CHAPITRE III
Les Malgaches
Les différentes tribus qui peuplent la grande île sont ordinairement désignées sous le nom générique de Malgaches, ou Malagasy, le son ch n'existant pas dans leur langue. Ce serait une erreur de croire que ce terme de Malgache est adopté par tous les habitants du pays; l'idée d'unité ne leur est pas du tout familière; il n'y a que peu de temps que les Hovas ont essayé, sous un gouvernement central, un semblant d'unification, qui avait réussi en quelque mesure, mais nombre de tribus ne reconnaissaient pas leur autorité. Il existe cependant, entre ces diverses peuplades, des ressemblances générales assez frappantes pour
qu'on les considère comme pouvant former un jour un peuple unique. M. Grandidier croit que les races caucasique, cafre, mongole, se sont mélangées dans ce coin de terre avec les indigènes. Il dit que les autochtones sont facilement reconnaissables sur la côte est, où le type s'est conservé plus net : face aplatie, nez écrasé à la racine, chevelure touffue et globuleuse. Sur la côte occidentale, les fréquentes incursions des Arabes ont laissé des éléments sémites très appréciables. Quant à la partie malaise, dont les Hovas représentent le type le plus pur^ et qui a rapidement prédominé, on n'est pas d'accord sur l'époque présumée de son apparition, soit que Madagascar fût autrefois rattaché au continent indien par des terres aujourd'hui disparues, soit que des canots malais aient été jetés sur la côte à un âge moins reculé. En l'année 1 883 , bientôt après la grande éruption volcanique de Krakatoa, sur la côte ouest de Java, de grandes quantités de pierres ponces furent poussées vers le littoral est de Madagascar, ce qui semblerait indiquer l'existence d'un violent courant dans cette direction. Quoi qu'il en soit, l'ensemble de la race appartient aujourd'hui, de même que la langue, à la famille malayo-
polynésienne. Les mœurs sont généralement les mêmes par toute l'île, superstitions plus ou moins grossières, assez rares d'ailleurs, guerres intestines de tribu à tribu, quelquefois même d'une tribu contre sa reine, brigandages isolés ou en troupe, etc.. Sur la plus grande partie de l'île régnent encore les ténèbres d'un théisme sans culte. La population entière est évaluée à 4.000.000 d'habitants, dont, en 1895, 400.000 étaient considérés comme soumis à l'influence du christianisme. Ceci nous montre combien il reste à faire, et combien le champ est vaste, là aussi, pour ceux qui rêvent la mission en terre païenne sans mélange de questions politiques. Les Hovas et les Betsileos, c'est-à-dire les habitants du haut plateau, sont les seules tribus civilisées. Au nord de l'île, près de Diego-Suarez, sont les Antankarana, qui vivent de la pêche et de l'élevage des bœufs. « On sent qu'on a affaire ici (Antsirane) à une race qui a reçu une certaine culture; les gens se respectent; pas un seul, petit ou grand, n'est venu réclamer l'aumône. » (B. Escande).
Les Sakalaves, dont on a tant parlé à propos de la dernière guerre, occupent la plus grande partie de la côte ouest. C'est un peuple nom-
breux et guerrier, et qui aurait pu disputer aux Hovas la suprématie, s'ils avaient été moins divisés. Avant Radama I, les Hovas leur payaient tribut. Ils ont longtemps été évangélisés, sans succès durables, par les Pères Jésuites. Aujourd'hui, la Société des Amis y essaye une œuvre. Toujours en effervescence, autrefois fournissant d'esclaves les traitants arabes, ils vivent censément de l'élevage, mais en réalité du pillage des contrées voisines. Leur fusil est leur inséparable compagnon ; on prétend qu'ils ne le déposent pas même pour se laver le visage, mais qu'ils ne s'en lavent que la moitié à la fois, pendant que l'arme repose sur l'autre épaule. Les trop fameux fahavalos, ou brigands, sont, pour la plupart, des Sakalaves. « Chez les Sakalaves et dans la plupart des tribus indépendantes du sud, dit M. Gautier, on vole et on tue comme on respire, c'est une fonction naturelle. » Les Taisaka, les Antaifosy, les Antanosy, habitent le sud. M. Knight raconte une amusante entrevue qu'il eut avec le roi et la reine des Antanosv, mendiants éhontés, et avec le souverain des Antaifosy, qui lui exprima l'espoir que les Français et les Hovas se battraient de façon à s'exterminer mutuelle-
ment, et qu'ainsi ils seraient débarrassés des uns et des autres. Les Baras occupent le pays au sud du Betsileo; c'est une tribu grossière et guerrière, très superstitieuse et jalouse de son indépendance. Us fournissent un bon contingent aux bandes de fahavalos qui désolent les contrées voisines, et sont aussi de grands voleurs d'enfants. Un essai de mission a été tenté parmi eux par les Norvégiens et a donné de bons résultats. Une princesse bara a été convertie et est devenue l'évangéliste de sa tribu. Veuve à 25 ans, elle n'a pas voulu se remarier, pour se consacrer au service de Dieu. Elle est riche et exerce une grande influence.
