‹ MadagascarChapitre 25 sur 45 · Le commandant Marmet a été taé au Dahomey · texte numérisé non relu

Le commandant Marmet a été taé au Dahomey

De tous côtés, des Hovas accourent vers le village ; la palissade se garnit et Tennemi riposte avec vigueur.

La chaîne gagne toujours du terrain.

A 200 mètres, après avoir franchi le dernier ravin, elle commence un feu rapide.

Bientôt l'adversaire parait ébranlé, son tir se ralentit ; son chef semble avoir grand'peine à maintenir son monde au combat; on le voit courir et brandir son sabre.

Soudain, il tombe ; d en même temps une section de soutien débouche du ravin pour prendre Tennemi en flanc. Soit par suite de l'arrivée de cette troupe, soit par suite delà mort de leur chef, c'est alors une débandade générale.

a La chaîne se précipite à la baïonnette sur la palissade; on ouvre à coups de hache des passages et la poursuite continue dans le village que l'on traverse de bout en bout. »

Dans une expédition coloniale, les petits engagegements comme celui du 15 octobre 1884 sont fréquents; toutefois, il en est peu où les troupes et le terrain soient employés avec autant d'habileté. Le combat d'Anziaboury est un modèle du genre qu'il est bon de méditer.

A la suite de cette belle opération, la renommée du capitaine Pennequin se répandit dans toute la contrée ; elle y subsiste encore. Sous sa direction, les Sakalaves se reprenaient à l'espoir de chasser leurs oppresseurs et ne demandaient qu'à marcher.

En novembre, dans une expédition qu'il organisa dans le but de reconnaître le camp d'Ankaramy, situé à 45 kilomètres dans l'intérieur, le capitaine Penne-

quin emmena avec lui 500 hommes de Binao et 600 hommes de Monza, soutenus par 150 soldats d'infanterie de marine et deux canons.

Comme éclaireurs et flanqueurs, les Sakalaves furent très appréciés, mais leur indiscipline et leur manque d'organisation ne permirent pas de les utiliser comme troupe régulière.

Cette expérience fit ressortir en outre le parti précieux qu'on peut en tirer comme porteurs, à condition de les payer et de les laisser marcher à leur allure habituelle.

Occupation de Vohémar. — Le poste d'Amboudimadirou organisé, on occupa Vohémar sur la côte nordest. Ce point avait l'avantage d'être situé sur une transversale le reliant à Amboudimadirou, après l'occupation de Diégo-Suarez, qui devait avoir lieu ensuite, on espérait que les indigènes appuyés sur des postes tenant les routes principales, purgeraient complètement la région de tous les Hovas qui s'y trouvaient.

Le 21 novembre, après une reconnaissance préliminaire des lieux, au courant de laquelle on avait infligé à l'ennemi un léger échec, le BeatUemps-Beaupré, V Allie?* et le Scorff débarquent à Vohémar un petit corps expéditionnaire :

100 hommes d'infanterie de marine ;

240 fusiliers marins ;

10 gendarmes à cheval ;

300 porteurs antankares.

On enlève le jour même le village de la Douane, situé au fond de la baie, au pied du plateau de la Table.

Puis les troupes s'établissent au bord d'un ruisseau

d'eau vive dominé par cette hauteur; en quatre ou cinq jours, on transporte sur remplacement du bivouac les cases du village de la Douane et on crée ainsi le camp de Beautemps-Beaupré.

Une ligne de sentinelles entoure le camp, de plus, un poste d'observation est installé sur le sommet de la Table, d'où l'on aperçoit, à 14 kilomètres dans le sud, le rova d'Amboanio.

Prise d'Amboanio. — Les Hovas avaient une garnison en ce point; la sécurité de notre établissement de Vohémar exigeait qu'ils en fussent chassés. Le 26 novembre, une colonne fut dirigée sur Amboanio ; à son approche, les Hovas mirent le feu au rova et s'enfuirent vers Andraparany.

L'incendie fut rapidement éteint par nos troupes qui s'établirent dans le village voisin du fort.

