PORTS DU SUD ET DE L OUEST
La côte méridionale de l'île ne présente guère de bons mouillages que la célèbre ville de Fort- Dauphin^" 1 35" lat. Sud et 44° 39' 15" long. Est).
« Le 10 juin (188G), écrit M. Grandidier en racontant son premier voyage à Madagascar (1), nous étions devant la jolie baie de Fort-Dauphin, à une assez faible distance de la terre pour voir les maisons du village et le palais du gouverneur hova qui, élevé de deux étages, se fait remarquer par ses galeries de bois circulaires et son toit pyramidal.
« Je ne pus m'empêcher de penser avec tristesse à cette ancienne possession française où nous
(1) Une excursion dans la région australe, p. 5-G.
avons résidé si longtemps et qui est aujourd'hui abandonnée à la merci des Hova. »
Je n'ajouterai rien à ce passage. Aussi bien nous aurons à reparler de Fort-Dauphin et des Antanosy qui l'habitent.
Depuis Fort-Dauphin jusqu'à Masikoro (25° 03' lat. Sud) , on ne rencontre qu'une côte désolée, sauvage, inhospitalière, très dangereuse et très peu fréquentée. « Beaucoup de navires, écrit encore M. Grandidier (1), faisant route pour Natal ou le cap de Bonne-Espérance, s'approchent du sud de Madagascar, afin de reconnaître leur position, mais aucun, que je sache, n'a, avant 1866, osé s'aventurer à mouiller sur cette côte aride et inhospitalière. Une ligne de dunes dénuées de végétaux, des bancs de rochers qui s'étendent à fleur d'eau à une grande distance du rivage et qui sont continuellement battus par les flots d'une mer furieuse, nulle trace d'habitatien , rien ne semble en effet attirer des navires en un pays aussi déshérité. »
Depuis, même, ces parages ont été fréquentés par quelques voiliers qui viennent y faire le commerce de l'orseille ou du caoutchouc.
Mais ils doivent se tenir très loin du rivage. Malgré tout, leur situation devient souvent intenable.
A Masikoro, où le récif continu s'écarte assez de la terre pour qu'on puisse s'abriter derrière lui,
(1) Loc. cit., p. 6 et 7.
on trouve un assez bon mouillage pour goélettes, pendant la belle saison.
De môme, à Langorano ou Lanirano (25° i' 30v) où le récif contourne une pointe à distance suffisante. Un pâté de récifs le continue au Nord et forme avec lui un second mouillage plus vaste et plus profond, mais moins sûr, n'étant point défendu contre les vents du S.-O., de l'O. et du N.-O. Il a été exploré en 1893 par un bâtiment de la division de l'Océan Indien.
Vient ensuite la baie de Saint- Augustin (23° 34' lat. S., 41° 24' long. E.) qui n'esta proprement parler que l'embouchure de l'Onilahy, autrefois rivière de Saint-Augustin.
Elle ne comprend que le mouillage de Salara ou Saolary (23° 35' 43 ' lat. S., 41° 22' long. E.) situé dans la partie méridionale et peu à recommander d'octobre en avril. Mais, dans un sens plus large, on comprend également sous ce nom la baie de Tuléar « que protège contre les vagues de la mer, un mur de corail (1) ».
Ce mur de corail s'étend parallèlement à la côte sur une longueur d'à peu près 22 kilomètres, laissant un chenal d'environ 7 à 9 kilomètres de largeur, et d'un fond de 13 à 16 mètres dans la passe Nord, qui est excellente. La passe du Sud commence à la baie de Saint-Augustin, mais elle est difficile ; les, points de direction manquent, les eaux ne sont pas claires et elle présente assez peu de fond.
(1) Grandidier Voyage chez les Anatanosy émigrés, p. 7.
Le port de ïuléar est certainement le meilleur et le plus fréquenté de la côte Sud-Ouest. C'est un grand marché de bœufs que les Bara viennent y vendre souvent après les avoir volés aux Betsileo.
« Les Mahafaly du Sud y apportaient autrefois beaucoup d'orseille qu'ils échangeaient contre des légumes secs, des patates, du maïs, du manioc que ce pays produit en abondance et qu'il exporte aussi en grande quantité à Maurice, à la Réunion, au Cap. »
Mais aujourd'hui on n'y vend plus guère que du caoutchouc et des pois du Cap.
« L'aspect de la côte ressemble à toutes celles qu'on voit, du cap Sainte-Marie au cap Saint- André : une plage très étroite, des monticules de sable amassés par les vents violents du Sud- Ouest, pas d'arbres; ça et là quelques arbustes rabougris, tordus par le vent, ou des ronces rampant sur les dunes ; dans certaines criques vaseuses, un fouillis de palétuviers dont les racines sont toutes hérissées d'huîtres et de balanes (1). »
A 5 kilomètres 0. de la baie de Salara, se trouve l'île de Nosy-Vé (23° 38' 58" lat. S. et 41° 15' 50" long. E. à la pointe S. E.) environnée de récifs de tous les côtés. A l'Est il y a cependant un mouillage ordinaire, mais pratiquante, ouvert du N.-0. au N.-E. mais assez bien défendu contre les autres vents , ou plutôt, contre la mer
(1) Grandidier, Voyage cilë, p. 7.
des autres directions, et de fond médiocre. Il n'y a pas une goutte d'eau potable dans l'île et il faut la faire venir par chaloupe de la grande terre.
C'est là cependant que le vice-résident de France et les négociants européens ont dû s'établir.
Depuis ïulear jusqu'au nord du cap Saint-André, vers la baie de Baly, la côte occidentale est dépourvue de rades et de bons mouillages aussi bien que la côte orientale, au sud de Tamatave.
Dans ce long espace de côte de 800 à 900 kilomètres, il n'y a guère que deux mouillages possibles : l'un médiocre dans le chenal compris entre les îles du Meurtre (1) ou plutôt l'île Nosy- Hao et le littoral de Fiyerenana, par 22° 6' lat. S., et l'autre, encore plus mauvais, près des îles Stériles , rangée d'ilôts rocheux et de récifs , qui s'étendent parallèlement à la côte à environ 30 à 35 kilomètres de distance, entre 17° 50' et 18° 35 lat. Sud.
En somme, depuis Saint- Vincent jusqu'à Nosy- Vao (lat. 17° 29), une série d'îlots ou de bancs de corail plus ou moins recouverts de sable , offrent des abris momentanés, non des mouillages à citer et surtout à recommander. Au delà il n'y a aucun mouillage jusqu'à Baly (lat. 16°).
(1) Ainsi nommées, parce que c'est dans l'une de ces îles que, en 1824, MM. Bowie et Parnu, deux aspirants du Barracoutû, furent assassinés en y faisant des levés topographiques.