‹ MadagascarChapitre 37 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

RADAMA II. — LE TRAITÉ DE 1862. — LES CAUSES DE SA MORT. — RASOHÉRINA. — l'iNDEMNITK LAMBERT. — RANAVALONA II. — LE TRAITÉ DE 1868. — SES CON- SÉQUENCES.

M. Lambert, arrivé à Paris, reprit ses négociations, mais sans beaucoup de succès, malgré la bonne volonté du prince Napoléon, quand il apprit à la fois la mort de la reine et Tavènement au trône de Rakoto, qui prit le nom de Radama II.

Aussitôt, prenant le titre d'ambassadeur de S. M. Radama II, roi de Madagascar, Son Excellence Lambert, duc d'Emirne, publia une circulaire à la date du 9 avril 1862, pour notifier aux puissances Tavènement au trône de son souverain. Animé du louable désir de civiliser Madagascar, il commanda une décoration à Krétly, du Palais-Royal, qui lui dessina un palmier accompagné de Teffigie de Radama, le tout suspendu à un ruban rouge.

Nous ne raconterons ni les rivalités que Radama dut vaincre pour monter sur le trône, ni tous les actes généreux et libéraux qui marquèrent le commencement de son règne. Tous les historiens s'accordent à dire qu'après les trente-trois ans de despotisme et de cruautés qui avaient précédé, Tavénement de Radama fut une véritable délivrance pour le peuple. Ellis, que Ton nous représente comme un ennemi de ce prince, fait de lui le plus grand éloge. « Le soleil, dit-il, ne se coucha pas, le premier jour de son élection, sans que Radama II, le nouveau roi de Madagascar, n'eût

proclamé sa protection égale pour tous les habitants, et déclaré que tous étaient libres d'adorer Dieu selon leur conscience, sans crainte et sans danger. 11 envoya ses officiers ouvrir les portes des prisons, briser les chaînes de ceux à qui les cris joyeux de la foule au dehors avaient déjà annoncé que le jour de la délivrance était venu. Il en envoya d'autres pour rappeler les bannis des lieux malsains où on les avait exilés... , Le jubilé si longtemps désiré était arrivé, la joie et l'allégresse éclataient de toutes parts. » (Ellis, Madagascar: Us Mission and its Martyrs).

Mais ces nobles qualités s'alliaient chez Radama à une excessive versatilité, qui, chez les souverains, est un défaut capital, et à une ignorance, absolue de Tart de gouverner. L'une de ses premières mesures fut d'abolir les douanes, la seule ressource de revenu qu'il possédât. Il donnait et retirait des ordres avec une extrême facilité ; il se livrait à des amis, jeunes et joyeux compagnons, qui l'entraînaient aux plaisirs faciles et contribuaient grandement à lui faire perdre son prestige. Il avait à la fois un chapelain jésuite et un aumônier protestant, et passait tour à tour des homélies de M. Ellis à la messe du père Finaz et aux petits soupers de sa maîtresse Marie. Cependant, il ne semble pas qu'une fois arrivé sur le trône, Radama se soit pressé d'offrir aux étrangers le protectorat de son île, qu'il avait offert quand il n'était que prince héritier. Au contraire il s'efforça de tenir la balance égale entre les deux nations rivales, tout en ayant une affection particulière pour M. Lambert, son factotum général .

Quand le commandant Dupré vint à Madagascar pour assister aux fêtes du couronnement, il obtint de Radama, le 12 septembre 18G2, la signature dun traité des plus honorables pour la France. La liberté de conscience, le libre exercice des cultes, la juridic^ tion des consuls de chaque pays y étaient reconnus.

En vertu de l'article 7, Madagascar était ouverte aux savants, aux géographes, aux naturalistes, aux voyageurs de toutes les nations. Mais il n'était aucunement question de protectorat dans ce traité ; au contraire, rindépendance de Madagascar, son unité territoriale y étaient formellement reconnues, sauf une phrase vague, qui réservait les droits de la France.

