‹ MadagascarChapitre 32 sur 45 · MALGACHE · texte numérisé non relu

MALGACHE

Pour connaitre les droits de la France sur Madagascar, il est nécessaire que nous résumions en quelques lignes l'histoire de cette île et des tentatives qui y ont été faites depuis Tépoque de sa découverte.

Ce furent des Portugais qui, en 1506, découvrirent Madagascar. Un bâtiment, commandé par Fernan Suarez, fit naufrage sur ses côtes qui furent, quelques mois plus tard, reconnues et explorées par Iç célèbre navigateur Tristan d' Acunha. D'après le droit européen qui voulait à cette époque que toute terre en dehors de l'Europe appartint au premier occupant, les Portugais pouvaient considérer Tîle comme leur propriété. Mais ils ne s'y établirent pas ; il ne tentèrent même pas de le faire. Madagascar fut abandonnée à elle-même jusqu'en 1648.

A cette époque, Richelieu jeta les yeux sur la grande ile africaine. On sait que, dans son testament politique, le grand cardinal insiste fôrtenient sur la nécessité pour la France d'avoir une marine redoutable et un empire maritime. Il voulut mettre lui-même cette pensée à exécution, et sur les rapports qui lui furent faits de la fertilité et de retendue de Madagascar, il fonda la Société de l'Orient, à laquelle il donna comme premier dotnaine cette île, encore inoccupée par les nations eui'opéennes.

Richelieu mourut six ans après la fondation de cette Société, mais celle-ci fut confirmée dans ses privilèges par lettres patentes du 20 septembre 1643.

Pronis fut le premier gouverneur de la nouvelle colonie. Ce gentilhomme, huguenot de naissance, tit fort mal les affaires de la France. Il débarqua à la tin de 1643 sur la côte orientale, prit possession de Sainte- Marie et de la baie d'Antongil, fonda quelques autres postes, et dut enfin, pour épargner les restes dé sa petite troupe (80 hommes), décimée par la fièvre, bâtir un fort dans un endroit moins malsain que la baie de Sainte-Lucie, où il s'était d'abord établi. Il donna à ce fort le nom de fort Dauphin.

Rien n'est plus lamentable que l'histoire de cette expédition qui semblait avoir contre elle toutes les chances : arrivée au plus fort de la mauvaise saison, établie sur la partie la plus malsaine du littoral, commandée par un homme sans principes et sans prudence, elle ne pouvait qu'échouer. Pronis semble avoir pris à tâche d'atteindre ce but le plus tôt possible. Il gaspille les ressources de la colonie naissante, guerroie contre les indigènes dont il réduit un certain nombre en esclavage, maltraite ses subordonnés qui enfin se révoltentcontreluiet lui font subir six années de dé* tentioUi

En 1648^ la Compagnie de l'Orient envoya pour remplacer Pronis un nouveau directeur, nommé de

Flacourt. « Flacourt était l'intégrité même, et ce n'est certes pas avec lui, comme avec Pronis, que les colons aumieuteuà se plaindre de gaspillage ou de dilapidation. Mais on doit lui reprocher d'avoir suivi à l'égard des naturels, une politique inspirée par la plus insigne maladresse. Flacourt appartenait à cette variété d'hommes pour laquelle on ne possède bien un pays qu'en tenant sa population sous un joug de fer, et si roii peut se permettre avec elle tous les arbitraires, sans qu'elle ose ou puisse bouger. » (Louis Pauliat, Madagascar, p. 21).

Malheureusement, Flacourt et Pronis n'ont pas été les seuls représentants du même genre que la France ait envoyés à Madagascar. Il semble que le gouvernement d'alors ait voulu compenser la parcimonie de ses débours en faveur de la colonie nouvelle, par la cruauté et la rapacité de ses agents. Il eût fallu commencer par apporter à Madagascar, afin de gagner les naturels, les bienfaits et les trésors de la civilisation ; on ne songea qu'à prendre le plus possible ; et à défaut de richesses indigènes, on exporta des hommes et des femmes, réduits en esclavage. Il faut le confesser, c'est nous qui avons commencé à Madagascar la traite des noirs ; et c'est probablement là l'une des causes de l'antipathie dont nous accusons les indigènes à notre égard.

