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CHAPITRE m

Instructions du Gouvernement. — Envoi de renforts. — Dans les instructions qui lui sont donnéeS; il est recommandé à l'amiral Miot^ en cas de reprise des négociations avec le gouvernement hova, de faire abstraction de toute clause relative aux limites que nous entendons assigner à nos établissements dans rile et à notre occupation eflfective.

Étant donnés le caractère et T autorité de nos droits, le Gouvernement ne veut demander aux Hovas ni déclaration qui implique la reconnaissance de ces droits, ni engagement de respecter nos arrangements particuliers avec les tribus du nord de Madagascar. Son intention est d'aflSrmer nos droits en les exerçant, au lieu de demander aux Hovas un acte de reconnaissance.

Les engagements conventionnels ne devront porter que sur les points suivants : réparations et garanties dues à nos nationaux et paiement des indemnités.

Quant au programme des opérations militaires, il ne varie guère : continuer à occuper Tamatave et Majunga et établir en outre quelques postes sur les côtes nord destinés à devenir des points de ralliement pour les Malgaches placés sous notre souveraineté ; frapper un fort coup contre Farafate, afin de produire sur l'esprit des Hovas un eSet d'intimidation salutaire.

Pour mettre Tamiral à même d'exécuter ces instructions, les troupes de Madagascar sont de nouveau renforcées ;

Les 8 compagnies d'infanterie de marine de Madagascar et de la Réunion sont portées à 150 hommes.

Cette dernière colonie est invitée à fournir un bataillon de 4 compagnies de volontaires.

Un peu plus tard/ le bataillon de fusiliers marins faisant partie du corps expéditionnaire du Tonkin est rappelé de cette contrée où les opérations de guerre éprouvent une accalmie et rallie Madagascar.

Un détachement de 43 artilleurs de marine et un autre de 30 gendarmes complètent les forces disponibles à terre.

La division navale de la mer des Indes reçoit la composition suivante :

Naïade, croiseur à batterie couvei-te portant pavillon du commandant en chef de la division ;

Forfait^ croiseur à batterie barbette ;

Beautemps'Beaupré, éclaîreur d'escadre ;

Scorff, transport;

Boursaint, aviso de station ;

Capricorne, canonnière de station ;

Pique, canonnière de flottille ;

Chacal, canonnière de flottille ;

Crème, transport-hôpital ;

Redoute, canonnière ;

Tirailleuse, canonnière ;

Allier, transport-aviso à la disposition du gouverneur de la Réunion.

L'amiral Miot arrive à Tamatave le 8 mai.

COMMANDEMENT DU CONTRE- A^jà^AL MIOT. 101

Premières négociations de ramirariHiot avec le gouvernement hova. — Il était à perrpé arrivé à Tamatave que les plénipotentiaires hovas demâCHd^ent à se rencontrer avec les plénipotentiaires françaîs.*Vît .

à rouvrir les négociations. Rendez- vous fut aussitôt.*, pris, mais comme toujours jusqu'alors, on ne put aboutir à rien.

A notre déclaration catégorique que notre ferme intention était de nous passer d'un acte de reconnaissance de nos droits et d'exercer ceux-ci purement et simplement, les envoyés hovas poussèrent de hauts cris et déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas continuer à négocier. On se sépara donc, mais avant de les quitter, Tamiral les prévint qu'il n'accepterait de nouvelles ouvertures que pour traiter sur les bases exposées par lui.

Opérations autour de Tamatave et de Majunga.

— Les opérations militaires recommencèrent sans plus tarder.

A Tamatave, on pousse de fréquentes reconnaissances sur toute la ligne des positions ennemies de Farafate. Celles-ci se renforcent continuellement; sous la direction du colonel anglais Villougby, les retranchements se perfectionnent, des positions de repli s'organisent en arrière. En présence des obstacles accumulés sur le front de l'ennemi, l'amiral renonce à toute idée d'attaque directe et cherche le moyen de tourner la position.

Son attention se porte tout d'abord sur Sahamafy, village situé à la droite des lignes ennemies ; mais il faudra alors franchir la rivière de Vorinkina à l'aide

d'un pont.tf fljjsporté à la suite des troupes. Cent mulets soi\t âbVetés dans cette intention à laBéunion.

Fj5rij,*!t la suite de nouvelles reconnaissances, Tami- ^ ijàl.Vênonce à toute offensive sur Farafate, tant qu'il /./•.Tf'aura pas de plus forts effectifs à sa disposition. Il estime que l'enlèvement des positions ennemies ne changerait rien à la question ; on serait toujours dans la même situation vis-à-vis des Hovas, tant qu'on ne pourrait les chasser au loin ; l'occupation de Farafate rendrait au contraire plus pénible le service des troupes débarquées.

En août 1884, l'effectif disponible de ces troupes se répartissait ainsi :

A Tamatave:

962 fantassins ; 27 artilleuris ; 24 gendarmes.

A Majunga :

204 fantassins ; 15 artilleurs.

A Nossi-Bé :

113 hommes.

A la Réunion :

50 hommes.

Il est évident qu'on ne pouvait songer à entreprendre une expédition de longue haleine avec aussi peu de monde.

