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PRINCIPALES PRODUCTIONS

Il nous reste maintenant, pour terminer ce chapitre, à signaler les diverses productions de Madagascar, celles qui sont originaires de File et celles qui y ont été. ou qui pourraient y être introduites avec succès.

La principale est le riz. Flacourt en parle déjà, avec un visible intérêt, dans son si intéres-

sant ouvrage : Histoire de la grande île de Madagascar.

« Il y a plusieurs espèces de riz, dit-il, l'un qui se nomme Varemanghe et l'autre Vatomandre.

« Le Varemanghe se divise en quatre sortes, dont de deux sortes l'un est barbu et l'autre ne l'est pas, et des deux sortes le riz est fort blanc. Des deux autres sortes le riz est couvert d'une petite pellicule rouge qui le rend rougeàtre étant cuit, et ce riz est un peu suret ainsi que le seigle en France, et l'un est barbu et l'autre ne l'est point.

« Le Vatomandre est une espèce de riz qui ne vient qu'en hiver et qui est plus menu que l'autre et a un goût de suret (1)... »

On distingue surtout aujourd'hui le riz blanc et le riz rouge. C'est le premier qui est le plus répandu et le plus estimé.

Ils se vendent l'un et l'autre par mesure d'à peu près 16 kigr. ou iO livres anglaises.

En Imerina, le prix en est à Tananarive de

I fr. 85 à 3 fr. 75 le riz blanc, suivant la saison; de 1 fr. 25 à 1 fr. 50 le riz rouge; de 0, 60 à 1 fr. le riz non décortiqué.

Chez les Betsileo, où il est plus abondant, on peut en avoir un hectolitre pour 1 francs.

Après la récolte,, le riz non décortiqué est conservé dans de grands trous ou silos appelés « lavabo ry » et situés sous le sol même de la case.

II peut ainsi se conserver pendant un an.

(1) Flacourt, ch. 35, p. 114.

On le cultive encore aujourd'hui en beaucoup d'endroits, c'est-à-dire près des forêts de la côte Est, de la même manière que le décrit Flacourt en parlant des « Zafïihibrahim ou fils d'Abraham » qui habitaient en face de l'île Sainte-Marie.

« Lorsque les bois sont brûlés, raconte notre vieil auteur, toute la terre est couverte de cendres, lesquelles se détrempent par la pluie, et au bout de quelque temps ils sèment le riz d'une façon étrange; c'est que toutes les femmes et filles d'un village assistent au plantage d'un champ et marchent de front ayant un bâton pointu à la main dont elles font un trou en terre sans se baisser, jettent deux grains dans ce trou, et couvrent le trou avec le pied en le bouchant de terre, et le tout en cadence ; en sorte que toutes ensemble font la même chose en un instant, et font cette action en dansant et en chantant. Cela se fait si promptement et si adroitement que rien plus. »

En d'autres endroits, « on le plantait grain à grain, et on le recueillait espy à espy. Mais du côté d'Ànossy (Fort-Dauphin), il se plante d'une autre façon, et les terres se labourent avec les pieds des bœufs , c'est dans les lieux marécageux qu'ils appellent horracs où les bœufs enfoncent presque au ventre, pour renverser les herbes, et quand elles sont pourries, on sème par la bourbe le riz qui y vient à merveille (1). »

Il existe de tout cela des traces encore très visi-

(1) Flacourt, ch. XXXV, p. 113.

bles, car on change fort peu à Madagascar, excepté cependant chez les Hova et les Betsileo qui sèment et cultivent d'une manière toute différente.

Chez eux, en effet, le riz est d'abord semé dans de véritables pépinières préparées avec grand soin et fortement fumées ; puis, aussitôt qu'il commence à lever, on hâte sa croissance en le soumettant alternativement à l'action de l'humidité et du soleil, c'est-à-dire en amenant l'eau ou en l'en chassant.

