‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 54 sur 94 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

On peut diviser aujourd'hui la population de Madagascar, au point de vue politique, en trois parties.

T. Les Hova et les tribus qui leur sont soumises, c'est-à-dire :

1° Les Antsihanaka au Nord des Hova ;

2° Les Bezanozano àTEst;

3° Les Betsileo au Sud.

Ces trois peuples, ainsi que les Hova, habitant l'intérieur de l'Ile, et leur pays ne confinant pas à la mer. Puis :

4° Les Betsirnisaraka à l'Est ;

5° Les Antaimoro au Sud-Est;

6° Les An tan/car a au Nord.

H. Les populations partiellement soumises. Ce sont principalement :

1° Les Sakalaves qui occupent, sous des noms divers, presque toute la partie occidentale de l'île ;

2° Les Antanosy au Sud-Est;

3° Une partie des Tanala au Sud -Ouest des Betsileo, mais dans l'intérieur;

4° Les Bar a au Nord des Tanala.

III. Les populations entièrement indépendantes. Telles sont :

1° Les Tanala cTIkongo ;

2° Les Antanosy émigrés ;

3° Les Antandroy au Sud ;

4° Les Mahafaly&u. Sud-Ouest;

5° Les Masikora au Nord des Mahafaly, en pénétrant dans l'intérieur.

La partie de l'île entièrement soumise aux Hova comprend donc une très grande partie du Centre, toute la côte orientale et presque tout le Nord.

C'est sinon la portion de l'île absolument la plus riche, au moins la plus peuplée et la mieux cultivée. C'est là que se trouvent les villes les plus populeuses : Tananarive (100,000 habitants), Fianarantsoa (10,000), Tamatave (7,000 à 8,000); et autour de Tananarive le long de l'Ikopa : Ambohitramanjaka (15,000 à 20,000 habitants) ; Fenoarivo et quelques autres grosses bourgades (1). Partout

(1) On pourrait encore citer dans l'Imerina : Ambohimanga, la ville sainte des Hova : Ambohimalaza, la ville des marchands de toile; Ambobidratrimo, Ambohibeloma, Betafo, Ambositra; Moramanga, chez les Bezanozano; Ambohimanga, chez les Tanala, Ihosy, chez les Bara. Et sur la côte en faisant le tour à partir du N. E. : Vohemar, Fenerive, Foulpointe, Andevoranto, Befo-

ailleurs, ce ne sont ordinairement que des villages plus ou moins considérables, quelquefois très petits.

Les habitants de cette partie forment environ les sept huitièmes de la population totale. Il y a peut-être un peu plus de 1,000,000 d'âmes dans rimerina, et 2 ou 3 millions soumis aux Hova; en tout, près de 4,000,000.

Les populations semi-indépendantes ou absolument libres, ne doivent guère dépasser 500,000 à 600,000; certainement n'atteignent pas un million.

Ces chiffres sont évidemment très vagues et il est impossible d'avoir des renseignements certains ; ils sont cependant donnés communément par les auteurs les plus sérieux : M. Grandidier, le Père de laVaissière, M. Le Myre deVilerset M. Guinard.

La population totale varierait donc entre 5 à 6 millions au maximum, ce qui donne une densité de 8 1/2 à 10 personnes par kilomètre carré, tandis que la France en a 71.

Il y a donc de la place pour d'autres habitants dans cette grande île qui est en somme un petit continent. Les déserts que l'on y rencontre sont très nombreux. On marche parfois une journée entière sans rencontrer ni maison ni vestige humain d'aucune sorte.

Par exemple, M. Grandidier raconte '< qu'il dut dormir sept nuits consécutives en plein désert ( 1 ) »,

rona (dans l'intérieur), Vatomandry, Ambohipeno, Fort-Dauphin, Nosy-Ve, Morondava, Mojanga, Marovoay et Anorotsanga. (1) Madagascar, p. 2t.

dans la région comprise entre Manja et Modongy. Ces déserts ne sont pas arides, et ne manquent ni d'eau, ni de végétation, mais seulement d'habitants. Ils comprennent une très large bande entre la côte occidentale habitée par les Sakalaves et les tribus du centre : Antsihanaka, Hova, Betsileo ; puis une seconde bande au N. E. des Mahafaly. Cette bande déserte peut parfois atteindre le tiers de la largeur de l'île.

