CHAPITRE III
NÉGOCIATIONS A PARIS. — LEUR RUPTURE. — HOSTI- LITÉS. — AFFAIRE SHAW . — NÉGOCIATIONS A TAMA- TAVE. — CONCLUSION.
Nous ne parlerons que ti-ès brièvement des négociations qui commencèrent à Paris le 23 octobre 1882, entre les ambassadeurs malgaches et MM. Decrais, ministre plénipotentiaire, le vice-amiral Peyron, chef d'état-major du ministre de la marine, et Billot, ministre plénipotentiaire. Les notes échangées pendant ces conférences se trouvent tout au long dans le Litre Jaune (1881-83) à partir de la page 51.
Nous appelons particulièrement l'attention du lecteur sur la première de ces notes, dans laquelle les ambassadeurs hovas exposent les motifs de leur gouvernement pour nier les droits politiques de la France sur Madagascar. Que leur ftit-îl répondu verbalement î Nous ne pouvons le savoir, les procès-verbaux des conférences n'ayant pas été publiés; mais la note française qui leur fut remise en novembre 1882 (page 58) ne répond pas à ces arguments. Elle se borne à demander <« que la reine Ranavalq fesse volontairement disparaître de la côte Nord-Ouest ses pavillons, garnisons et postes de douane, et ne nous réduise pas à la pénible nécessité d'intervenir nous-mêmes pour protéger nos droits contestés, nos intérêts menacés. Ces gages une fois donnés, le gouvernement hova connaîtrait ce que vaut la générosité de la France à laquelle la note remise par Tambassade n'hésitait pas à feire appel. »
Les ambassadeurs hovas consentirent à ce retrait des pavillons et des postes (page 60) à condition qu'ils ne seraient point remplacés par des postes français. Les plénipotentiaires français acceptèrent cette condition. Mais des difficultés s'élevèrent, dans une dernière conférence, au sujet de la réserve des droits généraux de la France, que nos plénipotentiaires voulaient «insérer dans le nouvel arrangement. Les Malgaches virent, non sans raison, une cause future de discorde dans cette réserve, en apparence platonique. Ils en demandèrent la suppression.
Sur la question de propriété, il ne paraît pas y avoir eu grand désaccord. Les diplomates français n'insistèrent pas pour qu'une interprétation littérale fut donnée à l'article 4 du traité de 1868 ; ils demandèrent seulement qu'une longue période fût fixée pour la durée des baux. Les Hovas offrirent une durée de vingt-cinq ans, renouvelable trois fois. On aurait donc pu s'entendre.
Que se passa-t-il alors? Aucun document officiel n'est là pour nous éclairer ; mais nous savons de bonne source que, dans la soirée qui suivit cette dernière conférence, les envoyés malgaches furent pris de peur. Leur insistance à demander le retrait « des droits généraux de la France » avait sans doute impatienté les honorables diplomates français (1). On leur avait
(1) Il fest étrange que, dans le Livre Jaune (page ) tandis que les Hovas demandent le retrait de Texpression: «Les droits généraux de la France » la note àeax adressée par les plénipotentiaires français et à laquelle ils répondent, ne mentionne pas cette réserve « des droits généraux. » L^avaiton faite seulement verbalement, dans la conférence? Cependant, nous trouvons dans le Times du 19 mars 1883, une lettre écrite par un homme qui a eu entre les mains la pièce originale remise par la France, comme un véritable ultimatum^ aux ambassadeurs hovas, et cette note, affirme-t-il, n'est pas identique à celle qu'a publiée le Livre Jaune, Cette lettre
parlé vertement. A une si grande distance de leur pays, sur une terre dont ils ne comprenaient pas la langue, où tout était nouveau pour eux, où ils n'avaient point d'amis, ils virent les choses en noir; ils s'imaginèrent que nos procédés étaient aussi expéditifs que ceux de Madagascar; ils se virent arrêtés, mis en prison, que sais-je? Contraints de signer ce qu'ils ne voulaient pas signer. Ne rions pas : dans la nuit même, ils partirent pour Londres.
