canon de débarquement de 65"" et 3 canons hovas.
Pour compléter la défense, le Vaudreuil et \b, Pique devaient rester mouillés à Majunga et se tenir prêts à flanquer par leur feu le fort de la Pointe.
Conformément aux instructions ministérielles, la douane fut saisie et les commerçants furent avertis d'avoir à verser à l'avenir, entre les mains du comman-
COMMANDEMENT DE l'AMIRAL PIERRE. 77
dant de la force navale deMajunga^ les droits d'entrée et de sortie ordinaires.
La première partie du programme qui lui avait été fixé était accomplie ; T amiral Pierre quitta sans plus tarder Majunga et se rendit à Tamatave où il devait remettre aux autorités hovas Tultimatum du gouvernement français.
Prise de Tamatave. — Il mouille en rade de cette ville le 31 mai, avec la Flore, le Forfait, le BeatUemps- Beaupré, le Boursaint et les transports la Creuse et la Nièvre, appelés tout exprès de la Réunion.
L'ultimatum du gouvernement français est immédiatement envoyé à Tananarive par les soins de notre consul, M. Bandais.
Le 9 juin, à 8 heures du soir, la réponse du gouvernement hova parvient à l'amiral, c'est une fin de nonrecevoir catégorique.
Le 10 au matin, la division navale ouvre le feu sur la place.
La ville de Tamatave occupe une petite presqu'île sablonneuse, longue de l kilomètre environ et large de 500 mètres.
A cette époque, ses défenses consistaient en un fort circulaire occupant la base de la presqu'île et un camp palissade situé à 1,500 mètres dans l'intérieur.
Le fort seul avait une action sur la mer. Son enceinte, de 70 mètres de diamètre environ, était formée d'un parapet maçonné, de 6 mètres d'épaisseur et de hauteur. Un remblai en forme de couvre-face l'entourait à 5 mètres en avant.
Quelques pièces sans grande valeur constituaient r armement.
Dès les premiers coups de canon, les Hovas abandonnent leurs positions et se replient sur le camp de Farafate, à 6 kilomètres environ dans Tintérieur. Après avoir poursuivi les fuyards de leurs obus, les navires cessent le feu dès 8 heures du matin.
Le lendemain, un corps de débarquement, comptant environ 600 hommes, occupe sans coup férir la ville et ses défenses, pendant que les canons de la division, allongeant leur tir jusque dans le camp de Farafate, maintiennent Tennemi à distance. -
Le 12 juin, Tamiral commence Texpulsion des Hovas établis sur la côte nord-est en envoyant le Beautemps- Beaupré et le Boursainl détruire leurs défenses et leurs établissements de Fénérive, Foulpointe et Mahambo. Le 13, cette opération était terminée sans dommage de notre côté.
Organisation défensive de Tamatave. — L'ennemi se trouvant en force dans le camp de Farafate, à 6 kilomètres seulement de Tamatave, il importait non seulement de mettre la garnison en mesure de repousser une attaque, mais encore de garantir la ville contre toute tentative d'incendie ou de pillage.
On se proposa en conséquence de fermer complètement la presqu'île par une série ininterrompue d'obstacles s'étendant d'un rivage à l'autre.
Voici le dispositif adopté dans son plein développement :
En avant, du côté de l'ennemi, une ligne de défenses accessoires : abatis, réseaux de fils de fer, trous de
COMMANDEMENT DE l'aMIRAL PIERRE. 79
loup; en arrière, quatre points d'appui : le fort ho va et trois fortins constniits par nos troupes*.
Ces fortins, établis sur de petites éminences d'une dizaine de mètres d'élévation, comprenaient : une maison d'habitation, une enceinte formée d'une palissade épaisse permettant le tir, et un fossé. Leur garnison, 30 hommes commandés par un officier ou un sous-officier, était relevée toutes les vingt-quatre heures.
Des communications faciles, abritées par des haies de cactus, reliaient ensemble tous les organes de la ligne de défense ; en outre, un chemin de fer à voie étroite partant de la douane aboutissait au fort hova.
