‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 22 sur 94 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SALUBRITE

Madagascar a bien mauvaise réputation sous le rapport de la salubrité. Ses côtes en particulier passent pour être un vrai foyer pestilentiel ; et, par une de ces oppositions si fréquentes dans les choses que nous ne connaissons qu'à demi, on aime à vanter le séjour des hauts plateaux à peu près indemnes, affirme-t-on , de toute affection morbide.

Ce sont là des exagérations qu'il importe de détruire , et la vérité se trouve, comme presque toujours, dans un juste milieu, relativement facile à établir, après l'étude si longue des conditions climatériques que nous venons de faire , et surtout après les notes que les Drs Ville tte, Jaillet et Lacaze, ont consacrées à ce sujet dans Y Annuaire de Madagascar pour 189i (p. 127-155). Je les suivrai pas à pas, et, guidé par ce que j'ai vu moi-même, ou ce que j'ai appris des nombreux immigrants avec qui j'ai été en relation, je n'aurai guère que des conclusions à tirer.

Et d'abord à tout seigneur, tout honneur.

Puisque nous sommes à Madagascar, parlons d'abord de la fièvre, le fameux général « Tazo » de Radama I.

IL vit encore, le vieux grognard , et son empire s'étend même de plus en plus. Non content de la « Grande terre », il s'est même implanté, il y a quelques vingt ans, à Maurice et à Bourbon, et y a fait de nombreux ravages.

Or, comme à Bourbon, il n'y a pas de marais, mais uniquement un massif montagneux , il faut en finir du coup avec cette légende que la fièvre ne règne que sur le bord des lagunes de l'Océan Indien, ou dans les endroits marécageux. Elle existe partout, plus ou moins persistante, plus ou moins pénible, rarement dangereuse, mais réelle.

« Il est certain, en effet, dit le Dr Jaillet, que les effluves paludiques se jouent des situations topographiques , et exercent leurs ravages aussi bien dans les plaines que dans les montagnes et les forêts, dans les endroits secs aussi bien que dans les lieux humides (1)»; davantage cependant sur les cotes que dans l'intérieur, le long des fleuves ou dans le voisinage des rivières, que sur les plateaux élevés. Mais on les retrouve partout même aux endroits les plus sains, à Tananarive, à Arivonimamo, à Fianarantsoa, à Ambositra, réputé cependant pour la salubrité de son climat.

C'est surtout pendant la saison des pluies que

(1) Annuaire de Madagascar pour 1894, p. 132.

la fièvre sévit le plus généralement, à savoir, de décembre à la fin d'avril sur la côte Est de Madagascar ; un peu plus longtemps même , à l'intérieur.

11 y a une première recrudescence au commencement des pluies , et une autre plus grande encore, aussitôt qu'elles sont finies.

Au commencement des pluies, en effet, « en raison des alternatives de dessèchement et d'arrosement du sol, les foyers d'infections se propagent, l'air se vicie et les fièvres d'accès se manifestent (1) » beaucoup plus nombreuses. Un peu plus tard, c'est-à-dire en janvier, février et mars, tous les marais se remplissent et deviennent d'immenses lacs, tous les fleuves débordent , toutes les rizières sont entièrement recouvertes , et les miasmes délétères qui engendrent la malaria, se trouvent ainsi noyés, sous l'immense couche d'eau qui couvre toutes les parties basses du sol. Ils ne peuvent donc ni se produire, ni se propager aussi facilement.

Mais quand ces amas d'eau commencent à disparaître avec la cessation des pluies, et que les fleuves rentrent dans leur lit, mettant ainsi à découvert de vastes étendues; quand les lacs se rétrécissent ou se changent en marais , et que des flaques d'eau existent en maints endroits, croupissantes et corrompues ; quand les rizières enfin sont moissonnées et desséchées, les boues et les

(1) Dr Jaillet, p. 132.

vases, mises alors à découvert, produisent sous l'influence des rayons d'un soleil ardent et continuel, qui précipite la décomposition de toutes les matières organiques qu'elles contiennent, des vapeurs délétères se répandant un peu partout , môme aux endroits où il n'y a pas de marais, et devenant de fréquents générateurs de la fièvre.

