COMMANDEMENT DE L'AMIRAL GALIBER
Instructions du Gouvernement. — C'est à Tamiral Galiber que le Gouvernement confia la lourde mission de remplacer l'amiral Pierre dans le commandement de la division navale de la mer des Indes.
Dans les grandes lignes, ses instructions étaient les suivantes :
Ne pas tenter d'opérations ofi^ensives ; tenir seulement Majunga et Tamatave, surveiller activement les côtes nord-ouest et est et attendre dans cette situation la soumission des Hovas.
Dans l'espoir qu'elle ne tarderait pas, pleins pouvoirs furent donnés à l'amiral pour traiter, de concert avec M. Bandais, consul de France à Tamatave, sur les bases de l'ultimatum.
Conformément aux demandes antérieures de l'amiral Pierre, on envoie des renforts à Madagascar pour soulager marins et soldats.
La division navale s'augmente des bâtiments suivants :
Le Capricorne, canonnière de station ;
La Creuse, transport organisé en hôpital pour 200 malades ;
Le croiseur la Naïade relève la Flore qui avait éprouvé des avaries par suite d'incendie.
Les troupes à terre sont renforcées par une compa-
gnie de fusiliers marins ; en outre, quatre compagnies d'infanterie de marine* sont dirigées sur la Réunion. Elles permettront de fréquents échanges de personnel entre cette colonie et Madagascar, de manière à maintenir les troupes d'occupation dans une situation hygiénique aussi satisfaisante que possible.
On pense enfin à faire appel au patriotisme des jeunes gens de la Réunion et à tirer parti des dispositions sympathiques des Sakalaves de la côte nordouest.
Notre colonie est invitée à constituer deux compagnies de volontaires créoles destinées à concourir à l'occupation de Tamatave et de Majunga.
Quant aux Sakalaves, on essaiera de les utiliser comme auxiliaires indépendants et même comme soldats réguliers.
Situation sanitaire des troupes. — L'amiral Galiber arrive à Tamatave le 24 septembre 1883.
Son attention est tout d'abord appelée sur la situation sanitaire de la garnison.
La fatigue était extrême parmi les hommes débarqués, et près de la moitié de l'effectif était indisponible dans la 39'' compagnie d'infanterie de marine casernée dans le fort depuis sa prise de possession.
En dehors de l'action climatérique, l'amiral Galiber attribue aux causes suivantes le mauvais état sanitaire de la garnison :
« Les fatigues du service, les alertes fréquentes... v.
1. Les 21% 22% 23% 24% du 4* régiment, à Teffectif de 3 officiers et 117 hommes.
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« De plus, les hommes mouillés ne se changent pas ; il leur est en effet difficile de le faire ; ils ne possèdent qu'un seul pantalon de laine comme effet d'habillement.
« Une fois mouillé, vu l'état hygrométrique, il est impossible de se faire sécher. Les hommes sont munis de cirés, mais le vent fait pénétrer quand même l'humidité profondément. Les hommes couchent par terre enveloppés d'un simple couvre-pieds.
« Les vivres frais font défaut.
« L'ennui, causé par la séquestration presque complète à l'intérieur du fort, vient ajouter sa cause déprimante à ces conditions générales mauvaises. »
Des mesures sont immédiatement prises pour remédier à cet état de choses.
On améliore les casernements; le rez-de-chaussée des nouveaux bâtiments est élevé à l'",20 au-dessus du sol.
Des hangars construits à 500 mètres en dehors du fort, sous un massif d'arbres, procurent aux hommes qui ne sont pas de service abri et fraîcheur.
La quinine et le vin de quinquina sont distribués journellement comme mesure préventive contre la fièvre.
Le fort hova est trop encombré; on reporte au dehors certains services dont la présence à l'intérieur n'est pas indispensable : lavoirs, latrines, écuries, cuisines, etc.
L'eau de boisson employée jusqu'alors ne présentant pas de garanties suffisantes, une machine distillatoire est demandée à la métropole.
Enfin un roulement est établi entre les troupes d'occupation et la garnison de la Réunion ; les hommes
fatigués peuvent ainsi se refaire avant d'être complètement impaludés.
Grâce à ces sages précautions, le nombre des malades ne tarda pas à diminuer, néanmoins dans le calcul des disponibles, on dut toujours tabler sur un déchet minimum du quart de Teffectif.
