PREMIÈRE CONFÉRENCE
Rapport de l'entrevue des plénipotentiaires français et malgaches, le 24 novembre 1883, à l'Ambodimanga, Tamatave.
Après notre arrivée, l'amiral Galiber a ouvert la séance en ces termes :
Messieurs, si vous le voulez on va vous donner lecture des deux lettres que nous avons reçues de S. E. le premier ministre au sujet de l'ouverture des négociations ; mais avant, je vous demande, s'il vous est agréable de reprendre les deux prisonniers de guerre, que nous avons pris à Maroantsetra? Ceci pourtant n'entre pas dans les présentes négociations.
Le Gouverneur. — Nous vous remercions de nous les avoir livrés; mais si nous commençons d'abord par entamer les négociations, et ensuite, à la fin de la séance nous les prendrons avec nous.
L'amiral fut de cet avis et a repris ensuite :
Pendant que vos ambassadeurs*étaient à Paris, en audience avec M. Jules Ferry, celui-ci leur a dit : « M. Bandais et l'amiral sont chargés de négocier avec vous et c'est avec eux que vous devez négocier. » Le gouvernement de Madagascar a dû avoir connaissance de la note écrite remise par M. Jules Ferry.
Il a donné lecture de la note qui n'était autre chose que
rultimatum, et ensuite il a repris. Cette note a été prise en considération par S. E. le premier ministre lorsqu'il nous a écrit le 15 octobre 1883. Il à donné lecture de la lettre du premier ministre, alors, et poursuit :
Par notre lettre du 22 octobre, nous lui avons répondu que nous protestions contre tout arrangement en dehors de l'ultimatum. Son Excellence avait écrit de nouveau le 9 novembre 1883, à laquelle nous avons répondu le 16 novembre 1883. Ainsi les dernières paroles du premier ministre étaient celles-ci : « Lorsqu'on sera en pourparlers, vous verrez sur quoi on pourrait s'entendre. »
M. Baudais. — De cette façon l'état des affaires est bien claire. Le ministre à Paris avait dit aux envoyés de la reine de Madagascar que c'est avec Tamiral et M. Baudais qu'ils doivent négocier, et le premier ministre en nous écrivant, le 15 octobre, avait dit : « Dans le cas où il y aurait d'autres arrangements que ceux de l'ultimatum, mon gouvernement est prêt à entrer en négociation avec vous. » Nous avons alors refusé de traiter autrement que selon l'ultimatum. Après cela nous avons reçu une lettre annonçant votre nomination comme ayant les pouvoirs de traiter ; quant à l'amiral et moi, ce n'est pas la première fois que nous déclarons que nous n'acceptons pas cela.
Le Gouverneur. — Nous sommes au courant de toutes les paroles que contenaient les lettres, et sommes charmés de nous trouver ensemble avec vous pour traiter d'affaires, et nous espérons que les affaires seraient menées à bonne fin et* avec entente. Quanta l'ultimatum il a .été beaucoup discuté par les deux gouvernements, soit ici, soit à Paris; donc nous vous demandons à ce que les négociations qui seraient faites à ce sujet soient portées sur d'autres pieds d'arrangements qui permettraient de trancher cette question.
L'Amiral. — Je vous fais la même réponse que nous deux avions faite au premier ministre, qu'il n'y a pas d'autres moyens d'arriver à un arrangement que de prendre l'ultimatum pour base. Le premier ministre n'ayant pas répondu à notre refus de traiter en dehors de l'ultimatum, mais vous ayant nommés comme plénipotentiaires, donc comme il n'avait répondu, cela prouve qu'il y consent, et il ne reste plus maintenant que la rédaction des paroles à discuter.
Le Gouverneur. — La première lettre que vous a écrite le premier ministre et commandant en chef le 15 octobre 1883, est ainsi conçue : « Dans le cas où le gouvernement français
voudrait entrer en négociations autrement que celles indi quées dAusVultimatum avec le gouvernement de la reine de Madagascar, au s^jet de renouer les relations entre les deux gouvernements, mon gouvernement est prêt à négocier. » A cela vous n'avez pas fait d'objection, mais vous avez répondu comme ce qui suit : < L'ultimatum serait la base des arrangements qui seraient faits entre les deux nations. »
L'Amiral. — VûLtimatum consiste en trois choses principales : vous l'avez et ne pouvez l'oublier.
Ls GonvERNBUR. — Nous n'oubllons pas l'ultimatum^ et à propos, comme il ne contient pas seulement une chose, allons-nous le négocier en bloc ?•
M. Baudais. — Avant d'avoir une rédaction complète, il
faut commencer par la faire article par article.
Le Gouverneur. — Sur ces territoires dont vous faites mention et qui se trouvent au Nord-Ouest et à l'Est, Radama l^^ y avait employé toute son énergie et ses efforts et avait épuisé la vie de ses soldats et de son peuple pour les conquérir et y établir sa domination, et depuis .cette époque il y avait établi des garnisons pour gouverner les habitants et percevoir les droits de douane, aussi bien que les impôts, et cela date de 1824.
Ranavalona I'® son successeur avait continué de dominer sur ces terri toires et avait chassé les étrangers qui y sont entrés furtivement, et avait légué ses droits à ses successeurs jusqu'à aujourd'hui.
Et les garnisons placées par les souverains de Madagascar sur ces territoires que vous mentionnez y sont toujours, tandis que la réclamation faite par vous de ces territoires comme étant sous le protectorat de la France, et pour lesquels vous demandez à ce que Ton retire les garnisons ne date que depuis les pourparlers de cette année 1883.
M. Baudais. — N'était-ce pas cela qui avait provoqué la guerre?
Le Gouverneur. — Ce qu*il y a de mieux à faire c'est de cesser la discussion là-dessus et trouver d'autres moyens qui pourraient y mettre fin.
L'Amiral. — II est inutile de discuter ici; car on l'avait déjà fait à Paris et on y avait renoncé* Vous rappelez les conquêtes de Radama P' sur les Sakalava, nous ne discutons pas là-dessus, car des fois les Hovas ont été vainqueurs et d'autres fois les Sakalava l'ont été^ mais il ne s'agit ici que
de rultimatum, et il ne reste plus qu'à discuter sur la rédao tion de la note.
M. Baudais. — Vous venez de parler tout à l'heure des officiers qui sont placés dans le Nord ; et moi de mon côté je puis vous montrer une convention écrite de Radama II, ^ en 1862, ainsi conçue:
« Sa Majesté reconnaît à la France la possession de poste par poste qu'elle avait occupés autrefois. 9 Le 22 novembre les ambassadeurs de S. M. Ranavalona II avaient reconnu le désir exprimé par le gouvernement de la France des preuves de possession ainsi que l'existence des traités conclus par la France avec les Sakalava, donc il n'y a plus à discuter.
Le Gouvernbuk. — Ce que vous venez de dire comme étant l'action de Radama II, a été annulé par Rasoherimanjaka lorsqu'elle a payé l'indemnité de d. 240,000. LOvgouvernement français avait reçu alors entière satisfaction, c'est une affaire finie que l'on ne doit plus se rappeler. Et vous savez parfaitement que les affaires qui ont fait l'objet du voyage des ambassadeurs de la reine de Madagascar en France n'ont pas été terminées, témoin l'entrevue que nous avons en ce moment.
^L'Amiral. — Le traité de 1868 n'a pas été respecté depuis longtemps, et celui de 1862 est clair. Quant au titre contenu dans le traité : « Reine de Madagascar, car vous connaissez l'histoire et souvent des rois qui possèdent des vastes royaumes, et à côté desquels il peut se trouver des territoires qui ne lui appartiennent pas. Vous avez entendu parler du titre d' « Impératrice des Ind^ » mais cela n'annule pas à la France la possession de son territoire qui s'y trouve.
Le Gouverneur.-* Il existe en effet des titres simplement, mais aussi, il existe des titres que prouve le droit de possession, ainsi les ofiiciers et soldats que les souverains de Madagascar avaient placés dans ces* endroits jusqu'à ce jour, les impôts que paient les habitants, et les droits de douane que l'on y perçoit prouvent qu'elle est reine de Madagascar*
M. Baudais. — Dites-nous ce que vous avez à proposer pour substituer à la négociation de cette question ?
Le Gouverneur. — Que la question soit portée sur d'autres matières sur lesquelles nous pourrons nous entendre et arriver à une fin.
M. Baudais et l'Amiral. — Quant à nous, nous en avons
fini et n'avons plus à y réfléchir, cependant, quelle proposition voulez-vous faire pour y substituer?
Le Gouverneur. — Permettez-nous de nous consulter un moment.
Ils nous laissèrent seuls. Lorsque nous eûmes fini de nous consulter, ils s'approchèrent de nous, et nous leur avons dit : Animés du désir de voir les deux gouvernements s'entendre sur les affaires qui nous occupent en ce moment. Que pensez-vous si nous terminons cette question par d'.autres moyens, tel que de l'argent?
M. Baudais. — Nous pensions que vous alliez procéder à la rédaction d'une note, car nous ne pouvons abandonner les traités que nous avons conclus avec ces peuples. Ces affaires ne viennent pas de nous deux, mais du gouvernement de la République. Nous ne pouvons changer la base de notre opinion, et il ne reste plus qu'à discuter sur la rédaction à faire.
L'Amiral. — En ce moment les affaires ont pris une extension considérable, et la guerre avait commencé. Nous voulons bien négocier un traité, mais l'ultimatum en serait la base. Vous avez vu la rédaction que nous avons faite; faites la vôtre.
Le Gouverneur. — Si vous le voulez, entamons les deux autres questions.
M. Baudais et l'Amiral (ensemble). — 11 est impossible de passer sur d'autres questions avant de terminer la première.
Le Gouverneur. — Comme ce sont des affaires sérieuses et qui ne nous concernent pas personnellement, mais bien tout Madagascar, par conséquent nous apporterons jeudi la rédaction de la note que nous aurions faite.
L'Amiral. — Nous ne vous accordons que deux heures pour vous consulter ensemble pour la rédaction, de crainte que cela n'amène d'autres discussions sur la chose principale. Nous ne voulons pas vous forcer; mais nous ne voulons pas non plus que les affaires traînent en longueur, car vous devez être convaincus qu'il est préférable de traiter vite les affaires, car vous êtes maintenant au courant de quoi il s'agit, et il ne vous reste plus qu'à faire la rédaction de la note. Moi-même, je n'aime pas que les vaisseaux qui sont sous mes ordres stationnent inutilement en rade de Tamaave. Personnellement e préfère que les affaires se termi-
nent vite, et vous de votre côté vous ne devrez pas être satisfaits de la position pendante des affaires.