Tl ne saurait en être autrement; et longtemps, c'est-à-dire tant que de vastes travaux d'endiguement, d'irrigation, de drainage, ou des changements de culture n'auront pas été accomplis, il en sera de même.

Du reste, ces accès de fièvre frappent à peu près tout le monde , les indigènes aussi bien , et souvent plus que les blancs.

À peu près tous ceux qui arrivent pour la première fois dans le pays , bien plus, tous ceux qui changent de contrée, qui vont par exemple de la côte à l'intérieur, ou inversement, doivent payer leur tribut à la fièvre.

Et cette fièvre, une fois qu'on a eu le bonheur d'en goûter, vous suit souvent jusqu'en France, s'attache à vous, parfois pendant toute la vie. Il y a plus, je connais une petite fille, née en France, de parents qui habitaient Madagascar, et qui a hérité des accès de fièvre.

Il est donc bien certain que la fièvre paludéenne est générale ; c'est elle qui occasionne les trois quarts des maladies à Madagascar sur la côte Est, davantage môme à l'intérieur et à l'Ouest.

Elle peut se présenter sous deux formes, sous celle d'accès francs, ou celle de fièvre larvée. La première est quotidienne ou tierce, avec trois stades bien marqués chez les nouveaux arrivés, de frisson initial plus ou moins long, avec claquement de dents et crampe des jambes, de chaleur excessive et de transpiration profuse ; avec les deux dernières seulement, au moins en règle générale , chez les acclimatés , et alors la fièvre s'annonce par un accablement général, par des douleurs vagues dans les articulations, bientôt suivies de douleurs de reins exaspérantes, surtout sur les côtes. L'intermittence n'existe plus, et tel individu est atteint d'un accès qui ne revient que plusieurs mois après.

Ces accès sont peut-être plus fréquents à l'Ouest, dans la vallée du Boina, que sur les rivages de l'Océan Indien. « Un travail forcé au soleil, dit le Dr Lacaze, une veille prolongée au bureau, une griserie, une nuit de débauche, se paient, immédiatement et invariablement, d'un accès de fièvre (1). » Mais d'après le Dr Villette , ces accès sont relativement rares sur les hauts plateaux, tout au moins chez les personnes qui ont une bonne hygiène , et ne se produisent en général que chez ceux qui s'exposent au soleil, ou qui ont de fortes fatigues à supporter (2).

Du reste, les^cas d'accès francs sont bien moins nombreux que ceux de fièvre larvée, laquelle se

(1) Loc. cit., p. 152.

(2) Loc. cit.. p. 142.

présente sous tous les aspects imaginables : accès syncopal sur les côtes, forme pulmonaire avec dyspérie intense ou crise d'asthme , forme paraplégique, formes entériques depuis les simples diarrhées bilieuses jusqu'aux accès cholériques graves, formes cérébrales, convulsions épileptiques, tétaniques ou comateuses; formes rénales, depuis de simples hématuries jusqu'aux accès graves ictéro-hémorrhagiques, etc. Il n'y a cependant pas beaucoup d'accès pernicieux proprement dits. Ainsi pendant une pratique de quatre ans à Tamatave, le Dr Jaillet n'en a constaté qu'une dizaine de cas bien caractérisés (1).

Mais ils sont souvent mortels , et emportent les personnes les plus fortes.

C'est ainsi qu'un missionnaire, encore jeune et très vigoureux, le P. Simon Poulange, fut frappé à Tamatave, en se rendant de Tananarive à Maurice, et emporté en fort peu de temps. Il mourait ainsi sur cette terre malgache, comme il l'avait demandé à son divin Maître. Peu de temps après mourait un autre Français, le Corse Arnaldi, qui avait tout bravé sur les plateaux, sans jamais être arrêté , mais qu'un accès de tétanos terrassa bien vite à Tamatave.

C'est la même chose dans le Boina, où le Dr Lacaze note par ordre de fréquence : les fièvres intermittentes à type quotidien, atypiques, tierces, pernicieuses, la rémittente bilieuse, la bilieuse

(1) Loc. cit., p. 132.

hématurique (rare), les névralgies palustres, le paludisme chronique (assez fréquent) (1).