Les Antsianaka vivent autour du Jac Alaotra; riches en bestiaux, ils sont dégradés par l'ivrognerie et l'immoralité. Les Tankay, ou Bezanozana, occupent la belle vallée du Mangoro. Peuple pastoral et tranquille, dans la saison sèche ils servent souvent de porteurs à la côte. M. Peake d'Isoavina a créé parmi eux un centre de mission. Les Betsimiraka habitent la côte orientale; ils sont sociables, aiment la musique, la danse, mais vivent dans la paresse. Lorsqu'ils veulent semer du riz, ils commençant par détruire une partie de la forêt, puis défrichent l'endroit, sèment le riz
et recommencent ailleurs l'année suivante. Ce déboisement maladroit est fort préjudiciable aux intérêts de la région.
Les Antaimoros sont une des tribus les plus remarquables de Madagascar. Ils s'étendent vers le sud-est, près de Mananjarv, et sont issus de pionniers arabes. Ils possèdent des livres sacrés contenant des prières en arabe, bien qu'ils aient oublié cette langue. Les femmes Antaimoros sont remarquablement chastes; les hommes, laborieux, intelligents.
Si nous citons encore les Tanalas, peu nombreux, et les Antandroys^ fort pauvres, nous aurons énuméré à peu près tous les éléments qui constituent le peuple malgache, sauf les deux plus importants, non par le nombre, mais par le degré de civilisation, les Hovas et les Betsileos.
Les Hovas habitent l'Emyrne ou Imerina.
Par suite de la conquête, ils se sont répandus un peu partout, mais sans se mêler beaucoup avec les autres tribus. Parmi eux, les Andrianas, ou nobles, pauvres en général, mais très soucieux de conserver leur caste, ont gardé une pureté d'expressions et une élégance de manières fort remarquables. Les Hovas sont un peuple énergique, intelligent, endurant.
Ils ont une grande sûreté de main et une vue très développée. Ce sont d'habiles imitateurs dans les ouvrages manuels, et des commerçants entendus. Plus bas vivent les Betsileos. D'une intelligence moins vive, d'un caractère timide, ils ont été conquis par les Hovas au commencement de ce siècle, et n'ont jamais secoué leur joug. C'est une race sympathique et douce, très sensible aux bons traitements. Ils ont, comme les Hovas, un grand fonds de politesse, et on trouve chez eux des natures vraiment supérieures. Les missionnaires norvégiens ont obtenu parmi eux leurs plus beaux succès.
Ces diversités d'origine ont été fortement modifiées par l'influence malaise, qui, avec une rare ténacité, a fait prédominer par toute l'île ses coutumes et son langage. De sorte qu'il y avait, en i8g5, sauf les différences locales et les changements opérés par le christianisme, conformité de moeurs et répulsion pour l'unité politique.