En présence de M. Dupré, de Lambert et de plusieurs autres étrangers, Radama II mit en liberté plusieurs des chefs Sakalaves qui gémissaient en prison depuis le règne de Radama P'' ; il reçut des députations de presque toutes les parties de Tîle, et en particulier rfes tribus Sakalaves du nord-ouest^ qui venaient lui apporter la pièce de monnaie, emblème de leur vasselage. , •

En même temps, Radama II signa de nouveau la concession qu'il avait faite quelque temps auparavant, à M. Lambert, et dont on se rappelle Timportance. Il hésita un moment ; pressé par le commandant Dupré, il s'exécuta. «Je vais maintenant, s'écria le roi, radieux-, sceller le traité de la France avec le Champagne et le canon. » On but, le canon tonna. M. Lambert, vêtu d'un magnifique costume d'ambassadeur, était ' encore plus radieux que le roi.

Les deux missions, française et anglaise, quittèrent Tananarive peu de jours après le couronnement; M. Lambert, toujours actif, ne tarda pas à les suivre. Il vint en France pour organiser enfin la fameuse Compagnie qui devait exploiter toutes les terres, toutes les mines, toutes les rivières de Madagascar. Cette fois, la chose fut prise au sérieux. Un conseil d'administration fut nommé, un capital de cinquante millions fut appelé ; M. Paul de Richemont fut nommé par le décret impérial du 2 mai 1863 gouverneur de la Compagnie. Pour compenser les droits de douane qui lui manquaient, une somme assez considérable fut allouée

au roi sur les premiers fonds appelés. Le roi devenait ainsi actionnaire de la Compagnie.

Malheureusement, tandis que s'organisait en France une entreprise qui, quoique basée sur une évidente exagération, pouvait réussir, le jeune roi commençait à se trouver dans de grands embarras. Le premier venait de cette malheureuse suppression des droits de douane, source de revenus non-seulement pour lui, mais pour une foule de fonctionnaires qui ne lui pardonnaient pas de les avoir frustrés. Le second venait de sa position indécise entre les deux grands partis, celui du paganisme et du christianisme. Ses ministres, et même ses jeunes conseillers, les mena-maso^ appartenaient au premier; lui penchait pour le second. Au commencement de 1863, un effort suprême fut tenté par les ombtaches pour ramener le roi aux antiques superstitions. Une sorte d'épidémie mentale apparut dans la capitale et les provinces adjacentes. Les individus atteints de cette maladie prétendaient n'avoir pas conscience de leurs actions, être incapables de s'empêcher de sauter, de courir, de danser quand il leur en prenait envie. Ils eurent des visions., ils furent inspirés. Au nom des ancêtres, ils protestèrent contre les nouvelles coutumes introduites dans le pays; ils étaient, disaient-ils, envoyés par les esprits pour prêcher l'anéantissement des/>na/ife. L'esprit du jeune roi, que sa cour de favorites, de danseuses et de viveurs ne pouvait guère fortifier, ne pouvait manquer d'être impressionné par ces bizarres révélations.

M. d'Escamps ne craint pas d'écrire que les auteurs de cette maladie mentale, de ces excitations au massacre des chrétiens, au retour vers le paganisme, c'étaient.... les méthodistes anglais. « Sous Taction impérieuse et incessante des méthodistes anglais coalisés avec le parti des vieux Hovas, les siki-dys (sorciers) ne craignaient pas de distribuer à la population pauvre, en même temps que des boissons alcooliques.

des infusions de plantes excitantes propres à faire éclore tous les symptômes d'une maladie nerveuse. » (page 256). Après cette énormité, il n'y a plus rieh à dire, sinon que M. d'Escamps a beaucoup compté sur rignorance et la naïveté de son lecteur.

Les meno maso proposèrent d'assassiner un certain nombre de chrétiens, afin d'apaiser les conservateurs irréconciliables, mais en même temps de tuer les principaux chefs de l'opposition, qui devenait toujours plus violente. Le roi ne $e rangea pas à ces avis extrêmes ; mais il comnianda qu'on eût le plus grand respect pour les visionnaires qui poussaient au massacre, et qu'on les saluât quand on les rencontrait. Leur influence sur le peuple en fut d'autant plus grande.

