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LES BETSILEO

Les Betsileo sont, après les Hova, la tribu la plus importante , la plus nombreuse , la plus intelligente ; et, après les Antaimoro, la plus intéressante de l'île.

Leur nombre doit varier entre 500,000 et600,000.

Les Pères Abinal et de La Yaissière les connaissaient parfaitement. Aussi, ne pourrais-je mieux faire que de leur emprunter le portrait qu'ils en ont tracé.

« Le Betsileo, disent-ils, a généralement le visage plus noir que le Hova , ses lèvres sont plus épaisses, son nez plus aplati, son front plus bas ; tout l'ensemble de ses traits accuse , en un mot, plus de grossièreté que chez son vainqueur de l'Imerina. Mais il a en revanche une stature plus haute et des membres plus forts, mieux proportionnés. Hommes et femmes portaient autrefois la chevelure artistement tressée. Cet usage tend à disparaître aujourd'hui chez les hommes. Les femmes cependant l'ont encore retenu, et possèdent, jusqu'à la perfection, le talent de donner à leurs cheveux toute espèce de formes.

« Le caractère du Betsileo se ressent de son tempérament peu nerveux et souvent lymphatique. Quoique grand et robuste, il est moins énergique au travail que le Hova, moins capable d'efforts vigoureux. Mais aussi il est plus doux, plus calme, et n'est point porté aux mêmes spéculations véreuses. Le vrai bonheur pour lui consiste à vivre au milieu de ses propriétés, entouré d'une nombreuse famille qui le vénère, occupé à planter ses rizières, ses champs de maïs ou de manioc, et à se livrer tout entier au soin de ses nombreux troupeaux de bœufs. Bien que, sous le rapport de la moralité, les Betsileo ne soient pas de beaucoup supérieurs aux Malgaches des autres tribus , ils sont un peu

moins voleurs et paraissent en général plus probes que le Hova. Aussi ne tolèrent-ils pas une injustice, et se montrent-ils d'un entêtement incroyable

dans leurs procès

« Comme intelligence, le Betsileo semble suivre de fort près le Hova. On le remarque facilement dans les écoles où ses enfants arrivent souvent à l'emporter sur leurs émules de l'Imerina. Ce qui ne les empêchera pas plus tard, en raison de leur simplicité, de devenir les victimes de la rouerie des commerçants hova. »

Une autre qualité du Betsileo, d'autant plus remarquable qu'on la retrouve exclusivement chez lui, c'est un goût rudimentaire, mais réel, pour les manifestations artistiques. Le Hova peut très bien imiter même un travail délicat et difficile; mais il n'invente pas, et il ne soupçonne pas le beau. Le Betsileo, au contraire, a des notions innées, confuses peut-être, mais véritables de ce qui constitue l'art. C'est là le témoignage de M. Jully, compétent entre tous sous ce rapport. Lui-même a relevé des motifs de décoration, rappelant quelque chose du style grec, dans certains de leurs tombeaux, dans les piliers surmontés de têtes de bœufs qui environnent ces tombeaux, dans leurs portes, etc., quelquefois dans leurs tissus, leurs bracelets, etc., partout dans les anciens lamba. Cette décoration se compose essentiellement de triangles, de losanges, de lignes brisées entrelacées et produisant très bon effet.

Avant la conquête des Hova, c'est-à-dire avant

le commencement du dix-neuvième siècle, les Betsileo habitaient exclusivement dans des villes construites au sommet des montagnes et d'un très difficile accès. On n'y arrivait d'ordinaire que d'un seul côté, tous les autres étant à pic, et une triple enceinte de fossés profonds entourant la ville et la montagne ; précautions bien nécessaires , à raison des guerres continuelles que les Betsileo se faisaient entre eux, ou qu'ils soutenaient de la part des Bara, leurs voisins. Ces villes sont aujourd'hui presque toutes abandonnées par les habitants du pays, qui préfèrent se loger dans des fermes, généralement éparses au milieu des plaines , et entourées d'épais massifsde cactus épineux, vraiment impénétrables.

Les Hova se sont établis en grand nombre au milieu des Betsileo, qu'ils envahissent peu à peu, et qu'ils dépouillent de leurs plus belles possessions.

Nulle part dans toute l'Ile de Madagascar, leur administration est aussi oppressive, aussi arbitraire, moins conforme aux règles de la justice, et aucune autre tribu n'est exploitée comme ces malheureux Betsileo. Non seulement on leur a enlevé toutes leurs armes, les livrant ainsi sans défense aux incursions des barbares, qui pillent et saccagent à plaisir des villages entiers, emmenant bestiaux, femmes et enfants, et ravageant tout sur leur passage, mais les Hova eux-mêmes font encore plus de mal que les Bara.

