‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 58 sur 94 · ORGANISATION SOCIALE · texte numérisé non relu

ORGANISATION SOCIALE

La véritable unité sociale, chez les Ho va, le véritable fondement de l'État malgache, dans le sens le plus étroit du mot, c'est la famille, qui existe forte et puissante, fondée non pas sur la sainteté du mariage, qui n'existe pas, mais sur la tradition et le respect de la puissance paternelle. Tous les membres d'une même famille , frères, sœurs, cousins, enfants adoptés, enfants nés avant le mariage, d'un autre père ou d'une autre mère, vivent ensemble, jouissant ensemble des biens communs, et concourant, chacun pour sa part, à les faire prospérer.

De plus, chaque famille forme comme un petit État, avec ses lois ou ses coutumes propres, transmises oralement, et fidèlement observées. Le père, ou à son défaut le frère aîné, ou tout autre désigné par l'usage pour être le chef de la famille , y est tout-puissant. C'est lui qui règle tout pendant sa vie, et il dispose de ses biens comme il le veut à sa mort. Surtout il peut exclure du tombeau ou chasser du sein même de la famille, tout membre indigne. Ce sont là les deux plus grands châtiments à Madagascar, ceux devant lesquels aucun coupable ne reste insensible, et qui, presque toujours, suffisent pour ramener les plus endurcis.

Chaque famille malgache a son tombeau , dans

lequel, sur de larges dalles superposées des deux côtés, se trouve la place de chacun. Or, ce serait un malheur irréparable que de ne pas occuper cette place, et on fera tout pour y apporter le cadavre même des endroits les plus éloignés. Mais quel malheur autrement grand d'en être exclu pour son indignité!

Quel malheur également que la malédiction paternelle, qui vous marque au front, vous et toute votre postérité, d'un stigmate ineffaçable, absolument comme dans la Bible, du temps des Patriarches.

En voici un exemple frappant :

Un homme du nom deRamazava avait deux fils. L'un se fît mendiant et l'autre voleur. Le premier resta pauvre et le second devint riche; mais à la fin, il fut pris et condamné à mort.

Or, avant l'exécution, son père, en présence de la famille, demande la parole et maudit tous ceux de sa descendance qui ne se conformeront pas à la loi qu'il va leur imposer :

« Fils et petit-fils de cet enfant voleur, s'écrie-til, et vous tous qui naîtrez d'eux, vous mendierez de porte en porte jusqu'aux dernières générations. »

Aujourd'hui ces mendiants sont nombreux et riches et forment une caste puissante. Et cependant, par crainte de cette malédiction , ils sortent deux fois par an de leur pays et s'en vont de porte en porte, jusquedans la capitale, demander l'aumône, sur un air et avec des paroles à eux réservés. Je

les ai vus et entendus moi-même, et leur ai donné un bout d'arg-ent.

La caste n'est que le développement naturel de la famille, c'est-à-dire l'ensemble de plusieurs familles issues d'un père commun, mort depuis de longues années. Jusqu'à Radama Ier, c'était elle qui constituait les diverses unités dont la réunion composait l'État Hova, et c'était à la caste qu'on réclamait l'impôt et la corvée.

Elle aussi, a ses chefs, ses usages, ses lois particulières, transmises par la tradition et toujours fidèlement suivies. A chaque caste revient une part de territoire qui ne saurait être aliénée, ni vendue, aux membres d'une autre caste, sauf pour la seule ville de Tananarive, où chaque caste habite cependant un quartier déterminé, mais où le terrain peut être acheté indistinctement par tout Malgache.

Il y a des castes nobles, les Andriana, et d'autres roturières ou Hova.

Les premières sont au nombre de sept, en y comprenant celle composée des princes de la famille royale, et c'est parmi les trois premières que l'on prend les possesseurs des fiefs territoriaux ou des Menakely, les Tompomenakely . — Les autres sont , ou bien des marchands, ou bien de simples artisans.

C'est cependant d'une simple caste « Hova », qu'est sortie la famille aujourd'hui si puissante du premier ministre, à des Hova aussi qu'appartiennent la plupart des fonctionnaires, ministres on gouverneurs.

Les esclaves sont très nombreux en Imcrina. Il y a probablement deux esclaves contre un homme libre ; et les trois quarts d'entre eux sont des Betsileo , emmenés captifs à la suite de la conquête de leurs pays.

Il y a deux sortes d'esclaves :

1° Les esclaves noirs de la couronne ou tsimandoa, venus autrefois à la suite des Hova. Ce sont les courriers de la reine, ses gardes, ses serviteurs. Leur situation leur donne beaucoup d'influence, et c'est en grande partie par leurs rapports que le premier ministre connaît ce qui se passe dans les provinces les plus reculées.

2° Les esclaves des particuliers, qui se partagent en prisonniers de guerre, et en esclaves pour dettes.

L'esclavage est aussi doux que possible à Madagascar. L'esclave, s'il vit dans la maison de son maître, est traité comme un membre de la famille. Sinon, il a sa maison et son champ à lui, et il ne doit à son maître que quelques corvées, d'ordinaire assez légères, ou une part de ses bénéfices s'il exerce un métier, par exemple s'il est porteur. En retour, il est exempt de la corvée, autrement lourde, que tout Malgache doit au souverain, et du service militaire.

Mais deux abus viennent singulièrement aggraver sa situation. D'abord, les enfants, par le seul fait de leur naissance , sont esclaves et appartiennent au maître de la mère; ensuite un esclave peut être exposé au marché et vendu, tout

comme du bétail, sans tenir aucun compte des liens ou nécessités de famille, sans craindre de séparer la femme de son mari, les enfants d'avec leur mère.

Évidemment, cela doit disparaître et au plus tôt.

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