La première Compagnie n'ayant pas réussi, ses privilèges ne furent pas prorogés; une nouvelle Compagnie se forma dont le duc de la Meilleraye fut l'un des principaux commanditaires. De 1652 à 1659, toute l'action de cette nouvelle Société se borna à faire des prisonniers, c'est-à-dire des esclaves, que l'on transportait à Bourbon et à l'île de France pour les vendre. Qui dira le nombre des malheureux ainsi arrachés à leur, sol natal; et pour la conquête de ces vivants, qui dira le nombre de morts que les forbans laissèrent derrièi'eeux'? i)\\ ne peut s'étonner que Madagascar refuse

aujourd'hui de se laisser civiliser par les descendants de ceux qui, les premiers et les seuls parmi les Européens, lui firent subir de pareils maux. Les peuples encore enfants ont une longue mémoire et le récit de ces attentats, passant de hutte en hutte et de génémtion en génération, ainsi groàsi de bouche en bouche et devenu une terrible légende, n'a pas été propre, certes, à donner aux Malgaches Tamour du nom français.

Nous ne raconterons pas les faits qui se passèrent sous la direction de Champmargou, sa mésintelligence avec Lacase, le seul Français qui semble avoir compris ce qu'il aurait fallut faire, l'intrusion respectable, mais inopportune, d'un lazariste, le P. Etienne, qui avait peut-être Ténergie d'un missionnaire, mais n'en avait pas la sagesse; enfin, l'abandon où la Compagnie laissa son Directeur. Il y eut un combat, causé parle prosélytisme outré du lazariste, qui amena la ruine à peu près complète de la colonie, réduite à se cantonner à Fort-Dauphin, où la défiance des indigènes la tenait assiégée.

En 1664, sous les auspices de Colbert, une nouvelle Compagnie se forma sur un plan beaucoup plus vaste, comme l'indique son titre : Compagnie des Indes Orientales. Ce fut l'occasion d'une véritable manifestation nationale en faveur de ce que nous appelons aujourd'hui la politique coloniale. Jamais , entreprise ne fut commencée dans des conditions aussi favorables. Le roi et la cour souscrivirent pour cinq millions de livres ; le reste du capital, soit dix millions, fut fourni par les principales villes de France.

La Compagnie recevait le monopole du commerce des Indes-Orientales; elle- devait posséder à perpétuité Madagascar, appelée jusqu'alors île Saint-Laurent, et qui devait désormais s'appeler Ile Dauphine. Cette île, avec Bourbon et l'île de France, formait la « Gallia orientalisy » la France orientale. Le premier gouver-

neur générahfut M. de#Bausse, qui arriva à Fort- Dauphin en 1665.

C'est de cette année, le 11 juillet, que date la prise de possession officielle de Madagascar par le roi de France. Cela se fît avec un certain cérémonial : « Je me fis conduire, dit M. de Rennefort, secrétaire d'Etat de la France orientale, chez le gouverneur, M. deChampmargou. Tenant en main un original de . la déclaration du roi pour rétablissement de la pompagnie des Indes-Orientales en Tîle de Madagascar, de laquelle Sa Majesté faisait don à ladite Compagnie, je lui dis que je venais prendre possession de cette île au nom du roi. Le gouverneur dit que, le lendemain, il remettrait Tîle de Madagascar entre les mains du porteur des ordres de Sa Majesté. »

En 1669, M. de Montdevesque fut nommé gouverneur et débarqua à Fort-Dauphin. Il maintint cependant en sous ordre Champmargou et Lacase ; il sut se concilier l'esprit des peuplades avoisinantes, et conclure avec elle des traités d'alliance. A partir de ce moment, la colonie semblait devoir prospérer. Mais un changement survint dans les plans primitifs qui entraîna de nouveau la ruine de notre établissement. La Compagnie, pour se consacrer tout entière à l'exploitation des Indes, demanda au roi de reprendre l'île de Madagascar et de la considérer comme partie du domaine immédiat de la couronne. La cour accepta, et en 1670^ l'amiral de la Haye fut nommé en remplacement de Montdevesque.