Puisqu'il s'agit de l'état sanitaire et du bien-être des troupes, il est juste de rendre ici hommage à la générosité de la Société des Femmes de France.
Par ses soins, de nombreux secours furent distribués aux hommes, vin de Banyuls, tabac, vêtements, jeux de toute sorte, etc. ; tout ce qui pouvait contribuer à maintenir le physique et le moral en bon état, cette Société s'ingénia à le procurer.
Grâce à elle, bien des souffrances furent soulagées, bien des courages ranimés.
Continuation des opérations sur la côte nordest. — L'amiral Pierre n'avait pas eu le temps d'accomplir la destruction des établissements hovas de la côte nord- est, ainsi que ses instructions le recommandaient ; seuls les postes de Foulpointe, Fénérive et Mahambo avaient été bombardés.
Une dépêche du 27 septembre invite l'amiral Galiber à exécuter cette opération ; en même temps, une partie de la division navale doit faire le tour de l'île par le sud, en causant aux postes hovas établis sur la côte le plus de mal possible.
Le Beautemps- Beaupré et le Boursaint sont chargés de la côte nord-est ; du 26 octobre au 16 novembre, ils bombardent et incendient Manahar, Vohémar, Antombouc et Marancette.
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A Marancette, le bombardement de la ville est complété par une petite expédition des compagnies de débarquement qui remontent la rivière pendant deux milles pour détruire un fortin hova.
L'opération est menée avec décision par le lieutenant de vaisseau Devergie; les canots franchissent neuf barrages successifs, malgré les coups de fusil qui les accompagnent tout le long de leur trajet.
Arrivés à portée de fusil de l'ouvrage, les marins débarquent, ouvrent sur les défenses ennemies tin feu rapide de mousqueterie ; les Hovas abandonnent Touvrage qui est incendié ainsi que le village environnant.
De leur côté, le Vaudreuil et la Nièvre descendent la côte E. au sud de Tamatave et détruisent par le feu de leur artillerie Manourou, Mahela, Mananjari, Benanoremana, Fort-Dauphin.
Puis, conformément aux instructions ministérielles, le Vavdreuil continue sa route pour rentrer à Tamatave en faisant le tour de File.
Il a pour mission d'agir par la force contre les Hovas qu'il trouvera à sa portée et de sonder les dispositions des populations malgaches de la côte ouest.
Attaque de Majunga, 13 novembre 1883. — Aucun événement de guerre intéressant n'avait encore eu lieu à Majunga, lorsque, dans la nuit du 13 novembre, un parti ennemi, fort de 500 hommes environ, tenta sur la ville un coup de main dans le but d'enlever la reine sakalave Hanarena qui s'était réfugiée sous notre protection.
Éventés par un Makoua* à notre service qui déchargea son fusil sur eux, les ennemis eurent le grand tort de commencer immédiatement une vive fusillade qui donna l'éveil à la garnison et aux navires.
Canonnés immédiatement de la rade, en butte à des feux de salves partant d*un poste établi à terre dans une maison de l'agence française, ils s'enfuirent aussitôt après des pertes sérieuses.
Cette attaque démontra la nécessité de mettre la ville elle-même en état de défense ainsi qu'on l'avait fait pour Tamatave.
Comme on n'avait ni les matériaux nécessaires ni le personnel suffisant pour garnir de défenseurs toute la lisière exposée à l'ennemi, on dut se borner d'abord à occuper solidement quelques maisons en maçonnerie se flanquant réciproquement.
Mais ce système de défense ne tarda pas à être reconnu insuffisant; les flanquements étaient incomplets et laissaient subsister des intervalles non battus par lesquels pouvaient se glisser des groupes audacieux.
De plus il exigeait de nombreux détachements pour l'occupation des maisons en état de défense, ce qui fatiguait outre mesure la garnison.
