QUALITÉS ET DÉFAUTS DES HO VA
/ D'une manière générale, le Hova a beaucoup d'aptitudes physiques et fort peu de qualités mo- / raies.
Il est sociable cependant, hospitalier, d'un naturel bienveillant, s'occupant de ses enfants, de ses parents, prêt à rendre service à ses voisins ou à ses proches, surtout s'ils sont de la même famille ou de la même tribu, à soigner ses malades avec amour et sollicitude, à moins toutefois qu'il ne s'agisse de la lèpre ou de la petite vérole, car ils sont alors impitoyablement bannis de la société, et relégués sur les montagnes.
D'un naturel doux et pacifique, il évite ordinairement les querelles, ne s'emporte jamais, ne frappe pas môme les animaux. En fait, il est incapable de violentes passions aussi bien que de profonds attachements.
Il aime beaucoup à parler et il ne le fait pas mal; à tenir des « Kabary » ou assemblées en public, non pas pour chercher la vérité ou prendre un parti qui est toujours pris d'avance, mais pour le plaisir de discourir et de se faire écouter. Il est également musicien; mais surtout, il est commerçant habile, supérieur en ce genre au Chinois ou au Vahaza. Il travaille aussi très bien de
ses mains, et il est capable de reproduire n'importe quel objet qu'il aura sous les yeux; mais il n'invente rien. En un mot, il est bon ouvrier, ayant les deux qualités nécessaires à cela, c'està-dire une vue parfaite et une grande sûreté de main, mais il n'est pas artiste.
Adroit, pratique, « débrouillard », désireux de s'instruire , devinant d'instinct tout ce qui peut lui être utile, et capable d'efforts pour l'obtenir, résistant et dur à la fatigue, peu sensible à la douleur, soumis et résigné à tout ce qui lui arrive, respectueux de l'autorité, et toujours disposé à obéir, discipliné et accoutumé à toutes les hiérarchies sociales; respectueux enfin des souvenirs du passé, ayant un véritable culte pour ses ancêtres, et une fidélité inviolable à toutes leurs prescriptions et à toutes leurs coutumes, tandis qu'il ne tient presque aucun compte des lois nouvelles édictées sous une influence étrangère, tel est le Ho va.
On le voit, les dispositions naturelles ne manquent pas, et il y a surtout toutes celles qui peuvent contribuer à la grandeur et à la prospérité d'une nation. Mais que d'ombres aussi à ce tableau !
D'abord il est paresseux, ne faisant à peu près rien de toute l'année, quoiqu'il puisse travailler au besoin, et le fasse avec constance et énergie quand la nécessité le demande ; puis, il est avare et servile adorateur de l'argent, dont il possède au reste très peu. Son usure va jusqu'à prêter aux
taux les plus fantastiques, 100, 150, 200 °/0\ Son amour du vol dépasse toutes les limites, et c'est avec orgueil qu'on se raconte les bons tours que l'on a pu jouer aux Vahaza, par exemple, en leur vendant de la limaille de cuivre pour de la poudre d'or; et rien n'est curieux comme de contempler les tours de force qu'ils font aux marchés pour se tromper les uns les autres. Il est menteur à la perfection, avec bonhomie et candeur; il est fourbe, cauteleux, en dessous, sans franchise et sans caractère, orgueilleux et vaniteux.
Il est surtout ivrogne, et la loi contre l'usage du rhum, — on selarappelle quelquefois contre quelque pauvre diable de la capitale, — est complètement oubliée pour les riches et en dehors de Tananarive. Il y en a qui « ne désaoûlent pas de toute l'année », comme l'hôtelier breton de Francisque Sarcey , et ils vendront tout , jusqu'à la dernière chemise de leurs enfants , pour acheter une bouteille de rhum, qu'ils avaleront presque d'un trait.
A cet amour du rhum, se joint une effrayante immoralité. Autrefois la polygamie existait ainsi que le divorce. Un homme prenait autant de femmes qu'il pouvait en nourrir, et les renvoyait quand cela lui faisait plaisir. De même ses femmes le quittaient quand elles le désiraient.
Des lois nouvelles, édictées sous l'influence anglaise, ont bien proscrit la polygamie et réglementé le divorce. En pratique, il n'y a presque rien de changé, et on trouve toujours moyen de
s' arranger avec la loi. Les jeunes filles ne sont jamais conservées, et les futurs époux vivent toujours ensemble longtemps avant leur union; les enfants eux-mêmes sont corrompus dès l'âge le plus tendre. Bref, il n'y a pas de mœurs, pas de retenue, et une jeune fille peut avoir trois ou quatre enfants , que cela ne l'empêchera nullement de se marier ; tout au contraire, car on sera sûr alors de sa fécondité.
Aussi, quels tristes fruits ce dévergondage effrayant a-t-il produits! La vie n'est pas tarie dans sa source chez les Hova, car ils ont beaucoup d'enfants, mais elle est profondément viciée , et la syphilis atteint jusqu'à 80 °/0 de la population.
Et c'est ainsi que, par de funestes habitudes, par la paresse surtout, l'ivrognerie et l'inconduite, le Hova a perverti tant de qualités natives que Dieu lui avait prodiguées, et qui auraient pu en faire une race remarquable.
C'est un peuple perdu s'il ne se corrige, et déjà les signes de décrépitude sont nombreux, surtout dans la noblesse et la famille royale.
Espérons que notre civilisation, l'éducation, et surtout, l'influence de la religion, sans laquelle on n'obtiendrait rien, arriveront à relever son niveau moral, à mettre en œuvre et perfectionner ses qualités, à corriger ses défauts, en un mot à faire son éducation morale.