« L'amiral de la Haye était de l'école de Flacourt. Sans connaissance des lieux, des hommes, ni des choses; n'ayant pas comme l'agent d'une Compagnie, à s'inspirer dans sa conduite de bénéfices matériels à réaliser, ne comprenant point par suite la nécessité d'user de procédés doux et habiles avec les naturels, il déploya une telle hauteur, un esprit de morgue tellement blessant, qu'il ne tarda pas à mettre tout le

monde contre lui, les Français et les indigènes. S'îmaginant que Tautorité ne se fonde et ne se maintient que par la terreur, un chef ayant tardé à venir lui faire hommage, au lieu de patienter, de La Haye trouva plus politique de lui déclarer la guerre et marcha contre lui à la tête d'une armée de 1300 hommes dont 500 Français, mais il fut complètement battu. — Cette défaite entraîna un soulèvement général, qui devait anéantir près de trente années d'efforts. De La Haye, voyant qu'il a tout compromis, s'embarque, dans la pensée que Champmargou et Lacase, livrés à euxmêmes, sauront réparer ses fautes. Mais les indigènes, si souvent trompés, restent cette fois irréconciliables. Dans une rencontre, Lacase est tué; il en est de môme de Champmargou. Le gendre de Lacase, la Bretesche, auquel passe le commandement de la colonie, est luimôme défait et prend le parti de s'enfuir furtivement sur un navire de passage. Après son départ, Fort- Dauphin est escaladé et tous les Français qui s'y trouvent sont égorgés (1672); le désastre ne pouvait être plus complet. Tout était à recommencer. Nous n avions plus un seul de nos nationaux sur le sol de Madar/ascar )> (Louis Pauliat, p. 29).

Ainsi finit la première période de l'histoire des entreprises françaises à Madagascar, celle qui, dans la pensée des auteurs de la guerre actuelle^ établit d'une manière absolue nos droits sur cette île. Sans doute, si nous étions restés à Madagascar, si nous avions su éviter les fautes commises ou les réparer, et fonder un établissement permanent, ce droit serait incontestable. Les colonies les plus légitimes n'ont pas été gagnées d'une autre façon. Mais nous venons de voir que tous les essais tentés, de 1642 à 1672, par trois compagnies et une dizaine de gouverneurs, aboutirent à un insuccès complet. A partir de ce moment, aucune tentative sérieuse ne s'est produite, Madagascar a été livrée à elle-même. Et c'est plus de deux cents ans après la

prise de possession suivie d'insuccès, lorsqu^on a permis à un ordre de choses tout nouveau de se créer, lorsque d'autres nations ont été les premières à porter dans cette île les lumières et les bienfaits de la civilisation, que nous venons invoquer « nos droits séculaires sur Madagascar » la sommer de rétrograder de deux siècles, et de reconnaître aujourd'hui un joug que nous fûmes incapables de lui imposer à cette époque !

Pendant les soixante dix-huit ans, qui suivirent, sauf un essai infructueux de colonisation privée, entrepris par le comte de Maudave, et Thistoire romanesque d'un caporal français, Labigorne, devenu roi de Foulepointe en épousant la souveraine de ce village, on ne trouve rien dans l'histoire de Madagascar qui montre le moindre souci, de la part du gouvernement français, de revendiquer ses droits acquis. Il est certain, en revanche, qu'une opposition acharnée fut faite aux modestes projets de Maudave par les colons de Bourbon et de l'Ile de France, qui craignaient la concurrence possible de Madagascar et ne voyaient pas de bon œil cet établissement. On verra que c'est la même opposition qui plus tard fit échouer les projets du comte Bényosky.

Enfin, près de quatre-vingts ans après les événements qui précèdent, un établissement fut fondé dans l'île Sainte-Marie, longue et étroite bande de terre, en face de Tintingue et de la baie d'Antongil, sur la côte orientale. Le 30 juillet 1750, cette île fut cédée à la France par Bété, fille du dernier roi. Un second acte de donation ( ce qui semblerait indiquer que le premier n'avait pas été accepté par les chefs indigènes) eut lieu en 1784.