Le Gouverneur. *— Le délai que vous nous accordez ne suffit pas, vu la gravité des affaires, qui réclament de sérieuses réflexions.
Lb Commissaire.^ Ce n'est pas admissible que cela puisse durer jusqu'à jeudi. Tout est décidé. L'Amiral ne sait pas encore la manière de traiter les affaires avec les Malgaches, je la connais bien ; car pour Unir le traité de 1868 on avait mis deux ans. Le motif pour lequel vous dites cela je vais vous le dire : Vous voulez écrire à Antananarivo et avoir une réponse pendant ce laps de temps, ce qui prouve que vous n'avez pas les pouvoirs de terminer les affaires.
Le Gouverneur. — Ce délai ne suffît pas pour écrire à Antananarivo, et en avoir une réponse, et la lettre que vous avez reçue mentionne les pouvoirs que nous avons. *
L'Amiral. — Désirez-vous sérieusement terminer les affaires? Et voulez-vous traiter sérieusement en prenant l'ultimatum pour base. Oui ou non?
Le Gouverneur. — Notre désir est de terminer les affaires avec entente pour le bien des deux parties.
M. Baudais. — L'usage en diplomatie est que lorsqu'une discussion a commencé, on ne peut se séparer avant de la terminer, de crainte que des conseils étrangers n'influent ; car, alors, ce ne sera plus l'opinion des personnes chargées de traiter; et c'est par amitié pour vous qu'on vous a accordé jusqu'à lundi pour réfléchir.
Voyant que ces Messieurs insistaient à une entrevue pour lundis 26 novembre 1883^ on y a consenti.
Et les paroles qu'ils ont adressées à la fin, persistaient fortement àjaire reconnaître ce qu'ils appellent la « hase de Vultimatumj » comme ce qui suit :
« Le gouvernement de la Reine reconnaît le droit de souveraineté qui nous a été concédé par les traités de 1841 et 1842, par les Sakalava. Le gouvernement de la Reine s'engage à ne pas s'établir sur les territoires indiqués dans lesdits traités et de n'y rien faire; ces territoires s'étendent entre le cap d'Ambre au Nord et le parallèle 16, limite Sud. Les villes et les eaux de Mojunga y sont comprises. »
Ainsi j ils insistaient à faire Jaire la rédaction de la note, car la base de ces paroles « disent-ils » ne peut être changée, et la décision du gouvernement de la France est prise. Mais,
leur persistance à la rédaction d'une note selon les parallèles a été refusée, attendu que c'est une chose à laquelle on I ne pouvait adhérer, La séance fut levée. ■•
Le Gouverneur donna lecture de ce qui suit :
Messieurs, nous sommes excessivement touchés de nous trouver de nouveau en présence des plénipotentiaires français, dans le but de rétablir les bonnes relations entre Madagascar et la France et qui, nous en sommes sûrs, est le désir réciproque des deux gouvernements. Nous tenons à ce que vous lâchiez bien, Messieurs, comme nous vous Ta vous déjà dit, que Sa Majesté la Reine de Madagascar et son Gouvernement désirent ardemment, non seulement des lèvres, mais du cœur, Tamitié du gouvernement de la République française qui a été son amie depuis longtemps.
Ainsi, dans le cas où il y aurait entente qui pourrait mettre fin à cette guerre que se font les deux Gouvernements, afin de rétablir la bonne amitié, chose que Ton peut considérer comme le plus grand bonheur, la civilisation et le commerce alors prendront leur essor, et Taccord >ègnera entre nos deux peuples comme cela a toujours existé.
Cette guerre est une des plus déplorables, attendu qu'elle arrête le cours de la civilisation et qu'elle est nuisible à la bonne amitié qui a existé entre les deux nations. Il est donc à souhaiter qu'elle cesse I
Le Gouvernement de la République sait parfaitement aussi bien que nous, que la force n'est pas égale entre les deux nations qui se font actuellement la guerre.
La France a, pour elle, la civilisation depuis longtemps et est arrivée,' maintenant à cette apogée de gloire et de force qu^elle possède à la face de l'Europe, tandis que Madagascar est une nation qui ne fait que d'y entrer et qui fait ses eiforts pour s'y élancer et devenir une nation civilisée comme la France.
Quoi que l'on sache' et que Ton voie que Madagascar ne possède qu'une force minime, et malgré le désir sincère qu'il a de faire cesser la guerre afin d'être toujours en bonne amitié avec la France, il ose espérer que la France com-
prendra que l'audace qu'il a mise à se défendre n'était guidée que par son vif désir de maintenir intacte son indépendance.
Nous sommes réellement convaincus que la France, qui est une des plus grandes puissances qui dirigent le développement de la civilisation, ne pourrait qu'apprécier un tel patriotisme.
Nous sommes portés à croire que le motif pour lequel la France ne poursuit la guerre comme elle doit la faire en rapport à sa force, c'est afin d'exciter le Gouvernement de Madagascar à arriver à lui donner satisfaction, c'est-à-dire, pousser la nation Malgache à maintenir son indépendance et faire tout pour le développement de la civilisation dans son pays, pour le bonheur du peuple sur lequel il commande.
En conséquence, nous désirons ardemment que V exposition sincère que nous faisons en ce moment^ c'est-à-dire^ faire tout ce que nov^ pouvons pour le développement de la civilisation pour le bien de notre peuple ^ et le maintien continuel de la bonne amitié envers la France ^ soit une grande satisfaction pour elle.
Ne serait-il pas une grande gloire pour la France de permettre à une puissancejfaible de maintenir son indépendance, et de lui accorder son amitié, afin que cette puissance puisse marcher dans la voie du progrès et de la civilisation, et pouvoir échanger avec elle les fruits qui en proviennent? La France ne serait-elle pas d'avance' convaincue, qu'en permettant à la nation Malgache de marcher sans être inquiétée dans la voie de la civilisation, elle obtiendra sûrement toute la reconnaissance et la gratitude qui luiriseront dues de la part de cette nation.
Nous sommes convaincus que la France appréciepa le fait.
La France peut être certaine de la- parole d'honneur que nous lui donnons, que nous nous comporterons envers les Français comme envers la nation la plus favorisée, que nous n'accorderons aucun privilège à quelque puissance étrangère, quelle qu'elle soit, si nous ne l'accordions à la France.
En dernier lieu, Messieurs, nous faisons appel à la magnanimité du Gouvernement de la République, pour renouer les relations amicales afin de développer là civilisation* eï le commerce des deux pays.
L'attention que vous avez apportée à nous écouter. Messieurs, nous fait prévoir que, sous peu, nous verrons cette espérance se réaliser.
Le Gouverneur. — Relativement aux territoires à partir du parallèle 16, que vous dites vous avoir été cédés par cession
de Tsimiharo en 1841 et 1842, nous vous disons clairement que ces territoires dont vous faites mention ne sont pas à Tsimiharo, parce qu'il n'a jamais régné sur îces territoires; mais ce fut Radama I, roi de Madagascar, qui les a conquis et en a fait partie de son royaume. Il y nomma des Gouver^ neurs et y a placé des garnisons pour les contrôler et perchevoir les droits de douane et les impôts sur ces territoires; ei cela date depuis Tannée 1824 et dure jusqu'à maintenant.
Et vous dites que Tsimiharo vous avait cédé ces territoires en 1841 et 1842, attendu que le roi de Madagascar y régnait dix-sept ans avant que vous ne fassiez de traités avec Tsimiharo. Ainsi, Ton voit parfaitement que Tsimiharo avait cédé ce qui ne lui appartenait pas, car il n'a jamais régné sur ces territoires, et n'en a jamais été le maître.
Quand quelqu'un donne à une personne ce qui ne lui appartient pas, sa donation devient nulle et sans valeur. Permettez-moi de vous faire une comparaison. Si je disposais du chapeau de M. Ândriantasy en faveur de M. Campan, je dispose de ce qui ne m'appartient pas, conséquemment M. Andriantasy est en droit de ne pas admettre cela. De même, nous ne pouvons admettre ces traités.
Quant à ce que vous dites au sujet des négociations qui ont eu lieu entre l'ambassade et le Ministre en France, vous savez fort bien qu'elles n'ont pas eu -de suite; nonobstant les ambassadeurs de S. M. la Reine de Madagascar ont été deux fois en France afin de chercher à s'entendre. Il leur fut répondu au second voyage « qu'ils avaient à traiter avec les plénipotentiaires à Tamatave. »
Vous voyez par là que les affaires n'ont pas été terminées, et que nous les continuons actuellement.
Nous vous déclarons que nous ne nous vengerons point de ces Sakalaves qui se sont soulevés contre nous; mais nous serons, au contraire, heureux de les traiter aussi bien que les autres sujets malgaches, car c'est noire devoir de leur faire du bien. Que pensez-vous si nous terminons cette question par d'autres moyens d'arrangement.
Ambodimanga^ Tamatavej le samedi
23 février 1884,
Le Gouverneub. —
Quand-à la région du territoire comprise dans le parallèle 16<>, que vous prétendez vous avoir été cédée par Tsimiharo en 1841 et 1842, nous vous déclarons formellement que ces territoires, dont vous dites vous.avoir été cédés par Tsimiharo, ne lui appartenaient pas, car il n'y a jamais régné, mais ce fut Radama I, roi de Madagascar, qui en fit la conquête. Il Ta établi et en a fait partie de son royaume; il y nomma des Gouverneurs, et y a placé des garnisons pour les contrôler et percevoir les droits de douane et les impôts, et cela date depuis Tannée 1824 et dure jusqu'à maintenant.
Et vous dites que Tsimiharo vous avait cédé ces territoires en 1841 et 1842, attendu que le roi de Madagascar y régnait dix-sept ans avant que vous ne fassiez de traités avec Tsimi haro. Ainsi^ Ton voit parfaitement que Tsimiharo avait cédé ce qui ne lui appartenait pas, car il n'a jamais régné sur ces territoires et n'tm a jamais été le maître.
Quand quelqu'un donne à une personne ce qui ne lui appartient pas, sa donation devient nulle et sans valeur, et nous vous avions fait la comparaison suivante :
« Si je disposais du chapeau de M. Andriantasy en faveur de M. Campan, je dispose de ce qui ne m'appartient pas, conséquemment M. Andriantasy est en droit de ne pas l'admettre. De même, nous ne pouvons admettre ces traités. »
Cependant, vu le désir du gouvernement de S. M. la reine de Madagascar d'être de nouveau en bonne amitié avec le gouvernement Français, et quoique nous sachions que la possession pour Madagascar des îles qui l'avoisinent lui est avantageux pour sa .d^^^^nse, nous consentons à céder au gouvernement de la République Française, les îles Anosimitsio et Anosifaly.