Il ne faudrait pas croire que la nomenclature des diverses tribus données plus haut soit complète, ou que sous un même nom il n'y ait qu'un seul peuple, uni sous un seul gouvernement, ou même ayant les mêmes habitudes et les mêmes usages. Il n'en est rien. Outre celles déjà nommées, il y a beaucoup d'autres tribus à Madagascar, moins importantes ou moins connues ; et chaque tribu, à peu d'exceptions près, se subdivise comme à l'infini, en petites castes ou familles, en peuplades, ou villages, suivant le cas, ayant chacun à sa tête des chefs, souvent parents, presque toujours ennemis, et reconnaissant à peine nominalement, parfois ne reconnaissant pas du tout, un chef souverain.

Cela est vrai, au moins dans tous les pays où les Hova n'ont pas établi leur autorité. Et cela était vrai partout autrefois.

Toutes ces tribus et toutes ces castes étaient presque continuellement en lutte les unes contre les autres, non pas des luttes sanglantes et durables, mais ordinairement des incursions noc-

tu mes et à l'improviste, l'attaque à main armée, ou mieux la surprise d'un village, « le tout pour se piller et s'entrevoler des bestiaux », comme s'exprime notre vieil historien Flacourt, ou pour faire des esclaves. L'assaillant était toujours le vainqueur, mais à son tour il était surpris le lendemain par le vaincu d'hier, pillé et rançonné à son tour.

Tous donc faisaient un peu ce que font les Bara ou les autres fahavalo d'aujourd'hui, avec cette différence toutefois, qu'au lieu d'attaquer des gens paisibles, inoffensifs et désarmés, ils s'en prenaient à des hommes armés comme eux, et toujours disposés, à l'occasion, à leur rendre la pareille.

C'était donc une division, un émiettement à l'infini, et par suite, la confusion, le désordre, le manque de sécurité et l'impossibilité de toute amélioration, de toute civilisation, de tout progrès.

11 n'en était pas tout à fait ainsi cependant chez les Sakalaves, dont les rois réunissaient sous une autorité commune un certain nombre de tribus. Mais la division pénétra bientôt parmi eux et avec elle les mêmes luttes, le même émiettement, la même impuissance que partout ailleurs.

Une telle organisation, ou plus exactement une telle désorganisation, n'eut pas de grands inconvénients tant que les Ho va furent confinés dans le centre de File, divisés eux-mêmes, sans cesse en lutte les uns contre les autres. Chaque tribu put conserver sans peine une autonomie que personne n'avait même la pensée de vouloir détruire.

Mais il en fut tout autrement dès qu'Àndriananipoinimerina eut fondé le royaume Hova et soumis toute l'Imerina à son sceptre. Rien ne lui fut plus facile que de soumettre des tribus sans cohésion, sans chef, sans union d'aucune sorte. « Il faut que cette terre m'appartienne, avait-il dit le jour de son installation; la mer doit être la limite de mon royaume. »

Il ne put l'atteindre, mais son fils Radama acheva son œuvre ; lui-même avait soumis presque lous les peuples de l'intérieur.

Ses guerres du reste, et plus encore celles de son fils, ne furent ordinairement qu'une marche triomphale au milieu de cette multitude de tribus incapables de leur opposer aucune résistance. Reaucoup même devançaient leurs désirs et venaient d'elles-mêmes s'ofïrir à leur domination, et Radama 1er en mourant, grâce à son armée forte d'une vingtaine de mille hommes, grâce à ses fusils et à ses canons, vieilles armes souvent en mauvais état, mais qui valaient toujours mieux que les sagaies de ses adversaires; grâce aux conseils des Anglais et surtout à ses qualités per* sonnelles, se vit le maître de presque la moitié de l'île. Sa femme Ranavalona I augmenta encore son empire, et la monarchie hova atteignit les limites qu'elle possède encore aujourd'hui.

Je ne traiterai ici que sommairement des Hova, me réservant d'en parler longuement dans un ouvrage à part (1) ; mais il nous faut passer en revue, (1) Cf. Madagascar et les Hova, vol. in-8, chez Delagrave.

plus ou moins complètement , suivant leur importance, et aussi, suivant les renseignements que nous possédons, les diverses tribus qui leur sont soumises , ou qui ont su garder leur indépendance.

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