‹ Madagascar, la reine des îles africainesChapitre 3 sur 7 · MADAGASCAR. H · texte numérisé non relu

MADAGASCAR. H

tectorat ; et pendant ce temps-là le révérend Ellis quittait Londres, se rendait à Maurice et de là à Tamatave , où il se présentait comme envoyé de r Angleterre , en juillet 1856. De son côté, le E. Griffiths écrivit au prince Rakoto pour l'informer de la prochaine arrivée de MM. Ellis et Caméron.

Malheureusement pour l'agent anglais, il rencontra sur son chemin M. Laborde, qui, connaissant les menées habituelles des Anglais et leur politique cauteleuse, sut démasquer le but de M. Ellis.

Le missionnaire anglais fut reçu avec politesse

à Tananarive, mais ce fut tout. En dépit de son

activité, de ses cadeatix et de tous les moyens

qu'il employa, il ne put faire accepter le traité

d'alliance et de commerce qu'il proposait et dut

repartir comme il était venu. Le 18 novembre au

matin, le révérend Ellis quittait Tamatave à bord

du Castro. Arrivé à Port-Louis le 2 décembre, il

repartit, le 13 janvier 1857, à bord du steamer

England^ débarqua en Angleterre le 20 mars; mais il ne devait pas y rester éternellement.

Champion actif des intérêts britanniques, il devait plus tard se retrouver aux prises avec M. Lambert. La Société des Missions de Londres, remarque avec justesse madame IdaPfeiffer, craignait, en voyant la France prendre pied à Madagascar, de voir aussi le catholicisme se développer dans l'île. Tandis que la mission de M. Lambert échouait en France, le gouvernement de Eanavalo poussait la tyrannie à ses dernières limites contre les populations de Madagascar.

En mars et avril 1857, principalement, la terreur régnait à Tananarive ; chaque jour le chiffre des exécutions augmentait. A la moindre dénonciation, l'accusé était condamné et exécuté.

Rakoto en sauva beaucoup, mais sa bonne volonté était impuissante pour réprimer la férocité de Eainizair etdeRanavalo, et bientôtleurs cruautés comblèrent la mesure.

C'est alors que M. Lambert arriva d'Europe. Le

30 mai 1857 il rentrait à Tananarive, après une absence de près de deux ans, accompagné de madame Ida Pfeiffer et porteur de riches présents pour la reine et le prince Rakoto.

Jamais Européen n'eut une réception si brillante. Son triomphe et sa réception dépassèrent tout ce qu'on avait vu jusque-là.

Le prince avait envoyé à Ambatomang-a ses Ména-Mosa (ou compagnons d'enfance formant sa garde d'honneur) avec son fils John, adopté par M. Lambert ; deux troupes de musique militaire et un chœur de chanteuses pour recevoir dignement celui qu'on attendait avec tant d'impatience, et un prince de la famille royale avait mis son palais à la disposition du voyageur.

Bientôt la cour se porta à la rencontre du cortège. La réunion commença par des discours de circonstance. La reine, contrairement au cérémonial obligatoire, avait accordé la permission d'entrer à Tananarive, et l'affluence était telle qu'on' eût dit un véritable triomphe. Eakoto était le plus

MADAGASCxiR.

empressé et le plus impatient ; il tomba dans les bras de M, Lambert en l'embrassant. La reine ellemême, Ramboasalama, toute la famille du commandant en chef Eainizair et les principaux officiers multiplièrent leurs attentions et leurs prévenances.

Le peuple apporta des moutons, des bœufs, des poules et du riz comme présents d'hospitalité ; après les avoir acceptés, on les distribuait aux g-ens venus des campagnes voisines.

Les cadeaux destinés à la reine représentaient une valeur très considérable. Tly avait des bronzes de prix, un piano, un harmonium, plusieurs horloges, des étofiPes de luxe, des tapis, des robes pour les princesses, des uniformes d'officiers, des selles, des armes, des télégraphes électriques, des machines â coudre, dix chevaux, trois chameaux, etc., etc.

On célébra plusieurs fêtes magnifiques en l'honneur de M. Lambert ; mais ce qui le toucha le plus, ce fut l'affection dont il fut entouré, car il tomba

WADAGASCAB.

dangereusement malade d'un accès de fièvre paludéenne.

Eakoto ne le quitta guère, et la reine envoya plusieurs fois prendre de ses nouvelles. Peu à peu il se rétablit. Le prince et ses partisans virent en lui un sauveur, et grande fut leur déception quand ils surent qu'ils n'avaient pour le moment aucune aide à espérer de la France.

Le projet fut alors arrêté entre eux de s'emparer ou de se défaire de Eainizair, et d'amener la reine à une abdicatiqn en faveur de Rakoto, ce qui - n'eût pas été difficile , car plusieurs fois la reine l'avait voulu présenter pour son successeur.

Il existait alors deux partis distincts à Madagascar: l'un, lea priants^ entièrement composé de chrétiens méthodistes; l'autre, sous le nom de religionnaio'es ou hommes de la prière, et dont les membres aspiraient à un meilleur état de choses.

Ces derniers se chargèrent de l'exécution du complot, promettant qu'il n'y aurait pas de sang versé. Rakoto tenait à| rester en dehors de Tac-

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