Considérant la générosité de la France à notre égard, qui consent à entrer en négociations avec nous, nous croyons que ce serait lui donner une satisfaction, et que ce ne serait pas un déshonneur pour elle vis-à-vis des autres puissances, car elle aura eu des possessions faisant partie de Madagascar. Vous nous aviez dit aussi que la France n'a pas l'intention
de s'emparer de Madagascar, ni môme une partie, mais que vous désirez qu'il maintienne son indépendance. Nous vous disons sincèrement de notre coté que nous nous conduirons bien envers ces Sakalavas, et que nous ne nous vengerons pas d'eux, mais ferons tout pour leur avantage et pour les civiliser comme nous faisons pour les autres sujets Malgaches.
Nous consentons aussi à accorder à la Franèe tous les privilèges, et lui rendre tous les respects qui lui sont dûs, qui seront en notre pouvoir, et ne pas faire moindre pour elle que ce que nous ferons pour la puissance la plus favorisée.
Lb Gouverneur. — Nous ne tergiversons pas en affaires, maiSj c'est la gravité de cette question qui nous a fait dire que si d'autres questions, pouvaient être terminées avant celle-ci, cela contenterait peut-être les deux parties, et faciliterait davantage la question qui nous occupe.
Selon notre coutume, il serait bon que nous nous reposons un peu, et en terminant, laissez-moi vous faire une comparaison ; que pensez-vous d'une personne à qui je réclame la bonne amitié, et ne veut me l'accorder qu'à la condition que je me coupe un bras pour le lui donner.
De même, c'est absolument comme si nous nous coupions un bras, que de céder une portion de Madagascar.
. L'Amiral. — Nous pouvons bien nous reposer, mais à la reprise on ne prendra une autre question avant que celle-ci ne soit terminée. Il y a un instant, je vous prenais la main, mais n'ayant pas tiré fortement, cela ne l'a pas démembré. De même nous ne toucherons pas à votre indépendance, et ne prenons, et ne demandons rien, seulement que vous retiriez les garnisons des côtes. Si on disait que votre pavillon flottera de nouveau à Tamatave et à Majunga, ne croyez-vous pas que cela ne soit une joie pour le peuple.
L'Amiral. — La note que nous vous présentons ici est beaucoup moins forte que celle présentée à Paris, donc, si on arrivait pas à une entente maintenant la situation deviendra plus difficile, car d'autres complications surgiront plus tard.
Lk Gouverneur. — Vous disiez que malgré les pouvoirs dont vous êtes revêtus, vous ne pouvez changer les instructions du ministre, de notre côté, nous n'avons pas les pou-
voirs d6 céder Madagascar. Ainsi nous désirons à ce que vous nous indiquiez ce que vous demandez.
M. BA.UDAIS. — Cela a été dit et c'est à vous de l'indiquer.
Le Gouverneur. — Nous avons indiqué ce que nous avons cru comme pouvant vous satisfaire, c'est-à-dire les deux îles, Anosimitsio et Anosifaly, malgré que la possession de ces îles est utile à Madagascar pour sa défense.
L'Amiral. — Nous ne voulons prendre de terre et ne prendrons môme pas celle qui pourrait nous être utile.
Le Gouverneur. — Et quel est votre but en voulant faire évacuer nos garnisons de ces territoires?
M. Baudàis. — Nous ne le dirons^ et n'y répondrons pas.
Le Gouverneur. — Nous l'entendons bien, mais ce n'est pas précisément cela qui nous occupe, et nous vous avons dit jeudi, que la force n'est pas égale^ si nous le disons, c'est à cause de votre libéralité. Le gouvernement en France même sait qu'il est difficile et pénible aux Malgaches de céder de territoire. Cela pourrait être comparé à un homme qui a une épouse qu'il aime, et à qui l'on fait la défense de lui toucher l'oreille ou la tête.
M. Baudais. — Vous ne faites pas de cession de territoire et vous n'en cédez nullement.
Le Gouverneur— Pour combien de temps durera l'évacuation ?
M. Baudais. — Il est inutile d'écrire cela pour le mettre sous les yeux de l'Europe, car la civilisation anéantira infailliblement la barbarie, c'est ce que l'on verra jusqu'à ce qu'ils soient civilisés.
Le Gouverneur. — C'est pour ne pas voir notre indépendance compromise que nous vous faisons cette question.
L'Amiral. — Vous pouvez en nourrir l'espérance dès maintenant, mais comme les Sakalava sont encore tout à fait dans l'ignorance, nous ne pouvons les abandonner.
Le Gouverneur. — Les habitants de ces territoires ne sont pas tout Sakalava, mais la plupart sont des Betsimisarabre-Antavaratra (habitants du nord), et notez que ce ne sont pas tous les Sakalava et vous dites que « vous n'abandonnez pas les Sakalava » qui se sont mis sous votre protection, comme vous le dites, mais il n'y a qu'une faible partie seulement, si toutefois il y en avait. Les Sakalava
disent qu'ils ne veulent pas se séparer des Hovàs jusqu'à la mort, et reconnaissent la suprématie du gouvernement de Madagascar. Ils étaient tranquilles avant, c'est seulement depuis la guerre que vous nous faites qu'ils sont en désordre. *
M. Baudais. — Peu importe la tribu et la guerre dès peuplades qui s'y trouvent, l'essentiel c'est ils y sont, quand aux Sakalava ils se sont soulevés partout, maintenant faites ce que vous pouvez pour empêcher ces guerres.
. Lb Gouverneur. — Il n'y a que ceux qui se sont engagés envers vous, comme vous le dites, que vous n'abandonnez pas, les Sakalava sont nombreux, et la plus grande partie ne veut pas du tout abandonner les Hovas.
M. Baudais. — Nous ne voulons pas entrer en discussion à ce sujet, car nous avons déjà émis notre opinion. Il ne s'agit plus que de savoir la vôtre. Choisissez et indiquez une limite de l'ouest à l'est, à partir d'où?
Le Gouverneur. — Des deux côtés, nous voulons être entièrement satisfaits. Comme vous ne voulez pas vous séparer de ceux qui, selon vous, se sont mis de votre côté, vous devez bien avoir égard à ce que nous ne soyons pas obligés de nous séparer de ceux que nous avons aimés, et à qui nous avons fait du bien, quant à nous, autant que possible, nous ne voulons rendre les affaires plus difficiles.
M. Baudais. — Nous avons fait la délimitation de ce qui est stipulé dans l'ultimatum, c'est-à-dire, que nous avons revendiqué à partir du parallèle 16, à présent, nous consentons à le diminuer, ainsi indiquez à partir d'où, car il n'y a plus de discussion à faire.
Le Gouverneur. — Ce qui nous cause de la peine, c'est la revendication de votre part comme étant sous la protection de la France des peuplades avec lesquelles vous n'aviez pas fait de traité, mais sur lesquelles les souverains de Madagascar avaient régné depuis longtemps.
Le premier ministre de Madagascar à M. Bandais
et V amiral Galiber
Antananarivo, le 3 mars 1884.
Messieurs,
Si nonobstant. Messieurs, laisser ce territoire à l'état de neutralité, je crains que cela ne soit très préjudiciable au royaume de la Reine, car vous le savez vous-mêmes, les habitants sont encore dans l'ignorance, donc, si nous nous y retirions, cela serait pour leur mal, c'est-à-dire qu'ils se feront des guerres continuelles, car ce sont des tribus qui ne peuvent s'accorder et qui vivent en inimitié continuelle, ils se livrent au pillage et aux massacres ; au reste c'est leur manière d'agir.
Supposant même, que l'on consentît à les laisser actuellement à l'état de neutralité, il pourrait se faire que plus tard, lorsque nous y reviendrons, il y aurait résistance de leur part qui amènerait nécessairement une guerre sanglante et déplorable avant que nous puissions y dominer.
Il est vivement à souhaiter que ces peuplades soient initiées à la civilisation, et à ce point de vue, je crois qu'il leur sera bon de rester sous notre domination.
Je vous déclare sincèrement que nous nous conduirons à l'égard des Sakalava qui habitent ces contrées, aussi bien qu^envers les autres sujets Malgaches leurs compatriotes.
Nous voulons sincèrement vivre en bonne amitié avec vous, et je n'hésite pas de vous le dire. Mais que puis-je faire alors pour arriver à ce but? Quant à la terre ferme, nous ne pouvons réellement souffrir à ce qu'on y touchât, du reste vous le savez vous-mêmes.
Si c'était un objet de moindre importance pour nous, nous n'aurions laissé traîner en longueur jusqu'à présent le plaisir que nous nous serions donnés d'être de nouveau en ÉonnQ amitié avec la France.
Par conséquent, je ne vois rien que je puisse faire, si ce n'est, peut être, que par le moyen d'Iles. Vous êtes déjà en possession de deux îles, et vous avez connaissance des autres.
Si la générosité de la France lui permettait d'entrer en pourparlers dans ce sens, nous en serons vraiment heureux.
11 nous est tout à fait pénible de céder aucune de nos îles, mais en considération de notre désir de faire revivre les bonnes relations, nous osons entrer en négociations sur cette base, sachant d'un autre côté, que l'établissement de la domination française sur certaines de ces lies, nous servira d'exemple quant à ce qui concerne le développement de la civilisation de notre pays.
En outre, pour mettre fin à toutes les difficultés, nous consentons à payer une certaine somme.
Vous ne doutez pas. Messieurs, que nous ne sommes pas une nation riche, mais poussés par le désir de vivre en bonne amitié, nous le ferons quoique nous sachions qu'il nous serait difficile d'effectuer ce paiement.
En dernier lieu, qu'il me soit permis de vous dire que mon Qspoir le plus intime est que vous. Messieurs les Plénipotentiaires et Représentants de la France, preniez en considération tout ce que je viens de vous exposer, afin qu'il y ait rétablissement des relations amicales qui ont existé entre les deux pays.
Permettez que je vous dise, en outre, que nous nous engageons à stipuler dans la convention qui sera passée entre nous, que dans le cas, où nous céderions une partie de Madagascar à une puissance étrangère, nous l'accordons de même à la France, car tous les privilèges que nous accordons à une nation étrangère lui seront aussi accordés.
Que Dieu, etc.
(Signé) RANILAGA.RIVONI, Premier Ministre.