Malgré des vicissitudes, cette petite colonie a vécu jusqu'à aujourd'hui. Ici, la prise de possession a été suivie d'effet ; il y a eu constamment un gouverneur et des résidents français. Aussi ' aucune puissance au

monde, et Madagascar moins qu'aucune autre, ne songe-t-elle à contester nos droits sur cette île. Il en est de même pour Nossi-Bé, bien que nous occupions cette dernière depuis une date bien plus récente. Il en serait de même pour Madagascar tout entière, si nous avions su nous y prendre. Mais nous ne pouvons désormais — -il est bon de le dire hautement — invoquer d'autre droit sur Madagascar que ceux que nous donnera la conquête, puisque nous avons laissé prèscrire irrémédiablement ceux que nous donnaient des entreprises précédentes.

Nous ne voulons pas donner à ce précis historique une trop grande étendue, et nous résisterons à la tentation de raconter en détail l'histoire attachante, romanesque et merveilleuse de cet aventurier de génie, le comte Beniosky. Nous nous contenterons de rappeler brièvement que ce magnat hongrois, interné au Kamtschaka pour avoir embrassé la cause des Polonais contre les Russes, réussit à s'évader avec la connivence de Tune des filles du gouverneur, se mit à la tête des autres prisonniers, s'empara d'une corvette et , revint en Europe par l'Asie et TAfrique. Au cours de ses voyages et de ses aventures, il visita Madagascar. Il vint à la cour de Louis XV où il fit sensation. Il profite de l'engouement qu'il produit pour demander d'aller conquérir Madagascar pour la France. La demande est accordée, et le soldat polonais débarque à Madagascar au commencement de 1774. Louis XV venait de mourir.

On sait l'opposition que les colons et les gouverneurs de Bourbon et de l'île de France firent à l'aventurier. Cependant, ce que sut accomplir Beniosky livré à lui-même, systématiquement entravé par ceux qui auraient dû l'aider, tient du prodige. On montre encore les vestiges des routes qu'il construisit, ou plutôt qu'il induisit les indigènes à construire volontairement. En peu de temps, il eut autant d'alliés qu'il avait de

tribus auprès de lui, et même les plus lointaines peuplades lui envoyèrent des messages de paix, A l'exception des Zaffi-Rabé, qui lui firent la guerre, mais dont il triompha à l'aide des autres tribus, toutes le prenaient pour arbitre et il fut leur chef suprême, avant même que ce titre ne lui fût offert.

C'est alors que se manifesta l'opposition du gouvernement de l'île de France avec une telle âpreté, que Beniosky, abandonné en quelque sorte par le gouvernement français qui ne lui envoyait ni hommes, ni argent, songea à se rendre indépendant. Le 16 septembre 1776, une députation des chefs principaux, accompagnée de douze cents hommes, vinrent, sur la foi d'une légende racontée par une sorcière, laquelle désignait Beniosky comme l'héritier des chefs suprêmes, lui offrit le titre d'Ampand^aka-bé. Dans un grand kabar, ou assemblée générale, qui eut lieu le lendemain, Beniosky accepta, et les délégués du peuple confirmèrent ce titre (1). « Le 11 octobre, l'acte solennel et définitif qui constatait son élévation à la dignité d'Ampandzaka-bé fut lu trois fois à haute voix et signé par trois des plus puissants chefs de l'île, qui

(1) On aifecte aujourd'hui de nier la possibilité pour un seul souverain indigène de réunir sous son sceptre la population de l'île tout entière. Bien que Beniosky n'ait pas régné sur tout Madagascar, ce titre d'Ampandzaka-bé le faisait souverain d'une très grande partie de son territoire ; et il est remarquable que le titre n'a pas été créé pour lui, mais existait déjà auparavant. Ne pourrait-on voir dans ce fait : 1® une preuve que les populations de l'Ile (qui parlent la môme langue, sauf des différences insignifiantes) sont d'une même origine, et jadis formaient un seul peuple; et 2° que l'unification de Madagascar, bien loin d'être un projet chimérique, est un retour aux traditions du pays? Si les trois quarts des chefs de l'ilô reconnurent, en 1776, Beniosky pour leur souverain, il n'y a rien de présomptueux de la part des souverains Hovas, aujourd'hui civilisés, à espérer que, sans contrainte ni violence, ils feront reconnaître leur domination par l'île toute entière.