Pendant ce temps, on prépare la terre (le lanibarij champ de riz) pour le recevoir, en la retournant fortement avec l'angady ou bêche à main, afin qu'elle soit ainsi bien aérée ; en la fumant ensuite, et écrasant les mottes, ce qui se faisait auparavant partout, ce qui se fait encore aujourd'hui en beaucoup de régions, au moyen d'un troupeau de bœufs piétinant la terre, inondée et déjà en partie ramollie. On repique alors le riz grain à grain, en ayant soin de choisir un temps humide, et on le maintient sous l'eau jusque vers la moisson.

Quand le riz est mûr, on le coupe avec un long couteau en guise de faucille , on le lie en gerbes assez petites pour être embrassées avec les deux mains, et on le bat sur une aire ouverte et commune, tout près du village, en le frappant contre une pierre debout, le « vatobary ».

Dans l'intérieur de l'Ile, on a véritablement créé de très belles rizières, soit en drainant et en

irriguant, par des canaux artificiels, de larges plaines marécageuses, comme celle de Betsimitatatra, à l'Ouest de la capitale, aujourd'hui le centre de la production du riz dansl'Imerina ; soit en amenant l'eau, souvent de plusieurs kilomètres de distance, jusqu'au sommet des montagnes, pour arroser de là successivement les rizières qui s'étagent en gradins sur les flancs de ces montagnes, jusqu'au fond de la vallée.

Sur les côtes, et en particulier à l'Est, la culture du riz a beaucoup diminué, soit à cause de la paresse des habitants, soit aussi par suite de la conquête ho va, des exactions et des injustices des gouverneurs. Le pays, qui en exportait jadis de grandes quantités à Maurice et à Bourbon, en produit à peine assez pour sa subsistance. Il va sans dire qu'une culture plus intelligente et plus perfectionnée, ramènerait la prospérité d'autrefois. Même dans l'intérieur, il n'y a pas le dixième des terres propres à cette culture qui soit mis en œuvre.

Après le riz le manioc.

11 vient partout sur les plateaux de l'intérieur, et beaucoup mieux sur la côte orientale. J'en ai vu des champs splendides formant un véritable fourré le long de la route de Tamatave, avant d'atteindre les premiers échelons du grand plateau central. Il croit sur le versant des montagnes et réclame une terre bien remuée et profonde. 11 lui faut deux ou trois ans pour être en plein rap-

port; mais, outre le produit qu'on en retire (les indigènes s'en servent pour leur alimentation et celle de leurs bêtes ; il serait aussi facile d'en tirer du tapioca, et je m'étonne qu'on ne l'ait pas encore tenté), la culture en serait doublement avantageuse, parce qu'elle amènerait le défoncement et la mise en œuvre du sol.

Je dirai à peu près la même chose de la patate, qui vient partout très grosse, sert aux mêmes usages et réclame moins de soins.

La pomme de terre s'est si bien acclimatée sur les plateaux de l'intérieur, en particulier dans l'Ankaratra, qu'elle y vient presque à l'état sauvage ; on en exporte une assez grande partie vers Tananarive ; le reste sert à la nourriture des habitants et à l'élevage. Une pleine mesure coûte à peine quelques sous. Elle est petite, étant fort mal soignée. On se contente en effet de soulever une motte sous laquelle on introduit un tubercule, généralement avec quelques graines de haricots ou de maïs.

Les haricots viennent à merveille sur les hautsplateaux. On les cultive beaucoup sur les côtes Ouest et Sud-Ouest, en particulier l'espèce appelée « pois du Gap ». On en exporte de grandes quantités sur la Réunion et Maurice, tout spécialement de Saint- Augustin.

Flacourt nomme encore plusieurs espèces d'ignames et d'autres racines plus ou moins amères, et pouvant aussi servir à l'alimentation des habitants.

16i MADAGASCAR.

Enfin, il faudrait énumérer à peu près tous les légumes d'Europe , introduits surtout par la mission catholique et cultivés aujourd'hui presque partout dans les environs de Tananarive, de Diego-Suarez, etc. : des ohoux de toutes sortes et très beaux; des poireaux, des asperges, des artichauts, carottes, navets, raves, petits pois, haricots, épinards, salades, etc., etc.