Rapport de M. E. Andrianome
L'Amiral en frappant sur la table a dit :
Nous regrettons les traités que nous avions passés avec les Sakalava;nous avons été trop vite, de sorte que c'est devenu maintenant une mauvaise alliance, et il nous est difficile de nous en débarrasser. Nous savons que c'est vous autres,
Hovas, qui possédez la force et les moyens d'étendre votre souveraineté pouc développer la civilisation. C'est ce que nous regrettons, mais comme nous leur avons promis notre protection, il serait une honte pour nous vis-à-vis de l'Europe et des autres nations, si nous nous retirons tout simplement sans aucune satisfaction, car les autres puissances diront : « Ils ont abandonné et rejeté les peuples qui se sont mis sous leur protection. »
La forme de la note, stipulant une simple évacuation de votre part de cette partie de la côte n'a été faite qu'en vue de votre sécurité et de votre avantgige; et de notre côté en être quitte, et les Anglais ne pourront entrer et s'emparer de votre pays ; car nous ne réclamons pas de territoire et vous, vous n'en cédez pas. Et un peu plus tard, vous pouvez y revenir tout tranquillement, grâce à vos capacités de vous attirer les Sakalava ; par ce moyen, nous en serons débarrassés et nous fermerons les yeux, car pour sûr, ils ne pourront jamais exercer leur souveraineté et devenir un peuple indépendant, il n'y aura que vous qui pourrez exercer votre souveraineté.
On a dit aussi : Accordez aux Français le peu de territoire qu'ils réclament, dans la crainte de perdre le tout. Nous ne réclamons pas le moindre territoire, mais nous ne demandons pour satisfaction qu'une simple évacuation de votre part. Ce sont ceux qui parlent comme ce que je vous disais tout à l'heure qui veulent s'emparer de votre pays.
Rapport de l'entrevue de M. E. Andrianotne^ 9 Hr. A. D. C. du premier ministre et commandant en chef avec les plénipotentiaires français d Tamçttave, le Jeudi 27 mars 1884,
M. E* Andrianomb. •— Le 27 mars, le lendemain de mon arrivée d'Antananarivo, je me rendis auprès des plénipotentiaires français. Ces Messieurs me reçurent courtoisement, je leur parlai en oes termes :
J^ai porté à la connaissance du premier Ministre et Commandant en chef toutes les communications verbales que vous m'aviez faites. Son Excellence a été surprise de n'avoir pas reçu une réponse à la lettre qu'il vous a écrite, car malgré l'obstination du Gouvernement, à causé de son vif désir de voir terminer les présentes difficultés pour le rétablissement des bonnes relations, il a fait tout ce qui dépend de lui pour vous soumettre les propositions que contient sa lettre.
Car le Gouvernement et le peuple s'obstinent fortement et centralisent leurs efforts et se lèveront en masse contre ceux qui voudraient toucher à l'indépendance de Madagascar.
M. Baodais kt l'Amiral. •— Nous ne touchons nullement à l'indépendance de Madagascar.
M. E. Andrianome. — Cette lettre est précisément une. réponse à la vôtre, mais comme il ne voulait mettre en morceaux une pièce d'argent entière, mais à la place donner de la monnaie qui équivaut bien à la pièce.
M. B AU DAIS. — Nous avons déjà refusé cela aux plénipotentiaires.
M. E. Andrianome. — Quelle est votre opinion, ne pensezvous pas que la rédaction suivante ne vous soit satisfaisante?
Le Gouvernement malgache s'engage avec toutes les garanties désirables à bien se conduire envers les Sakalava qui habitent la région du parallèle qui serait convenue (bien entendu les gouverneurs et garnisons ne seront pas évacués), sur le môme pied qu'envers les Hovas et faire progresser la civilisation parmi ces Sakalava. Et ce sera une- gloire pour la France, en même temps qu'une satisfaction provenant d'elle pour les Sakalava, grâce à son intervention accomplie pendant les négociations avec Madagascar.
M. Baudais et l'Amiral. — Non, nous n'acceptons pas cela^ car nous ne vous confierons pas la protection que nous leur devons.
M. E. Andrianome, -— Vous rappelez toujours votre protection sur les Sakalava, mais sur quel territoire se trouvent ces Sakalava, car selon ce que j'ai appris, ce serait sur les territoires commandés par Benao et Morya.
M. Baudais. — Vous ne possédez pas une carte qui indique exactement la limite des territoires commandés par Benao et Morya, du reste, cela est inconnu, et en disant même que vous en avez, ce ne sera pas la limite exacte, mais bien une limite arrangée à votre guise, c'est pourquoi nous l'avons indiquée par parallèle pour éviter des malentendus.
M. E. Andrianomb. — Mais de cette façon, les Betsimisaraca et les Antanaroy, etc. qui habitent l'Est et qui n'ont pas accepté votre protection seront compris dans le parallèle.
L'Amiral. — Non, les vôtres vous resteront, le parallèle ne change pas leur nationalité et vos propriétés, ainsi que les habitants, peuvent y rester, eûtrer et sortir.
M. Baudais et l'Amiral. — Les conversations que nous avions faites antérieurement suffisent, et si vous désirez que j'ajoute d'autres renseignements, les voici :
Les députés et les sénateurs de l'ile Bourbon ont en ce moment fait imprimer une brochure pour engager leurs collègues en France de poursuivre les affaires de Madagascar, et par la malle prochaine nous espérons recevoir la nouvelle d'un arrangement avec le Tonquin, ainsi les soldats qui y ont été expédiés viendront ici, ce serait un malheur pour vous, si on n'arrive pas à une entente pendant que les négociations vous sont encore favorables.
Compte rendu des pourparlers entre les plénipotentiaires français et les plénipotentiaires malgaches^ à Ambodimanga, Tamatave, le 3 avril 1884.
Le Gouverneur donne lecture de ce qui suit:
Messieurs,
Après avoir examiné avec soin les paroles que nous avions échangées pendant les pourparlers, ainsi que toutes les communications venant de vous, le Gouvernement nous a donné des instructions pour négocier de nouveau avec vous.
Le Gouvernement de Madagascar a le plus vif désir d'amitié avec la France, néanmoins, nous sommes excessivement peines de vous déclarer que quand il s'agit de la terre ferme, nous vous avons déjà exposé le motif, comme quoi cela nous est préjudiciable; donc, nous faisons appel à la générosité de la France, afin qu'elle ne demande rien qui puisse nous être préjudiciable, soit pour le présent, soit pour l'avenir, et suivant vos propositions, vous demandez que les parallèles
J^ai porté à la connaissance du premier Ministre et Commandant en chef toutes les communications verbales que vous m'aviez faites. Son Excellence a été surprise de n'avoir pas reçu une réponse à la lettre qu'il vous a écrite, car malgré l'obstination du Gouvernement, à cause de son vif désir de voir terminer les présentes difficultés pour le rétablissement des bonnes relations, il a fait tout ce qui dépend de lui pour vous soumettre les propositions que contient sa lettre.
Car le Gouvernement et le peuple s'obstinent fortement et centralisent leurs efforts et se lèveront en masse contre ceux qui voudraient toucher à l'indépendance de Madagascar.
M. Baqdais et l'Amiral. •— Nous ne touchons nullement à l'indépendance de Madagascar.
M. E. Andrianomb. — Cette lettre est précisément une réponse à la vôtre, mais comme il ne voulait mettre en morceaux une pièce d'argent entière, mais à la place donner de la monnaie qui équivaut bien à la pièce.
M. B AU DAIS. — Nous avons déjà refusé cela aux plénipotentiaires.
M. E. Andrianome. —Quelle est votre opinion, ne pensezvous pas que la rédaction suivante ne vous soit satisfaisante ?
Le Gouvernement malgache s'engage avec toutes les garanties désirables à bien se conduire envers les Sakalava qui habitent la région du parallèle qui serait convenue (bien entendu les gouverneurs et garnisons ne seront pas évacués), sur le môme pied qu'envers les Hovas et faire progresser la civilisation parmi ces Sakalava. Et ce sera une gloire pour la France, en même temps qu'une satisfaction provenant d'elle pour les Sakalava, grâce à son intervention accomplie pendant les négociations avec Madagascar.
M. Baudais et l'Amiral. — Non, nous n'acceptons pas cela^ car nous ne vous confierons pas la protection que njous leur devons.
M. E. Andrianomb, — Vous rappelez toujours votre protection sur les Sakalava, mais sur quel territoire se trouvent ces Sakalava, car selon ce que j'ai appris, ce serait sur les territoires commandés par Benao et Morya.
M. Baudais. — Vous ne possédez pas une carte qui indique exactement la limite des territoires commandés par Benao et Morya, du reste, cela est inconnu, et en disant même que vous en avez, ce ne sera pas la limite exacte, mais bien une limite arrangée à votre guise, c'est pourquoi nous l'avons indiquée par parallèle pour éviter des malentendus.
M. E. Andrianomb. — Mais de cette façon, les Betsimisaraca et les Antanaroy, etc. qui habitent l'Est et qui n'ont pas accepté votre protection seront compris dans le parallèle.
L'Amiral. — Non, les vôtres vous resteront, le parallèle ne change pas leur nationalité et vos propriétés, ainsi que les habitants, peuvent y rester, eûtrer et sortir.
M. Baudais et l'Amiral. — Les conversations que nous avions faites antérieurement suffisent, et si vous désirez que j'ajoute d'autres renseignements, les voici :
Les députés et les sénateurs de l'ile Bourbon ont en ce moment fait imprimer une brochure pour engager leurs collègues en France de poursuivre les affaires de Madagascar, et par la malle prochaine nous espérons recevoir la nouvelle d'un arrangement avec le Tonquin, ainsi les soldats qui y ont été expédiés viendront ici, ce serait un malheur pour vous, si on n'arrive pas à une entente pendant que les négociations vous sont encore favorables.
Compte rendu des pourparlers entité les plénipotentiaires français et les plénipotentiaires malgaches^ à Ambodimanga^ Tamatave, le 3 avril 1884.
Le Gouverneur donne lecture de ce qui suit:
Messieurs,
Après avoir examiné avec soin les paroles que nous avions échangées pendant les pourparlers, ainsi que toutes les communications venant de vous, le Gouvernement nous a donné des instructions pour négocier de nouveau avec vous.
