‹ MadagascarChapitre 33 sur 45 · RADAMA · texte numérisé non relu

RADAMA

Vers la fin de Tempire, en 1811, se produisit dans l'intérieur de Tîle un événement qui était destiné à y changer bientôt la face des choses. Sur les plateaux du centre, dans la province d'Ankova, dont le district principal est Tlmerina (dont on a fait Emirne) habitait de temps immémorial une nation peu nombreuse, mais distinguée par son intelligence et son industrie ; elle était surtout remarquable, dit Mac Leod, par ses manufactures de fer et de coton. Cette nation était divisée en petites tribus, commandées chacune par un chef, dont les rivalités ensanglantaient constamment la province. Il ne paraît pas que cette nation fût représentée dans le kabar général qui avait choisi Beniosky pour chef suprême. D'ailleurs, il est impossible de définir son origine ; tout porte à croire qu'elle est la même que celle des autres populations de l'île, dont les Hovas ne se distinguent ni par le langage, ni par une conformation particulière (1). Il arriva ce qui devait néces-

(1) Voici, sur ce point, le témoignage de M. Sewell, membre de la Société des Amis (Quakers), qui a vécu plusieurs années à Madagascar et a parcouru diverses parties de File : « Il n'y a point de différence spécifique entre les Hovas et les Sakalaves, et en général les autres peuplades de I rile. Tous les Malgaches ont le même langage, quoiqu'il y

ait différents dialectes. Ici Ton trouvera le type nègre : tête j laineuse, lèvres épaisses; ailleurs, le type malais : cheveux

I droits et luisants, lèvres minces; — mais cette différence de

type existe côte à côte dans les mêmes peuplades. Il y a des

saireinciit se produire : l'un des chefs liovas, nommé Dianampouine, réussit à conquérir la prééminence sur tous les autres, et fut proclamé roi des Hovas, Dès lors, la nation belliqueuse tourna ses armes contre ses voisins, et commença une série d'annexions qui, peu à peu, s'étendirent aux deux rivages de Tîle.

Cette (iîuvre de conquête et d'unification ne fut vraiment bien menée que sous le règne de Radama, fils de Dianampouine, lequel succéda à son père en IHll. Radama n'avait que dix-huit ans, lorsqu'il prit possession du royaume, dont la capitale était AntauanarivoouTananarive. Intelligent, ambitieux, altéré de gloire et d'honneurs, ce type remarquable présente le mélange curieux de vertus et de vices que Ton trouve chez presque tous les fondateurs de monarchie aux époques barbares. En lisant son histoire, on ne peut s'empêcher, toutes proportions gardées, de le comparer au héros franc, Clovis. Il fut, comme lui, cruel, vain, ami des plaisirs, généreux, animé à certains moments de pensées supérieures. Sa grande ambition fut de devenir un souverain à l'européenne.

A ce moment, le gouverneur de l'île de France^ devenue l'île Maurice depuis que les Anglais se Tétaient adjugée, était sir Robert Farquhar, un homme qui semble avoir été à la fois un serviteur éclairé de la Grande-Bretagne et un ami généreux et désintéressé de la civilisation. Il est certain que l'Angleterre nous a souvent donné, dans sa politique coloniale, de bien mauvais exemples ; mais il n'est pas moins certain qu'elle a souvent pris l'initiative du bien, et que, si elle a trouvé son intérêt dans cette initiative, elle ne l'y a

Hovas et des Sakalaves des deux types, et il y en a du type mêlé. En général, cependant, les Hovas sont les plus beaux, les plus forts. Je Tatlribue à ce qu'ils habitent la partie la plus élevée et la plus saine de l'île. Leur supériorité est celle de tous les montagnards sur les gens de plaine, même quand il y a identité de race. »

pas toujours cherché. Il n'y a pas à contester que Farquhar n'ait cherché l'avantage de son pays en favorisant de tout son pouvoir la création d'un état indépendant à Madagascar; mais il ne faut pas oublier non plus qu'à cette époque Madagascar était abandonnée par la France, qui ne songeait ni à la conquérir, ni à la civiliser. Des gouverneurs français de Maurice qui, par tous les moyens possibles, s'étaient efforcés de nuire à la colonisation de Madagascar, ou du gouverneur anglais de la même île qui, sans planter à Madagascar le drapeau de son pays,' travaille à y faire naître des mœurs nouvelles, y introduit les arts et la civilisation de TEurope, lequel a le plus mérité non-seulement de son pays, mais de l'humanité ? Et comment s'étonner que les Malgaches d'aujourd'hui, comparant la conduite des Français qui^ pendant de longues années, ont fait des descentes chez eux pour s'approvisionner d'esclaves, et de l'Anglais qui imposa à leur premier roi l'abolition de la traite, penchent plutôt en faveur du dernier?