Le maïs réussit dans tout Madagascar, et est cultivé un peu partout en petites quantités ; mais c'est le long du littoral que son rendement est le plus fort.

V arachide, au contraire, croit surtout dans l'intérieur. On ne la cultive cependant pas, car ses fruits, appelés aussi pistaches de terre, ne sont utilisés que par les indigènes qui les mangent grillés légèrement.

Parmi les arbres fruitiers, il faut citer le bananier, très répandu et donnant d'excellents fruits sur la côte. Il viendrait à peu près partout, même sur les plateaux.

Vanana, qui réussit surtout dans l'intérieur et donne des fruits savoureux et délicieux, en particulier aux environs de la capitale.

Le jacquier et le papayer, qui ne viennent guère que sur la côte.

Le goyavier et le grenadier, qui abondent dans toute l'île.

Les tamariniers sont très communs sur la côte Ouest où ils forment d'immenses bosquets. Les Sakalaves en retirent de l'alcool. Les peuplades du

S.-O. en font cuire la graine avec de la cendre pour lui enlever son amertume, et c'est là parfois le fond de leur nourriture.

Le pêcher introduit dans File, il y a une cinquantaine d'années, pullule sur les hauts plateaux, presque à l'état sauvage. Comme il n'est point greffé, les fruitsen sont inférieurs à ceux de France, mais il serait facile de. les améliorer.

Le leschi est spécial à la côte , mais le figuier s'est bien acclimaté dans l'intérieur et, abrité contre le vent , il donne d'excellents fruits.

L' indigotier pousse à l'état sauvage dans presque toute l'Ile, mais seuls, les indigènes s'en servent pour teindre leurs lamba.

Il y a de belles plantations de cocotiers sur la côte N.-O. près d'Anorotsanga. Les fruits sont transportés à Nosy-Be , où l'on en extrait l'huile et les fibres. Un cocotier rapporte, au bout de cinq à six ans, de 5 à 6 francs par an, et les dépenses de plantation et d'entretien ne s'élèvent à ce moment qu'à 70 ou 80 centimes.

V oranger et le citronnier se rencontrent partout, sauvages sur les côtes, cultivés à l'intérieur. Jusqu'ici personne, sauf les indigènes, ne s'en est occupé, et les résultats sont médiocres. Il faut excepter les environs de Maromby, non loin d'Andevoranto, où j'ai mangé de grosses oranges à pelure verte et très mince, aussi bonnes que toutes celles que j'aie vues ailleurs. On en avait une pleine corbeille pour 60 centimes. Des essais commencés pour extraire l'acide citrique du ci-

tron n'ont pas été continués. On les reprendra sûrement un jour.

Le manguier, introduit de la Réunion, est aujourd'hui un arbre indigène — en certains endroits un arbre sacré, — surtout dans le voisinage des côtes, où il devient splendide. 11 réussit aussi à l'intérieur où il peut former de belles allées et donner d'assez bons fruits.

Le mûrier, importé il y a cinquante ans par M. Laborde, est devenu commun dans toute l'Ile, surtout dans l'intérieur où il réussit merveilleusement. Il y a tel endroit où l'on peut difficilement s'en débarrasser, car il suffit qu'une branche coupée touche terre, au commencement de la saison des pluies , pour atteindre 3 ou k mètres au bout de quelques mois. Les vers à soie importés par le même M. Laborde , sont d'origine chinoise, et la graine s'en est perpétuée depuis, grâce aux indigènes qui en cultivent de très petites quantités.

Elle s'est nécessairement un peu abâtardie. Le cocon est très blanc et la longueur du fil varie de 2,000 à 3,000 mètres. Le prix actuel d'an kilogramme de soie montée en écheveau est de 18 francs à Tananarive. On s'en sert pour faire de très beaux lamba, teints des plus vives couleurs, ou des étoffes avec- chaîne en rofia et trame en soie.