Combat d'Andraparany (5 décembre 1884). — La prise d'Amboanio ne suffisait pas pour ramener le calme dans la région; l'ennemi restait en force à Andraparany, à 35 kilomètres dans l'intérieur. Chaque nuit, des alertes mettaient la garnison sur pied ; tantôt c'était une tentative d'incendie, tantôt c'était une attaque inopinée de nos avant-postes. Les populations avoifcinantes étaient terrorisées.

Pour empêcher l'ennemi de venir à nous, on marcha résolument à lui.

L'expédition fut dirigée par le capitaine de frégate Escande, qui s'était adjoint le capitaine Brun, de l'artillerie de marine, avec le titre de commandant militaire.

L'extrait suivant du rapport du capitaine Brun contient Texposé du plan d'opération.

(c Le 5 décembre, époque de la pleine lune, à une heure du matin, la colonne expéditionnaire quittait Amboanio dans Tordre de marche suivant :

« 1* La 5* compagnie de fusiliers marins précédée d'un peloton de gendarmes à cheval et du guide;

(c 2** La 2 P compagnie d'infanterie de marine ;

« 3* Le canon de 65"'" de débarquement du Beautenips-Beaupré, approvisionné à 64 coups et servi par des marins canonniers et quelques artilleurs de marine ;

« A"" Le convoi de vivres, avec des porteurs malgaches et makoas;

« 5* L'ambulance, avec des porteurs malgaches et makoas ;

ce 6* La compagnie de débarquement du Beautemps- Beaupré en arrière-garde, chargée en même temps de la garde de l'artillerie et des convois ;

« 7" Le contingent des auxiliaires aritankares avec leur roi Tsialana en tête.

ce La police de la colonne et le service des ordres étaient assurés par la gendarmerie.

(c Les guerriers antankîires, auxquels s'étaient jointes une partie des populations soumises étaient au nombre de 1,200 environ, tous armés de fusils à pierre et de sagaïes.

« Pour utiliser ce contingent, plus redoutable par le nombre que par la valeur et la discipline et en même temps, pour rendre la colonne plus mobile, il avait été

décidé et arrêté avec vous, mon Commandant, que cette colonne serait scindée en deux groupes :

(c Le premier groupe, appelé colonne de gauche, et comprenant environ 700 Antankares et un détachement de 73 fusiliers marins, sous les ordres de M. Martel, enseigne de vaisseau, devait se séparer de la colonne de droite à 8 kilomètres environ d'Amboanio, se diriger dans le sud, en contournant le massif montagneux au delà duquel est situé le plateau d'Andraparany et venir, en se rabattant à Touest, couper la retraite à l'ennemi sur la route qui conduit à Sambova.

« Ordre lui était donné d'occuper immédiatement les positions dominantes et d'attendre, pour marcher sur le village, l'arrivée et l'attaque de la colonne de droite.

« De son côté, la colonne de droite, après le passage du gué, devait remonter la rivière Fanamba et attaquer par le nord les positions ennemies.

« La colonne de gauche, plus mobile que la seconde, puisqu'elle n'avait pas d'artillerie, .avait à franchir une distance plus longue de quelques kilomètres.

a: Le chef de l'expédition était donc en droit d'espérer, qu'à moins de difficultés et d'événements imprévus, les deux colonnes, parties de points différents, déboucheraient à peu près en même temps sur le plateau pour concourir à une attaque d'ensemble et prendre l'ennemi entre deux feux. »

A 3 h. 45 m., les deux colonnes se séparent.

La colonne de droite rencontre un terrain assez mouvementé qui rend sa marche pénible.

A 1 1 heures du matin, elle atteint le pied des pentes d'Andraparany et s'arrête pour déjeuner.

« Le plateau d*Andraparany constitue une position militaire vraiment redoutable; dominant la vallée du Fanamba à plus de 200 mètres de hauteur, il est pro- tégé à Test par une chaîne de montagnes couvertes de bois impénétrables, au nord et à Touest, par des pentes raides ravinées, coupées de bouquets de bois très propres à la guerre d'embuscade.

« Au pied même de ces pentes, un ruisseau profondément encaissé rend encore les abords de la position plus difficiles. »

A une heure, on commence Tescalade du plateau. Un parti hova embusqué dans les taillis et les rochers, tiraille avec énergie; il est refoulé pied à pied.