Sous les prétextes les plus frivoles, ils dépos-

sèdent les inoffensifs Betsileo de leurs terres, se les approprient et les font cultiver par des esclaves venus de Fïmerina. Ou bien c'est par le commerce et l'usure qu'ils les ruinent et leur enlèvent tout ce qu'ils possèdent.

Un malheureux Betsileo achète deux fois, trois fois, dix fois sa valeur ce qu'un Ambohimalaza vient lui apporter en fait de toiles et de bibelots, et ne peut le payer; ou bien, pour une cause quelconque, funérailles, impôts, etc., il a dû emprunter à des taux fantastiques quelques piastres à son voisin hova, et il ne peut les rendre. Alors, on vend sa maison, son champ, tous ses biens à l'encan, le créancier les achète, et le Betsileo est ruiné.

Il n'est pas lâche cependant, et ne semble pas fait non plus pour la servitude.

Peu de peuples à Madagascar ont lutté comme lui pour leur indépendance.

Il fut conquis deux fois par Andrianampoinimerina d'abord, puis par son fils Radamal, qui, pour les punir de s'être révoltés, brûla leurs villes, saccagea leur pays, tua leurs soldats et fit une multitude de prisonniers.

Depuis, les Betsileo sont complètement soumis, et n'ont plus songé à se révolter. Au reste, leur pays est fortement occupé par les Hova et exclusivement gouverné par eux.

Il se partage administrativement en deux parties. Au Nord du Matsiatra il est assimilé à l'Imerina et relève du gouvernement de Tananarivc ; au Sud, il est partagé entre sept sous-gouverneurs qui

dépendent du gouverneur de Fianarantsoa . Ce sont ceux :

1° D'Ambositra, à l'extrémité Nord, à peu près à moitié chemin entre Fianarantsoa et ïananarive ;

2° D'Ambohinamboarina, en descendant vers le Sud, dans la direction de Fianarantsoa;

3° De Fanzakana, au N.-O.; et, plus loin encore, dans la même direction ,

4° Celui d'Ikalamavony;

5° Celui d'Ambohimandroso au Sud-Ouest, et plus loin,

6° Celui d'Ambohimanana ;

T Enfin celui d'Ambalava.

Le peuple Betsileo cependant garde une grande vénération, un respect quasi idolâtre, pour les descendants de ses anciens rois, dont le nombre est considérable. A leur mort, en particulier, rien n'égale les honneurs qu'on leur rend.

Fianarantsoa, leur capitale, est située par le 21°, 27' de latitude Sud, et le W, 47' de longitude Est, et à une altitude de 1,200 mètres. C'est une ville d'une dizaine de mille d'habitants. Un sousrésident français y est établi, toujours le même, depuis le commencement de notre occupation, le Dl Besson, homme très énergique, très entreprenant, très intelligent, bien connu par son voyage chez les Tanala d'Ikongo et sa mission à Fort-Dauphin, chez les Antanosy.

Il connaît parfaitement le pays et a su non seulement se faire accepter, mais réellement se

faire aimer des indigènes et se créer une grande situation.

Le pays des Betsileo est contigu à l'Imerina, dont il est comme la continuation au Sud. Il est borné à l'ouest par le Menabe, au Sud et au Sud- Ouest par le pays des Bara, et à l'Est par le district et la forêt des Tanala qui le séparent de la côte orientale. Il occupe entre le 20° parallèle et environ le 22°, 20' une grande partie du massif central de l'île. Il a 250 kilomètres de long, 150 dans sa plus grande largeur sous le 20° parallèle, et seulement 50 sous le 22°, à peu de distance de son extrémité méridionale. Il s'appuie sur le versant occidental de la grande arête faitière, et s'étend au Sud du grand massif de l'Ankaratra. De grandes collines parallèles, orientées duN.-N.-OauS.-S.-E. alternent avec des montagnes isolées et de riches vallées.

Mouvementé, accidenté, admirablement arrosé, comme l'Imerina, il pourrait communiquer avec le canal de Mozambique par le Betsiriry au Nord, et encore mieux, au Centre et au Sud, par le Mangoky, dont les divers affluents s'épanouissent à travers ses vallées.

Fianarantsoa est reliée par deux chemins de porteurs avec Mangatsiaotra sur l'océan Indien, et à l'Ouest, avec Ambakabe et Ambondro.

Ce pays est sûrement de grand avenir, car Ambositra est le centre de très riches mines que M. Guinard avait commencé à exploiter pour le compte du gouvernement malgache et qui ne peuvent manquer d'être bientôt reprises; de plus,

le climat est très bon, le meilleur peut-être de toute l'Ile; ses habitants enfin offrent beaucoup de ressources, naturellement soumis, dociles, assez travailleurs et relativement honnêtes.

Il suffira de les arracher au joug qui les écrase, de leur assurer un peu de sécurité et la tranquille possession de leurs biens, pour qu'aussitôt ils acceptent notre autorité et s'attachent sincèrement à nous.

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