OISEAUX
Parlons d'abord des espèces disparues.
M. Grandidier, en même temps que son Hippopotame deLemerle, dont nous avons déjà parlé, a rencontré, dans les sables de la côte S.-O., le squelette de plusieurs espèces à\Ëp?jornis, oiseaux aujourd'hui éteints, dont plusieurs avaient une taille colossale. Les œufs de l'une d'elles qui ont si vivement excité la curiosité des savants, avaient une capacité de plus de huit litres, et un volume correspondant à celui de 6 œufs d'autruche, ou de 148 œufs de poule. Les ossements des nombreuses espèces d'/Epyorm's et de Mullerornis (une douzaine) permettent de classer ces oiseaux dans le groupe des brévipennes. Les innombrables fragments d'œufs, mêlés à des coquilles terrestres subfossiles, recueillis auprès de ces débris d'os, dans les dunes de sable qui longent la côte Sud de Madagascar, ont montré que si ces
oiseaux, pour la plupart gigantesques, et dont quelques-uns avaient plus de 2 mètres de hauteur, n'existent plus aujourd'hui, ils ont vécu à une époque peu reculée, puisque ces restes se retrouvent dans les formations les plus récentes, dont on suit encore de nos jours le développement continu. Il ressort de l'examen des diverses parties des squelettes des Mpyorni$ Ingens (Edw. et Grand.), Titan (Audrews) et Maximus (Geoffr. St-Hil.), qu'ils avaient des formes extraordinairement massives, et des pattes d'une grosseur dont on a peine à se former une idée. Ces caractères les éloignent des autruches, des nandous, des casoars et des émeus, pour les rapprocher davantage des Dinornis et des Aptéryx. S'ils n'étaient pas les plus grands des oiseaux, puisque la taille du Dinornis géant atteint jusqu'à 3 mètres, ils étaient évidemment les plus gros et les plus massifs. Ces oiseaux établissent des rapports particuliers entre Madagascar et la Nouvelle-Zélande.
Quant aux oiseaux aujourd'hui vivants à Madagascar, je ne saurais mieux faire pour en parler, que de citer quelques passages de la conclusion du splendide volume que MM. Milne Edwards et Grandidier ont consacré à « l'histoire naturelle des oiseaux » de la grande île africaine.
« Aujourd'hui, disent-ils, le nombre total des espèces ou races d'oiseaux trouvés à Madagascar s'élève à 238 qui, dans leur ensemble, donnent à cette ile un caractère particulier... »
« ... Si de ces 238 espèces, nous retranchons
certains échassiers, les oiseaux de rivage, et les oiseaux de mer, tels que les Charadridés, les A?*déidés, les Dromatidés, les Scolopacidés, les Longipennes et les Totipalmes, tons oiseaux de haut vol et pour la plupart cosmopolites, il en reste 170, dont il faut encore déduire 21 dont 3 canards, qui ont un habitat très étendu, 6 rapaces, 2 martinets et 1 hirondelle, 3 ciconidés, 1 ibis et 1 flamant et 4 anadités, qui sont aussi de haut vol, et auxquels leurs ailes puissantes permettent de traverser le canal de Mozambique, et dont par conséquent la présence à Madagascar n'influe en rien sur la faune de cette ile. Sur les 149 espèces ou races restant, 4 ont une aire de dispersion très considérable, 9 sont d'origine africaine, 7 d'origine asiatique ou océanienne et 129 sont propres à l'Ile, soit plus de la moitié des espèces trouvées à Madagascar. C'est une proportion considérable pour un pays d'une étendue si petite; de ces dernières 19 ont un faciès tout spécial; 21 n'ont pas de caractères bien tranchés, 14 sont intermédiaires entre des espèces africaines et des espèces orientales, 21 sont voisines d'espèces africaines, 40 se rapprochent d'espèces asiatiques et 14 rappellent des types océaniens. Nous citerons parmi les genres spéciaux à ce petit coin de terre les Couas ou coucous malgaches qui comptent jusqu'à douze espèces différentes. Il ressort de cette étude analytique que la faune ornithologique malgache a un caractère tout particulier, et que, malgré la petite distance qui sépare Madagascar du continent africain, ses affinités sont
beaucoup plus grandes avec l'Extrême-Orient qu'avec l'Afrique, puisque, si on laisse de côté les oiseaux de haut vol, il y a environ deux fois plus d'espèces voisines des espèces orientales que des espèces africaines, et qu'en outre, la plupart des genres caractéristiques de l'Afrique y manquent complètement.
« On sait que Madagascar comprend trois régions bien distinctes par leur aspect physique, leur constitution géologique, leur végétation, leur climat : la région de l'Est et du Nord-Est qui est montagneuse, humide et couverte soit de bois, soit de plantes herbacées plus ou moins grandes, suivant les localités; le massif central qui est très accidenté et nu, presque entièrement dépourvu d'arbres et d'arbustes, et dont une herbe grossière cache mal le sol argileux d'un rouge foncé; enfin la région de l'Ouest et du Sud qui est plate, sèche et sablonneuse, avec çà et là des arbres et des bois clairsemés. Le centre de l'île ne contient que peu d'oiseaux, presque tous de haut vol, principalement des oiseaux de proie, des martinets, des hirondelles, des échassiers et aussi des martins-pêcheurs au plumage d'un bleu éclatant et des cardinaux : en effet ces montagnes arides où les bouquets même de quelques arbres sont rares, ne peuvent donner asile à beaucoup d'animaux ; sous ce rapport la plus grande partie du massif central est presque déserte.
« Les deux régions littorales sont au contraire très peuplées d'animaux de toutes sortes, et si la
plupart de ceux-ci habitent indifféremment l'une ou l'autre, il n'en est pas moins un certain nombre qui sont cantonnés presque exclusivement dans chacune d'elles et qui leur donnent une physionomie particulière : il y en a même qui se tiennent dans des limites encore plus étroites, ne sortant pas d'un district de petite étendue. Aujourd'hui on connaît cinquante espèces propres à la partie orientale et à la région toute pareille et limitrophe du Nord-Ouest, et vingt-trois espèces propres à la région occidentale...
« Il est intéressant de noter qu'un certain nombre d'espèces qui sont d'habitudes sédentaires, éprouvent des modifications sous l'influence des conditions physiques du milieu où elles vivent : en effet, les conditions biologiques sont très différentes dans les deux régions de l'Est et du Nord- Ouest, et cette différence se manifeste chez les individus de l'Ouest par une diminution de taille, et par une tendance à l'albinisme ou une coloration générale plus pâle. Les Ellisia Madagascariensis et filicum, les Copsychus albospecularis , les l'y las Eduardi , les Artamia Année, les Xenopirostris Pollenii et Damii, les Lantzia ru fa, les Cypselus parvus, et les Alauda hova, ont des teintes générales plus colorées ou plus foncées que les Ellisia Lantzii, les Copsychus pica, les Tylas MadayasçatiensiSj les Artamia Iemcocepâala , les Xenopirostris Lafresnayi> les Lantzia ru fa, les Cypselus parvus et les Alauda hova de l'Ouest, bien que les dispositions de ces teintes, les proportions gêné-
raies, les livrées dans le jeune âge, les mœurs et le chant, soient les mêmes dans les deux régions. Les œufs même, de certains de ces oiseaux, des Ellisia Lantzii et des Copsychuspica par exemple, ont une couleur plus claire et moins vive, et sont un peu plus petits que ceux de leurs congénères orientaux. »