Farquhar sut induire le jeune roi des Hovas à. conclure avec lui un traité de paix et de commerce, et Radama, comme preuve de sa bonne foi, confia ses deux jeunes frères à l'agent anglais afin qu'ils fussent élevés à Maurice aux frais du gouvernement britannique. Cette marque de confiance encouragea Farquhar, qui détacha le capitaine Lesage comme agent général à la cour de Radama. Le 14 juillet 1817, l'agent britannique échangea avec le roi des Hovas le serment du sang, qui les liait pour jamais l'un à l'autre. Le 14 février suivant, ils signèrent un traité secret qui fut plus tard ratifié par le gouverneur de Maurice, et par lequel Radama s'engageait à abolir la traite des esclaves, le gouvernement de Maurice s'obligeant à lui payer, en compensation des pertes que cette abolition entraînerait pour le trésor royal, une somme annuelle*

En quittant Radama, le capitaine Lesage lui laissa deux sous-ofïiciers pour instruire ses troupes; Tun d'eux, le sergent Brady, devint un favori du roi, qui ne tarda pas à le nommer général. Radama, à la tête de vingt-cinq mille hommes, se rendit maître de tout le pays habité par les Betanimènes, et bientôt put prendre, sans trop de présomption, le titre de roi de Madagascar.

Comme Français, nous regi*ettons que le rôle d'initiateur ait été joué ici parle gouverneur anglais de Maurice, plutôt que par celui de Bourbon ou par tout autre officier français. Mais que faisait alors notre gouvernement ? Il donnait Tordre de « faire procéder à . la reprise de possession de nos anciens établissements, et d'envoyer provisoirement sur les lieux un agent commercial avec le nombre d'hommes nécessaire pour faire respecter le pavillon français. » En d'autres termes, il s'obstinait à une occupation stérile, qui ne pouvait être maintenue que par des sacrifices considérables d'hommes et d'argent. Tandis que Farquhar faisait prévaloir Tinfluence anglaise par des bienfaits, nous ne voulions établir la nôtre que par les armes. Le manque d'argent, dont souffrait le ministère Mole, empêcha de mettre à exécution ce projet; mais la suite a montré de quel côté se trouvait la sagesse. Heureux si nous pouvions avoir appris, par cette expérience et par tant d'autres, que la politique de la douceur est la meilleure, quand on veut faire aimer la France et favoriser son commerce avec les nations inférieures.

On peut se demander si la conduite de Farquhar à l'égard de Radama avait le plein assentiment du gouvernement britannique. On pourrait en douter, en voyant que lors d'une absence qu'il fit, son successeur, le général Hall, refusa impérieusement de payer au roi Hova la somme convenue dans le traité passé avec Farquhar, et fit cause commune avec les marchands d'esclaves qui, tout joyeux, apportèrent une

lettre de lui à l'agent Hastie, pour le rappeler à Maurice. II est vrai que, dès le retour de Farquhar, l'espèce de tribut qu'il avait consenti fut régulièrement payé. Dans cette occasion^ Radama fit preuve d'une grande loyauté qui nous le montre, malgré ses vices, fort au-dessus dii vulgaire sauvage.