Au mois de juillet 1884, sur la proposition du capitaine Brun, de l'artillerie de marine, la défense de la ville fut arrêtée définitivement sur les bases suivantes :
1** Le système de blockhaus devait être abandonné et remplacé par une enceinte continue constituée avec les maisons en bordure et les murs de clôture crénelés
1. Nègre de la côte d'Afriqae. 80 Makouas avaient été levés et armés en qaaUté d'auxiliaires.
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OU munis de banquettes d'infanterie; les intervalles garnis par des palanques en troncs de palétuviers ;
2** L'enceinte comprenait des parties flanquantes tracées de manière à battre tous les abords des palanques;
3* Un chemin de ronde était ménagé en arrière de l'enceinte et sur tout son développement pour le service des patrouilles ;
4* La ville était divisée en deux secteurs, le secteur ouest et le secteur est, séparés par le chemin conduisant au Plateau du Gouverneur ; à la garde de chaque secteur était attachée une compagnie d'infanterie de marine. Les compagnies de débarquement devaient, en cas d'alerte, se concentrer sur la place du débarcadère et s'y tenir en réserve.
En outre, pour augmenter le rayon d'action de la place, on résolut de compléter l'occupation du Plateau du Gouverneur par la construction d'un ouvrage en palanques d'où l'on pourrait prendre en flanc une attaque dirigée sur la ville.
D'autres considérations relatives à l'hygiène militaient encore en faveur de cette détermination : l'altitude du plateau, la présence d'une source d'eau vive abondante et d'un bois de manguiers offrant à la troupe un abri contre les rayons du soleil, constituaient autant d'avantages appréciables.
L'ouvrage ne fut néanmoins commencé qu'en 1885, sous la direction du capitaine Poutet, de l'artillerie de marine.
11 se composait d'un petit camp palissade sur trois de ses faces ; la quatrième face, du côté de la ville, était formée par l'épais rempart en maçonnerie de l'an-
cienne redoute hova ; quatre caponnières flanquaient les abords.
Au centre du camp, un solide blockhaus en maçonnerie, à étage, servait de réduit.
La garnison était casernée sous des baraques du système Moisant.
Pendant la durée des travaux, les Hovas cherchèrent à maintes reprises à surprendre la petite garnison, en l'attaquant de nuit, suivant leur coutume; ils furent constamment repoussés.
Il est à remarquer qu'à partir du moment où le Plateau du Gouverneur fut complètement occupé la ville elle-même ne fut plus inquiétée.
Négociations entre la France et le gouvernement hova. — Cependant, les Hovas se préoccupent de renouer des relations avec la France. Le 16 novembre, trois officiers ennemis viennent en parlementaires apporter à Tamatave une lettre du premier ministre déclarant qu'il est disposé à entrer en pourparlers avec les autorités françaises accréditées et qu'il a nommé des plénipotentiaires.
Rendez- vous est aussitôt pris par l'amiral Gg^liber et M. Bandais d'une part, les représentants du premier ministre de l'autre, pour le 19 novembre.
Dès cette première séance, on put constater qu'il ne fallait pas s'illusionner sur la valeur des ouvertures de la cour d'Imerina : ses plénipotentiaires n'avaient en leur possession aucun titre consacrant la validité de leurs pouvoirs.
On fut donc obligé de remettre la séance.
Le "24 novembre, une nouvelle réunion eut lieu, mais
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il fut impossible de s'entendre, les plénipotentiaires hovas se refusant à admettre le premier article de l'ultimatum et déclarant en même temps ne pouvoir proposer un autre texte.
Deux jours après, ils adressaient aux plénipotentiaires français un projet de traité par lequel la France s'engageait à abandonner ses droits sur Madagascar moyennant certaines indemnités. Ils ne reçurent pas de réponse.
Il était évident que le premier ministre avait voulu simplement gagner du temps et faire respirer ses troupes ; il avait été entendu en effet qu'aucun acte d'hostilité ne serait tenté de part et d'autre, autour de Tamatave, pendant le cours des négociations.
Les opérations de guerre recommencèrent donc après quelques jours, avec une nouvelle activité.
Plusieurs reconnaissances furent exécutées dans les environs de Tamatave ; les troupes, enchantées de sortir de leur inaction, montrèrent beaucoup d'entrain et d'endurance ; quelques postes hovas furent surpris.
On put enfin juger l'importance des obstacles à traverser avant d'atteindre les lignes de Farafate. Sur tout le front de la position ennemie, des lacs, des marais, des rivières se succédaient, n'offrant aucun moyen de passage pour une colonne de quelque importance.
