‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 6 sur 94 · MOUILLAGES DE LA CÔTE ORIENTALE · texte numérisé non relu

MOUILLAGES DE LA CÔTE ORIENTALE

1° Au Sud de Diego-Suarez, les premiers mouillages que Ton rencontre sont, après Diego-Suarez dont nous parlerons ensuite , la baie de Rigny (12° 23'), puis Port-Louquez (i%°kk'. lat. S.), Port- Leven(12',53)et la baie d'Andravina (12° 57'). Les deux meilleurs sont la baie de Rigny et Port-Leven.

Le chenal de Port-Louquez, resserré entre deux baies de corail, est dangereux et de très difficile accès,. variant entre 500 et 1800 mètres de large, mais la sonde y donne de très grandes profondeurs, de 32 à 64 mètres près du rivage.

La baie d'Andravina, à près de 110 kilomètres au Sud du cap d'Ambre , et à une trentaine de Port-Louquez , est située par 12° 57' lat. S. et 47° 33' long. E. (embouchure de la rivière).

Elle est de forme circulaire, et fermée par une petite île, qui ne laisse de chaque côté qu'un étroit passage pour les navires.

On y trouve vers le Sud un bon mouillage, à l'a*brides vents du S.-E., par 8 ou 9 mètres de sonde.

Du reste, toute cette partie de la côte, au Nord et au Sud de Port-Louquez, est très découpée, offrant plusieurs baies, plusieurs caps et un certain nombre d'Iles, en particulier Nosy Antendro , devant la baie de Rigny; Nosy Valasaly, entre la baie de Rodo et Port Lonquez; Nosy Komba et Nosy Hao, au Sud de ce dernier, et une multitude d'autres ilôts.

2° La baie de Vobemar (Vohimarina), au Nord de la ville du même nom (13° 21' lat. S. et hT W long. E.), fut occupée par les Français pendant la guerre de 1883-1885, et le gouvernement de la République voulait d'abord en faire la limite de nos possessions au Nord de Madagascar. C'était en effet, depuis 1841, la limite de notre protectorat nominal sur la côte Nord.

Un vaste banc de corail, sur lequel s'élève les Chats Noirs et Y Ile Verte, laisse au Sud, entre la teiTeet lui, un passage qui conduit à un mouillage forain assez bon pour de petits navires et devant la ville.

Yohemar faisait autrefois un commerce considérable avec Bourbon et Maurice. C'était le port principal d'exportation pour les bœufs et les cuirs du pays des Antankara. Mais depuis l'établissement des Hova dans le pays, ce mouvement s'est considérablement ralenti.

3° En descendant la côte, depuis Vohemar, pendant plus de 250 kilomètres, on double le Cap Est

ou Angontsy par 15° 15'lat. S., puis le capMasoala (15° 58'), et on entre par une très large ouverture dans la baie d'Antongil, orientée complètement du Sud au Nord, et profonde de près d'un demi-degré, un peu plus de 50 kilomètres ; elle est assez à l'abri des vents du Nord-Est ou de l'Est, mais ouverte aux plus terribles de tous, ceux du Sud-Est.

Elle est entourée de tous côtés de montagnes boisées, et c'est peut-être la contrée de Madagascar la plus riche en forêts.

Cependant, surtout à cause des difficultés de transport, l'exploitation, souvent essayée, n'a pas encore donné de bons résultats. C'est au Sud de la baie que se trouve la concession Maigrot, celui-là même qui intervint pour amener l'accord francomalgache de 1885, et reçut cette concession du premier ministre, enéchangede ses bons services.

La baie d'Antongil a longtemps appartenu à la France.

4° A 90 kilomètres au Sud de la baie d'Antongil, s'étend parallèlement à la côte, en face de la Pointe à Larrée, depuis 16° il' jusqu'à 17° 5' de latitude Sud , sur une longueur de kk kilom. 500, l'île de Sainte-Marie, qui nous fut cédée en 1750, et fut réoccupée par la Restauration en 1821.

Elle est absolument orientée de la même manière, et présente la même forme allongée que la Grande Terre. Les paquebots des Messageries Maritimes y relâchent quelques heures, dans la rade d' Ambodifototra .

5° Au nord de la Pointe à Larrée, à 170 kilo-

mètres de Tamatave, en face de l'Ile Sainte-Marie, par 16° 42' lat. S. et 47° 42' long. E., se trouve la baie de Tintingue et notre ancien établissement du même nom. Le commandant Gourbeyre prit et détruisit le fort Hova en 1829, mais il fallait l'évacuer et le livrer aux flammes le 5 juillet 1831.

6° Puis, plus au Sud, par 17° 23' lat. S. et 47° 5' long. E., se trouve la rade ouverte de Fenerife ou Fcnoarivo, à l'est du fort hova de Vohimasina. Elle est peu sûre, quoique fréquentée par les navires de commerce. On en exportait autrefois beaucoup de riz, qui venait en abondance dans ces régions et était réputé le meilleur de toute File. Les Français y eurent aussi un établissement.