Le Gouvernement de Madagascar a le plus vif désir d'amitié avec la France, néanmoins, nous sommes excessivement peines de vous déclarer que quand il s'agit de la terre ferme, nous vous avons déjà exposé le motif, comme quoi cela nous est préjudiciable; donc, nous faisons appel à la générosité de la France, afin qu'elle ne demande rien qui puisse nous être préjudiciable, soit pour le présent, soit pour l'avenir, et suivant vos propositions, vous demandez que les parallèles
soient la base des négociations ; il nous est donc tout à feit pénible d'y consentir, attendu qu'il se trouve dans la région de ces parallèles différentes tribus ayant leurs Zanah An-driana (chefs nobles) respectifs ; ainsi, si on consentait à laisser la région de territoire qui se trouve dans ces parallèles en état de neutralité, ce serait absolument accorder à chacun leur indépendance, et il y aurait alors différents souverains. Il est facile de concevoir par là qu'il y aurait des troubles continuels, qui proviendraient des guerres intestines qu'ils se livreront. Vous savez aussi que si les Sakalava étaient laissés à eux-mêmes comme de petits Etats indépendants, il n'y aurait pas moyen de les initier à la civilisation.
S'il ne s'agissait que d'une chose qui ne nous serait pas préjudiciable, en considération de notre vif désir de nous voir en bonne amitié avec la France, nous y aurions consenti.
Nous répétons ici, ce que nous vous avons déjà exprimé, que cela nous serait très préjudiciable; ainsi, tâchez de traiter avec nous et terminer par le moyen d'argent et d'îles comme satisfaction à la France.
Nous supposons que la France serait suffisamment satisfaite de la cession d'Iles à Madagascar et d'une indemnité.
Nous renouvelons fortement ici les Assurances que nous avions données à l'égard des Sakalava, c'est-à-dire que nous nous conduirons convenablement envers les Sakalava qui se sont mis, selon vous, sous votre protection, comme envers les autres Malgaches, leurs compatriotes.
Nous vous répétons que nous ne céderons aucune partie de Madagascar à quelque puissance étrangère que ce soit, ni la mettre sous le protectorat de quelque nation que ce soit, et nous sommes portés d'espérer que la France aura foi dans les paroles que nous lui avons exprimées.
Le f/ouverneur donna lecture de la note suivante :
Messieurs,
Les paroles suivantes, que nous avons mises par écrit, sont pour nous rappeler brièvement les négociations qui ont eu lieu entre nous.
Lorsqu'à Paris, le ministre des affaires étrangères et nos ambassadeurs ne se sont pas entendus, nous avons été nom-^ mes par la Reine de Madagascar et son gouvernement pour être leurs plénipotentiaires pour traiter avec vous, plénipotentiaires français.
Pendant que nous traitions les affaires ensemble :
1. -«- Nous vous avons adressé des paroles suppliantes, à cause de notre désir d'étré en bonnes relations avec vous.
2. — Nous avons discuté et nous avons prouvé que les territoires, à partir du parallèle 16 jusqu'au cap d* Ambre, limite nord, et que vous réclamez, appartiennent à la Reine de Madagascar.
3. — Nous vous avons déclaré que le prestige des Malgaches, qui date depuis longtemps, est menacé d'être compromis. Les Sakalava ne possèdent aucune qualité, ni de marque caractéristique qui les distingue comme une nation indépendante, et qui pouvaient permettre à ce qu'on fit des traités secrets avec des chefs Sakalava qui avaient occupé des territoires bien restreints et que nous avons conquis depuis longtemps, et qui deviennent préjudiciables aux bonnes relations qui ont existé entre vous et nous qui sommes vos amis depuis longtemps.
4. — Vous voulez que pour des peuplades encore barbares, la Reine de Madagascar soit privée du royaume qu'Elle possède depuis longtemps, vous avez dit cependant « que la sagesse ne manquera pas de surmonter l'ignorance. »
5. — En dernier Ijeu, Messieurs, comme preuve de ce que nous venons de vous dire, il vous a été déclaré clairement que les territoires que vous revendiquez ont été conquis par Radama P*", Roi de Madagascar en 1824.
Que pour annuler les concessions de ces territoires, Rasoherimahjaka, reine de Madagascar, avait payé une somme de d. 240,000.
Les clauses du traité passé entre nous en 1868 s'accordent à le prouver.
La somme de d. 9,740 payée pour l'aifaire de Bokary Bekirinaro en est aussi une preuve.
En outrCj on a pour ces territoires toutes preuves désirables, comipe quoi, ils appartiennent à la Reine de Madagascar^ depuis Tannée 1824 jusqu'à présent. Nonobstant ces preuves, et comme le Gouvernement de la Reine de Madagascar ne veut pas de la guerre, mais voulant seulement maintenir son droit d'indépendance, nous avons formulé les paroles que contient la note que nous vous avons lue en premier lieu, afin de renouer nos bonnes relations.
Et toutes les paroles favorables qui nous ont été dites par les plénipotentiaires français et que nous avons mises par écrit s'accordent à cela.
Nous espérons donc que vous, Messieurs les plénipotentiaires du Gouvernement de la République française, acceptiez les moyens que nous proposons pour mettre fin aux présentes difficultés. Nous vous serons bien reconnaissants si
vous vouliez bien en informer votre Gouvernement.
Compte rendu des pourparlers entre les plénipotentiaires malgaches et français^ le samedi 5 avril 1884 y à Ambodimanga^ Tamatave.
Le Gouvbrnkur. — Pendant* les premières conférences, nous vous . avons démontré clairement les preuves à l'appui de nos assertions, comme quoi les territoires qui se trouvent dans la région, à partir du parallèle 16 jusqu'au cap d'Ambre, limite Nord, sont à la Reine de Madagascar, et nous vous avons posé cette question : Qu'est-ce que vous demandez ?
L'Amiral. — Ce n'est pas à nous à indiquer les choses que nous devrions réclamer, mais c'est vous qui devez les dire. Si nous ne parvenons pas à nous entendre, et que mon successeur sera arrivé, il vous demandera plus, et vous lui répondrez : Votre prédécesseur n'a demandé que ceci seulement.
Ainsi, ce n'est pas à nous à indiquer les choses que nous réclamons, mais c'est vous qui devez les dire.
Nous a\ons demandé aux Ministres enVrance d'amoindrir la teneur de l'ultimatum et ils ont accepté, mais, plus tard, ils ne le pourront plus.
Lorsque j'ai quitté la France, le Ministre de la Guerre a mis à ma disposition des navires ; mais je n'ai pas voulu, en lui disant : Attendez encore, car il pourrait se faire que je puisse m'entendre avec le Gouverneur Malgache.
Le Gouverneur. — Nous vous remercions de ce que vous venez de dire.
L'Amirax. — Vous ne .faites que remercier toujours; mais ce n'est pas cela, il faut que vous disiez votre décision.
Le Gouverneur. — Nous vous avons démontré par des
F-^ arguments authentiques que les territoires du nord sont à la
âccj Reine.de Madagascar; cependant, si les Plénipotentiaires
II" français disent ceci : 11 faut que nous prenions à partir
32.' d'ici, nous voudrions entendre vos arguments à Tappui de
votre réclamation?
L'Amiral. — Nous vous prions, de notre côté^ d'indiquer la limite, et nous ne disons pas que plus tard nous ne pourrions retirer ce que nous disons maintenant, car alors on serait plus sévère qu'en ce moment.
Lb Gouverneur. —Pourquoi ne voudriez-vouspas accepter la proposition que nous vous avons faite de renouer les relations, selon l'usage employé par les nations?
r M. Baudais. — Où est cet usage, et où avez-vous vu que
c'est l'argent qu'on emt)loie comme arrangement? Dites-le moi un peu I
p ,, Le Gouverneur. — Quand on est en différend et que Ton
r ne veut pas agir par force, on s'indemnise avec de (l'ar-
^^;. gent.
\:. M. Baudais. — C'est vous qui le dites; il n'y a que les na-
f} lions qui ne sont pas civilisées qui le font, celles qui sont
:^ civilisées ne réclament que ce qui leur est dû. Et puisque
vous le dites, quelle est la nation qui l'a fait, dites le moi s'il
vous plaît.
j,r. Le Gouverneur. — Je ne veux pas dire ici une chose
3(. que nous savons ensemble.
i: M. Baudaes. — Nous ne voulons pas d'argent, gardez-le
iir pour vous.
Le Gouverneur. — Nous avons consenti à donner satis- - faction à la France en payant une indemnité, et nous avons
promis d'être favorables envers les peuplades que vous dites r'- être sous votre protection.
" M. Baudais. — Nous vous avons affirmé que nous ne pou-
vons accepter cela comme principe.
Le Gouverneur. — Malgré que les îles sont indispensables à Madagascar pour sa défense, nous avons consenti à en vous céder aussi.
M. Baudais. — Nous ne voulons pas de votre pays.
L'Amiral. — Qui habitent ces îles?
Le Gouverneur. — Des Malgaches.
M. Baudais et I'Amiral, — Ils n'y a pas de Malgaches qui les habite«^..
Ls GouvjKENKUR. — A Aoosifaly el à Anosimsteio, il y a des ^
sujets malgaches.
M. Badd^is. — Vous nous oiïrez ce qui nous appartient déjà; mais elles nous appartiennent, voilà qui est bien.
Lb Gouvkbneur. — Selon l'usage adopté, les petites Iles qui sont à proximité de la terre ferme, font partie de la terre ferme.
M. Baudais. ^ S^lon Tusage malgache peut-être. En ce moment, il n'est pas question de cela.
Le Gouverneur. — N'est-ce pas un honneur pour la France delre généreuse envers nous?
M. Baudais. — Ce ne serait pas un honneur pour la France, mais ce serait plutôt une faute de sa part.
Le Gouverneur. — Avoir compassion d'une nation, de force et de civilisation inférieures aux siennes c'est un honiicMir pour elle.
>L Baudais. — Non, selon la conduite de la nation hova, n: n'est pas du tout un honneur pour une grande nation.
Le Gouverneur. — Qu'avons nous fait de mal? Si vous pouvez le prouver et que l'on voit que nous sommes dans notre tort, nous consentirons à donner la satisfaction que la France serait en droit de nous réclamer.
M. Baudais. ^~ Lorsqu'on faitjappel à la générosité d'une nation, on doit avoir confiance en elle et attendre ce qu'elle fait.
Le Gouverneur. — Alors c'est un ordre, mais ce n'est plus de la générosité.
L'Amiral. — S'il en est ainsi, l'ordre est de retenir Tamatave et Mojanga,
Le Gouverneur.— Nous vous disons en vérité que si vous nous dites nos torts, nous ferons réellement ce qui pourrait vous satisfaire.
M. Baudais. — Ceci n'entre pas dans la présente discussion.
Le Gouverneur. — Nous vous déclarons que notre bras est court s'il fallait pour nous, indiquer une limite sur la terre ferme, et nous regrettons de vous le dire.
