COUP I) OEIL HISTORIQUE
Les Hova sont évidemment de race malaise ; ils en ont tous les traits et tous les caractères. Leurs cheveux plats, leur barbe peu fournie, leur teint olivâtre, la bouche grande, les lèvres un peu fortes mais bien différentes de celles du nègre africain, le nez droit et court mais un peu aplati, les pommettes saillantes, les yeux légèrement bridés, l'élégance de leur taille et de leurs formes, sans parler de leurs mœurs, de leurs coutumes, de leur langue, tout rappelle la race malaise.
Les derniers venus dans la grande île, il y a peut-être une dizaine de siècles , ils abordèrent sur la côte orientale.
D'abord mal reçus des premiers habitants, ou tout au moins devenus rapidement odieux, ils eurent de rudes combats à soutenir, furent vaincus, massacrés et poussés vers l'intérieur du pays. Réfugiés sur les hauts plateaux, en nombre très restreint — ils n'étaient pas alors cent hommes en état de porter les armes, suivant la tradition sakalave — ils ne songèrent qu'à passer inaperçus, qu'à se fortifier et à se multiplier.
On n'en entend absolument plus parler jusque vers le milieu du seizième siècle. Ils constituaient
alors un tout petit royaume, composé de leur capitale Merimanjaka (Mcrina-Pmanjaka , roi, royaume d'Imerina) et de quelques petits hameaux environnants. Mais, à partir de ce moment, ils s'en vont se développant, s'agrandissant, s'emparant des villes voisines : Alasora, Ambohitrabiby, Ambohidratrimo, Ambohimanga, Tananarive, et peu à peu ils arrivent à faire de Flmerina un seul royaume.
Un de leurs premiers rois, Andriamanelo , emprunte à ses voisins de l'Est, et peut-être, par leur intermédiaire, aux Arabes, alors très puissants sur les côtes de Madagascar, l'usage du fer, de la hache, des sagaies, des pirogues. Son fils Ralambo (le Sanglier), en reçoit leurs superstitions, le culte des idoles, et la polygamie, contribuant ainsi puissamment à la démoralisation de son peuple, mais en même temps contribuant, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, à étendre les États paternels.
L'œuvre si bien commencée , si constamment poursuivie, et menée à si bonne fin sous Andriamasinavalona (le Saint Roi), qui s'établit définitivement à Tananarive vers le milieu du dix-septième siècle, fut ensuite compromise, pour de longues années, par sa faiblesse et son imprudence. Il eut le tort, en effet, de diviser son royaume entre quatre de ses enfants, et ce fut là la source de divisions, de querelles, de guerres intestines, de brigandages et de misères, qui mirent en péril, pendant plus de cent ans, l'existence même de
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l'empire hova. Et, fait remarquable, les Sakalaves, alors unis sous un seul chef, vinrent plus d'une fois en Imerina, appelés par quelqu'un de ses petits souverains, attaquer, piller et essayer de conquérir ces mêmes Hova, qui, aujourd'hui, devenus les plus forts, grâce à leur union, ont subjugué en partie ces mêmes Sakalaves affaiblis par leurs divisions et leur manque d'organisation .
Mais voici le grand Àndrianampoinimerina (1787-1810) qui, de nouveau, par une suite de combats heureux que favorisaient singulièrement une adroite politique, réunit toute l'Imerina sous son sceptre, et aussitôt se met à conquérir et à soumettre les peuplades voisines. « 11 faut que cette terre m'appartienne, avait-il dit, le jour de son couronnement ; la mer doit être la limite de mon royaume. » Parole étrange et d'une ambition enfantine en apparence, dans la bouche d'un roitelet d'Ambohimanga, qui n'occupait pas encore le tiers de l'Imerina, et n'avait pas peut-être 300,000 sujets! Parole prophétique cependant, qu'il devait réaliser en grande partie, laissant à son fils Radama I, la tâche, devenue désormais facile, de l'accomplir complètement.