7° A 40 kilomètres au sud de Fenerife et à 60 au nord de Tamatave, par 17° 40' lat. S. et 47° 11' long. E., se trouve Foulepointe, autrefois notre principal établissement à l'Ile de Madagascar et où nous avions un petit fort appelé la Palissade. C'est à Foulepointe, qu'opéra en 1829 le commandant Gourbeyre, dans cette expédition mal conçue et mal commencée, qui aboutit en 1831 à la perte de nos établissements. Foulepointe est entourée de marais ou lacs d'eau stagnante. Elle est habitée par des Hova, des Betsimisaraka et quelques habitants étrangers. Elle renferme 1,500 Ames. Son commerce est assez actif; son port relativement sûr, quoique de fond médiocre, et, pendant la belle saison, quand les ouragans sont rares, les petits navires peuvent mouiller vis-à-vis de la douane. Un grand récif, visible à marée basse, s'étend à

un mille au large, parallèlement à la côte, et c'est vers le nord de ce récif protecteur, que les grands vaisseaux doivent chercher leur mouillage.

8° Nous voici maintenant arrivés au port le plus fréquenté, et le meilleur de toute la côte Est, celui de Tamatave.

Tamatave est en importance la seconde ville de Madagascar, quoiqu'elle soit moins peuplée que Fianarantsoa. Elle compte en effet seulement de 6,000 à 7,000 habitants. C'est en grande partie une ville européenne , et la population malgache se trouve refoulée lentement loin de la mer au-delà de la ville des « Vahaza ». C'est surtout un grand entrepôt de commerce , sans comparaison le plus grand de tout Madagascar. Bien plus, son transit est plus considérable que celui de tous les autres ports réunis de l'Ile. (Je ne parle pas de Nosy- Be.)

Elle est située, en prenant comme point de repaire le débarcadère, par 18° 9' Zk" de lat. Sud, et par kV 5' 30" long. Est. Ce sont là les résultats obtenus par le Père Colin en 1892, et communiqués à l'Académie des sciences en 1893. La latitude diffère de 6" de celle que publiait la connaissance des temps en 1892, et qui était de 18° 9' 40".

Sa distance de Tananarive est à vol d'oiseau de 226 kilomètres et, par le chemin ordinaire, de près de 350.

La rade est formée par une bande de sable s'avançant vers l'Est et terminée par des récifs de coraux : puis, plus au Nord, en face de la pointe

Tanio, par le grand récif qui se rattache à l'île aux Prunes. Il y a deux mouillages, l'un, près de la ville, très médiocre et à quitter à la moindre menace de mauvais temps; l'autre, plus dans le nord, entre la pointe Tanio et le grand récif assez sûr et avec un bon fond. La passe est assez dangereuse, et il n'est pas rare de voir des navires jetés sur les récifs où , plus d'une fois , ils périssent complètement. Ainsi en 1891, quand nous y entrions, voyons-nous , échoué sur le sable et tout démantelé , un navire allemand dont on vendait la cargaison et les débris à l'encan. Quelques mois après, un quatre mâts anglais s'échouait de la même manière, et était renfloué à grand peine par les efforts réunis du station n aire français le La Bourdonnais, et du paquebot des Messageries Maritimes.

Aussi, pour peu que la mer soit mauvaise, les navires doivent-ils mouiller au large; et alors l'embarquement comme le débarquement, qui se font par des chalands, deviennent très difficiles. Il n'y a évidemment ni quai , ni appontement d'aucune sorte ; et les marchandises sont chargées dans des barques ou sur le dos des porteurs.

Sur des plans dressés par M. Laillet, le gouvernement hova avait concédé à M. Suberbie la création et l'exploitation de quais, magasins et phares qui auraient amélioré le port. Pour un marin , c'est au moins" très difficile, et cette entreprise arrêtée par suite des événements et du mauvais vouloir insurmontable du gouvernement malgache ne

se réalisera probablement pas de longtemps (1).

Tamatave fut occupé successivement, en 1774, par Benyowski qui y établit un petit fort avec une garnison française, et de nouveau, en 1804, parle général Decaen qui en fit le centre de tous nos établissements de Madagascar et y laissa Sylvain Roux comme agent général. Celui-ci y resta jusqu'en 1811 où il dut capituler et remettre la ville aux Anglais.

Pendant la dernière guerre, elle fut Le centre de nos opérations et ce qui frappe le plus le voyageur quand il visite le cimetière, ce sont les nombreuses croix de bois qui surmontent les tombes de nos braves marins et soldats, et qui, mieux encore qu'un drapeau, marquent notre prise de possession définitive de la terre Malgache.

9° A partir de Tamatave jusqu'à la baie de Sainte-Lucie à 800 kilomètres de là, il n'existe aucun abri pour les navires, et ceux, encore assez nombreux, qui visitent cette côte, doivent mouiller au large ou dans de simples rades foraines.

Cependant quelques points sont malgré tout assez fréquentés, comme Andevorante (18° 56' 48'' et3h 7m2s, 3 (2)).

Vatomandry (19° 16' 45"), Mahanoro (19° 54' 40"), et surtout Mananjary, à l'embouchure du fleuve du même nom et à l'extrémité du chemin de Fianarantsoa (21° 14' lat. S.), et enfin Matitanana, sur la rivière du même nom (22° 24' 45").

(1) Note d'un officier de marine.

(2) Observations du P. Colin.

10° La baie de Sainte- Lucie (24° 46') est surtout célèbre parce que c'est sur son rivage que Pronis, agent de la société de l'Orient, y fonda le premier établissement français, en 1644, pour s'établir bientôt après, à V0 kilomètres plus au sud, où il bâtit un fort qui devint Fort-Dauphin.

Elle est formée par une ligne de récifs qui s'étendent du Nord au Sud, sur une longueur de 2 kilomètres à environ 1 kilomètre de la côte, c'est un mauvais mouillage, mais d'accès facile.

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