Le vêtement du peuple est des plus simples. Les hommes portent le « salaka », ceinture de toile, et une sorte de chemise appelée akanjo, et les femmes, une jaquette serrée par dessus le kitamby ou jupon, les pieds nus, la
tête aussi. Tous s'enveloppent du « lamba », grand rectangle d'étoffe plus ou moins riche dont ils se drapent avec grâce. Personne ne sort sans son lamba, c'est un article de toilette tout à fait indispensable; la nuit, ils se roulent dedans, ressemblant à des chrysalides. Le lamba est généralement blanc, surtout le lamba de fête. Rien n'est plus curieux qu'une assemblée de Malgaches dont les têtes noires ou brunes émergent de lambas d'une irréprochable blancheur. Quand quelqu'un meurt, on l'enveloppe d'un ou plusieurs lambas de soie d'une valeur de 5o à 160 francs pièce. Il n'est pas rare de voir de riches morts entourés d'une cinquantaine de lambas magnifiques. Depuis plusieurs années, les modes européennes se sont répandues très rapidement dans la portion civilisée, souvent d'une manière assez grotesque, et l'occupation française n'a fait qu'accentuer ce besoin de se moderniser. Très imitateurs et ne manquant pas de goût, ils arriveront sans doute bientôt à se composer un costume mixte, joignant à la convenance des vêtements européens, l'élégance du lamba national.
Leurs divertissements sont peu variés. Ce sont des danses imitatives, remarquablement
chastes, si l'on en croit le Père Finaz, le fanorana, jeu de dames indigène, et surtout la musique dont ils sont fanatiques. Ils se servent beaucoup de l'accordéon hexagonal. L'instrument national est le valiha, sorte de guitare faite d'un bambou don tles fibres à demi détachées servent de cordes et dont ils savent tirer des sons harmonieux.
« Gais, grands causeurs — le Malgache aime à s'entendre parler — ils saisissent avidement toutes les occasions de s'amuser. » Dans une tournée que fit récemment le Gouverneur général, un missionnaire du Betsileo décrit ainsi l'aspect du village : « La place de la Résidence est pleine de monde. Têtes noires, lambas blancs, robes de toutes les couleurs. Danses entre hommes, danses de sagaies.
Jeunes filles en longues théories, chantant des chœurs malgaches, milice faisant la police à coups de matraque. Le peuple se rappelle son ancien temps; il adore les Kabary (i) et s'amuse comme un enfant. »
Le riz forme le fond de la nourriture. « Rien ne satisfait comme le riz », disent-ils, et ils le décorent du nom de tokin'aina, le support de
(i) Assemblée publique où l'on discourt.
la vie. Manger son riz, c'est faire un repas. On le cuit dans un pot de terre, sans aucun assaisonnement, et on le laisse volontairement s'attacher au fond. Une fois le grain enlevé, le pot est rempli à nouveau avec de l'eau qu'on fait bouillir dedans. Elle y contracte un goût de brûlé qui ne leur déplaît probablement pas, puisqu'ils en font leur boisson favorite. Mais le riz, si agréable qu'il leur paraisse — autrefois avec 10 centimes de riz par jour un Malgache se nourrissais, mais le prix a décuplé depuis la guerre — ne peut pas toujours suffire seul. Son accompagnement, quel qu'il soit, porte le nom de « laoka ». Ce sont des légumes ou de la viande, du miel, des œufs, du lait. Ils confectionnent aussi des ragoûts arrosés de jus. On peut facilement les dresser comme cuisiniers. Un domestique malgache se paie de 5 à 6 francs par mois, plus i franc ou 0,80 par semaine pour sa nourriture, au Betsileo, du moins. A Tananarive, les prix sont plus élevés. D'ailleurs, un Européen, si modeste qu'il soit, ne peut composer sa maison à moins de 4 ou 5 domestiques, ce qui ne laisse pas d'entamer le revenu. On n'en est d'ailleurs pas mieux servi pour cela. Les habitations diffèrent suivant les tribus.
Dans quelques endroits, le bambou est d'un usage constant pour construire les huttes; ailleurs, c'est le ravinala ou le palmier raphia. Dans le haut plateau, l'argile rouge des collines forme un pisé assez solide pour les constructions. Les toits sont en tuiles ou en roseaux appelés herana. Aujourd'hui, à Tananarive, Fianarantsoa et même aux alentours, on construit beaucoup en briques séchées au soleil ou cuites au four.