A Majunga, on rayonne aussi jusqu'à 6 à 7 kilomètres de la place^ sans résultat appréciable ; pourtant les alertes de nuit sont fréquentes, des rôdeurs pénètrent jusque dans la ville, cherchant à allumer Tincendie ou à surprendre quelques habitants. Ainsi que nous Tavons vu, c'est seulement après Toccupation du fort hova dominant la ville que ces tentatives prirent fin.

Une seule opération est à signaler de ce côté : le 4 novembre 1884, une compagnie de fusiliers marins, commandée par le lieutenant de vaisseau de Maisonneuve, rencontra un parti hova fort d'un millier d'hommes environ. En raison de la disproportion des forces, la reconnaissance se replia en bon ordre, mais les Hovas la suivirent en manœuvrant régulièrement, malgré les pertes sérieuses qu'ils éprouvèrent, et lui firent subir une perte de 1 tué et 3 blessés.

La bonne saison de 1884 se passe ainsi, en opérations de petite envergure, sans que la situation respective des adversaires se modifie. Autour des points occupés, ce sont des reconnaissances stériles exécutées avec de faibles efiectifs; le long des côtes, quelques obus sont parfois lancés par un navire de passage sur quelque poste hova; ces événements ne présentent rien d'intéressant.

C'est surtout vers l'établissement de postes fortifiés sur les côtes sakalaves et antankares, que se portent les préoccupations du commandant en chef. Ainsi qu'on Ta vu, le Gouvernement avait recommandé cette mesure afin de mettre un terme aux incursions des Hovas et de rallier les populations dont nous revendiquions la souveraineté absolue.

Création du poste d'Amboudimadirou (août 1884). — Le choix de Tamiral se fixe d'abord sur la baie de Passandava^ entre les États de la reine Binao et du roi Monza. Une redoute palissadée, avec des logements pour une compagnie, est établie sur une col-

line, dans le fond de la baie, auprès du village d'Amboudimadirou. De ce point, on est à même de couper les chemins suivis par les troupes hovas qui, partant du camp d'Ankaramy, situé à environ 45 kilomètres dans l'intérieur, viennent de temps à autre ravager les territoires de Binao ou de Monza, nos alliés.

Sous la protection de notre fortin, le village d'Amboudimadirou, qui avait été détruit par les Hovas, se releva rapidement. Cette prise de possession produisit d'ailleurs un grand effet sur les populations sakalaves qui se groupèrent autour de nous et nous fournirent bientôt des guides, des porteurs et même des sol dats.

Le ministre de la marine autorisa en effet la levée d'une compagnie de tirailleurs indigènes. En peu de temps, les Sakalaves surent exécuter convenablement les manœuvres de Técole de compagnie et acquirent une bonne tournure militaire. Nous les verrons plus tard se conduire au feu très bravement.

Combat d'Anziaboury (15 octobre 1884). —

La construction du fortin d'Amboudimadirou ne s'acheva pas sans de fréquentes alertes ; comme toujours les Hovas profitaient de la nuit, pour essayer de surprendre la garnison ou pour inquiéter les indigènes qui avaient rallié notre drapeau.

Le capitaine Pennequin, nommé au commandement du poste, s'employa immédiatement à mettre fin à ces incursions.

Eenseignements pris, on sut bientôt que les coureurs ennemis provenaient d'un camp nouvellement établi à deux heures de marche d'Amboudimadirou. L'enlèvement de cette position fut aussitôt décidé.

Le 15 octobre, après avoir confié aux compagnies de débarquement des canonnières la Piqm et la Tir ailleusSy mouillées dans la baie, la garde du fortin, la39' compagnie d'infanterie de marine, forte de 4 oflSciers et 96 hommes se met en marche.

Les comptes rendus officiels ne font pas mention de la formation prise pour la route. Selon toute probabilité, à cause de Tétroitesse du sentier, on marche par un. La distance d'avant-garde réglementaire est diminuée considérablement ; elle est calculée de telle façon, qu'à r annonce de l'ennemi, T avant-garde et le gros s'étant respectivement rassemblés sur leur tête, cette dernière fraction se trouve à l'abri des coups dirigés sur la première et dispose d'une zone de manœuvre suffisante pour se porter par une diagonale à la droite ou à la gauche des premières forces déployées. La mousqueterie des Hovas étant seule à redouter, l'espace compris entre les têtes de l'avant-garde et du gros est sans doute de 300 mètres environ. Après le rassemblement pour le combat, les réserves se trouveront ainsi à bonne portée pour renforcer ou manœuvrer.

A sept heures du matin, la petite colonne arrive en vue d'Anziaboury. C'est un village fortifié, entouré d'une enceinte palissadée de 250 mètres de long sur 150 mètres de large. Le terrain aux alentours est découvert.

A 600 mètres, le premier peloton, commandé par le lieutenant Marmet *, se déploie en tirailleurs en marchant. Deux crêtes longées par des ravins séparent la chaîne de l'ennemi.

Pendant qu'elle progresse lentement, en dissimulant sa marche le plus possible, le reste de la colonne rassemblé sur une éminence dominant l'ensemble de la position commence la préparation de l'attaque par des feux de salve.

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