M. Iribe avait essayé un établissement de sériciculture à Tananarive, il y a quelques années. Il échoua. La création et le développe-

ment de cette industrie me paraissent cependant chose certaine, le jour où un homme sérieux, instruit et disposant de quelques capitaux, voudra s'en occuper.

Un autre arbuste très vivace, V embrévatier, qui vient sur les hauts plateaux, mais surtout vers l'Ouest, nourrit, sans culture et sans soins, un bombycien indigène dont la soie, moins brillante que la nôtre, est incomparablement plus solide et plus durable. On ne la dévide point, mais on la file comme le chanvre ou la laine en France, et c'est avec elle, en particulier, que l'on fait les lamba dont on enveloppe les morts.

Nous n'avons rien dit encore des deux grandes productions de l'agriculture européenne : le blé et la vigne.

Des essais ont été tentés, en particulier par la mission catholique. Mais ils n'ont pas donné de résultats décisifs. Du reste, ils n'ont pu être faits avec assez de suite, ni dans d'assez bonnes conditions, pour être concluants.

La campagne d' Ambohipo où les Pères essayèrent d'introduire le blé, est composée d'un terrain très ingrat. Le grain s'abâtardissait, et les essais ont été abandonnés. Cependant les indigènes en produisent en petite quantité dans le Nord-Nord- Est de Tananarive, sous le nom de lafarina ou de vary bahaza, riz des blancs.

On a essayé de la vigne à diverses époques et dans divers endroits. Dans la campagne de la mission catholique, les ceps français ont été atta-

qués par l'oïdium; ailleurs ils semblent réussir, comme à Ambositra ou chez M. Rigault à Ivato, et les ceps américains prospèrent partout non greffés.

Enfin, il y a dans le pays une vigne indigène, probablement importée autrefois par les Portugais, qui donne de très bons fruits et en très grande abondance. Ce sera probablement la vigne de l'avenir.

11 nous reste à parler, pour clore cette longue énumération, qui est loin cependant d'être complète, de quelques plantes qui paraissent devoir être le fond des futures exploitations, je veux dire la canne à sucre, la vanille, le cacaoyer et le café.

La canne à sucre existait à Madagascar du temps de Flacourt, qui la nomme parmi les productions de l'île. Mais ce n'est qu'en 1842, que deux premières sucreries furent établies à Mananjary, par un créole de Bourbon associé au gouvernement malgache. Tout alla bien pendant les deux premières années, mais les travailleurs accablés par la corvée, se soulevèrent ensuite et saccagèrent les plantations. Le décret d'expulsion et la guerre achevèrent de tout ruiner.

Une autre usine fondée vers la même époque à Mahasoa, près de Tamatave, au compte du gouvernement malgache, ne donna aucun résultat.

Le Père de la Vaissière parle de plusieurs belles et riches plantations autour de Tamatave, et de

quelques sucreries dans lesquelles on installa le vieux matériel abandonné de Maurice, et qui malgré tout, donnaient déjà de beaux résultats, quand la dernière guerre vint tout ruiner.

On a recommencé depuis, et voici qu'une nouvelle guerre vient de nouveau tout compromettre.

Les cannes doivent être plantées au moins un an et demi avant la coupe. Elles atteignent jusqu'à 3 mètres de hauteur et deviennent de la grosseur du poignet.

Le même pied peut donner jusqu'à vingt repousses successives. Elles réussissent surtout à l'Est; mais j'en ai vu dans l'intérieur, vers Ambohibeloma, aux meilleurs endroits, des champs réellement très beaux.

Le coût d'une plantation de cannes, sur la côte, en y comprenant le prix de location du terrain , le défrichement, la nourriture et le salaire des hommes , est en moyenne de 150 francs par an et par arpent de 34 ares 19 centiares; un peu plus élevé vers Tamatave , un peu moins en allant vers le Sud, à Vatomandry et Manaujary, où les terrains sont moins chers et les ouvriers plus nombreux. Les baux se font en général pour 25 ans. Le rendement moyen est de 2,000 kilogrammes par arpent, ou, au prix de 30 francs les 100 kilogrammes, de 600 francs.