La colon ne met trois heures pour atteindre le sommet.

De beaux pâturages, parsemés de bouquets d'arbres, s'étendent à perte de vue.

Dans le lointain, on aperçoit le village d'Andraparany, au centre duquel s'élève un réduit ou rova.

« C'est un rectangle de 70 mètres de long sur 50 mètres de large. La palanque de l'enceinte se compose de pieux jointifs, d'essence dure, de 0'",15 à 0",20 de diamètre et de 4 mètres de haut.

« Cette palanque est démunie de créneaux et n'est pas organisée pour fournir des feux de mousqueterie. Quatre tambours de flanquement, armés chacun d'un canon, sont placés en saillie sur les faces et au centre de la palanque, dont ils assurent ainsi le flanquement. Des tirailleurs peuvent prendre place sur une plateforme ménagée dans les tambours de flanquement à 2",50 au-dessus de l'emplacement réservé à l'artillerie. »

La colonne se déploie en tirailleurs dans la largeur

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L Coiirt4«r, P.r

du plateau et s'avance sur la position ennemie. Chemin faisant, on refoule par le feu des groupes qui se replient de couvert en couvert.

Tout à coup, le feu de Tennemi éclate avec une nouvelle énergie; il part d'un ravin encaissé et boisé situé en avant du village et qu'on n'avait pu découvrir de loin.

C'est là que les Hovas ont concentré leurs forces. Ils garnissent en grand nombre le bord situé de notre côté ; sur chacun de leurs flancs, deux pièces d'artillerie tirent sans relâche.

La position est forte, l'attaquer de front serait une témérité.

Il faut manœuvrer pour la déborder sur son flanc gauche.

Pendant que le canon de débarquement, les gendarmes et un peloton d'infanterie entretiennent le combat de front, le gros des forces appuie progressivement à droite et s'établit en potence par rapport à l'ennemi.

Il est 5 heures, les feux rapides atteignent leur maximum.

« On touche au moment décisif. Une distance de 50 mètres à peine sépare nos braves militaires du bord du ravin. Cette distance est franchie d'un bond au pas gymnastique et les Hovas qui tiennent encore, terrifiés par cette subite apparition de nos soldats abandonnent leurs armes et cherchent à s'enfuir par le fond du ravin, en se dissimulant dans les hautes herbes.

« La victoire est complète, tous les chefs hovas sont restés sur le champ de bataille et à côté d'eux leurs meilleurs soldats.

a Le reste est une cohue qui se débande et qui, ne

pouvant se sauver par la route du sud, gardée par le détachement Martel, se précipite par les pentes escarpées de Touest, les seules qui restent libres.

€ Il est 5 heures et demie. Le combat est terminé, il a duré trois heures. A 6 heures et demie, la colonne de gauche, qui a fait subir des pertes sensibles aux fuyards, fait son entrée dans le village. »

« Plus de 200 cadavres ennemis jonchent le sol.

« De notre côté, nous n'avons que 3 blessés, dont un mortellement et deux contusionnés... »

L'enlèvement de la position d'Andraparany où les Hovas se croyaient inattaquables eut pour conséquence Texpulsion complète de ces derniers et Tanéantissement de leur influence dans le district de Vohémar.

Pour la garde de cette riche contrée, on décida Toccupation définitive d'Amboanio qui, par sa position au cœur du pays, le courant commercial qui y a toujours existé, a une importance plus considérable que Vohémar, qui n'est qu'un entrepôt.

Lerova d'Amboanio fut en conséquence restauré. On y installa des logements pour deux compagnies et des magasins pour contenir trois mois de vivres.

Cet ouvrage était formé d'une enceinte rectangulaire de 170 mètres de long sur 120 mètres de large, composée d'une solide palanque flanquée de quatre tambours.

Occupation de Diégo-Suarez. — L'année 1885 s'inaugure par l'occupation de Diégo-Suarez. Le 17 fé-

vrier, le transport la Crème, venant de Tamatave, mouille dans la baie et en prend possession au nom du Gouvernement.

Le village d' Antsirane, habité par quelques familles sakalaves, est immédiatement mis en état de défense ; des reconnaissances rayonnent dans Tintérieur, dans le but d'assurer l'approvisionnement en viande fraîche et de se renseigner sur la situation des Hovas dans la région.