Mais lorsque M. Duclerc, dans sa note à l'ambassadeur français à Londres, affirme que les conférences ont été rompues « sur la question du droit de propriété et sur l'interprétation des clauses de notre traité de 1868 qui en assurent le bénéfice à nos nationaux », il se trompe. Cette question-là était la plus facile puisque, arrivés à Londres, les ambassadeurs hovas consentirent à faire avec l'Angleterre un nouveau traité accordant le droit de louer à long terme sur les bases les plus larges. Ce que M. Duclerc ne voulait pas dire à lord Granville, c'est que la cause de la rupture des négociations avait été uniquement cette réserve « des droits généraux de la France » à laquelle les Hovas n'avaient pas voulu consentir.
L'on verra en effet, en lisant la note de lord Lyons à M. Duclerc, en date du 22 décembre 1882, que l'Angleterre est <( heureuse de constater que, malgré les impressions des ambassadeurs hovas au sujet de ce qui s'est pa^sé, à cet égard, M. Duclerc estime que les négociations n'ont pas été rompues sur la question de protectorat.... »
Une fois les ambassadeurs partis, le gouvernement français se mit en mesure de faire valoir par les armes
est signée de M. Chesson, secrétaire de la Société pour la protection des aborigènes. C'est à ce titre qu'il s'est occupé des Malgaches. Voir d'ailleurs sa lettre en entier, dans notre Appendice^ note B.
les droits que ceux-ci u avaieut pas voulu reconnaître. Nous mentionnerons très brièvement ces faits, que tout le monde a présents à la mémoire : le départ de Tamiral Pierre à bord de la Flore (le 15 février 1883), la prise de Majonga et la destruction des postes hovas sur. la côte Nord-Ouest, enfin, le bombardement de Tamatave, et l'emprisonnement du missionnaire Shaw. Le brave amiral, en bombardant les forts malgaches/ obéissait aux instructions de son gouvernement et faisait œuvre de bon soldat ; mais il est à regretter qu'il ait été, lui aussi, à ce point influencé par les pamphlets anglophobes, qu'il ait pu prêter un seul instant d'attention aux calomnies absurdes lancées contre les missionnaires. Il fit arrêter M. Shaw sous l'inculpation d'avoir abrité des rebelles et de leur avoir conseillé l'empoisonnement des sources. Ce sujet nous est pénible, et nous ne nous y arrêtons pas. Justice fut faite ; une ordonnance de non-Heu tut rendue, une indemnité payée au missionnaire, qui l'accepta; ce fut un tort, mais c'est le seul que nous puissions lui reconnaître dans cette malheureuse affaire.
Les opérations de l'amiral sur la côte nord-ouest, dans ces parages que l'on prétend si désireux de s'unir à la France, ne s'accomplirent pas sans difficulté. Que l'on veuille bien lire, à la fin de cet ouvrage (Extraits du Livre Rouge Malgache, n°18), la réponse que fit le gouverneur id'Anorontsanga à la sommation que lui fit l'amiral d'amener le pavillon hova.
Enfin, le 1^"" juin, l'amiral Pierre et M. Bandais firent remettre à la reine un ultimatum^ réclamant lu reconnaissance des droits de la France sur les territoires compris depuis la baie de Baly, à l'ouest, jusqu'à la baie d'Antongil, à l'est, en passant par le cap d'Ambre. C'était le tiers du pays. Même en supposant valables les traités de 1841 avec les chefs sakalaves, VultimcUum i)roclamait notre souveraineté siir des territoires quatre fois plus considérables que ceux qui
nous avaient été concédés. On ne saurait exiger de preuve plus évidente que ces traités avec les Sakalaves n'étaient qu'un prétexte pour conquérir Ttle tout entière.
Tamatave fut bombardé, l'amiral Pierre y organisa une conmiune française et s'empara des douanes de Majunga et de Tamatave. Sur ces entrefaites, le brave marin mourut. Il fut remplacé par l'amiral Galiber.
On n'avait pas tardé à s'apercevoir que triompher des Hovas par la force demandait plus de sacrifices en hommes et en argent que la chose n'en valait la peine. On avait vu aussi combien peu de confiance on pouvait avoir dans la fidélité de ces Sakalaves, pour l'émancipation et la protection desquels nous étions partis en guerre. Il eût été facile, si ces braves gens nous eussent appartenu, de les armer, et d'en faire nos soldats contre les Hovas, leurs prétendus ennemis. On ne l'osa pas ; on ci-aignit, ajuste raison, qu'une fois armés, les Sakalaves ne se tournassent contre leurs libérateurs. Aussi l'amiral Galiber et M. Bandais durent-ils adopter une nouvelle politique. Les conférences de Paris avaient échoué : on les recommença à Tamatave^ au mois de novembre 1883.