M. Baudais. — Si vous voulez faire ce qui est juste, acceptez nos paroles, et indiquez le parallèle.
Le Gouverneur. — Nos paroles vous ont été dites à ce sujet.
M. Baudais. - Laissez alors, si votrô bras est trop court pour indiquer la limite.
Le Gouverneur. — C'est aussi pour cette raison que nous vous avons dit que nous serons bien reconnaissants si vous voulez bien informer le gouvernement de la République françaises de nos paroles.
M. Baudais. — Nous n'avons pas besoin de cela, mais ce que nous voulons, est que vous indiquiez le parallèle jusqu'où ?
Le Gouvernbub. — Si on veut me couper le bras et qu'on m'interroge : jusqu'où voulez-vous qu' on vous le coupe. Il me serait bien pénible de le dire.
L'Amiral. — N'attendez pas que je sois parti pour terminer, car en quittant ici j'irai en France et en parlerai, trois mots seulement suffiront. Sachez qu'il ne faut plus que dix-huit jours pour aller en France. Ainsi parlez maintenant et indiquez la limite que vous voudrez.
Le Gouverneur. — Nous sommes heureux de traiter avec vous, M. l'Amiral, mais si vous rentrez en France, nous espérons que vous voudrez bien en informer votre gouvernement de la demande que nous avons adressée à la France, ainsi que des propositions que nous vous avons faites.
L'Amiral. — J'ai été réellement généreux et patient, et si je ne serai plus ici, un autre traitera avec vous.
Le Gouverneur. — Et nous espérons que vous voudriez bien communiquer en France les choses que nous ne pouvons accepter.
L'Amiral. — Non, mais une fois arrivé Jà-bas, je ne m'occuperais que de ce qui serait à l'avantage de la France, el il est préférable que vous vous en occupiez dès maintenant.
Le Gouverneur. — Oui, il est dans les usages de l'homme de faire ce que est avantageux pour le siea, mais aussi, nous ne pouvons nous empêcher d'espérer que vous voudriez bien parler pour nous. Quant à Tsimiharo, nous savons ensemble que le territoire qu'il occupe esi bien restreint.
M. Baudais. — Où est cela ?
Le Gouverneur. — Il habite Anosimitsio, et ne vient sur la terre ferme que pour commercer et planter.
L'Ami "^ AL. — L'endroit de demeure de Tsimiharo, si on le demandait à n'importe qui à Antrarana, on répondra que c'est une terre ferme.
Lk Gouvernbqr. — Ratsialana, père de Tsimiharo, avait fait sa soumission à Radama I*^, et plus tard lorsque Tsimiharo avait forfaité, s'était enfui à Anosimitsio et Anosifaly, et ne venait sur la terra ferme que pour planter.
M. Bandais et V Amiral n'y répondirent pas.
M. BAUDikis. — Radama l^^ n'a pas pénétré jusque dans le Nord.
Le Gouverneur. — C'est lui qui a placé les gouverneurs à Antombotra.
M. Bauoais. — Vous y avez peut-être placé des gouverneurs comme vous l'avez fait l'année dernière lorsque vous avez arboré votre pavillon à Bemanevitra et à Beramavony. Nous ne discuterons pas là-dessus.
Le Gouverneur. — Si nous nous sommes conduits mal, ou, si nous avons mal fait, nous voudrions que vous nous le fassiez connaître. .
Rapport des pourparlers entre les plénipotentiaires français et les plénipotentiaires malgaches y le 8 avril i884y à Ambodimanga, Tamatave.
Le Gouverneur donne lecture comme suit :
Messieurs,
Vous et nous savons que la mer qui baigne une île à une distance de trois miles en fait partie, et il en est de même des îles qui lui sont avoisinantes, cependant, animés du désir de terminer amicalement nos difficultés, nous avons consenti de céder à la France les îles Anosifaly et Anosimitsio, comme satisfaction.
En ce qui concerne Tsimiharo, il a été vaincu par Radama I, roi de Madagadcar, et il lui a fait le serment d'allégiance, en môme temps que son père, et ce n'était que plus tard queTsimiharo s'est soustrait à la domination deRanavalomanjaka I, reine de Madagascar, et alla avec ses partisans habiter ces îles qui appartiennent^aussi à la reine de
Ainsi Tsimiharo que vous dites avoir « demandé la protection de la France » a habité Anosimitsio et Anosifaly après s'être soustrait de la domination de Ranavalomanjaka I, reine de Madagascar. Nous consentons donc à céder ces lies sur lesquelles habite « la population qui s'est mise, » comme vous le dites, « sous votre protection. » Nous avons consenti, en outre, à payer la somme de § 200,000 que réclame la France pour indemniser ses nationaux, depuis vingt ans.
Nous avons fait toutes ces propositions afin d'arriver à satisfaire la France, et de votre côté vous. Messieurs les Plénipotentiaires Français, avaient déclaré clairement que « la France ne veut pas toucher à l'indépendance de Madagascar, ni s'emparer de territoire, » alors, si vous nous obligez à indiquer certains territoires de la grande terre, et d'où nous ferons évacuer nos Gouverneurs et garnisons, il est évident que cela est préjudiciable à l'indépendance de Madagascar, et est en contradiction avec ce que vous avez dit.
En considération de tout ce qui a été dit, et de tout ce que, nous avons fait, nous faisons appel à votre générosité, afin d'aplanir les présentes difficultés, et arriver à une entente par le moyen d'argent et d'îles.
Le Gouverneur. — N'est ce pas une satisfaction en môme temps un honneur pour la France que le paiement d'une somme de § 200,000 pour indemniser ses nationaux depuis vingt ans ; quoiqu'aucun éclaircissement à ce sujet n'ait été fait, mais nous le faisons pour satisfaire la France. Nous avons aussi proposé à lui céder les îles sur lesquelles habite la population qui, selon vous s'est mise sous notre protection.
M. Baudais. — Non, ce n'est pas une satisfaction ni un ~ honneur pour elle.
Le Gouverneur. — De cette façon, vous n'accepterez, que si on vous cède la grande terre.
L'Amiral. — Nous n'en prenons pas, et n'en voulons pas.
Le Gouverneur. — Nous vous en remercions.
L'Amiral. — Nous pouvons nous passer de vos remerciements.
Le Goxjvernbur. — Puisque vous dites que vous ne voulez pas vous emparer de la terre ferme, pourquoi nous obligezvous à indiquer une limite !
Le Commandant dk la « Naïade ». — Pour que vous vous retiriez de là.
Le Gouverneur . — Pour combien d'années.
L'Amiral. — De ce que j'accepte aujourd'hui prendra une autre tournure au mois de mai.
Le Gouverneur. — Nous vous avons demandé il y a un instant pour combien d'années ?
L'Amiral.— On ne peut se prononcer là-dessus, car l'avenir appartient à Dieu et à la sagesse.
Le Gouverneur. — On peut toujours deviner sur les pro balités, de cette façon, après un terme convenu, on aurait au moins Tespoir de pouvoir y revenir.
L'Amiral — Nous ne pouvons le dire, ceci vous regarde.
Le Gouverneur. — Vous savez que ces territoires appartiennent à la reine de Madagascar et que s'il n'y avait pas de terme faisant espérer que nous pourrions y retourner, il nous serait difficile d'accepter.
Le Gouverneur. — Tous nos arguments vous ont été exposés et nous avons entendu les vôtres, qui ne varient pas. Vous nous dites d'indiquer une limite, mais nous n'avons pas de pouvoirs dès Tinstant qu'il s'agit de la terre ferme. Nous voulons, cependant, savoir votre opinion sur ceci : Estce que les deux parties n'entreraient pas dans la limite du territoire qui aurait fait l'objet d'une convention ?
M. Baudais. — Les nationaux des deux parties pourront y entrer, mais aucune d'elle ne pourra y exercer aucun contrôle ; les habitants se gouverneront eux-mêmes.
Le Gouverneur. — Alors les deux gouvernements n'auront rien à y faire?
M. Baudais. Quant à nous, nous n'y ferons rien.
Paroles communiquées par le gouver^nement de la reine de Madagascar aux plénipotentiaires mal" gacheSy pour être transmises auœ plénipotentiaires français.
Le Gouverneur. — Messieurs. Nous avons porté à la connaissance du gouvernement de la Reine de Madagascar les
négociations qui ont eu lieu entre nous ici, et il nous charge de vous dire qu*il a constaté, par les rapports des conférences, les bonnes dispositions dont vous. Messieurs les Plénipotentiaires Français, avez été animés dans le but d'arriver à une entente afin de renouer la bonne amitié.
Le Gouvernement regrette de vous dire, que selon ce qui vous a été dit souvent, il lui est tout à fait pénible de traiter lorsqu'il s'agit de la terre ferme, car il est évident que lorsqu'on retire une portion de territoire de Madagascar de sa domination, son indépendance en serait compromise, et vous-mêmes, dans votre générosité, avez déclaré que vous ne voulez toucher à notre indépendance et ne prendre de territoire à Madagascar et semblez amoindrir la teneur de l'ultimatum. Il nous charge de vous faire remarquer. Messieurs, que quoique votre manière de traiter paraisse diminuer ce qu'on avait demandé dans l'ultimatum, vous persistez à maintenir les parallèles comme base des négociaciations.
Vous n'ignorez cependant pas, que dans la région de ces parallèles il se trouve différentes tribus, et là aussi se trouvent les Sakalava avec lesquels vous regrettez d'avoir contracté des alliances, à cause de leur ignorance.
Ainsi, par le fait même, si on les laissait se gouverner eux-mêmes, la domination de la Reine devient nulle ; ce qui ne serait pas à leur avantage. Par conséquent, Messieurs, notre gouvernement vous prie de vouloir bien informer le gouvernement de la République française de ces paroles, et il espère vivement, qu'en présence de la situation préjudiciable dans laquelle pourrait se trouver notre gouvernement, et de votre connaissance de cet état de choses, vous voudriez faire ce qui dépend de vous, afin que le gouvernement de la République française consente à terminer les présentes difficultés par le moyen d'argent, car le gouvernement de S. M. la reine de Madagascar désire ardemment de voir se rétablir les bonnes relations avec la France, pour faciliter l'avancement de la civilisation et le progrès du commerce dans notre pays; notre gouvernement n'hésite pas de croire, comme du reste il a eu occasion de voir par vos procédés, que, si vous vouliez bien nous recommander auprès de la France en lui expliquant les embarras sérieux qui empêchent notre gouvernement d'accepter de traiter lorsqu'il s'agit de la terre ferme, notre requête ne manquerait pas d'être accueillie favorablement par elle.