Le service de sûreté était assuré, le jour, par un poste de 30 hommes, établi à 150 mètres du fort, du côté de l'ennemi et fournissant 6 sentinelles abritées sous de petits toits en paillote à 400 mètres plus loin.
La nuit, la garde rentrait au fort et les sentinelles surveillaient du haut du rempart; des signaux optiques mettaient en communication les ouvrages et la rade.
En cas d'attaque, le fort hova disposait de :
2 canons de 65"° ;
2 pièces de 4 ;
2 hotchkiss ;
1 canon hova,
en batterie, sur la banquette du parapet ;
2 pièces de 80"", l pièce de 12"",
en réserve à l'intérieur.
1. Le Mamelon Vert sur la rive nord ; le fort de la Dune sur la rive sud ; le fort Aitkens entre le précédent et le fort hova.
En outre, les navires mouillés sur rade se tenaient prêts à croiser leurs feux en avant de la ligne de dé-r fense et des fougasses étaient disposées en avant du poste de garde et de chaque fortin.
Pour le logement des troupes, on utilisa tout d'abord les casemates et les constructions convenables du fort hova.
Le commandant supérieur et les officiers y résidèrent ; une garnison de 200 hommes y fut installée, ainsi qu'un magasin approvisionné à un mois.
Plus tard, lorsque les troupes de Tamatave furent renforcées, on construisit, entre les forts et la ville, une sorte de camp de baraques protégé par une palissade.
En même temps qu'il mettait notre conquête à l'abri d'un coup de main, l'amiral assurait la sécurité intérieure par de sages mesures de précaution :
État de siège déclaré à Tamatave ; nomination d'un maire et d'une commission municipale ; mouvements des navires réglés par l'autorité militaire; interdiction pour les indigènes de pénétrer dans le quartier européen de huit heures du soir au lever du soleil ; interdiction de porter une arme; exécution immédiate de tout incendiaire ; interdiction de la vente des spiritueux.
L'amiral Pierre signifia même aux consuls étrangers d'avoir à cesser leurs fonctions, mais cette mesure fut désavouée par le Gouvernement et rapportée quelque temps après.
Comme garnison, l'amiral ne disposait que de 120 hommes d'infanterie de marine et de 30 artilleurs.
■SJv-?
Ta
pft,
nad
Taillais
COMMANDEMENT DE l' AMIRAL PIKRRE. 81
Le service de garde, l'exécution des travaux d'aménagement et de défense, l'état de surexcitation dans lequel on vécut pendant les premiers jours eurent bientôt surmené les hommes.
Aussi, dès le début, la grande préoccupation du commandant en chef est-elle d'obtenir de la métropole des renforts en hommes pour alléger le service et de nouveaux navires pour exécuter autour de l'île des croisières destinées à assurer les résultats acquis.
« Vous n'avez jamais pu supposer sérieusement, écrivait l'amiral le 14 juillet 1883, qu'après avoir croche aux oreilles de Majunga et de Tamatave un sanglier de la dimension de Madagascar, nous serions en état de le tenir en respect d'une manière durable avec 180 hommes de troupe et 6 navires, dont 4 petits. »
En effet, dès le commencement de juillet, il se voit obligé de réclamer toute la garnison de la Réunion (les 40" et 41* compagnies du 4* régiment d'infanterie de marine); le gouverneur, M. Cuinier, la met patriotiquement à sa disposition. En outre, cinq compagnies d'infanterie de marine sont réclamées par télégramme à la métropole.
Attaques de Tamatave. — Les événements ve- . naient d'ailleurs de démontrer la nécessité de ces renforcements. Le 25 juin et le 5 juillet, lesHovas avaient attaqué en masse, pendant la nuit, nos positions de Tamatave encore incomplètement organisées. Le 25 juin, ils cherchent à pénétrer jusque dans la ville en passant au sud du fort hova. Leur effort principal vient se butter contre un poste de 25 hommes com-
MADAQASGAR 6
mandé par le lieutenant Castanié, de Tinfanterie de marine, établi sur remplacement du blockhaus Aitkens. A trois reprises diflPérentes, ils se précipitent contre le poste, nos feux de salve les arrêtent chaque fois et leur font éprouver de nombreuses pertes qui les décident à la retraite.