Nous avons sous les yeux un livre fort important intitulé : Correspondances diverses^ et rapports des conférences entre les plénipotentiaires du gouvernement de la Reine de Madagascar et des plénipotentiaires du gouvernement de la République française. Copies certifiées conformes aux originaux. Ministère des affaires étrangères. Signé : Ravoninahitriniarivo, ministre des affaires étrangères^ 15^ Honneur^ O. D. P. (officier du palais). Ce livre, orné d'une couverture rouge, est parfaitement imprimé. Il porte cette mention : « Antananarivo, imprimerie de S. M. la Reine de Madagascar, au nord du Palais. 1884. » On trouve au recto un compte rendu des conférences, une copie ou une
traduction des lettres, notes et documents, en malgache ; en regard, les mêmes documents sont reproduits en finançais. Le français est souvent incorrect i nous ne pouvons parler du malgache, qui dépasse notre compétence. Ce livre a été sous les yeux de plusieurs membres du Parlement français, qui ont été fort surpris de voir qu'un peuple qu'on leur représentait comme une bande de sauvages poussât si loin l'observation des procédés diplomatiques, publiât, lui aussi, son livre rouge, et le publiât avec un tel luxe d'impression.
Nous avons reproduit (voyez appendice) un grand nombre d'extraits de ce livre, qui présentent un grand intérêt, puisqu'on ne trouve pas da.ns nos Livres jaune.s la trace des négociations de Tams^tave. Nous en avons respecté scrupuleusement les incorrections. On y verra la répétition constante des mêmes protestations : « Donner notre territoire, c'est nous couper un braâ. . . Voulezvous de l'argent? Voulez-vous les îles qui avoisinen.t Madagascar ? Tout, excepté l'intégrité de notre pays. »
M. Bandais, l'amiral Galiber, l'amiral Miot furent amenés successivement, saris doute par suite d'instructions reçues, à faire des concessions. Eux aussi firent des déclarations répétées : « Nous ne voulons pas nuire à l'indépendance de Madagascar... Nous ne voulons pas de terres ; nous sommes désintéressés ; ce sont ces malheureux Sakalaves qui nous appellent. Cela nous ennuie bien ; nous regrettons les traités que nous avons faits avec eux^ mais que voulez-vous ? L'honneur de la France est engagé... nous sommes une nation généreuse. » Et enfin on leur propose, en dernier lieu, de neutraliser les territoires contestés. Nul n'y entrera: ni Français, ni Hovas. Ils seront réservés. « Mais qui les gouvernera ? demandent les Malgaches, puisque nous sommes d'accord, vous et nous, qu'ils ont besoin d'être gouvernés? » On n'a pas de peine à constater beaucoup de naïveté chez les pauvres Hovas, négociant sous les canons de la Hotte française ; mais, de l'autre côté, ou
est surpris de voir plus d'habileté qu'il n'en faut pour mériter le vieux renom de franchise que la France ne devrait pas perdre pour si peu.
Quant à ce qui concerne la loi 85 et le traité de 1868, les Malgaches s'offrent à les mettre d accord ; ils ont consenti à une revision de leur traité avec l'Angleterre, et nous traiteront, sans aucun doute, mieux encore s'ils le peuvent.
