LACS ET LAGUNES
11 existe un assez grand nombre de lacs à Madagascar; mais ils sont pour la plupart de peu d'importance. Il y en eut sûrement davantage autrefois. Ainsi, la vallée du Mangoro, qui a des centaines de kilomètres de long sur 20 à 30 de large, était autrefois un immense lac. De même, au jugement de plusieurs, toute la plaine aux environs de Tananarive jusqu'aux chutes de l'Ikopa.
Parmi les lacs qui existent aujourd'hui, il faut nommer en première ligne : le lac Alaotra, à l'ouest de Fenerife, au pays des Antsihanaka. Il mesure 20 kilomètres de long sur 3 de large, et occupe la partie N.-E. d'une vaste plaine marécageuse de 60 kilomètres sur 30. Puis le très beau et très célèbre lac Itasy, à deux journées de marche à l'Ouest de Tananarive, au Sud du 19° parallèle et à une altitude de 1,177 mètres. Il a une longueur de 13 kilomètres. C'est vraisemblablement le cratère d'un ancien volcan. Ses rives sont recouvertes de joncs qui, de loin, lui donnent l'aspect d'une immense prairie. On y retrouve de nombreux et très curieux caïmans. Citons aussi le lac Kinkony au suddeMajunga, et Andranomena. (Anyrano mena, là l'eau rouge).
Puis sur la côte Sud-Ouest, deux lacs salés qui
sont évidemment d'anciens estuaires de petits golfes, fermés par des bancs de coraux sur lesquels les vents violents du S.-O. ont accumulé des masses de sable. Ce sont, le lac Heotry au N.-E. du cap Saint- Vincent, très considérable, et un autre plus étroit, mais beaucoup plus long, le lac Tsimanampesotra au sud de Saint-Augustin, le long de cette côte désolée du S.-O.
On peut encore ranger, parmi les lacs de Madagascar, les lagunes de la côte orientale qui s'étendent sur une longueur de près de 600 kilomètres depuis le 16 °52' parallèle jusqu'au 22° .25', c'està-dire depuis un peu au sud de la Pointe à Larrée, en face de File Sainte-Marie, jusqu'à l'embouchure du Matitanana, sur toute la partie de la côte qui reçoit le choc du grand courant de l'Océan Indien.
C'est en effet à l'action de ce courant que ces lagunes doivent leur formation.
Les rivières de la partie orientale de Madagascar sont, nous l'avons vu, assez courtes, et, descendant des pentes très rapides, n'ont qu'un petit nombre d'affluents peu considérables; elles ne présentent donc qu'un faible débit pendant une grande partie de l'année. A la sortie des montagnes, elles arrivent, au bout d'un certain temps, à une plage étroite contre laquelle butte violemment le courant de l'Océan Indien qui tend ainsi à ensabler leurs embouchures.
Quand la masse d'eau est considérable, par exemple pendant les crues, ces rivières s'ouvrent un chenal à travers les sables. Mais, en dehors de
là, cette passe momentanée se refermant très vite ou changeant de place, elles n'ont pas de débouché fixe et permanent, et prennent sur la plage une largeur et un développement qui trompent sur leur importance. De plus, elles envoient parallèlement au rivage, vers le Nord et vers le Sud des bras qui, se réunissant parfois entre eux, se déversent par la même issue et forment les lagunes de la côte orientale.
Ces lagunes sont distantes les unes des autres et ne communiquent pas entre elles depuis le 16° 52' jusqu'au 18° 15', c'est-à-dire jusqu'à la rivière Ivondrona.Mais entre l'embouchure de l'Ivondrona(18°15/50,/)etcelleduMatitanana(22°2i%5")7 sur une longueur totale de 485 kilomètres, elles deviennent nombreuses, très rapprochées, et pourraient, par quelques chenaux faciles à creuser, fournir, pour le cabotage côtier, un chemin d'autant plus précieux qu'il serait complètement à l'abri et des vents et des terribles orages de l'Océan •Indien. Déjà même les naturels du pays s'en servent beaucoup et pour de fort longues distances.
Ces lagunes ont des dimensions très variables; -assez étroites en certaines parties pour qu'unepirogue ait de la difficulté à y passer, larges ailleurs de 200 à 300 mètres et formant de distance en distance des lacs qui ont parfois plusieurs milles de large et dont les plus importants et les plus connus sont ceux de Nosy-Ve et de Sarabakiny au sud de Tamatave, puis ceux de Rasamasay et Rasoabe près de Vavony, que l'on aperçoit à gau-
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che delà route de Tananarive. Elles sont séparées de la mer, tantôt par une bande de sable de quelques mètres de largeur, d'autres fois par une plaine qui mesure plusieurs centaines demètres et même plusieurs kilomètres.
Elles ne sont cependant pas toutes navigables en touttemps. Quelques-unes, pendant la saison sèche, contiennent surtout de la vase et deviennent alors un foyer de fièvre encore plus actif que d'habitude. Les 21 isthmes qui séparent ces chenaux — les Ampanalana (que l'on enlève), comme les appellent les Malgaches qui les franchissent en traînant leurs pirogues retirées préalablement de l'eau — forment ensemble une longueur de 46 kilomètres, c'est-à-dire la onzième partie de la longueurtotale; les uns n'ont que quelques centaines de mètres, les autres 2 ou 3 kilomètres ; celui de Vorogontsy, au sud de Vatomandry, en a 8.
On a beaucoup parlé des marais de Madagascar; il y en a en effet, et parfois de très étendus, aux environs des lacs, dont les bords pendant la saison sèche deviennent très marécageux ; aux alentours également des lagunes de l'Est; aux sources de plusieurs fleuves, par exemple, les marais de Didy où commence l'Ivondro, ceux d'Ankezotoloma à la naissance du Mananara et bien d'autres. Il s'en faut cependant que l'île, prise dans son ensemble, soit marécageuse : elle est trop montueuse pour cela.