Dès le retour du gouverneur de Maurice, celui-ci s'empressa d'envoyer de nouveau Hastie à Tananarive; il était accompagné du Rev. Jones, agent de la Société des missions de Londres. Que'n'a-t-on pas dit et écrit, dans ces derniers temps, à pronos des missionnaires anglais ! Le gouvernement britannique trafique de la religion; les «méthodistes » (car cette dénomination particulière a l'honneur, pour la plupart des écrivains cléricaux et anglophobes, de représenter le protestantisme tout entier) les méthodistes ne sont autre chose que des agents salariés par le gouvernement anglais pour préparer les voies au commerçant, qui lui-même est- bientôt suivi du soldat ou du marin. Qu'on nous permette de protester contre cette accusation absolument calomnieuse, et de fournir nos preuves. Nous sommes, en France, tellement accoutumés aux procédés jésuites, que le mot seul de missionnaire éveille dans un grand nombre d'esprits Tidée de tartuferie. On S6 souvient que le P. Etienne fût envoyé à Madagascar en 1652, par la Compagnie orientale, et qu'il fut commandé au gouvernement de favoriser la mission du Lazariste, ce qui amena la ruine de la colonie. On a voulu trouver quelque analogie entre ce fait, et celui de l'arrivée à Madagascar des missionnaires anglais. Mais l'analogie n'existe pas; c'est une opposition absolue qui éclate entre les missionnaires des deux confessions.

D'abord, à l'époque dont nous parlons (1820), rien n'était plus impopulaire en Angleterre, dans le monde officiel et bien pensant, que des missions parmi les païens. Le ridicule qui s'attache aujourd'hui en France,

à de pareilles entreprises, régnait alors dans la Grande-Bretagne. Bien loin de favoriser les missionnaires, le gouvernement, en général, entravait leur influence. C'est 'ainsi qu'un Américain, Judson, venu aux Indes pour y prêcher TEvangile, en fut chassé par les Anglais qui n'y supportaient pas leurs propres compatriotes venus dans le même but, et dut aborder en pays absolument barbare, le Birman, dont il devint l'apôtre.

On sait que la religion officielle de l'Angleterre est l'Eglise épiscopale ; à cette époque, toutes- les sectes indépendantes , méthodistes , congrégationalistes , presbytériens, etc, étaient encore peu nombreuses, et ne comptaient dans leur sein que des gens du peuple, à peu d'exceptions près. Elles étaient frappées d'une sorte d'ostracisme (n'ayant pas même le droit d'enterrer leurs morts dans le cimetière commun) et étaient traitées par le gouvernement d'alors à peu près comme la Restauration traita les Protestants. Or, la Société des missions de Londres, alors fondée depuis quelques années, était composée exclusivement de membres dissidents, et parmi ceux-ci, les congrégationalistes, la secte la plus républicaine de l'Angleterre, qui érige en dogme la séparation des Eglises et de l'Etat, et qui devait, par conséquent, être la moins supportable aux yeux du gouvernement anglais, les congrégationalistes étaient en majorité. Jones était un congrégationaliste. Prétendre que cet homme allait à Madagascar soutenu par l'argent anglais, c'est une énormité aussi grande que. de prétendre que, sous le roi Charles X, le gouvernement français envoyait à ses frais des missionnaires protestants dans les contrées lointaines.

D'ailleurs, si l'argent du gouvernement figurait à un titre quelconque dans les ressources des Sociétés missionnaires, il serait impossible de n'en pas dé- ' couvrir la trace dans les longs rapports publiés cha-

que année par ces Sociétés. Les Jésuites ne font pas mystère des subventions qu'ils reçoivent ; ils crient bien fort au contraire, quand elles sont rognées. Ils proclament très hautement qu'ils sont, à l'étranger, des soldats de la France ; leurs amis Tout dit à la tribune ; ils sont si forts, ils se sentent si soutenus, que leurs ennemis eux-mêmes, qui leur font dans la métropole une guerre acharnée, n'osent pas les combattre làbas. Eh bien ! qu'on examine les rapports des Sociétés, qu'on lise les discussions du Parlement anglais, et nous mettons au défi que l'on trouve rien de semblable, en ce qui concerne les missionnaires protestants. Ils n'ont jamais reçu de subsides ; ils ne se sont pas dit les soldats de l'Angleterre; ils n'ont jamais réclamé, par la voix des députés et des lords, l'appui financier de leur gouvernement. Ils ont souvent été abandonnés par lui. Dira-t-on qu'il y a accord tacite; que le gouvernement anglais et les Sociétés missionnaires cachent leur jeu ? C'est vouloir les rendre plus jésuites que les jésuites.

Les missionnaires sont des hommes, ils arment leur patrie. Il est possible que le patriotisme les ait parfois conduits hors des limites de la neutralité, que leur ministère leur imposait. Mais il y a un abîme entre ce patriotisme respectable, et le rôle d'agents, d'espions politiques, que certains de nos écrivains veulent leur faire jouer. Les missions ont pu servir la cause de l'Angleterre, dont le gouvernement est habile à se servir de toutes les circonstances. Mais jamais le gouvernement anglais n'a servi, n'a subventionné les missions.