Il est temps de conclure. Nous croyons avoir démontré, dans ce qui précède, que la France n'a aucun droit réel sur Madagascar. Ceux que nous donnait la prise de possession de Richelieu sont prescrits par le long espace de temps écoulé depuis l'évacuation de nos établissements sur la côte. Ceux que nous donnaient nos traités avec les SakaJaves, en 1841, sont valides, en tant qu'ils s'appliquent à Nossi-Bé, à Mayotte, à Sainte-Marie, en un mot^ aux points que nous avons réellement occupés et protégés contre les Hovas. Quant aux territoires que nous avons laissés à eux-mêmes, nous n'y avons plus aucun droit après quarante ans. On ne peut pas empêcher l'histoire de s'accomplir. Un peuple est né dans ces soixante dernières années; jeune encore et peut-être à moitié civilisé, il avance à grands pas cependant ; et l'on peut prédire qu'il atteindra le niveau des peuples de l'occident, car sa civilisation naissante a les mêmes racines que la nôtre : le christianisme. Lui faire la guerre, l'enfermer dans ses retraites des hauts plateaux, empêcher son expansion sur l'île entière, c'est retarder de deux cents ans le complet affranchissement de ce pays. Même s'il y a un intérêt national — ce que nous contestons — à conquérir Madagascar, la France ne saurait oublier que l'intérêt humanitaire est supérieur au premier. Notre caractère, notre histoire, nos douleurs mêmes, tout proteste chez nous contre l'axiome : la force prime le droit. Nous serions maladroits à vouloir l'adopter. Nous ne somme pas taillés, Dieu
merci, pour le faire prévaloir dans le monde. Il faut, comme l'Intimé, se sentir Tâme et le dos bien durs pour faire de pareille besogne : nous n'y réussirions pas. On objecte en vain que c'est la politique du jour, que l'Angleterre, la première, nous en donne l'exemple : nous répondons que notre honneur, c'est d'être Français, et non d^imiter les Anglais tout en les maudissant. La conquête de Madagascar est-elle conforme aux principes de justice, de raison, de liberté qui gouvernent la démocratie française ? Poursuivons-la. Mais si nous découvrons qu'elle ressemble, à s'y méprendre, aux opérations de Beaconsfield et de Bismark, ne la faisons pas ; car ce serait à leur profit, et non au nôtre, que nous aurions appliqué leurs principes.
Dans quel intérêt, d'ailleurs, ferions-nous la guerre aux Hovas? Est-ce pour colojiiser? Mais une seule partie du pays est habitable : celle-là même qu^ils occupent, les plateaux de l'Ankhova. Les côtes sont toutes malsaines ; livrés à la fièvre, nos soldats, nos marins, nos colons sont décimés chaque année. Pourra-t-on entreprendre l'assainissement de ce vaste pays, alors que nous n'avons pas encore pu assainir une île plus rapprochée de nous, éminemment fertile et aux trois quarts inculte : la Corse?
Pour entreprendre la conquête des hauts plateaux, pour prendre les Hovas dans leurs montagnes^ c'est une armée de vingt mille hommes qu'il faudra employer, et c'est à une guerre de vingt ans qu'il faut se préparer. Guerre d'escarmouches, de surprises, guerre au couteau, comme celle que faisaient les sauvages corses aux Génois envahisseurs. C'est la vendetta à mille lieues d'ici ; car un peuple qui a goûté à l'indépendance n'y renonce pas sans coup férir. Autre chose est de conquérir la masse inerte des populations indo-chinoises, sans volonté, sans énergie, indifférentes au maître qui les gouverne, et cette tribu
ardente, orgueilleuse, semblable à bien des choses au peuple qui la combat, qui n'a jamais servi personne et qui, perchée sur ses montagnes, ne se laissera pas volontiers ravir sa liberté séculaire.
Or pour elle, l'indépendance, c'est l'expansion. Elle est le bien naturel de tous les peuples de Tîle qui, parlant la même langue, ayant probablement la même origine, sont évidemment destinés par la nature à former une nation. Nous avons fait la guerre d'Italie pour ce principe. Irons nous le combattre à Madagascar, et ne craignons-nous pas de créer des précédents qui pourraient, un jour, se tourner contre nous-mêmes?
On peut hausser les épaules et trouver que c'est faire trop d'honneur aux Malgaches que de leur donner une telle importance. Mais il n'y a pas de petites et de grandes causes : il y a des causes justes et d'autres qui ne le sont pas. Les principes ont la même importance, qu'on les applique à un peuple, à une tribu, ou seulement à un homme.