Ceux-ci occupent à Ambohémarina, à quelques kilomètres de Diégo-Suarez, un rova perché comme un nid d'aigle au sommet d'une montagne ; les pentes ont été escarpées, seuls des escaliers étroits taillés dans le roc, permettent l'accès de l'ouvrage.

Au cours d'une reconnaissance sur ce point, une colonne forte de 40 marins, commandée par l'enseigne de vaisseau Crova, tomba dans une embuscade et eut quelque peine à se rallier.

L'enseigne Crova fut blessé.

Nous n'entrerons pas dans le détail des mesures prises pour l'occupation définitive de Diégo-Suarez.

Comme on le sait, la baie et une portion du territoire environnant furent cédées à la France, lors de la signature de la paix avec le gouvernement hova.

Dès lors, les travaux exécutés dans notre nouvelle colonie, étant donné leur caractère de fixité, ne présentent aucun rapport avec ceux qu'on peut être amené à entreprendre au courant d'une expédition.

L'étude que nous en ferions n'entre pas dans les limites du travail que nous nous sommes fixé.

Nouveaux renforts. — En avril 1885, l'amiral

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adresse au ministre de la marine un rapport résumant les opérations accomplies depuis son arrivée et exposant la situation.

Celle-ci n'a guère changé. Pour la modifier, l'amiral estime qu'il faudrait commencer à Madagascar une nouvelle politique. Renoncer à une occupation par la force d'une partie quelconque de l'île ; utiliser au contraire l'élément hova, pour notre action à Madagascar, en lui imposant le protectorat.

Pour décider les négociations, un succès complet est indispensable ; d'après l'amiral, c'est à Majunga qu'il faut le chercher en débarquant sur ce point une colonne de 4,000 hommes capable de disperser les troupes ennemies rassemblées aux environs de Marovoay.

Sans entrer immédiatement dans ces vues, le Gouvernement se préoccupe aussitôt de renforcer nos troupes.

La paix avec la Chine, signée le 8 juin 1885, rendait d'ailleurs disponibles une partie des effectifs employés au Tonkin et des réserves préparées en France.

Une compagnie d'infanterie de marine et une batterie provenant du Tonkin, sis compagnies prises en France sont expédiées à Madagascar.

En août, les effectifs du corps expéditionnaire se répartissent ainsi :

A Tamatave.

. fantassins ; rtilleurs :

A Majunga.

553 fantassins.

En outre, 800 hommes occupent les postes de Vohémar, Sainte-Marie, Diego- Suarez, Nossi-Bé, Amboudimadirou.

Situation militaire des Hovas en août 1885. —

Il est difficile de supputer avec précision les forces militaires des Hovas à la même époque. Seul le rapport d'un déserteur, le nommé Donald de Fontenay, créole naturalisé anglais, capitaine dans Tarmée hova, nous donne à ce sujet quelques renseignements.

On savait déjà, par les reconnaissances effectuées, que les rassemblements ennemis devant Tamatave, Majunga, Amboudimadirou, étaient respectivement de 12,000, 10,000 et 2,000 hommes.

D'après le rapport en question, le gouvernement hova a en outre réuni à Tananarive 100,000 recrues(?) ; leur instruction est activement poussée sous la direction de quatre officiers anglais.

La capitale est entourée d'une enceinte continue en terre, précédée d'un ce énorme fossé ». En avant, du côté de l'ouest, il y a plusieurs fortins.

L'armement de la place, fourni par les Anglais, est constitué en canons Armstrong de campagne.

Au sujet de l'itinéraire de Tananarive à Majunga, la relation du sieur de Fontenay renferme des indications intéressantes.

Entre la capitale et Mahévétanana, on a le choix entre deux routes.

Celle de l'ouest, qui longe l'Ikopa, est la plus courte et la plua avaDtageuse. Fourtaat l'ennemi ne la garde pas, parce qu'il craint de gagner la fièvre dans les basfonds.