Cependant, pour que la culture de la canne à sucre devînt rémunératrice, il faudrait renouveler le matériel des sucreries, adopter les nouvelles méthodes par diffusion et supprimer le droit de

10 % à la sortie, droit que l'on a au contraire exagéré en le fixant une fois pour toutes à 2 fr. 50 par 100 livres.

La vanille réussit peut-être mieux que la canne à sucre sur la côte orientale. Commencée un peu avant la guerre , cette culture ne donna d'abord que de médiocres résultats , mais elle fut reprise ensuite sur de meilleures bases et se développa rapidement.

M. d'Ànthoùard comptait déjà en 1890 une quarantaine de vanilleries, disséminées le long de la côte depuis Fénérife jusqu'au Mananjary, surtout entre Vatomandry, Mahanoro et Mahela. Aux environs de Vatomandry seulement, il y avait 18^,000 pieds.

La récolte commence dès la troisième année, et la quatrième la vanille est en plein rapport. L'arpent produit alors environ 100 kilogrammes. Il faut à peu près 1250 francs pour planter et entretenir un arpent jusqu'à la première récolte.

« La vanille donnerait de bons résultats, m'écrit M. Paul Brée, si tous les mauvais sujets de Bourbon se faisant passer comme préparateurs de vanille, les récoltes n'étaient abîmées par ces prétendus spécialistes. »

C'est là un mal auquel on peut remédier.

Le cacaoïjer se cultive aussi sur la côte Est et a été importé de Maurice et de la Réunion. Presque toutes les plantations possèdent quelques-uns de ces arbres; mais c'est depuis peu seulement qu'on en a entrepris la culture en grand. En 1883 il y

avait de 5.000 à G. 000 cacaoyers disséminés partout. Tout fut abandonné. Mais quand le. t teurs revinrent, quelle ne fut pas leur surprise de voir que ces cacaoyers, plantés cependant sur de vieilles caféiries, c'est-à-dire sur des terres déjà épuisées, loin d'avoir péri, avaient au contraire, non seulement résisté, mais encore prospéré ! La preuve de leur résistance et de leur vitalité était faite. La conséquence fut un rapide développement de leur culture.

On comptait déjà 150.000 pieds en 1888, plus de vingt plantations commençaient à rapporter en 1890, et la semence, qui avant la guerre valait 2fr. 50 le fruit, était descendu au-dessous de 0 fr.50.

Le cacaoyer commence à produire à 3 ans, mais n'est en plein rapport qu'au bout de cinq ans. Chaque pied donne alors à peu près 300 francs. Les conditions et le prix de culture sont ceux du café.

Sans aucun doute le café sera la grande culture des exploitations européennes à Madagascar. C'est sur lui qu'ont porté les plus nombreux essais, sur lui aussi que se concentre l'attention. Il nous faut donc l'étudier un peu plus en détail.

Uuand on va de Tamatave à Tananarive, on est tout surpris et tout heureux de rencontrer auprès d'un grand nombre de villages, surtout dans la forêt, de splendides pieds de café, couverts suivant la saison de leurs petites fleurs blanches, si jolies et si délicates, ou bien de nombreuses baies vertes rappelant à s'y méprendre, sauf la couleur, celles du houx de nos montagnes de France. Il y

a aussi de ces pieds qui réussissent admirablement en Imerina, et je me rappelle en particulier avoir vu à l'Est de la place de Mahamasina, à Tananarive, dans la cour de l'église Saint-Joseph, une allée de caféiers ployant sous son poids de graines. Ils en portaient sûrement chacun plusieurs kilogrammes, et cela était d'autant plus remarquable qu'ils appartenaient à l'espèce de caféiers de Bourbon, la meilleure et la plus délicate. Vers l'Ouest enfin, M. Suberbie m'a parlé de pieds de café, plantés par lui dans son jardin, et produisant dès la seconde année !

Mais ce ne sont là que des essais isolés, dont la situation, l'engraissement du terrain par l'amoncellement des détritus tout naturel près des villages, ou d'autres causes, expliqueraient le succès. 11 nous faut donc plutôt considérer les plantations proprement dites.