L'absence de routes et de bêtes de somme empêche seule l'exploitation des carrières de pierre ou de marbre. Le bois est rare hors de la forêt, et la façon dont les indigènes le débitent est peu économique. La belle église d'Ambohipotsy et plusieurs autres édifices, à la capitale, sont construits en pierre. Les cases indigènes, en bambous, roseaux, ou planches suivant les lieux, sont généralement bâties sur un plan uniforme. La porte au sud-ouest, et la fenêtre au nord-ouest. Dans le coin nord-est, la place d'honneur pour le lit du chef de famille; dans le coin sud, la volaille, les moutons et les porcs.
Les Malgaches sont des boussoles vivantes, et ne perdent jamais l'orientation, ils emploient à tout propos les noms des points car-
dinaux. Un missionnaire fut une fois averti qu'il avait une miette au côté nord de sa moustache. Les mœurs sont douces, patriarcales, mais très relâchées. La malpropreté et l'ivrognerie sont fréquentes. Une grande affection règne entre parents et enfants, et les relations entre individus sont généralement empreintes de politesse. La femme malgache est loin d'être une quantité négligeable; elle a sa place très marquée et souvent très influente. Le docteur Lacaze dit : « Dans les classes élevées, on trouve de vraies femmes, animées du vrai sentiment de la famille, capables de tous les dévouements et sacrifices. Les femmes malgaches, dès qu'elles deviennent mères, récèlent des trésors de tendresse et de bonté pour leurs enfants. Et un Hova nous disait finement un jour: « A Madagascar, quand on veut obtenir quelque chose de Monsieur, il faut commencer par convaincre Madame. » Il n'y a peut-être pas qu'à Madagascar..., mais passons.
La dernière guerre a fait beaucoup d'orphelins et créé, pour les jeunes filles surtout, des situations douloureuses qui réclameront toute notre attention. Les femmes malgaches sont adroites ; chez les Betsimiraka elles tissent les étoffes faites avec la fibre du raphia, au
Betsileo celles de chanvre, et chez les Hovas la soie indigène ou étrangère. Il y a une vingtaine d'années que Mme Mills, à Ambohimanga, et plus tard Mmcs Peake et Richardson, à Soavina, ont introduit la fabrication des dentelles de soie. Elles sont remarquablement bien exécutées, mais étant fabriquées d'après des dessins européens, trouveront difficilement des débouchés au dehors.
Adroits et industrieux, les Malgaches manquent d'initiative et d'invention, mais ils s'essayent avec succès à toutes sortes de métiers qu'ils cumulent assez souvent, de sorte qu'on est quelquefois obligé d'envoyer à l'imprimerie chercher un coiffeur. Ils connaissent depuis longtemps la manière de travailler le fer, et ils font de gracieux bijoux en argent. On trouve parmi eux des serruriers, des orfèvres, des charpentiers, des tailleurs, des imprimeurs, etc.; tout cela assez rudimentairé, sans doute, mais qui témoigne cependant d'une véritable aptitude à la civilisation. Ils sont très enthousiastes et avides d'apprendre, et retiennent fort bien les mots français : « Un « homme est venu me trouver en disant: « Puisque tu es notre père, à présent, donne- « moi un nom pour mon enfant. Je proteste,
« il insiste. Je propose Samuel, Jean, Paul, « rien ne lui va. A la fin, il me dit : Donne-moi « un nom qui vienne de France. Nous y « voilà ! Nous tombons d'accord pour Louis. » Fort probablement, ensuite, selon la coutume, le papa changera son propre nom pour prendre celui de Rainilouisy, le père de Louis.
On retrouve parmi eux certaines habitudes sémites, provenant, soit de l'influence arabe, soit d'une époque plus reculée encore. La circoncision est d'un usage universel, mais irrégulier, et sans qu'on y rattache aucune idée religieuse. Chez les Sakalaves, la viande de porc est interdite. Avant l'introduction du christianisme, le « serment du sang », destiné à lier deux personnes d'une étroite amitié était très répandu. M. Lambert le contracta avec le prince Rakoto.