En peu de temps, presque sans coup férir, par des négociations habilement conduites , par des présents adroitement distribués ou des avantages plus adroitement promis, il devient le maître des Antsihanaka au Nord, des Bezanozano à l'Est et des Betsileo au Sud, et il prend pied. dans le Me-
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nabc et le Boina chez les Sakalaves. Déjà son empire — sans parler des Sakalaves — avait plus de 100 lieues de long sur iO de large, et était quatre fois plus grand que celui d'Andriamasinavalona, dix fois plus étendu que celui de Ralambo.
Mais surtout, il organisa admirablement ces territoires conquis et leur donna des lois très sages et une administration remarquable, tendant toujours à resserrer leur union et à en faire un empire durable . Il encouragea aussi vivement le commerce, l'industrie, et surtout la culture de la terre. Il fît accomplir enfin de grands travaux d'utilité publique, en particulier les grandes digues del'Ikopa, travail extraordinaire pour l'époque, et qui donna à l'Imerina ses plus riches rizières. Et il mourut laissant à son fils Radama les instructions les plus sages et les conseils les plus propres à l'aider à bien gouverner.
Radama I (1810-1828) eut vite fait de comprimer lés révoltes qu'occasionna la mort de son père, chez les Bezanozano et chez les Betsileo; puis il soumit les Betsimisaraka, les Antankara, et Fort- Dauphin. Sa femme, la sanglante Ravanalona I, qui lui succéda et régna jusqu'en 1861, ne fit pas de nouvelles conquêtes, mais elle contribua puissamment par sa cruauté même et ses innombrables exécutions, à accroître le pouvoir royal et à resserrer les liens qui réunissaient, sous son sceptre redouté, tant de populations différentes.
Mais dès les premières années de ce siècle, la
France et l'Angleterre avaient pris pied et avaient inauguré leur longue lutte d'influence à Madagascar, la France prétendant bien être la maîtresse, et l'Angleterre voulant, à force d'intrigues, arriver à la supplanter.
Radama I favorisa l'Angleterre, et entra même en lutte avec la France. Ranavalona I se déclara contre l'une et contre l'autre, et ferma son royaume à tous les étrangers.
M. Jean Laborde, qu'elle avait gardé cependant pour lui faire des canons, de la poudre et des fusils, et qui avait su se créer à Tananarive, par son talent et l'ensemble de ses qualités d'esprit et de cœur, une situation prépondérante, fut sur le point de nous donner Madagascar; et ce ne fut point sa faute si l'île ne nous appartient pas depuis 1856. Mais du moins en fit-il ouvrir les portes dès l'avènement de son ami et élève Radama II, et favorisa-t-il de toute son influence, l'établissement de la mission catholique.
Cependant Radama II assassiné, le parti anglais reprend complètement le dessus. Seule, la mission catholique soutient la lutte au milieu de toutes les tracasseries, de toutes les difficultés, de toutes les épreuves; travaillant, souffrant, et cependant avançant toujours. On s'occupa très peu d'elle à Paris ; un moment on parut même vouloir l'abandonner complètement quand, en 1871, on lui retrancha la faible allocation de 20.000 francs que lui avait donnée l'empereur; et les protestants anglais et luthériens eurent beau jeu. de détruire
ses écoles, de pourchasser ses élèves, de faire frapper ses missionnaires. Mais la force des choses fut plus forte que le mauvais vouloir des hommes. Les missionnaires anglais, voulant aller trop vite, amenèrent la guerre de 1883-1885, qui se termina par le traité du 17 décembre de cette dernière année.
Je n'ai pas à raconter cette guerre, ni à analyser ce traité, ni à raconter les efforts de nos résidents pour en tirer parti. Ils ont complètement échoué, parce qu'il était impossible de réussir. Le traité n'était pas né viable. Il reposait dès le commencement sur une équivoque, les Hova ne voulant pas de notre protectorat, et nous, prétendant bien au contraire, avoir le droit de le leur imposer. Aussi, à peine cette équivoque dissipée par l'accord franco-anglais de 1890, qui reconnaissait « notre protectorat avec toutes ses conséquences », les rapports devinrent tellement tendus, que tout le monde put prévoir une rupture prochaine.
Elle est arrivée, la guerre a été déclarée, et les opérations vont commencer. Elles ne seront ni longues, ni difficiles. Mais que fera-t-on ensuite, et quel parti tirer des Hova?
Pour répondre à cette question, il faut les étudier de plus près.