< La route de l'est est beaucoup plus difficile. Les accidents de terrain, les précautions prises par les Horas, les travaux de défense élevés par eux sur les hauteurs qui commandent cette route sur à peu près la moitié de sa longueur, les travaux qu'il serait indispensable d'exécuter causeraient au corps expéditionnaire de trop longues difficultés. »

Entre Tananarive et Mahévétanana, a tous les villages sont fortiâés ou du moins protégés par des fossés profonds; de fortes palissades entourent l'ensemble des cases et des postes militaires d'une vingtaine de soldats, choisis parmi les meilleurs, tiennent garaison dans chacun d'eux ».

A. Mahévétanana, il y a 2,000 hommes armés de fusils Snider ; le village est palissade.

Un fort en terre armé de six canons-bouche domine la rivière.

Entre ce point et Marovoay, on rencontre successivement :

Ampanihibé, village palissade avec fort en terre armé de quatre oanons-bouehe ; 300 hommes de garnison.

Ânkoula, palissades ; deux canons sans valeur.

lungy, « construit sur une hauteur qui domine e et toute la vallée environnante, ce village a fié avec le plus grand soin ; des retranchements I bien défilés l'entourent complètement ; une ilissade garnit la crête ; la défense est confiée

à 250 soldats armés de Snider ; cinq canons-bouche défendent Tenceinte principale du côté de la rivière ».

Madriy-Kéli, Ambouibay, Ambohibary, sans aucune importance militaire^ sont organisés en magasins à riz ou parcs à bétail.

(c Les ports militaires établis en avant de Majunga sont : Marovoay, le grand Camp et le poste fortifié d'Andretsy. »

a Marovoay, sur le bord de la rivière, s*élève sur une falaise de 40 mètres de hauteur que couronne un plateau entouré de retranchements en terre palissades. y>

Un poste avancé occupe une hauteur à 1,500 mètres au nord-est.

« Cinq cents hommes défendent Marovoay, 26 pièces-bouche garnissent le parapet, surtout du côté de la rivière, et aux trois portes qui donnent accès dans le camp. y>

Le grand Camp, à huit heures de marche de Marovoay, renferme environ 3,000 hommes commandés par Ramamba.

«: Construit sur une hauteur dominant les environs, il est complètement entouré par un mur de 1",50 d'épaisseur sur S"", 50 de hauteur ; des créneaux et des meurtrières en grand nombre sont percés dans ces murs. Un fossé de 3 mètres de large et 1 mètre de profondeur a été creusé autour et sera prochainement agrandi.

« L'artillerie se compose de dix canons-bouche, deux mitrailleuses, deux canons Hotchkiss, deux canons de 12 en bronze se chargeant par la culasse, en tout dix-sept pièces.

« Cette artillerie peut être très rapidement portée sur un point quelconque du camp et peut tirer dans toutes les directions par les créneaux ménagés à cet eflFet. »

a Une tranchée- abri relie le camp à la mer dans la direction de T Ile- Verte.

« Un poste d'observation se trouve placé à mi-distance entre le fort et la rivière Les troupes, d'après

ses indications, se portent au fort, sur les berges et dans tous les postes préparés à l'avance. »

On ne possède aucun renseignement sur l'organisation défensive d'Andretsy.

Les troupes placées sous les ordres de Ramamba sont, en réalité, commandées par un Européen ; c'est lui qui organise les positions défensives, conduit les travaux, dirige l'instruction des troupes.

Par ses soins, des compagnies de 100 hommes sont créées, des exercices de tir sont exécutés ; une tenue et un équipement convenables sont distribués aux hommes.

Dans la prochaine campagne, les Hovas s'inspireront sans doute des dispositions prises en 1885; il nous a paru utile de les faire connaître.

Nouvelles négociations. — Au mois de juin 1885, M. Maigrot, consul d'Italie à Madagascar, avait offert à l'amiral Miot ses bons oflSces pour amener une entente avec Rainilaiarivony, premier ministre de la reine.

M. Maigrot était convaincu que le gouvernement ho va s'empresserait de déposer les armes et de demander la paix si la France, au lieu d'une conquête terri-

toriale^ se contentait du protectorat de Tile^ placée tout entière sous la domination de la reine.

Les négociations se succédèrent péniblement^ jusqu'au mois d'août; au milieu des réticences des Hovas.