Un autre grief contre le malheureux roi était la donation Lambert. Les riches comme les pauvres redoutaient l'invasion des étrangers ; ils se croyaient déjà, sans compensation, dépossédés de leurs terres. Des sentiments d'un patriotisme respectable se mêlèrent à ceux qu'inspiraient la superstition et la peur du progrès. Le trouble était à son comble. Le roi ne savait à qui entendre, donnant des gages à chaque parti tourà-tour, sans en satisfaire aucun. Il donna un jour un ordre insensé qui mit le comble à la mesure : il autorisa le duel d'individu à^ individu et même de tribu à tribu, se reconnaissant impuissant à établir l'ordre et à maintenir le droit (7 mai). A la publication de cet édit, des députations furent envoyées au roi pour le supplier de revenir sur cette décision funeste. Il ne voulut pas la retirer. Alors la guerre civile est proclamée ; les ministres se tournent contre le roi, et Radama, après plusieurs jours de siège dans son palais, après avoir vu mourir à ses côtés ses fidèles mena masOy refusant jusqu'au bout, par une obstination incompréhensible que sa bravoure rachète à peine, de revenir sur son ordre fatal, Radama fut assassiné, (12 mai 1863).

En lisant Thistoire de ce prince infortuné, on se sent saisi de compassion et de pitié. Il ne fut ni criminel, ni indigne ; mais il n'eut pas une âme et une intelligence à la hauteur de ses devoirs de roi. Il se laissa dominer par une seule influence, et, dans son désir sincère de faire de Madagascar une terre civilisée, il ne sut pas employer les moyens modérés, opportuns^ les seuls efficaces. Enfin, au dernier moment, et en l'absence de M. Lambert^ qui l'eût sans doute mieux conseillé, il ne sut pïts se soustraire à l'influence de ses favoris qui, tout à coup, le mettaient en opposition avec lui-même. En cherchant dans l'histoire, on ne trouve qu'un autre souverain à -qui le comparer, c'est le malheureux Paul P"* de Russie, dont il eut la destinée fatale.

Dans leur haine des missions protestantes, les auteurs cléricaux que nous avons cités accusent formellement M. EUis, leur bête noire, d'avoir été complice de cet attentat. C'est lui qui avait produit la maladie nerveuse ; c'est lui qui soudoyait les sorciers ; lui qui, sans doute, payait aussi les assassins. Nous ne nous arrêtons pas à ce que l'accusation, sans aucune preuve, a de monstrueux; mais nous demandons : pourquoi l'aurait-il fait? Quel intérêt avait-il à voir remplacer un roi libéral par une reine qui serait la créature du parti païen? La haine de la France, dit-on^ représentée par M. Lambert, dont la Compagnie allait, pratiquement, conquérir Madagascar. Mais M. EUis n'avait aucune raison pour haïr la France à ce point; il pouvait ne pas aimer M. Lambert lui-même, il pouvait regretter l'influence que cet homme peu scrupuleux exerçait sur un prince faible, ayant déjà une grande tendance à s'adonner aux plaisirs ; il put même porter sur ce dernier des jugements attristés, mais il faut avoir été à l'école de Loyola pour cacher un poignard sous sa soutane. Quelque reproche qu'on puisse faire au « méthodisme » anglais, il n'a jamais produit un Ravaillac.

La veuve de Radama II fut proclamée à sa place, comme Tavait été la veuve de Radama P**. La nouvelle reine prit le nom de Rasohérina ; mais elle ne put prendre la pos$ession du pouvoir qu'à la condition de souscrire à une espèce de Constitution que les grands du royaume, auteurs de la révolution, avaient préparée. En même temps elle dut déclarer que le règne précédent était nul et non avenu, que par conséquent toutes les conventions signées par le roi Radama II étaient annulées. Cependailt les traités de paix et de commerce avec la France et l'Angleterre étaient maintenus. Les droits dédouane étaient rétablis. Une ambassade étaient envoyée en Europe pour donner aux puissances une explications des motifs de la révolution, et de la nouvelle constitution que se donnait le peuple malgache.