Enfin, nous ue sommes pas du tout persuadé que la conquête de Madagascar ait des avantages réels pour la France. Des colonies presque aussi étendues et beaucoup moins malsaines, n^ont jusqu'à ce jour rien rapporté à notre trésor, et n'ont que médiocrement aidé notre commerce, bien qu'elles aient servi de champ d'exploitation et de trafic à d'autres puissances : il en serait de même pour celle-ci, pendant de longues années encore. Les sacrifices à faire, en vies humaines et en argent, ne vaudraient pas le bénéfice éventuel. Et la preuve c'est que l'Angleterre qui se connaît en colonies, qui a eu plusieurs fois Madagascar dans les mains, qui aurait pu, sous Radama P** s^en emparer sans peine et sous Ranavalona I** accepter TofiFre qu'on lui faisait du protectorat de cette île, l'Angleterre ne s'en est pas souciée. Elle a estimé, sans doute, que cette conquête serait trop chère et produirait trop peu. Elle a même fait à Radama P^ l'abandon volon-
taire d^une vaste étendue de côtes, (environ cent mille carrés) qu'elle avait obtenue des indigènes à Port-Loquez, en échange du traité qui abolissait la traite des noirs (23 octobre 1817).
Les seules causes de la guerre actuelle sont, tout d'abord, la jalousie des jésuites français qui ne peuvent pardonner aux protestants d'être arrivés les premiers, et d'avoir conquis l'influence prépondérante à la cour et dans le pays. La seconde, c'est l'extrêm^e désir que nos colons de la Réunion ont manifesté en toute occasion, depuis quarante ans, que cette conquête fut effectuée. Ce désir, nous l'avons dit, contraste avec l'opposition faite jadis par cette même colonie et par sa sœur l'Ile-de-France, à nos projets sur Mada-
gascar.
Il est vrai que la subsistance de ces deux îles vient en grande partie de la grande île africaine; que, si Madagascar leur était fermée, leur existence même serait menacée. Mais est-il nécessaire de conquérir Madagascar pour l'obliger à alimenter la Réunion et Maurice? Ne peut-on le faire par des traités? Et cet approvisionnement n'est-il pas beaucoup plus compromis par un état d'hostilité continuelle, qui rendra l'agriculture difficile à Madagascar, et par conséquent diminuera l'exploitation de ses produits ?
Il faudrait se demander si les colons de la Réunion n'ont pas d'autres motifs que ceux qu'ils invoquent ouvertement. Leur zèle, dans cette affaire, ne nous paraît pas d'assez bon aloi. Ils ont offert à la métropole d'envoyer à Madagascar des compagnies de volontaires, et ils ont, en effet, armé et équipé ces compagnies qui, maintenant, secondent là-bas nos troupes régulières. Mais il nous revient que notre colonie de la Réunion a besoin de coolies; que ses* plantations souffrent faute de bras, et qu'il est devenu fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'en importer des Indes
anglaises, comme cela se pratiquait précédemment (1). La Réunion a besoin de coolieSy et Ton sait quelle servitude est entendue par ce mot qui n'est qu'un synonyme moderne, et plus ou moins mitigé, de celui d'esclaves. Ne pouvant avoir des Indous, la Réunion espère avoir des Malgaches. Nous indiquons seulement ce fait en passant, jugeant inutile d'y insister par aucun commentaire.
En résumé, nous croyons que la politique violente ne nous donnera aucun avantage réel; nous aliénera pour jamais le cœur de ce peuple, si sensible aux bons procédés et à la douceur, comme le montre l'histoire du comte Béniosky. Nous croyons à la politique de la paix et nous la recommandons de toutes nos forces. Les Hovas sont disposés à nous faire des concessions. Sur le terrain de la propriété foncière en particulier, nous sommes en droit d'attendre beaucoup de leur part. Soyons conciliants, triomphons par la générosité^ envahissons ce peuple par le progrès, la civilisation, le commerce, n'identifions pas notre drapeau avec celui d'une rehgion qui n'est, en somme, pas plus française que malgache. Ce sont là les meilleurs moyens que nous puissions employer pour faire de Madagascar ce qu'on l'appela jadis et ce qu'elle sera un jour, pour le bonheur du noir continent : Une Franco orientale.
(1) Le gouvernement des Indes a interdit Texporlation de coolies à la Réunion, à cause des mauvais traitements auxquels ces malheureux y sont soumis. On sait que les noirs du Mozambique et les naturels des Sles de FOcéanie sont de même engagés pour un terme de dix cm quinze ans, qu'ils atteignent rarement, et vendus en réalité par 'les Arabes qui font ce commerce, aux planteurs de nos colonies océaniennes. C'est l'esclavage avec l'hypocrisie en plus. Qu'on lise à ce sujet les articles récents de M. le sénateur Schœlcher, dans le RappeK sur les engagés libres.