Enfin, sur les hauts plateaux, la fièvre larvée se présente ordinairement sous forme de névralgie, de maux de tête, d'embarras gastriques fébriles ou non, de diarrhées ou dysenteries souvent bénignes, de fièvre légère, mais continue, durant trois ou quatre jours et atteignant quelquefois une semaine au plus, de fièvres intermittentes, parfois avec embarras gastriques pouvant faire croire à la fièvre typhoïde. Cette dernière forme est dangereuse; c'est la seule, car les autres sont ordinairement bénignes.

Le traitement de la fièvre est facile, et à peu près partout le même : un vomitif le soir, suivi d'une purgation saline le matin, suffisent souvent pour la prévenir aussitôt qu'on en ressent les premiers prodromes : troubles gastro-intestinaux, inappétence, sensibilité du creux épigastrique. parfois vomissements ou diarrhées bilieuses. Ce remède réussit presque infailliblement, si l'on y joint, pendant quelques jours, de faibles doses de quinine, et l'usage d'un peu de vin de quinquina arsenical.

Si un premier accès s'est déclaré, ou si la fièvre larvée est bien prononcée, on la traitera de la même façon : vomitifs, purgation, quinine.

Le remède, ordinaire et presque toujours efficace, est une dose de quinine de 0,50 centig. que

(1) Loc. cit., p. 148.

Ton fera bien de faire précéder d'une potion d'antipyrine, de teinture de racine d'aconit, et de sirop de morphine, et que l'on devra continuer trois ou quatre jours après que l'accès a disparu.

Il est encore plus important cependant, de prévenir la fièvre que d'avoir à s'en débarrasser; on y arrive assez facilement, surtout avant d'être débilité, par des soins hygiéniques d'abord. Une nourriture saine et bien réglée, avec un peu de vin, pris modérément ou coupé d'eau, et même quelques boissons alcooliques pures, mais en petite quantité, un peu de glace, ou des apéritifs pour exciter l'appétit que l'on perd si facilement à Madagascar, des légumes autant que possible, de l'eau bouillie partout où elle paraîtrait moins saine ; une habitation spacieuse, aérée, sans humidité, élevée le plus possible au-dessus du sol, et non couverte de tôle, exposée enfin de façon à éviter les vents du N.-E. sur la côte orientale, ceux au contraire du S.-E. et du N.-O. sur la côte occidentale, et environnée de quelques arbres, d'eucalyptus surtout; des habits bien choisis, les vêtements blancs et le casque, la ceinture et même le gilet de flanelle contre les différences de température, voilà les premières précautions à prendre. Au contraire toute marche au soleil, toute chasse au marais ou excursion sous forêts, tout voyage entrepris à jeun, toute sortie pendant la nuit, le froid, l'humidité, surtout la boisson et l'inconduite, devront être constamment évités.

Avec cela on fera bien de prendre habituelle-

ment du vin de quinquina et de la quinine à dose préventive , 25 centigrammes tous les deux jours sur les côtes, de 15 à 20 à l'intérieur, avant de se mettre en marche.

Le Dr Villette conseille, au lieu du sulfate de quinine qui se dissout difficilement et fatigue l'estomac, de prendre le bromhydrate ou le chlorhydrate, plus facilement absorbables, ou bien quelqu'un des succédanés ou dérivés de la quinine.

Cette pratique de prendre de la quinine préventive « parait, dit le Dr Lacaze, au-dessus des discussions dont elle était l'objet, il y a quelque temps. » Et le Dr Villette est encore plus affirmatif.

Presque tout le monde le fait, et le flacon de quinine parait le matin, sur bien des tables, à côté de la salière ou du sucrier. Grâce à lui, des hommes peuvent vivre là-bas des vingt ans et plus, bien portants, sans fièvre ou à peu près, et capables d'un travail long, pénible et continu.

Un exemple frappant en est le vieux curé missionnaire de Tamatave, l'ancien préfet apostolique des petites îles, le vénéré Père Lacomme, qui, depuis bientôt trente ans, n'a pas quitté le climat, réputé si malsain, de Nosy-Be, de Mayotte, de Sainte-Marie, de Tamatave, et qui est aussi actif aujourd'hui qu'il l'était aux premiers jours.