Notre gouvernement vous déclare sincèrement qu'il con*-
— Infirme et renouvelle ici les assurances qu'U vous a données au sujet de sa conduite favorable envers les Sakalava pour les initier à la civilisation, parce qu'il voudrait réellement s'acquitter de cette tâche.
Compte rendu des pourparlers entre les plénipotentiaires malgaches et l'amiral Miot et M. Bandais^ à Ambodiinanga^ Tamatave, le 29 mai 1884.
Messsieurs,
Vu le vif désir dont le gouvernement de la reine de Madagascar est animé afin de renouer les bonnes relations avec le gouvernement de la République française pour mettre fin à la présente guerre qui met obstacle au développement de la civilisation que nous désirons vivement faire progresser dans notre royaume, attendu que cette guerre est préjudiciable au bonheur commun à tous, soit des indigènes, soit des étrangers qui viennent ici pour affaires, le gouvernement de la Reine de Madagascar n'hésite pas à traiter avec les plénipotentiaires français les points que vous avez communiqués, exception faite du point qui touche à l'indépendance du royaume de la reine de Madagascar et de la terre ferme pour lesquels, vous^ Messieurs les plénipotentiaires français, vous avez si souvent déclaré que « vous n'y toucherez point. »
Nous sommes venus pour traiter avecvous et faire en sorte que nous nous entendions relativement à l'indemnité, et la location de terrains, ainsi que des autres points que la France réclame comme satisfaction.
En ce qui concerne les territoires qui se trouvent dans la région nord-ouest^ habité par Benao et Monja, que vous dites comme « ayant accepté votre protection, » et qui ont fait l'objet des présentes difficultés, nous les traiterons aussi avec vous.
Vous comprendrez par là, messieurs les Plénipotentiaires français, que ce n'est seulement pas des lèvres que le gouvernement de la reine de Madagascar vous fait cette déclaration, mais il désire sincèrement vfaire ce qui serait pour le rétablissement des bonnes ententes avec la France, et il con-
sent à donner satisfaction à la Franôe, comme il est dit plus haut.
Après la lecture^ on en fit la traduction. Les deux textes turent remis à ces Messieurs qui les acceptèrent.
L'Amiral. -— Comme vous dites que uous traitez aussi des territoires de TOuest, dites-^nous quels arrangements vous voulez faire à ce sujet? Nous voulons agir avec la plus grande générosité et ne demandons pas mieux que de faire cesser la guerre, mai» aussi, nous n'hésitons pas à déclarer que nous maintenons les droits séculaires de souveraineté que nous avons à Madagascar.
Le Gouverneur. — En entendant les bonnes paroles que vous nous adressez démontrant la générosité de la France à notre égard, ainsi que de la déclaration que vous faites « que vous ne demandez pas mieux que la guerre cesse », nous vous en remercions. Donc, selon ce qui a été dit entre nous, nous allons les négocier. Et comme nous avons fait une rédaction indiquant les arrangements à ce sujet, si vous le vouiez, nous allons vous en donner lecture. Quant aux droits que vous prétendez avoir à Madagascar, vous savez fort bien que vous en avez fait l'abandon volontaire. Le traité que nous avons fait ensemble en 1868 s'accorde à prouver que celle qui l'a contracté avec vous, est bien la reine de Madagascar.
L'Amiral. — Non, nous n'en avons pas fait l'abandon, mais c'étaient les nombreuses affaires en Europe qui nous ont empêchés de nous en occuper, maintenant, nous sommes libres et nous en prendrons possession. Il se peut que, pendant que nous étions occupés, vous ayez fait la conquête de certaines populations, chose que nous n'admettons pas. Comme la guerre entraine à sa suite de nombreux malheurs, nous sommes très disposés à écouter ce que vous allez nous dire en ce qui est de la cessation de la guerre. Réfléchissez-y bien, car il faut que nous occupions les territoires qu'il nous plaira d'occuper. Nous avons de la considération pour vous, et vous pouvez vous fier à nous, car nous vous aiderons à la direction du pays; tôt ou tard, j'occuperai des territoires, soit dans le nord-ouest, soit dans le nord-est. Comme la guerre est une chose qui vous est préjudiciable et ne vous rapportera aucun avantage, je vous somme de retirer vos garnisons du nord-ouest et du nord-est, ainsi qu'à Tamatave, où ils sont malheureux et perdus, car partout où vous en mettrez, nous en placerons aussi.
Le GouvBRNBUR. * Nous entendons votre déclaration à ce sujet. Comme la France est une nation distinguée et forte, dès l'instant qu'elle est convaincue qu'une nation toute jeune encore voudrait maintenir son indépendance, et entrer dans la voie de la civilisation, ne serait-il pas un honneur pour elle de laisser à cette jeune nation la faculté de maintenir son indépendance et progresser dans la civilisation? Ce sont les territoires qui se trouvent dans la région nord-ouest, habités par Benao et Monja que vous qualifiez comme « ayant accepté votre protectionl», qui ont fait l'objet des présentes difficultés, et nous consentons à les traiter avec vous.
L'Amiral. — Qu'est ce que vous avez à dire relativement aux territoires du nord-ouest.
Le Gouverneur. — Nous avons à ce sujet fait une note que nous allons vous lire si vous permettez ?
L* Amiral. — Faites-le.
Le Gouverneur donna lecture comme suit :
Messieurs, dans le cas où des arrangements pourraient se faire entre nous, relativement aux territoires qui ont fait l'objet des difficultés survenues, habités par Benao etMonja. quoique nous vous ayons souvent dit qu'il nous est difficile de traiter quand il s'agit de la terre ferme, vu les déclarations « que vous nous avez réitérées en plusieurs occasions, que vous ne prendrez de territoires à Madagascar, que vous ne cherchez point à toucher à son indépendance, et n'accepterez môme pas des lies dans la crainte que d'autres n'en prennent aussi. » Si la France jugeait à propos que cela puisse être accepté par elle comme satisfaction, afin de renouer les bonnes relations dont nous désirons vivement le prompt rétablissement, je peux les traiter avec vous, pourvu que nous puissions y revenir après l'expiration d'un terme convenu.
M. Baudais. — M. le gouverneur, à propos de Tindépendance de Madagascar vous en faites trop souvent de répétitions. Depuis le mois d'octobre et février, en effet nous l'avons dit, mais vous n'avez pas voulu, et le 8 avril les négociations ont été rompues, nous vous avons résumé alors les concessions que nous vous avons faites, mais que vous n'aviez pas acceptées, et comme on n'était pas arrivé à une entente, nous revenons sur le tout, et à présent nous maintenons les droits que nous avons à Madagascar, et on ne doit plus faire mention de l'indépendance de Madagascar.
L'Amiral. — Ceci est arrêté, et voici pourquoi, dans le commencement, vous n'avez pas accepté, la France était fatiguée dé voir cet état de choses. Nous voulons prendre nos propriétés, et elles ne vous appartiennent pas, car vous n'êtes pas de ce pays mais vous venez du dehors.
Le Gouverneur. — Ainsi, selon ce que vous dites là, qui sont les maîtres du pays, nous autres Malgaches, ou vous autres Français ?
L'Amiral. — Nous autres ! vous êtes des Hovas, mais vous n'êtes pas des Malgaches.
Le Gouverneur. — Vous savez fort bien que relativement à l'ancienneté de Tarrivée ici, c'est nous autres Malgaches qui sommes les maîtres du pays depuis nos ancêtres, c'est pourquoi nous en avons la possession jusqu'à ce jour, car c'est notre patrie de longue date.
L'Amiral. — Vous ne le savez pas, c'est nous autres qui le savons.
Le Gouverneur. — Nous connaissons l'histoire de Madagascar, puisque c'est le pays de nos ancêtres, et nous vous prions de traiter avec générosité à notre égard, comme vous l'avez fait dans le commencement.
L'Amiral. — Nous voulons bien vous montrer de la générosité, mais aussi, nous ne voulons pas perdre non plus. Je vous le répète, lé 27 mars, la Chambre des députés avait résolu que la France maintiendrait tous ses droits généraux à Madagascar, et a nommé à cet effet une commission pour examiner les dépenses qu'entraîneraient la réclamation de ces droits.
M. Baudais. — En France, ce n'est pas comme à Madagascar, on ne dépense rien sans la sanction du gouvernement.
L^Amiral. » Chaque département en France nomme des personnes pour le représenter, ces personnes sont chargées de faire des lois, de percevoir les impôts pour subvenir aux frais de la guerre, donc, on ne dépense rien sans l'assentiment du gouvernement, c'est d'après les ordres du peuple français que nous revendiquons en ce moment que [Madagascar nous appartient depuis plusieurs siècles. Le peuple français a revêtu, M. Baudais et moi, des pouvoirs de faire cesser la guerre. Nous consentons alors à traiter avec vous, et si vous désirez que la guerre cesse, nous vous admettrons
avec nous pour foire progresser la dvilisation, si vous ne le voulez pas, nous nous en chargerons seuls.
Le GouvERmcuR. "— Nous avons entendu vos paroles disant « qu'il y a plusieurs siècles que vous avez fait la découverte de Madagascar », et vous en concluez que vous avez des droits à Madagascar. Nous vous déclarons que ce sont les Portugais qui sont les premiers Européens qui ont découvert Madagascar le premier, et nous autres Malgaches avons été les maîtres du pays longtemps avant la découverte faite par eux. Les Portugais n'ont pas revendiqué Madagascar comme leur appartenant, parce qu'ils savent qu'il ne leur appartient pas, mais c'est vous autres Français qui étiez venus plus tard pour y commercer qui réclamez des droits sur Madagascar, ce qui nous surprend.
L'AuiRàL. — Nous autres, nous en avons pris possession, mais les Portugais ne Tont pas fait.
Lb Gouverneur. — Vous dites que « c'est la découverte que vous aviez faite de Madagascar il y a plusieurs siècles, qui vous donne des droits sur Madagascar. » C'est justement ce qui nous fait dire que votre possession a été abandonnée volontairement par vous, par suite d'agression des indigènes. Donc vous ne devez plus en faire mention. Quant au souverain de Madagascar, sa possession est prouvée par l'exercice de sa suprématie qui date de très longtemps.
L'Amiral. — C'est par courtoisie qu'on lui donne ce nom, et c'est par habitude que nous l'appelons « Reine de Madagascar », de môme que le titre d' « Impératrice des Indes », mais cela ne veut pas dire que toutes les Indes lui appartiennent^ ce n'est que par déférence pour elle.