Celles de la côte Est ont donné beaucoup de mécomptes. On avait choisi le café de Bourbon. Il promettait beaucoup dès l'abord, poussant rapidement et paraissant plein de vigueur. Mais au bout de trois ou quatre ans, il dépérissait peu à peu et ne donnait que de minimes résultats, ou bien il était atteint par Yhémileïa vastatrix importé de Ceylan, et mourait rapidement.

Peut-être que la température est trop chaude et trop humide, et le sol trop pauvre pour soutenir une végétation naturellement trop rapide; en sorte qu'à Madagascar, aussi bien qu'au Guatemala, il vaudrait mieux choisir une altitude plus

élevée, celle comprise entre 500 et 1000 ou même 1200 mètres. Quoi qu'il en soit, les plantations de café de Bourbon qui, avant la guerre, semblaient devoir faire la fortune de la cote Est, ont presque entièrement péri, par suite des causes déjà énoncées, et aussi de l'abandon forcé où elles furent laissées. On ne les a pas reprises.

Mais ayant constaté que de vieux pieds de café Libéria, apportés dans le pays à titre de curiosité et d'essai, avaient résisté au milieu de la mortalité générale causée par l'hémileïa, quelques planteurs d'initiative, parmi lesquels il faut mettre au premier rang mon correspondant de Vatomandry, M. Paul Brée, essayèrent de mettre cette culture en honneur. Tout allait à souhait, et ils étaient pleins d'espoir, quand il leur a fallu tout quitter.

Je dirai la même chose de la grande plantation d'Ivato que M. Bigault a essayé à 15 kilomètres de Tananarive.

Le prince Henri d'Orléans lui consacre quelques lignes vraiment enthousiastes : « Les plants sont de Bourbon; l'exploitation commencée, il y a quatre ans, a été attaquée par la maladie et a su y résister, grâce au traitement par le sulfate de cuivre, grâce surtout à la température fraîche de la saison hivernale. . .

« M. Bigault trouve une main-d'œuvre abondante dans les villages' des environs. Femmes et enfants sont payés un peu plus de \ francs par mois, nourriture comprise. Quant à l'engrais, considéré par certains auteurs comme devant coûter si cher, il est

économiquement fourni par deux troupeaux de cinquante bœufs, qui paissent sur des collines laissées en herbage ; deux enfants suffisent à les surveiller. Les phosphates sont achetés sous forme de cendres et os, à raison de quelques sous la tonne : trente mille kilogrammes suffisent par hectare tous les trois ans. La pulpe du café remise sur le sol, lui rend l'azote enlevé... A Ivato, 166.000 pieds de café poussent en plein vent... Les 300 et quelques hectares qui composent la propriété ont été loués à raison de 8.000 francs pour trente ans. Au bout de ce temps, le bail est renouvelable pour un même délai et au même prix (1). »

Je n'ai rien à ajouter à ces détails; mais l'expérience, qui ne sera définitive que dans deux ou trois ans, ne réussît-elle pas, comme l'espèrent et le prince d'Orléans et M. d'Anthoùard, que ma confiance dans l'avenir du café à Madagascar n'en serait pas ébranlée. Ivato, en effet, est assez mal exposé; son sol est loin d'être riche et les endroits abondent sur les plateaux, mieux situés et plus fertiles, où l'on aurait obtenu les résultats les plus rémunérateurs si l'on avait pu parvenir à les louer.

D'autres plantations ont été essayées à Suberbie ville. Elles paraissent devoir réussir très bien.

Les Malgaches enfin commencent eux-mêmes à cultiver le café, et d'assez grandes quantités en sont apportées un peu de partout sur la place de Tananarive.

(1) Revue de Paris. I10 oct. 1894, p. 454-455.

