ANIMAUX DOMESTIQUES
Nous plaçant à un autre point de vue, celui cle Futilité économique, il nous faut maintenant dire un mot des animaux domestiques et des oiseaux de basse-cour de Madagascar.
Ce sont à peu près les mêmes que ceux que l'on retrouve presque partout, à quelque différence près, et la plupart, sinon tous, ont été importés à une époque plus ou moins reculée, quelquefois toute récente. Mais ils se sont bien acclimatés et ils constituent la principale richesse des Malgaches.
Bœufs (1). — Les bœufs sont très répandus dans toute l'île, surtout en certains endroits où l'excellence et l'abondance des pâturages facilitent leur reproduction : au Nord, chez les Antankara et dans les environs de Vohemar ; sur la côte Est , entre Mahanoro et Mananjary, ainsi que du côté de Maintirano et de Morondava ; au Sud , vers Fort-Dauphin ; dans le centre, chez les Antsihanaka, dans toute l'Imerina et chez les Betsileo. Ils constituent, avec le riz, la base de la nourriture et du commerce des indigènes. -Ces bœufs, différents de nos espèces européennes par la grosse bosse ou loupe graisseuse qu'ils ont entre les épaules , présentent des
(1) Cf. Rapport de M. dAuthouard, 1890, p. 5.
analogies avec le zébu qui est si répandu dans les parties méridionales de l'Asie. Petits de taille, leur poids varie entre 250 et 300 kilogrammes, sur lesquels on compte généralement 120 à 150 kilogramme de viande sans os.
Quelques-uns servent de monture dans l'Imerina et chez les Betsileo. On leur coupe les cornes et ils galoppent comme des chevaux. C'est ce qui a donné occasion à Flacourt d'en faire une espèce à part, distincte du bœuf ordinaire ; et, grâce à leur bosse parfois très développée, à d'anciens voyageurs, de les prendre pour des chameaux.
Quelques animaux d'origine française, des vaches normandes et bretonnes avaient été introduites par M. Laborde, et ce premier essai promettait beaucoup. Le croisement avec la race indigène donnait en particulier de beaux produits. Mais depuis, mal soignés et presque abandonnés, ces animaux d'importation étrangère ont disparu en grande partie, et aujourd'hui, on n'en rencontre que quelques rares échantillons.
Les bœufs sont , quelques-uns exportés à la Réunion et à Maurice, et les autres tués surplace pour la consommation locale. On sale alors et on fait sécher les peaux qui sont exportées surtout en Amérique.
Peut-être consomme-t-on chaque année non loin de 300,000 bœufs, si l'on s'en rapporte aux statistiques des douanes. Elles accusent en effet.
Exportation des bœufs vivants sur Maurice et la Réunion 12.000
Exportation des cuirs :
Tamatave 100.000
Mojanga 90.000
Mananjary 10.000
Vatomandry 7.000
Vohemar 2.000
Anorontsanga 2.000
Autres ports 10.000
Bœufs tués suivant l'ancienne coutume, qui interdit de séparer la peau de la viande 50.000
Total 183.000
Consommés sur place, plus de 100.000
Moutons. — On élève aussi beaucoup de moutons, de l'espèce à large queue, que l'on rencontre en Afrique et en Asie. Ils sont petits et couverts de poil, plutôt que de laine, et ressemblent beaucoup plus à des chèvres qu'à des moutons européens. Leur viande est sèche et peu agréable, et a un goût particulier auquel il faut un certain temps pour s'habituer. On les trouve sur les hauts plateaux, c'est-à-dire dans l'Imerina et chez les Betsileo. Ils sont consommés sur place. Un mouton, à Tananarive, vaut de 3 francs à 3 fr. 50, et sa peau exportée ordinairement par Tamatave, y est cotée à peu près 0 fr. G5 centimes, le même prix que les peaux de chèvre ; et pendant l'année 1887, il a été exporté H. 000 peaux de l'un et l'autre de ces animaux.
Évidemment M. Laborde ne pouvait se désintéresser de l'élevage du mouton, et il devait s'efforcer d'introduire et d'acclimater à Madagascar l'espèce à laine , qui y rendrait de si grands ser-
vices et pourrait être pour la grande île africaine, la même source de richesses qu'elle a été pour les îles de l'Australie. C'est ce qu'il tenta à Mantasoa; et il aurait réussi, si les Anglais n'avaient enfin abouti à ruiner son œuvre. M. Rigault a recommencé les mêmes tentatives dans sa propriété d'Ivato. Il mérite toutes nos félicitations et tous nos souhaits de pleine réussite. Déjà tout s'annonce bien ; ses moutons sont forts et vigoureux et ont produit des sujets d'un bel aspect. Mais vînt-il à échouer — et il est bien à craindre que la guerre ne remette une fois de plus tout en cause , — qu'il ne faudrait pas se lasser.