En fin de compte^ il en fut de cette tentative comme des précédentes, il fallut briser net devant la déloyauté de nos adversaires : ils se disaient prêts à accepter notre protectorat, mais refusaient d'inscrire le mot lui-même dans le projet de traité.

L'amiral ne voulut pas rester sur cet échec diplomatique ; pressé de frapper un grand coup, il abandonna ses projets sur Marovoay pour entreprendre la destruction du camp de Farafate.

Lignes de Farafate. — Description du terrain.

— La plaine qui entoure Tamatave du côté de l'intérieur des terres est nettement délimitée au sud et au nord par deux rivières profondes, l'Ivondro et rivoholina, distantes l'une de l'autre de près de 20 kilomètres.

A l'ouest, la plaine est fermée complètement par une chaîne mamelonnée et à peu près parallèle à la mer, dont elle n'est séparée que par une distance moyenne de 5 à 6 kilomètres et qui s'appuie, d'une part, à l'Ivondro, et de l'autre, à l'Ivoholina.

Deux cours d'eau importants, le Ranomainty, tributaire de l'Ivoholina, et la Vorinkina, affluent de l'Ivondro, longent le pied de la chaîne de collines formant, entre cette dernière et la plaine de Tamatave, un immense fossé naturel de 18 kilomètres de longueur.

Sur tout ce parcours, il n'y a que quatre points

guéables, en remontant du sud au nord : les gués de Sahamafy, d'Ampanalane, de Farafate et d'Ampassimandorona. Ces quatre gués étaient battus de front et de flanc par de solides ouvrages casemates.

Dans les intervalles, d'autres redoutes palissadées et pourvues d'abris blindés étaient établies de manière à battre au loin la plaine du côté de Tamafcave.

L'ensemble de ces ouvrages constituait ce qu'on a appelé les lignes de Farafate, du nom de l'ouvrage central.

Affaire de Farafate. — Effectifs ho vas. — Le

10 septembre, à 5 heures du matin, toutes les forces disponibles à Tamatave, environ 1,200 hommes et une batterie, formant une seule colonne commandée par Tamîral Miot, sont dirigées vers Sahamafy, où il est plus facile, au dire des espions, d'aborder la position ennemie.

En même temps, la compagnie de débarquement de la Naïade fait une diversion sur la gauche ennemie en simulant une attaque par Ampassimandour, et les bâtiments de la rade {Nielly, Bisson, Naïade)^ ainsi que le fort, canonnent les hauteurs de Farafate.

Le chemin suivi par la colonne traverse la plupart du temps un terrain boisé, coupé de nombreux marigots contenant environ 0'",80 d'eau ; il débouche du bois à 600 mètres devant Sahamafy après avoir longé pendant deux kilomètres les positions ennemies à une distance de 700 mètres seulement.

A 9 heures, la pointe d'avant-garde atteint la lisière de la forêt, l'action s'engage immédiatement; en voici la relation officielle :

« Le capitaine de frégate Laguerre, qui commandait l'avant-garde, fat accueilli par un feu très vif de mousqueterie, parti d'ouvrages qui couronnaient un vaste marais et établis pour défendre le gué de Sahamafy. Nous en étions k 600 mètres environ. C'étaient de longs retranchements qui semblaient être en terre, mais casemates, dont les larges meurtrières horizontales étaient garnies de défenseurs. Leurs feux étaient rapides et justes. Les projectiles indiquaient qu'ils étaient armés avec des carabines Hemington.

« L'avant-garde étant établie en arrière de la lisière du bois qui couronnait la berge orientale, est successivement renforcée par une première, puis une deuxième compagnie du bataillon Toureng.

« Puis je fis mettre successivement en batterie deux sections de 80 de montagne pour entamer l'ouvrage principal central d'où partait une vive fusillade. Les dispositions du terrain ne permettaient pas d'établir les canons à moins de 600 mètres.

« Le combat dura jusqu'à 11 ''30, heure à laquelle

je fis cesser le feu, jugeant que le passage ne pouvait être tenté de ce côté et dans ce moment.