Radama reçut les deux Anglais somptueusement ; il ne paraît pas cependant qu'il se soit beaucoup occupé du missionnaire. Il reprocha amèrement à Hastie la mauvaise foi du général Hall, et- toutes les explications de l'agent britannique n'empochèrent pas le ro Hova de se plaindre. Son peuple n'était pas satisfait,

En échange du bénéfice qui résultait du commerce des esclaves, Radama avait promis à ses chefs de leur distribuer une partie de la somme que le gouverneur de Maurice devait payer ; un mécontentement universel avait été le résultat du refus de Hall de payer cett<^ somme. Pour que le traité conclu en 1817 fut ratifié, Radama convoqua un kabar; il insista sur l'importance qu'il y avait pour Madagascar à maintenir lalliance anglaise ; mais des murmures éclatèrent; un . orateur populaire enflamma à ce point l'assemblée, qu'il s'ensuivit du tumulte. Radama, se tournant vers Hastie, lui dit : « Vous le voyez, je suis pour le traité, mais mon peuple n'en veut pas. Même ceux qui ne possèdent ni un esclave ni un dollar jne sont opposés. Je sais ce que les français ont fait à un de leurs rois qui leur résistait. » Cependant, Hastie insista, et le traité qui abolissait la traite à Madagascar fut signé de nouveau le 11 octobre 1820. Ce fait montre que, si la France avait été impuissante à s'établir par la force à Madagascar, le protectorat anglais n'était pas accepté avec plus d'enthousiasme, et que dès cette époque, la jeune nation Hova voulait être traitéC; aussi bien par l'Angleterre que par les autres puissances, en nation indépendante et souveraine.

D'autres missionnaires vinrent se joindre à M. Jones. Le roi les reçut civilement, mais il fut surtout enchanté par Tarrivée d'un certain nombre d'artisans chrétiens, que la même Société avait adjoints aux missionnaires proprement dits. Bientôt les étrangers eurent saisi la langue et en fixèrent la grammaire et le dictionnaire ; ils traduisirent la Bible en Malgache, et posèrent ainsi les bases d'Une civilisation analogue à celle d'Europe. Dix ans après l'établissement de ces missionnaires, 10 à 15,000 indigènes avaient appris à lire et à- écrire, quelques-uns savaient l'anglais, et un bon nombre avaient embrassé la religion évangélique. Pendant le même laps de temps.

Ol

des 1,000 où 1,500 jeuneis gens qui avaient été mis en apprentissage chez les artisans missionnaires, un certain nombre avaient appris à travailler le fer, d'autres à être charpentiers, maçons, tanneurs, corroyeurs, cordonniers.

Radama^ tout en se réjouissant des progrès de son peuple vers la civilisation, restait au demeurant le roi barbare qu'il avait toujours été. Il entreprit bientôt une expédition contre les Sakalaves, qui lui résistaient encore. Il fut d'abord vaincu, mais Tannée suivante il prit sa revanche en plusieurs rencontres et finit par établir sa suzeraineté sur les belliqueux Sakalaves, en épousant Rasalama, fille de leur chef Ramitrah. Depuis cette époque, quoique les Sakalaves aient tenté, sous le règne suivant, de secouer le joug des Hovas, ceuxci n'ont jamais cessé d'exercer la suzeraineté conquise par Radama.

Pendant ce temps, la France avait repris possession de Sainte-Marie, et au lieu de disputer aux Anglais, ce qui eût été possible, leur influence sur Radama, elle affirma son hostilité à son égard en essayant de soulever contre lui les chefs de la côte orientale. Radama répondit à cette entreprise en s'emparant de Fort-Dauphin, (mars 1825\ sur lequel il arbora son drapeau à la place du nôtre. Il punit sévèrement les chefs du nord-est qui, excités par l'agent français, avaient essayé de se révolter. « C'est ainsi, dit un auteur anglais, que les Français continuèrent à détruire leur propre influence sur la côte, jusqu'à ce qu'enfin, par une sériq de désastres, les trafiquants français fussent réduits à se réfugier à Bourbon. » Et cependant, on Ta- vu, Radama n'était pas infatué' de l'alliance anglaise. S'il eût reçu des Français des avances plus brillaîites, nul doute qu'il ne se fût appuyé sur nous. Les tendances de son esprit le portaient plutôt de notre côté. Il admirait Napoléon, auquel il aimait à se comparer. Le génie àe notre