A la fièvre paludéenne se rattachent deux affections assez fréquentes, Tune qui la précède, l'autre qui en est ordinairement la conséquence, l'hyper-

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trophie de la rate, commune sur la côte Est, surtout dans la zone la plus insalubre, depuis la baie d'Antongil jusqu'à Mahanoro, et l'anémie, beaucoup plus générale et beaucoup plus à craindre.

L'hypertrophie de la rate, ou splénite, n'est pas particulière aux Européens qui font un séjour prolongé dans l'Océan Indien ; les Malgaches euxmêmes en sont atteints, et ils l'appellent dans leur langue, d'un mot composé qui veut dire « œuf de la fièvre » (1). Des soins appropriés et rapides doivent être pris avec la plus grande fidélité.

V anémie est bien plus redoutable et surtout se rencontre partout. « C'est, dit le Dr Jaillet, le premier effet de l'impaludisme ; elle est la conséquence forcée de l'infection miasmatique. Les Européens, après plusieurs accès de fièvre, ne tardent pas à en être atteints. Ils se voient plongés dans une indifférence presque complète, une dépression graduelle de l'intelligence et du système musculaire. Si la médication arsenicale et ferrugineuse ne stimule pas ces organes débilités, l'évacuation sur l'Ile de la Réunion, ou sur l'Europe, devient indispensable (2). »

Elle est encore plus fréquente dans le Boina où on l'appelle souvent, quoique improprement, anrmie tropicale. « Tous les Européens, sans exception, qui font du Boina leur séjour constant, en ressentent les effets », affirme le Dr Lacaze (3).

(1) D1 Jaillet, p. 13G.

(2) Dr Jaillet, p. 13G.

(3) D1 Lacaze, p. 149.

u Elle frappe rapidement l'Européen qui arrive dans la région. La majorité sont impaludés et anémiés, d'une façon plus ou moins marquée, dans les trois mois de leur arrivée. »

Ici cependant, comme partout, gardons-nous d'exagérer. J'ai vu bien des personnes, même des femmes, qui ont bien résisté à ce climat, et qui, après un séjour de plusieurs années, ne demandent pas mieux que d'y retourner.

Sur les hauts plateaux, comme dans les plaines, on retrouve l'anémie, ce produit naturel de la fièvre et du climat énervant des tropiques ; et, avec l'anémie, je ne sais quelle usure , qui vous enlève une partie de vos forces, diminue votre énergie, va parfois jusqu'à engourdir vos facultés. Mais on peut s'en préserver, au moins en partie, par les soins dont nous avons parlé plus haut, et tel missionnaire, après vingt et trente ans de séjour en Imerina, se porte encore admirablement.

Avec la fièvre, les étrangers ont à redouter à Madagascar, les cas d'insolation qui sont facilement mortels. Ces cas ne sont pas nombreux toutefois, même sur les côtes, mais ils se présentent jusque dans le plateau central et peuvent arriver par les yeux comme par la nuque. C'est pourquoi le casque colonial est de rigueur, et par le grand soleil , des lunettes noires sont au moins utiles.

Les autres maladies sont communes aux étrangers et aux indigènes, ou plutôt bien plus fréquentes chez ces derniers, à cause de leur mau-

vaise alimentation, de leur malpropreté et de leur manque de soins.

Il y a la variole, qui serait encore plus terrible si les malades n'étaient impitoyablement chassés de leurs villages et isolés sur les montagnes. La vaccination en effet, n'est connue et pratiquée que dans quelques rares endroits où il y a des Européens, médecins ou missionnaires. Sur mille Malgaches, il n'y en a pas un qui soit vacciné. C'est ignorance plutôt que répugnance, car chaque fois qu'ils en trouvent l'occasion, ils se prêtent volontiers à cette opération préventive.

La syphilis, dont j'ai parlé ailleurs, fait aussi d'horribles ravages; la lèpre, moins fréquente sur les côtes, beaucoup plus à l'intérieur, est une suite nécessaire, de l'inconduite d'abord, ensuite de la malpropreté et de l'alimentation. Peu contagieuse, elle est presque toujours héréditaire et un enfant né de parents lépreux, le deviendra tôt ou tard.

On a les lépreux en grande horreur : la loi les exclut de tout commerce avec les autres hommes ; mais on n'a rien fait pour leur venir en aide, on se contente de les proscrire ! Seules , la mission catholique d'abord, la mission luthérienne longtemps après, ont fondé des léproseries.