Voici quelques articles de cette constitution, la première que Madagascar ait eue, et qui la régit encore. On y verra la preuve que ce pays avait fait, depuis le temps de Radanja P**, de grands progrès dans la civilisation :

« La parole du roi ne fait pas loi ; mais les nobles et les notables, de concert avec le souverain, font les lois;

(( Liberté et protection pleines et entières sont garanties aux étrangers qui observeront les lois du pays;

« Des relations amicales seront entretenues avec toutes les nations;

« On lèvera des impôts, mais le commerce et la civilisation seront encouragés;

« La protection et la liberté des cultes, le droit d'enseigner et de répandre le christianisme sont assurés aux chrétiens indigènes, et la même protection et la même liberté sont assurées à ceux qui ne sont pas chrétiens ;

« L'esclavage domestique n'est pas aboli; les mai-

très peuvent à leur gré vendre ou mettre en liberté leurs esclaves ;

« Personne ne peut être mis à mort sur Tordre du souverain seulement; personne ne peut être condamné à mort si douze hommes n'ont déclaré cette personne coupable du crime que la loi punit de mort. »

On voit, dans cette dernière institution, l'influence évidente des enseignements des missionnaires.

Quand on apprit en France la mort du roi Radama, la mission chargée d'explorer Madagascar pour le compte de la Compagnie Lambert et d'apporter la ratification de Napoléon III au traité du 12 septembre 1862, avait déjà quitté Marseille. Nous/ne raconterons pas en détail ce qui suivit. Le nouveau gouvernement, après bien des pourparlers, accepta de payer une indemnité de 1,200,000 francs, en échange de laquelle Napoléon III consentit à V annulation pure et simple de la charte Lambert. Le traité de commerce- était maintenu; l'unité de Madagascar et son indépendance étaient, une fois de plus, reconnues par notre gouvernemept.

Qu'on nous permette d'insister un instant sur cette indemnité, qui devient aujourd'hui d'une importance considérable. Les mines et les territoires concédés à Lambert par sa charte, étaient situés entre les 12^ et 16® degrés de latitude sud; ce sont exactement les territoires compris dans ces limites que la France réclame aujourd'hui au gouvernement hova. Cependant, si ces territoires sont à nous depuis 1841, comme on le prétend, nous n'avions pas besoin de la charte Lambert pour nous les concéder. En les recevant de Radama, nous avons reconnu qu'il en était le maître ; et en acceptant du successeur de Radama une indemnité en échange de ces territoires, nous en avons fait l'abandon définitif. Nous reviendrons, d'ailleurs, sur cette importante question.

Rasohérina fut une idolâtre passionnée, .et cepen-

dant une amie de Laborde et de Lambert. Sans persécuter les néophytes protestants, elle leur imposa ceiiaines restrictions gênantes, mais se montra plus facile aux missions catholiques. Au fond, elle avait aimé son mari et se montra animée du même esprit^ avec un plus grand tact politique. Elle signa, le 27 juin 1865, un traité de commerce avec l'Angleterre, assez semblable à celui qui avait été conclu en 1862 avec la France ; elle en fit un autre deux ans après avec les États-Unis. Ces deux puissances, comme la France elle-même (qui avait accrédité M. Laborde comme son consul à Madagascar) reconnaissaient l'existence et Tindépendance du royaume de Madagascar. Peu de temps après, au moment où des négociations étaient engagées avec la France pour le nouveau traité de commerce, la reine mourut le 1'''' avril 1868 après avoir reçu in extremis le baptême catholique. Etrange conversion d'une reine qui aurait été mise sur le trône par une coalition de méthodistes et de païens 1

Une femme succéda à celle qui venait de mourir : sa cousine Ramoma, qui prit en montant sur le trône le nom de Ranavolana IL Celle-ci avait été élevée dans les écoles protestantes ; d'où nos auteurs concluent que les « méthodistes », toujours associés à leurs bons amis les sorciers, furent la cause de son élévation. Il est certain qu'à partir de ce moment l'œuvre de la civilisation prit un nouvel essor. Aux fêtes du couronnement, des innovations furent introduites; elles eurent un caractère chrétien, au lieu d'être entourées, comme auparavant,^ de cérémonies idolâtres. Un code de lois, qui n'a point été rédigé par les missionnaires, mais dont les dispositions libérales portent l'empreinte du christianisme, fut adopté. Désormais, il faut l'avouer, les jésuites eurent ])eu d'influence à la cour et Ton put croire que Madagascar était eu train de devenir une nation pro-

testante. Le premier ministre, à Thorreur de nos anglophobes, citait rÉcriture Sainte. Aussi, à partir de ce moment, commence-t-on à entendre en France, les gémissements des préfets apostoliques de Madagascar. Ils ne craignent pas de dire, eux, qu'ils sont les soldats de la France; mais que si leur pays ne les soutient pas, ils offriront à l'Angleterre l'honneur de la représenter. (Voir la lettre du Père de la Veyssière, citée par M. Georges Périn, à la Chambre, le èSmars 1884.)