Le lieutenant Castanié fut décoré pour cette vigoureuse résistance.
EchzUt ^/toaov m 110 iM
Défense de Tamatave.
La seconde attaque, du 5 juillet, eut lieu dans des conditions identiques, mais ne dura qu'une heure et demie ; un homme fut tué parmi les nôtres.
Pendant toute la durée de la campagne, les attaques nocturnes se répétèrent sans cesse. Cette tactique est habituelle aux Hovas, ils en connaissent toute la puissance, basée sur l'effet de surprise. Ils n'ignorent pas non plus que le meilleur moyen de fatiguer et démoraliser un adversaire consiste à l'empêcher de dormir.
COMMANDEMENT DE l'aMIRAL PIERRE. 83
D'ailleurs l'extrait suivant des instructions de la reine de Madagascar à ses troupes démontre bien quelle importance ils attachent à cette méthode de combat :
« Si les Français vous attaquent et que vous ne puissiez tenir, retirez-vous, mais à petite distance, et harcelez-les à tout instant, la nuit surtout, et arrangezvous de façon à les alarmer le plus possible et à leur faire le plus de mal que vous pouvez ; mais que ce soit de jour ou de nuit, harcelez-les, tout en tâchant de vous garer le plus possible. »
En cas de nouvelles hostilités, des instructions analogues seraient certainement mises en vigueur par l'ennemi; il faudrait s'attendre à de nombreuses alertes, surtout la nuit, et assurer avec le plus grand soin le service de sûreté. En opérations, un réseau d'avantpostes solide; autour des points occupés, de nombreuses défenses accessoires devront toujours garantir le corps principal ou la garnison contre les tentatives de l'ennemi et leur ménager le repos indispensable.
Opérations sur la côte nord-ouest. — Pendant que ces événements se passaient à Tamatave, on ne restait pas immobile à Majunga; la Betsiboka était explorée, afin de déterminer un point de débarquement d'où un corps expéditionnaire pourrait marcher surMarovay, situé sur la route de Tananarive et où l'ennemi était signalé en forces respectables. La canonnière la Pique remontait la rivière jusqu'à dix milles de ce point et harcelait sans relâche les troupes hovas. De son côté, la garnison faisait aux pnvirons de fréquentes reconnaissances. Pour ménageries hommes.
on ne sortait qu'aux heures favorables et on ne s'approchait de Tennemi qu'à portée de canon.
Départ de l'amiral Pierre. — La santé de Tamiral Pierre, déjà fatiguée à son départ de France, s'était complètement perdue au milieu des fatigues accablantes de son commandement et sous l'action du climat débilitant de Madagascar.
Néanmoins, tant qu'il eut encore un reste de force, il resta à son poste ; ce n'est qu'à la dernière extrémité, au moment où il pouvait douter de revoir la France, qu'il se décida à partir. Le 16 août, il remit son commandement au capitaine de vaisseau Eallier; il mourut le 1 1 septembre à son arrivée dans le port de Marseille, sans avoir pu revoir les siens.
Pour apprécier la valeur de l'amiral Pierre, il n'est pas besoin de remonter bien haut dans sa carrière : les événements que nous venons d'exposer en donnent la mesure complète.
Par la décision, la vigueur et la fermeté avec lesquelles elles ont été menées, les opérations de guerre révèlent un chef qui savait commander.
L'abnégation de l'amiral restant à son poste, malgré la conviction qu'il en mourrait, prouve un sentiment du devoir poussé jusqu'à l'héroïsme.
L'amiral Pierre commandait, il se donnait à sa tâche sans compter, jusqu'à la mort : c'était un chef, dans toute l'acception du mot.
On pouvait répéter sur sa tombe, cette fois avec vérité, cette expression trop souvent employée : sa perte est irréparable.