« J'ai constaté que :

« l*" Dans son ensemble, la ligne ennemie présente un développement d'environ un kilomètre sur ce point et je suis persuadé que sur la ligne entière de Sahamafy à Farafate, on trouvera des défenses semblables;

ce 2** Que les Hovas ont très bien tenu derrière leurs retranchements, que leur tir a été bien dirigé et qu'ils sont armés de fusils modernes Remington ;

« 3* Que leurs ouvrages sont bien construits et assez épais, puisqu'ils ont résisté à 380 coups de canon tirés à 600 mètres ;

« 4° Que les forces réunies sur ce point se montaient à environ 7,000 hommes ;

« 5° Qu'ils ont plusieurs canons pouvant porter à 3,500 mètres au moins;

« 6* Du côté d'Ampassimandour, la compagnie de la Naïade a constaté l'existence d'une redoute sur l'extrême gauche de Farafate et des abris pour les tirailleurs. Dans la première, un canon à longue portée a dû se taire sous le feu de la Naïade et, dans les retranchements, on a évalué à 700 ou 800 hommes les tireurs et les renforts. y>

Nos pertes s'élevèrent à :

2 tués et 31 blessés, environ 3 p. 100 de l'effectif.

A elle seule, l'artillerie comptait :

2 officiers blessés ;

1 sous- officier tué ;

6 hommes blessés ;

4 animaux tués et 8 blessés, c'est-à-dire 10 p. 100 de son effectif.

Combat d'Andampy (27 août 1885). — L'affaire de Farafate clôture la liste des opérations de guerre de la campagne de Madagascar; quelque temps après^ de nouvelles négociations, dirigées par l'amiral Miot et M. Patrimonio aboutirent, comme on sait, au traité de paix du 17 décembre 1885, qui nous accordait le protectorat de Tîle, la cession définitive de la baie de Diégo-Suarez, ainsi que 10 millions d'indemnité.

Nous ne voulons pourtant pas terminer par le récit de cette opération plutôt malheureuse et, comme la nouvelle du combat d'Andampy, livré le 27 août, n'est parvenue en France qu'après le compte rendu de l'affaire de Farafate, c'est par le combat d'Andampy que nous achèverons notre travail.

C'est encore au capitaine Pennequin, commandant le poste d'Amboudimadirou, que nous sommes redevables de cette dernière illustration de nos armes à Madagascar.

Le 26 août à 10 heures du matin, des indigènes terrorisés accourent à Amboudimadirou : les Hovas sont en train de piller et d'incendier Zongoa, village éloigné de 24 kilomètres, environ.

Le capitaine Pennequin organise aussitôt une petite colonne forte de 70 hommes de la compagnie sakalave et 50 hommes d'infanterie de marine; dès midi, il se met en marche.

A 4 heure et demie, il atteint Zongoa, « le village est incendié, désert, quelques cadavres carbonisés gisent sur les ruines fumantes d .

Il faut avant tout savoir ce qu'est devenu l'ennemi, quelle est sa force.

La colonne <r prend une forte position » et des patrouilles sont envoyées dans toutes les directions.

Les renseignements recueillis éclaircissent la situation : les ennemis sont des troupes d'Ankaramy ; ils sont fort nombreux, plus d'un millier; ils ont de Tar-

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20IUI.

Pointe Pouang

tillerie ; ils ont pris la direction de la vallée de Sambirano.

Sur ces entrefaites, la nuit étant venue, on se dispose à bivouaquer sur une hauteur; « la position est bonne, le terrain bien découvert, facile à surveiller, il fait clair de lune » .

Ainsi rennemi est nombreux, bien armé ; la colonne française va-t-elle s'aventurer à sa suite, malgré Técrasante disproportion de ses forces ?

Le capitaine n'hésite pas :

« ... Si je ne pouvais songer à m'engager à fond, contre un ennemi que je savais très supérieur en nombre, je- pouvais tout au moins, en tombant sur leurs derrières, forcer les Hovas à s'arrêter, à me faire face et en prenant une bonne position, leur infliger des pertes assez sérieuses pour les forcer à la retraite. »

Le lendemain matin, on se remet en marche sur le Sambirano par Andampy et Betfitina.