Cependant, Ranavalona II signa, le 3 août 1868, un traité de commerce et d'amitié avec la France. C'est le dernier que nous ayons conclu avec Madagascar ; il est la répétition à peu près exacte des traités signés précédemment par Rasohérina avec l'Angleterre et les États-Unis. On le voit, à travers l'histoire de cette lie, et malgré ses révolutions intérieures, tous ses souverains sont dirigés par une même pensée : maintenir la balance égale entre les .nations étrangères ; maintenir et affirmer envers tous l'indépendance et l'intégrité du royaume. Cette pensée, il n'est pas nécessaire de supposer qu'elle leur a été inspirée par des conseillers occultes ; elle devait se suggérer d'ellemême et s'imposer comme un dogme à une nation

naissante.

Dans ce traité, nous signalons les articles III et IV qui ont donné lieu à une controverse dont nous nous occuperons plus loin. On trouvera le traité tout entier dans les notes qui accompagnent ce travail.

Nous sommes arrivés à la fin de notre revue historique, relative aux droits de la France. Les derniers événements survenus dans cette île, avant les démêlés relatifs à l'affaire Laborde, au boutre Touélé, et enfin aux territoires du nord-ouest^ n'ont rien d'intéressant pour la question que nous étudions. Aux yeux de tout observateur impartial, de tout homme, libre-penseur, catholique ou protestant que n'aveugle pas l'esprit de

parti, rhistoire de œtte dernière période de l'histoire de Madagascar est toute à l'honneur de cette jeune lace qui fait, dans la civilisation, des pas de géant ; elle est à Thonneur aussi de ces vaillants pionniers de l'Evangile dont un chauvinisme insensé ou un fanatisme intolérant peut seul méconnaître le dévoùment. Un hôpital, le premier et le seul, a été fondé à Tananarive par un Écossais, le docteur Davidson, qui soigne jusqu'à cinq cents malades par jour, et dépense eu aumônes une partie de ce traitement de 15,000 francs que M. d'Escamps lui reproche fort. Les paisibles luthériens de Suède, qu'on ne saurait accuser d'intriguer pour la Grande-Bretagne, ont fondé une mission prospère dans le Betsileo, grande province au sud de TAnkôva. Les quakers, la dénomination protestante la plus respectée, qui ne fait jamais la guerre et la flétrit en toute occasion, les quakers partagent avec les indépendants l'honneur d'évangéliser Madagascar. Un milliers d'écoles sont ouvertes dans le pays ; il n'est pas difficile de supposer, par ce qui se passe en France, que les écoles protestantes sont meilleures que les catholiques : voilà tout le secret du succès des Anglais. Mais en présence, d'une part, d'un culte qui ressemble étonnamment à leurs superstitions passées ; de l'autre, d'une religion intelligente qui leur montre un Dieu à qui l'on peut parler en langue intelligible, quoi d'étonnant que les Hovas choisissent la seconde? D'ailleurs, ils ne peuvent oublier que les missionnaires protestants sont arrivés les premiers; que c'est à eux qu'ils doivent leur grammaire et leur vocabulaire, en un mot, leur existence comme nation chrétienne (1).

Que les jésuites appellent à leur aide un plus grand nombre de missionnaires, s'ils en trouvent. Qu'ils

(1) Voir note A.

fassent pour leur cause les mêmes sacrifices d'argent et d'hommes que le christianisme anglais (nous ne disons pas le gouvernement^^ sait accomplir chaque année. Mais qu'ils n'espèrent pas que l'argent et le sang de la France libérale et républicaine seront dépensés à Madagascar pour faire prévaloir, là-bas, le culte de la Vierge sur celui de Jésus-Christ.

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