‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 60 sur 94 · La cote personnelle, inférieure à 0 fr · texte numérisé non relu

La cote personnelle, inférieure à 0 fr

4. Un impôt annuel en espèce, d'environ 3 mesures de riz par famille (à peu près 3 décalitres).

5. Joignez à cela les amendes ; le revenu des douanes qui pourrait être considérable. — Le droit en est de 10 % à l'entrée et à la sortie. Mais presque tout s'arrête en route, et ce qui arrive est destiné à couvrir la dette due au Comptoir d'escompte ; — de temps en temps un impôt extraordinaire, par exemple celui de la piastre en 1892, renouvelé l'année d'après et changé en emprunt forcé, et qui fit tant crier le peuple malgache ; enfin quelques usages locaux assez curieux, par exemple le suivant : la fortune des femmes mourant sans enfants revient au souverain.

Tous ces impôts sont légers, et ils seraient faciles

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à supporter, même par un peuple pauvre comme le peuple malgache, s'il n'y en avait pas un autre autrement lourd, autrement odieux, autrement vexatoire et occasionnant d'étranges injustices, je veux dire la corvée.

Je ne reviens pas sur les corvées que les esclaves doivent à leurs maîtres. Elles ne sont pas excessives, et tant que l'esclavage ne sera pas aboli, elles sont nécessaires.

Mais les hommes libres eux-mêmes doivent d'innombrables corvées au seigneur, au gouverneur, au premier ministre, à la reine, qui peuvent exiger, de tous et pour toutes choses, tout ce qui leur plaira.

C'est par corvée qu'on bâtit leur maison, celles de leurs enfants, de leurs parents, de leurs serviteurs; — par corvée qu'on leur apporte l'eau, le bois, le riz, la viande; — par corvée qu'on répare les chemins; — par corvée qu'on les accompagne dans leurs voyages pour les porter eux-mêmes, avec leurs bagages et leurs provisions, ou simplement pour leur faire honneur; — par corvée surtout qu'on monte de Tamatave à Tananarive, en se relayant de village à village, tout ce qu'il leur a plu de commander an-dafy , au delà des mers.

Cette dernière corvée surtout est écrasante. Que j'en ai rencontré de ces pauvres malheureux, par ces chemins horribles de la forêt, pliant littéralement et succombant sous des caisses pesant des centaines de kilos. Ils étaient de 10 à 20, conduits,

comme un troupeau, par un aide-de-camp qui les piquait de sa lance, montant par exemple un énorme corps de pompe sur les pentes de l'Angavo, mettant des heures entières à faire une centaine de mètres, épuisés, haletants, brisés et cependant obligés toujours d'avancer. L'officier qui les conduisait en était lui-même indigné. Et pour tout cela, comme en général pour toute corvée, ils ne reçoivent même pas la poignée de riz nécessaire à leur nourriture.

C'est une corvée aussi que les divers emplois d'écrivain, de secrétaire, d'aide-de-camp, etc. Et alors, c'est toute leur vie, tout leur travail qu'on leur prend, sans aucune compensation. Ils s'en tireront facilement, s'ils sont haut placés, en vendant leur influence ; mais s'ils ne sont que des subalternes, ce sera la misère pour eux, leur femme et leurs enfants.

C'est la même chose aussi pour tout bon ouvrier, un ciseleur remarquable, un maçon ou un menuisier habile. Un aide-de-camp viendra les féliciter au nom de la reine, et leur déclarera que dorénavant ils ne travailleront que pour elle.

Auparavant, ils gagnaient de l'argent et étaient à l'aise, dorénavant ils mourront de faim.

Le service militaire aussi est une corvée, car les soldats ne sont ni payés, ni logés, ni habillés. — De par la loi tout homme libre et valide est soldat pour cinq ans. Mais la levée des hommes se fait assez irrégulièrement, quand le premier ministre

le décrète. C'est alors à qui se fera exempter, et comme le nombre d'hommes que doit fournir chaque village est fixé, on prend les vieillards ou les infirmes pour remplacer ceux qui échappent. La formation ne vaut guère mieux que le recrutement. Deux jours d'exercice par mois; quelques jours sous la tente pour des exercices de tir ou autres, tous les deux ou trois ans, c'est à peu près tout. — De plus, les officiers ne sont pas capables. Quelques-uns ont été formés en Europe, mais on les a laissés de côté ; et les trois écoles fondées à Tananarive par Graves, Shervington et Lavoisot, devaient nécessairement être superficielles. Enfin les Hova sont naturellement trop lâches pour former de bons soldats.

Que dire enfin des lois malgaches, de celles surtout que, sous l'influence des Anglais, et surtout de Parrett qui les a codifiées et imprimées, le gouvernement hova a promulguées et fait adopter par le peuple en assemblée plénière depuis 1869 à 1881?

Elles ne sont pas toutes mauvaises, d'aucunes même sont excellentes, celles par exemple sur l'unité et l'indissolubilité (relative) du mariage, l'observation du dimanche, l'abolition de l'idolâtrie, l'éducation, etc. Mais : 1° elles ne sont pas faites pour les Malgaches, trop compliquées, trop nombreuses, trop au-dessus et en dehors de leurs mœurs, de leurs coutumes, de leur civilisation. Tout comme l'administration qu'on a voulu leur donner, elles sont trop calquées sur les lois an-

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glaises et ne répondent nullement aux besoins des Hova. C'est un habit neuf, mais trop grand et gênant pour un peuple primitif. — 2° Elles ne sont ni connues ni respectées, ni observées. Ce qui domine et règle tout, ce qui décide de tout, c'est d'abord la volonté du premier ministre et celle du gouverneur, et puis les anciennes coutumes, les anciennes prescriptions des ancêtres.

Tout le reste, ces lois, ces ordonnances, ce parlement, ces ministres, cette armée de gouverneurs, — ce sont d'abord des sangsues pour sucer le meilleur des revenus de ce pauvre peuple, — et puis, des enseignes pour les pays étrangers à qui l'on vante à satiété les progrès, le degré de civilisation, l'habileté administrative des Hova.

Au fond, je veux le répéter pour me résumer et clore ce chapitre sur l'organisation des Hova, il n'y a que l'omnipotence du premier ministre, — une noblesse abaissée, — un peuple opprimé et épuisé, — une anarchie effrayante qui va chaque jour grandissant, — un mécontentement et un malaise universels, — un état contre nature.

Et, vienne le jour où la France, maîtresse làhaut, aura tout remis en place, supprimé les abus, et rendu à ce peuple les institutions qui lui conviennent, en même temps qu'elle lui assurera la justice et une sage protection, son joug, que l'on semble tant redouter, sera béni de tous.

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