Bref, et pour conclure, il y a des difficultés et jusqu'ici pas de succès bien décisif. Néanmoins, tout le monde compte que Ton réussira. Mais pour cela, il faudrait la tranquillité et la sécurité ; il faudrait ensuite que l'achat ou la location des terrains propices fût abordable ; il faudrait enfin de l'argent et des hommes entendus. Quant aux débouchés, ils sont assurés, et le café de Madagascar peut être importé en France avec grand avantage puisqu'il ne coûte que de 00 à 80 francs les 100 kilogrammes à Tananarive, 170 à 180 francs à Tamatave et qu'il profiterait d'un dégrèvement de 05 francs à son entrée dans nos ports, sur les grains étrangers.

Quant à son prix de revient, voici les frais de premier établissement et d'entretien d'une caférie de 32 arpents ou 16 hectares 24 ares, qui, commencée en 1879, se liquida complètement dès sa première récolte :

2.000 journées de travail pour défonçage et labourage, établissement des semis, division de la propriété, nettoyage, etc., à Ofr. 30 la journée.. 000 fr.

Nourriture des travailleurs : 1 kilogramme de riz pour 2 journées, soit 1.000 kilogrammes, à

32 francs les 100 kilos 320

Achat de semence : 250kilogrammes de choix,

à 120 francs les 100 kilos 300

Achat, transport et montage 2.500

Construction de maison, hangar, etc 2.500

Achat d'outils 1.000

Total 7.220 1V.

Un pied de café rapporte en moyenne 1 kilo-

gramme par an, il faut près de 2400 pieds par hectare, en les plantant à la distance de 2 mètres sur 2ra,50.

J'aurais encore à parler des girofliers qui viennent très bien à Sainte-Marie, et réussiraient à Madagascar, au moins sur la côte orientale, où du reste on a déjà tenté de les introduire; du thé essayé en plusieurs endroits et qui vient très bien, mais pour lequel il faut une main-d'œuvre choisie, difficile à trouver à Madagascar ; de Yarrowroot, etc.

Mais il faut se borner.

Je terminerai donc par un mot rapide sur les plantes textiles.

La première serait le coton. On le cultivait autrefois à Madagascar ; les indigènes en recueillaient les gousses et en fabriquaient eux-mêmes leurs vêtements. L'introduction et le bas-prix des cotonnades américaines l'ont fait abandonner. Il pousse cependant très bien, tout spécialement sur les côtes, et il y en- a des pieds venant à l'état sauvage un peu partout, en particulier vers l'Ouest. Déjà, depuis longtemps, si le pays n'était fermé à toute entreprise venant du dehors, de grandes plantations de coton se seraient établies, soit pour en exporter la récolte en France, soit pour le filer sur place et le vendre aux indigènes , qui en tisseraient leurs lamba; ou mieux encore pour établir des filatures, qui avec le peu de coût de la matière première et de la main-d'œuvre , aurait vite fait de tuer l'importation américaine. Il y au-

rait à cela une réelle difficulté, c'est la nécessité de trouver des centaines de bras, à un moment donné, pour en faire la récolte. Mais on y arrivera évidemment d'un moyen ou d'un autre.

Je cite en courant la ramie qui pousse presque à l'état sauvage, en particulier près de Vatomandry, et qui n'a été abandonnée que faute de machines à décortiquer;

Le chanvre, qui est cultivé sur les plateaux de l'intérieur, dans les endroits abrités et y réussit assez bien ;

Ualoès, dont les indigènes fabriquent divers ouvrages de sparterie, et qui pousse admirablement.

Et bien d'autres.

On le voit donc , les productions de Madagascar sont très abondantes, et quelques-unes de première valeur. Si l'on y ajoute les divers produits des forêts, en particulier le miel, la gomme copal, le caoutchouc, etc., dont je parlerai bientôt, et l'élevage des animaux domestiques et des volailles de toutes sortes, dont je dirai également un mot plus tard, on comprendra que ce mot de M. Guinard, que l'avenir de Madagascar était dans son sol, non dans son sous-sol, n'était pas exagéré, mais qu'il exprimait au contraire la simple vérité. Il ne faut que des colons sérieux et instruits, de l'argent et de la liberté...

Tout cela va venir.

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