N'oublions pas, en effet, comme le remarque justement le prince d'Orléans, les tâtonnements qui ont précédé, en Australie, l'introduction des mérinos, et rappelons-nons qu'il a fallu des années pour trouver une race propre à cette contrée. La même persévérance et une méthode analogue amèneront, j'en suis convaincu, les mêmes résultats sur les plateaux de Madagascar, « c'est-àdire la création d'une source de richesses immenses, encore inconnues dans l'île (1). »
Les chèvres sont moins nombreuses que les moutons et se rencontrent surtout sur les hauts plateaux où elles réussissent très bien, et sur la côte Ouest, où elles font partie de l'alimentation des Sakalaves.
Les porcs sont très nombreux sur le plateau
(l) Revue de Paris, 1er octobre 1894, p. 458*
central, mais d'une qualité inférieure, avec une chair molle et huileuse. Ils sont réputés fady, c'est-à-dire impurs, chez un grand nombre de tribus, les Sakalaves de l'Ouest, les Antaimoro de l'Est et plusieurs autres. C'était probablement la même chose autrefois chez les Hova, et même encore, jamais un cochon vivant ne doit entrer dans la capitale. Un porc vaut 30 francs à Tamatave.
11 y a déjà un certain nombre de chevaux sur le plateau central, surtout aux environs de Tananarive, et les Malgaches commencent à en apprécier la valeur. Il existe même quelques éleveurs, qui en possèdent un certain nombre, dans de grandes plaines, au bord de l'Ikopa. Je les ai vus souvent, et il faut avouer qu'ils ont fort bonne mine. Mais leur élevage est évidemment mal fait; les croisements ne sont pas soignés; la race est mélangée : arabe, normande, australienne, annamite; enfin l'influence du pays se manifeste, dans la reproduction, par un abaissement de la taille. Mais en revanche, ils sont très solides, très résistants, ont le pied très sûr, et peuvent rendre de grands services.
On rencontre aussi quelques ânes qui ont toutes les qualités d'endurance et de sobriété des nôtres, et qu'un peu de soins multiplierait rapidement, au grand avantage de tout le monde, en particulier des petits marchands et des petits propriétaires; car ils se sont parfaitement acclimatés.
Il faut en dire autant des mulets, appelés à
rendre encore de plus grands services. On le verra pendant la future expédition, et l'on peut espérer que cet exemple encouragera les éleveurs à en produire un grand nombre.
Puisque nous sommes sur ce chapitre des animaux de ferme, disons un mot en finissant de la basse-cour.
Les volailles sont les mêmes à Madagascar qu'en France, par exemple ; mais elles y pullulent littéralement, surtout dans le plateau central, et y sont relativement bonnes et à très bon compte : des poules, des oies, des canards [Vorombahaza, oiseau des blancs), des dindons, des pigeons, des pintades, etc. Je n'ai vu nulle part de tels troupeaux d'oies ou de canards, comme ceux qu'on rencontre par exemple, dans les rizières, une fois la moisson faite, ou dans les marais des bords de l'Ikopa, aux environs de la capitale. Ils se comptent par centaines, et leurs gardiens vivent, pendant toute une saison, dans de petites huttes en terre' et en chaume, alignées sur la chaussée, afin de les surveiller et de les soigner.
On n'a pas encore cependant, en dehors de la consommation locale, tiré aucun autre profit de ces animaux. Et c'est cette circonstance qui explique leur bas prix, vraiment extraordinaire.
Dans l'intérieur, un poulet se vend de 0 fr. 10 à 0 fr. 30 c. ; un canard de 0 fr. 40 à 0 fr. 50 c. dans l'Imerina; de 0 fr. 20 à 0 fr. 30 c. chez les Betsileo; une oie grasse, de 1 fr. 25 à 1 fr. 30 vers Tananarive; de 60 à 80 c. chez, les Betsileo.
Les dindons, de 0 fr. 50 à 1 fr. 50 c.
Les pigeons, de 0 fr. 25 à 0 fr. 30 c.
La pintade est, surtout à l'état sauvage, excessivement nombreuse.
Notons enfin la présence, dans les étangs et marais, de nombreux canards sauvages.