Le Gouverneur. — C'est un titre prouvé par l'exercice de sa possession, et ce n'est seulement pas un titre de courtoisie, comme vous le prétendez. Nous vous déclarons que les quatre puissances qui ont fait des traités avec nous la rv^connaissent « Reine de Madagascar » tout entière. Et le traité que vous-même avez passé avec nous en 1868 s'accorde à le prouver. Relativement à sa domination sur tout Madagascar, tout le monde la reconnaît, à l'exception de certains insensés en rébellion*
L'Amiral. — Votre article 85 des lois est en contradictiqn avec le traité. Consentez-vous à faire l'abrogation de l'article 85?
Lb Gouverneur. — Oui, si les affaires devraient se terminer avec entente. L'article 85 n'est point en contradiction avec le traité passé entre nous, mais en principe il s'accorde
avec.
L'Amiral. — Consentez-vous à l'abrogation de l'article 85 des lois.
Le Gouverneur. — Oui, nous y consentons, si les aifaires devraient se terminer avec entente.
L'Amiral. — Consentez-vous à payer l'indemnité?
Le GrOuvERNEUR. — Oui, nous consentons à payer une indemnité qui sera convenue.
L'Amiral. — Consentez-vous à donner largement des baux de terres?
Le Gouverneur. — Oui, nous y consentons.
L'Amiral. — Consentez-vous à retirer vos garnisons des territoires du Nord ?
Le Gouverneur. — Ceci nous cause vraiment de la peine, car à cela nous cherchons à arriver à une entente, mais vous augmentez la réclamation.
L'Amiral. — Permettez qu'on donne lecture du traité de 1868.
Il donna lecture des clauses du traité disant : « Les sujets des deux nations peuvent entrer librement, etc. » Relativement au culte, à Vinstruction^ afin qu'aucun empêchement ne soit fait. Ainsi, que du titre de « Reine de Madagascar », il s'arrêta de lire et dit : Quant à ce titre, nous le retirons, puisque vous vous en servez comme argument contre nous.
Le Gouverneur. — Quant à cela, nous ne pouvons aucunement y consentir, attendu que même pour le grade que nous recevons de notre souverain respectif, si on venait à y manquer de respect, cela nous cause de la peine, à plus forte raison, nous ne pouvons admettre à ce que l'on retire le titre de- « Reine de Madagascar ». De plus, en ce qui concerne les clauses d'un traité, on ne doit s'en occuper que lorsque la première question qui nous occupe en ce moment, soit terminée.
L'Amiral. — Avez-vous les pouvoirs pour réviser les traités ?
Le Gouverneur. — Si vous désirez faire la i'é vision du traité, nous ne refusons pas de le faire, mais nous ne nous en occuperons que plus tard.
L'Amiral. — Avez-vous les pouvoirs de réviser le traité, sauf pour vous à en référer à Antananarivo, et moi en France T
Le Gouverneur. — Vous avez connaissance depuis le commencement des pouvoirs dont nous sommes revêtus. Et conformément À ce que nous avait dit M. Bandais que « lorsffu'on est à traiter une première question, 11 faut attendre qi^'elle soit d'abord terminée avant de reprendre une autre. » C'est ce que nous voulons suivre pour le moment.
L'Amiral. —Dans le commencement, nous vous avons fait des propositions aisées, mais qui n'ont pas eu de suite, ainsi, les choses se compliquent à mesure qu'on n'avance pas, cependant, si vous êtes bien éclairés et que vous agissiez loyalement et franchement, nous serions prêts à entrer en arrangements une dernière fois avec vous.
Le Gouverneur. ~ Dites-nous alors votre opinion à ce
sujet. I
L'Amiral.' — Oui, je vais vous donner lecture d'une propo- i
sition de clauses d'un traité que M. Bandais et moi avions faite : !
1 . — Désormais, il y aura paix, amitié, et entente entre la '
reine Ranavalona III, ses successeurs et la République française.
V Amiral ne continua pas, mais s'arrêta pour savoir V opinion du OouYerneur,
Le Gouverneur. — Nous l'entendons.
L'Amiral. — Je ne veux pas de ces mots « Nous l'entendons », mais dites : Nous l'acceptons ou nous ne l'acceptons pas.
Le Gouverneur. — Puisque vous voulez connaître mon opinion ; pourquoi retirez-vous le titre de « Reine de Mada^ {^^ascar? »
L'Amiral* — Nous ne retirons pas le titre de la Reine de Madagascar^ mais nous ne la reconnaissons pas comme « Reine de Madagascar ». Mais seulement « Reine des Hovas», en effets Ranavalona III ne règne pas sur certains territoires du sud, de même que moi, je ne règne pas en France.
Le Gouverneur» — Pour le titre que nous recevons des souverains et des gouvernements même, si on voulait nous frustrer illégalement, nous protestons. Donc, si on veut retirer le titre de « Reine de Madagascar », nous n'y consentons aucunement, et ne le traitons point avec vous^ puisque vous
mêmes, les Français, de même que les Anglais, les Américains, les Italiens^ et les Prussiens Tavez reconnu, comme nous vous l'avons déjà déclaré.
L'Amiral. — C'est bien, mais lorsque nous l'avons appelée « Reine de Madagascar », dans le commencement ce n'était simplement qu'un titre, mais nous ne la reconnaissons pas pour cela comme « Reine de Madagascar», mais seulement « Reine de la province d'Imerina » car elle ne règne que sur cette partie; quant aux autres parties elle les a prises par des guerres.
Le Gouverneur. — Vous savez fort bien que toute nation indépendante peut conquérir les territoires qui confinent à son royaume, et c'est ce qu'avait fait le souverain de Madagascar, c'est pourquoi la prédication de l'Évangile s'est répandue sur toute l'étendue de Madagascar.
M.Baudais. — Si nous vous le disons ainsi, c'est parceque vous vous en servez comme argument contre nous.
Le Gouverneur. — Nous vous avons prouvé « comme quoi elle est reine de Madagascar», et que ce titre est prouvé par la domination qu'elle exerce.
L'Amiral. — Nous ne l'admettons pas, nous ne la reconnaissons que comme «Reine de la province d'Imerina. »
Le Gouverneur. — Nous avons beaucoup discuté là-dessus, par conséquent, nous voulons savoir la base de votre opinion en disant : Voici ce que nous demandons et ce qu'il faut que nous fassions.
L'Amiral. — Par le traité que nous aurions à faire avec vous à l'avenir, nous ne donnerons plus le titre de « Reine de Madagascar, » à moins que nous recevions de nouvelles instructions de notre Gouvernement, parce que vous vous en servez comme argument contre nous.
Le Gouverneur. — Ce sont vos dernières paroles que nous voulons savoir.
L'Amiral. — La France maintient tous ses droits à Madagascar ainsi que des traités qu'elle a passés avec les îles, et ordonne à ce que les arrangements ne soient pas faits sur des territoires. Et que maintenant le gouvernement de la reine Ranavalona III consente à retiret* ses soldats de tous les territoires du nord, à partir du Cap [Bellone en droite ligne vers l'ouest au Cap Saint-André, et n'y rien faire.
Le Gouverneur. — Si vous n'aviez voulu négocier, mais aviez agi par la force, nous n'aurions pas eu à traiter comme
nous le faisons maintenant; comme vous avez consenti à traiter avec nous, nous, de notre côté, avons accepté à transiger avec vous des choses 'que vous nous avez proposées.
L'amiral. — Les acceptez-vous ? Il vaudra beaucoup mieux pour vous de les accepter.
M. Baudais. — Ce sont les dernières choses que nous demandons.
L^Amiral. — N'ayez pas honte, car à la guerre, il y a toujours des vaincus et des vainqueurs, et immanquablement vous serez vaincus, donc, n'y mettez pas de la honte, si vous désirez réellement traiter et que vous vouliez qu'il n'y ait pas du sang versé sur tout le parcours de nos soldats jusqu'à Antananarivo, dites franchement ceci : Nous consentons à traiter paisiblement devant la capacité et la force, et nous consentons ce que vous voudrez. Il n'y a pas longtemps, nous avons été vaincus par l'Allemagne, et nous lui avons payé une indemnité d'un milliard de piastres. A cette perspective, traitez vite, de crainte que la France s'agrandisse et revendique ses droits sur la terre de Madagascar. Ainsi, si vous n'y consentez pas, la guerre recommencera.
Le Gouvernedr. — Comme vous nous avez dit, c'était de l'argent que vo^s aviez donné à l'Allemagne pour terminer les difficultés.
L'Amiral. — Non, ce n'était pas seulement de l'argent, mais ils ont aussi pris nos territoires habités par deux millions deux cent mille âmes.
Le Gouverneur. — C'étaient des territoires allemands que vous aviez pris anciennement qu'ils vous ont repris.
L'Amiral. — Non. mais ils ont pris davantage. Je voudrai que vous acceptiez les dernières bases que nous vous avons proposées, car ce sont les plus essentielles. Ce sont les ordres que j'ai reçus, et il ne peut y avoir de négociations en dehors de ces bases. C'est la volonté du gouvernement de la République Française; qu'on les finisse d'abord pour mettre fin à la guerre, et c'est ce qu^on appelle les « Préliminaires » Nous voulons à ce que vous le disiez à votre gouvernement.
Le Gouverneur. — Veuillez nous en donner copie avec une traduction malgache, afin que nous l'envoyions à notre gouvernement à Antananarivo.
L'Amiral. ~ La lettre que vous nous avez envoyée hier dit : « vous ne pouvez signer sans savoir de quoi il s'agit. » Les usages que suivent les plénipotentiaires en Europe,
llJ
quand on veut faire un traité pour mettre fin à une guerre, on commence d'abord par signer les «Préliminaires » ensuite on discute. Celle-ci est la partie essentielle d'un traité et une fois mise avec les autres clauses, elle sert de base au traité. Donc, si vous voulez mettre fin à la guerre, voici les principales clauses appelées « Préliminaires. »
R donne lecture d'un papier rédigé en français^ contenant cinq articles avec une traduction malgache^ dont une copie a été remise aux plénipotentiaires malgaches .
Ces articles sont ■:
1. —Le gouvernement de la reine Ranavalona III consent à retirer ses garnisons des territoires du nord à partir du cap Bellone et du cap Saint-André, et s'engage à n'y rien faire.
2. — Consent à payer une somme de six cent mille piastres comme indemnité de la guerre, et pour indemniser les nationaux français de préjudices causés à leur égard avant la guerre.
3. — Consent à indemniser les sujets des autres nations quelles qu'elles soient, des dommages causés par les difficultés présentes.
4. — Consent à accorder des baux à longue durée, et renouvelables selon consentement mutuel des deux parties.