Nous ne parlerons que pour mémoire de l'esclavage, introduit à Madagascar par les traitants arabes, mais qui n'y a jamais pris le caractère repoussant qu'il a eu ailleurs. Sauf le fait répugnant que les esclaves étaient la propriété d'un autre homme et pouvaient être vendus au marché, leur existence n'avait rien de particulièrement pénible, et beaucoup
d'entre eux préféraient rester tels que d'être soumis aux exactions que les gouverneurs exerçaient vis-à-vis des hommes libres. Ils vivaient presque sur un pied d'égalité avec la famille de leurs maîtres.
La langue malgache est douce, harmonieuse, poétique. Elle se rattache étroitement à la grande famille des idiomes malayo-polynésiens. Elle a été fixée par les missionnaires au commencement de ce siècle, sans trop de peine, grâce à l'étonnante pureté qu'elle a conservée et qui est surtout remarquable chez les Hovas de race noble, ou Andriana.
William Johnson rappelle la joie et la surprise des Malgaches à l'époque de la traduction de la Bible, en découvrant que leur langage était basé sur un système défini et suivant certaines lois qu'eux-mêmes avaient employées toute leur vie sans s'en rendre compte.
C'est essentiellement une langue d'agglutination, et la longueur des mots qu'on y rencontre provient justement de l'adjonction de préfixes et de créments qui modifient le sens de la racine. La seule difficulté vient de la nouveauté des radicaux pour un Européen, et de l'emploi fréquent de la forme relative
des verbes, dont nous n'avons pas d'équivalent en français. Mais elle est expressive et agréable à prononcer. La littérature malgache est encore dans l'enfance. Un certain nombre de légendes et chants indigènes ont été recueillis par le Père Abinal. Un cours de malgache a été récemment ouvert à l'Ecole coloniale de Paris. Il serait à désirer que cet idiome si souple et si susceptible de perfectionnement ne s'éteignît pas, mais ne fit que s'enrichir par son contact avec la langue française. Les termes abstraits lui manquent, mais le génie de la langue permettra de les créer à mesure que les idées qu'ils expriment pénétreront dans le peuple. Un professeur hova distingué nous disait qu'il avait eu beaucoup de peine à traduire un ouvrage philosophique de Hamilton, ne trouvant dans sa langue aucun terme défini pour rendre des expressions métaphvsiques. Il va quelquefois des périphrases fort jolies, comme celle de mpihatsaravelatsihy (hypocrite), « celui qui étend la natte vite », allusion à la coutume de recouvrir une natte sale par une propre quand on reçoit un visiteur inattendu. Les proverbes sont nombreux, et ne manquent pas de finesse, tel celui-ci : Ny kary no nangalatsa-akoho ka ny
saka no voatapa-dambo. « C'est le chat (sauvage) qui a volé la poule et c'est au chat (domestique) qu'on a coupé la queue », (remède infaillible, paraît-il, pour les guérir de ce défaut.)
Ainsi donc, au point de vue politique et colonial, nous sommes en face d'un peuple uni par des habitudes, un langage et des besoins qui sont les mêmes, séparé par les vieilles rivalités d'origine, et constitué: d'une part, par des tribus isolées et païennes, belliqueuses et ignorantes, qu'il faut soumettre à notre domination; de l'autre, par une population sympathique, depuis longtemps mise en face de la civilisation et du christianisme, prête pour l'assimilation, sous un régime d'équité et de largeur, et qui peut devenir notre meilleur auxiliaire. M. Knight écrivait à propos des remuantes tribus du sud : Il est certain que les Français trouveront à Madagascar un terrain des plus propices pour le recrutement de leur armée coloniale. M. Sibree avait déjà dit, en 1870 : La garde rovale se compose des jeunes hommes les plus beaux et les plus intelligents de la province centrale. On les appelle les maranitra, les ardents. Avec des officiers européens, ce serait un des plus beaux régiments du monde.
Pacifier le pays, encourager les tranquilles Betsileo et les pacifiques Antakara au travail de la terre, développer l'instinct de l'industrie chez les Hovas et les Antaimoro, transformer les pillards Sakalava et Bara en bons soldats, faire régner partout un esprit de justice et d'impartialité, telle est la tâche du gouvernement. La nôtre est différente, mais tout aussi grave et sérieuse. Elle se dégagera du reste de cette étude.