étaient : Jarvi, roi de l'Est, dont Foulepointe était le chef-lieu ; Lambouine, roi du Nord, et Rafangour, chef des Sambarives, habitants des environs de la baie d' Anton gil. Les grands chefs de toute la côte orientale, depuis le cap d^ Ambre (extrême nord) jusqu'au cap Sainte-Marie (extrême sud) s'étaient rendus à cette assemblée dans laquelle plus de cinquante mille Malgaches vinrent se prosterner devant leur nouveau souverain. La constitution malgache fut discutée et acceptée dans les trois séances du 13, du 14 et du 15 de ce mois. Cette constitution contenait dans son premier et principal article l'institution d'un conseil suprême composé de vingt-deux membres, choisis parmi les chefs des diverses nations. » (Henr\' d'Escamps, histoire et géographie de Madagascar, nonyeWe édition, p. 52).

Après ces événements, Beniosky vint en France, pour conclure un traité de commerce au nom de la nation dont il était devenu le roi. Rien ne montre mieux que ce fait combien peu le gouvernemen t franrait se considérait dépossédé de ses droits par l'élévation de Beniosky. L'habile Hongrois serait-il venu se livrer au roi de France, s'il avait su que sa conduite dût être considérée comme une usurpation? Bien loin de lui faire froide mine, on le reçut avec honneur. Une épée lui fut donnée en récompense de ses services à la cause de la civilisation. Mais la France se considéra comme si peu . engagée par les actes de celui dont elle avait accepté la démission et favorisé l'indépendance, qu'elle ne voulut même pas accepter le traité que Beniosky apportait, et ce dernier dut s'en aller d'abord* en Autriche, puis en Angleterre, offrant pour ainsi dire, à qui voudrait la prendre, la suzeraineté de Madagascar. Il est difficile de prétendre, après cela, que (( nos droits aient été maintenus sans interruption depuis des siècles, et que nous n'ayons jamais négligé une occasion d'affirmer notre suzeraineté ! »

Beniosky, conseillé par Franklin, visita rAmérique et parvint à gagner la sympathie de la nouvelle République. Il revint à Madagascar avec quelques subsides, qui n'avaient cependant rien d'officiel. Son absence avait duré neuf ans. Le 7 juillet 1785, il débarqua à Nossi-bé, et se rendit à la baie d'Ajntongil, en traversant la grande île de Touest à Test. Il put se rendre compte de Tafifection vivace que son peuple lui avait vouée, lorsqu'après une si longue absence, il retrouva le même accueil empressé, enthousiaste, qu'il avait trouvé au début. Sa royauté n'était pas illusoire, et il pouvait espérer de voir son île prendre rang parmi les puissances civilisées, quand un honteux attentat vint mettre fin à sa puissance et à sa vie, et replonger Madagascar dans Tétat de barbarie.

Cet attentat fut accompli par ordre du gouverneur de l'île de France, toujours jaloux du développement possible de Madagascar. Soixante hommes du régiment de Pondichéry débarquèrent le 23 mai 178G, sur la cote d'Antongil, et marchèrent sur le fort de Mauritiana, dans lequel Beniosky s'était renfermé avec deux blancs et trente indigènes. Ceux-ci s'enfuirent au premier feu. Le Hongrois resta seul avec ses deux Européens. Il s'apprêtait à mettre le feu à un canon, quand une balle l'atteignit et le frappa mortellement.

Après la mort de Beniosky, Madagascar fut pratiquement abandonnée. Les traitants de l'île de France et de Bourbon y venaient trafiquer, mais les soldats de la France n'en occupaient aucun point. La Convention envoya Lescalier, avec le titre de commissaire civil des colonies françaises au-delà du cap de Bonne-Espérance, faire des études sur les lieux; en 1801, Bory de Saint-Vincent fut envoyé dans le même but. Mais il ne résulta rien de sérieux de ces deux missions. En 1804, un agent commercial fut établi à Tamatave par le général de Caen, gouverneur de l'île de France; mais il ne semble pas que cet agent, nommé Sylvain

Houx, eut d'autres fonctions que œlles de protéger )e ('X)mmevœ de nos nationaux, sans exercer aucune autorité sur les chefs indigènes. On ne saurait voir en lui un gouverneur général de Madagascar. La vérité, c'est que, depuis bien longtemps, le gouvernement fraïu^^is avait abandonné ses prétentions sur cette île, puisqu'il n'y entretenait point de troupes, n'y percevait aucun impôt, et n'exerçait aucune espèce de justice sur les naturels.

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