Dans une de ces opérations, le capitaine Pennequin, de l'infanterie de marine, aujourd'hui lieutenant-colonel, se distingua particulièrement.
Parti la veille au soir avec 25 hommes choisis, le capitaine, traversant les marais avec de l'eau jusqu'à mi-corps, surprit un poste hova au petit jour, lui fit trois prisonniers dont un officier et rentra à Tamatave
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après avoir fait 24 kilomètres à travers un terrain hérissé de difficultés.
Malheureusement, on était en plein hivernage, la température était très élevée et la santé du corps expéditionnaire devenait de plus en plus précaire.
On dut bientôt ralentir les opérations et faire reposer les troupes, dont une partie fut envoyée à la Réunion.
On appela en conséquence à Madagascar les deux compagnies de volontaires créoles levées dans cette colonie, Tune renforça la garnison de Tamatave, l'autre celle de Majunga ; elles arrivèrent à la fin de décembre.
Situation des esprits chez les Sakalaves. — A
cette époque, le Vaudreuil rentra à Tamatave après avoir accompli sa tournée autour de Madagascar. Les renseignements qu'il rapportait relativement à l'attitude des indigènes de la côte ouest n'étaient guère favorables. Partout il avait rencontré des populations apathiques, incapables de se ressaisir et de secouer le joug ou absolument terrifiées par leurs ennemis.
Seuls, les Sakalaves de la reine Binao, établis aux alentours de la baie de Passandava, montraient quelques intentions de résistance, mais ne voulaient rien entreprendre sans être appuyés par des forces françaises.
Il était évident qu'il n'y avait pas à compter sur un grand mouvement populaire contre les Hovas. Les Sakalaves ne pourraient jamais être que des auxiliaires à la condition toutefois de rester en liaison intime avec nos troupes.
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On dut donc abandonner les illusions qu'on s'était faites sur les qualités guerrières et les sentiments d'indépendance de ces populations et se borner à les employer en guise d'éclaireurs, soldats ou porteurs, et encore dans une faible mesure.
Reconnaissance des lignes de Farafate. — De
son côté, l'ennemi ne restait pas inactif. Le gouvernement hova levait des hommes en grand nombre et les instruisait à la hâte.
Des rapports d'espions informaient le commandant en chef que d'importants renforts arrivaient sans cesse à Farafate.
Voulant se rendre compte des forces qu'il avait devant lui, l'amiral ordonna une reconnaissance générale sur le front des positions ennemies.
Le 14 janvier, à deux heures du matin, nos troupes quittaient le fort et se portaient en avant en trois colonnes.
La première colonne était composée de :
180 fusiliers marins ; 50 volontaires créoles.
La deuxième de :
50 hommes d'infanterie de marine ; 150 fusiliers marins.
La troisième, au centre, comprenait :
2 canons de 65""* ; 1 canon de 80"" ; 1 canon de 4; soutenus par 50 fusiliers marins.
Les bâtiments sur rade, Naïade, Crème et Vaudreuil, devaient appuyer de leur feu la marche des troupes.
Ce déploiement inaccoutumé de forces dans la plaine produisit le résultat cherché ; les Hovas démasquèrent leurs positions.
En première ligne, une série d'ouvrages de fortification et de nombreuses troupes évaluées à 3,000 hommes environ ;
Dans le lointain, une deuxième ligne de défense.
L'artillerie ennemie ouvrit le feu la première : sept pièces tiraient à boulets pleins, une huitième à obus; la nôtre riposta immédiatement et, dès les premiers coups, on put voir les chefs hovas fuir en fitacon (chaise à porteurs).
Pendant ce temps, la colonne de droite continuait à progresser, se jetait sur le village d'Amboditavona, à la gauche de la ligne ennemie, et Fincendiait après une résistance peu sérieuse.
A huit heures du matin, tout le monde était rentré à Tamatave sans aucune perte.
On avait pu déterminer avec une exactitude suffisante l'emplacement des défenses de l'adversaire, les forces dont il disposait, le peu de valeur de son artillerie, les obstacles considérables que présentait le terrain.
Pour l'amiral, il devint évident qu'une action décisive sur Farafate était inopportune et même dangereuse.
La plus grosse difficulté n'était pas, en effet, d'enlever la position, mais de la conserver en repoussant l'ennemi loin dans l'intérieur. Or, nous n'avions à