nation l'eût certainement fasciné plus vite; on verra d'ailleurs ce que firent plus tard deux Français, Laborde et Lambert, Tinfluence qu'ils prirent sur les Hovas, et Tavenir qu'ils préparaient au commerce français dans cette contrée, en favorisant comme l'avaient fait Farquhar et Hastie^ Vunification de Madagascar. Pourquoi faut-il que l'on s'écarte de cette politique, si sage et si pacifique, pour revenir aujourd'hui à celle des coups de main ?

Le malheur a voulu que nous ayons toujours été mal représentés à Madagascar. L'agent français, Sylvain Roux, fut révoqué, malgré ses longs services, <( à cause de son esprit aventureux et du désordre de son administration intérieure. » Il mourut de la fièvre avant d'avoir connaissance de cette mesure. Mais le successeur qui lui fut donné ne changea pas de politique, et, incapable de faire prévaloir par la force <( les droHs séculaires » de la France sur Madagascar, il se retira à Sainte-Marie, abandonnant tous les postes établis sur la côte, en publiant une longue et solennelle protestation, au nom de Sa Majesté trèschrétienne. A cette protestation, Radama répondit (( qu'il reconnaissait comme appartenant à la France en toute propriété l'île Sainte-Marie, vendue autrefois à cette puissance par les naturels ; mais qu'il ne reconnaissait ni à la France, ni à aucune puissance étrangère, des droits à la possession d'aucune partie de la grande île de Madagascar; qu'il permettait seulement aiix étrangers de toute nation de venir s'y établir, en se soumettant aux lois de son royaume, et qu'à l'égard du titre de roi de Madagascar il le prenait, parce qu'il était le seul dans l'île qui fût capable de le soutenir. » (Henry d'Escamps, Hist, et Géog. de Madagascar, p. 88.)

Les auteurs qui poussent à la conquête de Madagascar affectent de traiter avec mépris ce langage, tenu par le conquérant Hova. Ils font de lui une sorte

de fanfaron ridicule, un mannequin aux mains de r Angleterre, qui s'en servait pour faire pièce à la France. Nous les croyons dans une erreur absolue. On ne saurait traiter de ridicules des prétentions qui se sont victorieusement maintenues pendant plus de soixante ans ; ce qui le paraît davantage, c'est notre obstination à considérer comme nous appartenant une terre que nous n'avons pas découverte, que nous avons été impuissants à conquérir, .et où nous n'avons pas un soldat depuis des années avant la guerre actuelle. Nous avons laissé faire sans nous l'indépendance des Hovas, première îaute ; nous Tavons laissé faire contre nous, en nous y opposant alors que nous n'avions pas les moyens de Tempêcher, seconde faute, plus grande encore. Maintenant, il est trop tard; notre intervention ne peut que détruire cet ordre de choses que nous aurions dû créer. La guerre actuelle est un non-sens, c'est de la civilisation à rebours.

Le 27 juillet 1828, Radama mourut à l'âge de 37 ans, victime de son intempérance. Si sa royauté eût été précaire elle fût morte.avec lui. Mais elle lui survécut. Il laissait à son successeur une autorité incontestée sur l'île presqu'entière, une armée dressée à l'européenne, et on peut dire que sous lui, une ère nouvelle, un instant entrevue sous Beniosky, avait lui pour Madagascar. Grâce aux Anglais, il est vrai, le pays était doté d'un langage écrit, d'une presse, de livres, de métiers et d'arts nouveaux. Radama, nous le répétons, eût aussi bien accueilli les Français qui seraient venus lui apporter ces choses : il eut des secrétaires français. Et depuis ce temps, quoique lentement, le pays a progressé, le nouvel ordre de choses s'est enraciné; un fait s'est produit, qui est pour les peuples ce qu'est l'enfantement pour les individus : lk SENTIMENT NATIONAL cst appapu. L'île de Madagascar ne sera ni anglaise, ni française : elle sera malgache.

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