Les autres maladies de la peau sont aussi très nombreuses, surtout chez les Malgaches : la gale, en particulier la gale boutonneuse ou grosse gale malgache , l'ecthyma impétigineax ou bouton

malgache, l'ulcère de Madagascar, et une foule d'autres, produites par le manque de propreté. Elles ne résistent pas à une médication sérieuse. Les ulcérations sont rares, et les plaies guérissent assez facilement, même chez l'Européen un peu débilité.

La dysenterie est peu fréquente et bénigne, même dans la région plus chaude du Boina. Elle n'est pas endémique à Madagascar. Les diarrhées sont saisonnières sur la côte Est, et coïncident toujours avec les premières pluies de la saison chaude. La fièvre typhoïde est assez rare sur les hauts plateaux, et M. Lacaze en a constaté un seul cas à Mevatanana.

Les maladies des voies respiratoires sont relativement peu nombreuses, incomparablement moins qu'en France, de même que les rhumes, l'irritation de la gorge, le coryza, etc. Dans le Boina, la tuberculose est cependant « assez fréquente chez l'indigène sous forme de tuberculose pulmonaire. Elle frappe assez fréquemment l'Européen immigré, et sa marche est alors plus rapide qu'en Europe. Dans le cas d'un Européen déjà tuberculeux à son arrivée, l'évolution est généralement précipitée (1) ». Elle est moins fréquente sur la côte Est. On l'observe cependant chez certains colons étrangers, et alors elle se développe avec une rapidité foudroyante.

Les Malgaches, qui en sont atteints, viennent

(1) Loi: cit.,?. 149.

généralement de Tananarive où ils en ont contracté les germes (1). Dans l'Imerina, les cas en deviennent chaque jour plus nombreux, sans cependant faire encore de grands ravages.

Les affections pulmonaires sont accidentelles et assez fréquentes aux époques de grande ventilation, sous forme de bronchites, broncho-pneumonie et de pneumonie franche. Les pleurésies sont très rares et ne s'observent que sur des sujets menacés de tuberculose.

Les rhumatismes et les rhumatismes goutteux sont fréquents sur la côte Est. Ce sont la plupart du temps le résultat de la négligence des colons, autant que celui de l'humidité très grande du climat.

Telles sont les principales maladies de Madagascar. La liste n'en est pas extrêmement nombreuse , bien inférieure en tout cas à celle des diverses affections qui, à tout instant, menacent ou empoisonnent notre vie en Europe.

En outre , de ces maladies, beaucoup ne sont qu'une exception et ne sont pas très à redouter ; beaucoup ne frappent qu'une catégorie de gens dans des situations déterminées, comme la syphilis, la lèpre, et les diverses maladies de la peau; quelques-unes peuvent sûrement être prévenues, comme la variole.

Restent surtout, en définitive, la fièvre et l'anémie qui en est la suite. Nous avons vu qu'on

(l) Loc. cit., y. 135.

peut éviter la première, ou s'en débarrasser rapidement. La seconde est peut-être plus difficile à combattre.

Mais, somme toute, le climat de Madagascar est relativement sain. Et, avec quelques précautions, l'usage de la quinine préventive, une nourriture saine, une bonne hygiène et, surtout, la garde de tout excès et une vie très réglée, on peut vivre de longues années, presque sans fièvre.

Madagascar est donc très habitable, et son climat est meilleur que celui de la plupart de nos autres colonies, l'Indo-Chine bien entendu, le Tonkin, la Cote d'Afrique, meilleur que celui de l'Algérie ou de la campagne romaine, à peine plus fiévreux que certains cantons de la Basse-Bretagne ou du Centre de la France. Cela est vrai surtout des hauts plateaux, un peu moins, de l'Est ou du Boina.

En tous cas, même la considération de la fièvre ne doit sérieusement arrêter aucun immigrant. J'oserai seulement leur conseiller, après le Dr Jaillet, surtout à ceux qui veulent s'établir sur les côtes, de ne pas venir au commencement de la saison des pluies, mais d'attendre de préférence la saison sèche, c'est-à-dire mai ou juin, afin de pouvoir plus facilement s'acclimater.

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