Vers 8 heures, la colonne est engagée sur un chemin longeant des crêtes boisées, lorsque Tavant-garde signale Tennemi. Les Hovas sont établis sur une crête parallèle, à pentes escarpées.

On leur envoie quelques feux de salve pour les tâter : a Deux pièces d'artillerie et une fusillade très vive nous répondent; ils ont des lignes de feux étagées sur une longueur d'environ un kilomètre; l'artillerie est à leur droite, à hauteur du village d' Andampy, dont nous apercevons les ruines fumantes. Leur tir est bien ajusté... notre position est balayée par les balles. . . nous avons afi^aire à un ennemi armé de Snider. »

Ordre est donné de se coucher, néanmoins le sergent Hein est tué, le lieutenant Valette et huit hommes sont blessés.

Il est inutile de tenter une attaque, la position est trop forte, l'ennemi trop nombreux.

Le capitaine Pennequin a alors une idée heureuse : Au lieu d'attaquer, il va manœuvrer pour se faire atta-

quer. Après avoir fait filer les blessés, il se replie sur une position un peu plus en arrière et à droite, c II me semblait évident que les Hovas nous voyant nous retirer abandonneraient leur position et viendraient nous assaillir en désordre; l'artillerie ne pourrait suivre.

« Je pris position sur un terrain en ponte, bien couvert des vues des collines, au milieu des arbres, à peu de distance de la lisière, mais de façon à avoir des vues sur la position ennemie et sur les bas-fonds.

(c Les Hovas crurent à une fuite, je les vis aussitôt tous s'élancer, courir en désordre, descendre les pentes et se masser dans les bas-fonds, pour nous assaillir.

(c Je fis former le carré, agenouiller les hommes et mettre la baïonnette au canon. On ne devait tirer que sur mon ordre. »

Cependant, après quelque temps d'arrêt dans le ravin, l'ennemi se précipite ; « une bande vient se heurter sans s'en douter sur la face du carré à cheval sur la pente, une décharge à bout portant la fait dégringoler » ; de nouveaux assauts se répètent tantôt à gauche, tantôt à droite; on les attend avec calme, puis des feux de salves à courte distance brisent leur élan et les dispersent.

Après une dernière attaque, une débandade générale se produit.

Alors la colonne se relève et se lance à la poursuite. « Sur toutes les collines, c'est une fuite générale, en

quelques instants on ne voit plus rien ; les Hovas

abandonnent leurs morts sur le terrain. »

Pendant cette deuxième phase du combat, le capitaine Pennequin et trois hommes sont blessés.

Dans cette aflFaire, les troupes ont montré une bravoure admirable ; à la fin de son rapport, le capitaine leur rend un hommage bien justifié : les Sakalaves ont fait très bonne figure, à côté des Français : « ils ont rivalisé d'entrain, de bravoure, de discipline..., après le combat, ils ont porté les blessés français, ont soulagé les hommes fatigués en se chargeant de leurs armes d.

Notre étude de la première campagne de Madagascar est terminée.

Nous n'y avons pas rencontré de ces grandes opérations militaires où l'importance des difficultés surmontées, le grand nombre de combattants en présence frappent les esprits, donnant ainsi au succès une renommée impérissable.

Ce ne sont que de petites opérations, reconnaissances, attaques de postes, créations d'établissements militaires.

Il nous a paru pourtant utile de les présenter aux méditations de ceux qui, plus heureux que nos aînés de 1883, auront un jour l'honneur de quitter la côte pour porter notre drapeau jusqu'à Tananarive.

Leur lecture donnera un aperçu de la manière de combattre des Hovas, éveillera l'attention sur l'importance particulière que doit prendre dans une expédition à Madagascar le service de sûreté.

L'exposé de nos installations à terre pourra inspirer aussi d'utiles mesures à ceux qui se trouveront dans le cas de créer des postes nouveaux.

Enfin les quelques reconnaissances dont nous avons donné le détail contiennent des renseignements pré-

cieux pour la conduite des petites opérations de la guerre aux colonies.

Envisagée à ces diflFérents points de vue, Tœuvre de nos aînés est loin d'être stérile, à nous de savoir en tirer profit.

VOCABULAIRE FRANCO-MALGACHE

D'après les indioations de M. SUBERBIE

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