PORTS DU NORD-OUEST
Mais c'est sur la côte N.-O, entre le Cap Saint- André et le Cap d'Ambre, et même au-delà de ce dernier, en y comprenant Diégo-Suarez, que se trouvent les baies les plus nombreuses et les plus sûres de toute l'île, assez grandes et assez vastes pour abriter des flottes entières : Baly, Bombetoka, Mahajamba, Ambavatoby, la grande et splendide baie de Passavanda, et, tout au nord, en arrivant au cap d'Ambre, la baie d'Ambararata, la baie du Courrier, et les trois ports du cap d'Ambre; puis, au Nord-Est, la splendide rade de Diégo-Suarez. Il y en a d'autres, mais moins importantes ou plus difficiles, Maroambitsy (16° lat. S.), seulement pour petits bâtiments; Marinda ou Marendry (14° 59') vaste baie, ouverte au Nord, où l'on peut s'abriter contre les vents d'Est, Sud et Ouest, mais sans intérêt; Anorotsanga (13° 54') mauvaise, très éloignée de la terre (3 kilom., 5 à 4 kilom.) mais point de relâche de l'annexe des Messageries Maritimes, le Mpanjaka; et d'autres, sur la côte, entre Saint-Sébastien et Saint-André, mais dangereuses au moindre vent du large.
Toutes ces baies ou rades se serrent l'une contre l'autre, dans ce court espace de côtes, séparées par des presqu'îles étroites et très acci-
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dentées, fermées d'ordinaire par une infinité d'Iles et d'ilôts et alimentées par un grand nombre de rivières.
Un mot rapide sur les plus importantes :
1° « Baly (par 16° lat. S. et 42° 56' long. E.) est une belle baie, écrivait en 1853 un des traitants de la ville du même nom au Père Jouen, pouvant contenir un grand nombre de navires, et les mettre à l'abri du mauvais temps ».
L'éloge est excessif; en réalité, depuis la pointe Ambararata jusqu'au fond de la baie, à l'embouchure de la rivière Baly, il doit bien y avoir de 12 à 20 kilomètres, et une presqu'île très découpée ferme l'entrée de la rade au Nord. Mais le mouillage y est restreint à la partie Nord, et il est impossible de s'enfoncer même jusqu'à la pointe Samat. Gela diminue beaucoup l'abri contre les vents, force à se tenir loin de la terre, et rend les communications difficiles. Il faut quitter par les vents frais de la partie Nord.
« La population de la baie de Baly, poursuit le même commerçant, compte de 20,000 à 25,000 habitants. »
En 1846, le commandant du navire français le Zélé, fit un traité de commerce avec le vieux roi de ces parages, Raboky, « le seul ami des blancs », et lui promit que des navires français viendraient le visiter de temps en temps, s'il traitait les blancs convenablement. »
Il s'y faisait, depuis, un assez grand commerce de bœufs, d'esclaves, de fusils et de poudre.
2e La baie de Bombetoka est formée par l'estuaire du Betsiboka qui se divise en cinq branches séparées entre elles par des dépôts de vase. Elle est très grande, très profonde, et est certainement appelée à un très grand avenir. C'est là que nos troupes débarqueront, là aussi vraisemblablement que se portera le commerce avec l'extérieur.
Jusqu'ici on stoppait dans le port de Majunga (1) (15° 43'). Très bon mouillage pour les petits navires , mais mauvais pour les autres. Aussi M. Suberbie a étudié et fait accepter le projet de transporter le débarcadère plus à l'Est, c'està-dire au delà de la pointe Amboaniho (15° 50/) qui a de 10 à 12 mètres de fond, ne s'envase jamais, et où les navires pourront presque accoster à quai, tellement son rivage est à pic. Mais le courant y est violent, il y a de forts clapotis par les vents très fréquents du Sud, et surtout, il n'y a pas de plage, la terre s'élevant aussitôt.
3° La baie de Passandava est célèbre dans l'histoire de nos rapports avec les Malgaches. Le 14 juillet 1840, en effet, Tsiomeka, la reine du Boina, abandonna à la France Nosy-Bé, Nosy- Komba, et tous ses droits de souveraineté sur la côte de Madagascar, depuis la baie de Passandava jusqu'au cap Saint- Vincent.
En réalité, nous n'avions aucune autorité sur les bandes de pillards, ou nomades qui habitent ces régions, mais nominalement elles étaient sous
(1) La véritable orthographe serait Mojanga.
notre protectorat, et le drapeau français flottait sur la côte.
Or, les Hova osèrentun jour enlever ce drapeau et le remplacer par leurs propres couleurs. Ce fut l'origine de la dernière guerre. Le 16 juin 188*2, le capitaine Le Timbre mouilla dans la baie de Passavanda, et le lendemain au point du jour abattit les couleurs hova qu'il remplaça par le drapeau français.
Cette baie immense, qui s'étend depuis 13° 31' à 13° 48' lat. S., et depuis 45° kro' à 46° long. E., s'enfonce environ de 30 kilomètres au Sud, sur une largeur de 12 à 16 kilomètres, abritée à l'Ouest par une presqu'île élevée dont le point culminant s'appelle les Deux-Sœurs, et à l'Est par les montagnes de Sambirano.
La vue de la baie de Passandava est ravissante. Les montagnes étagées qui la bordent de toutes parts irrégulières et accidentées , les nombreuses rivières qui l'alimentent et dont quelques-unes peuvent être remontées plusieurs heures par des boutres de 30 à 40 tonneaux, les nombreuses sources et les cascades multipliées qui émaillentle flanc des montagnes et derrière soi, au Nord, la riante ile de Nosy-Bé, tout concourt à embellir ce magnifique paysage.
Malheureusement, comme nous le dirons plus tard s'il y a un bassin houiller dans cette baie, il est trop faible pour pouvoir être exploité.
La baie de Passandava offre de bons mouillages Celui de Nosy-Bé est un peu restreint.
Un excellent et vaste mouillage contre tous les vents, même les plus mauvais, est celui cTAmbavatoby à l'ouest cle la baie de Passandava. C'est probablement le meilleur de tout Madagascar; malheureusement , il ne s'y fait pas de commerce et l'eau douce manque.
k° Viennent ensuite tout près du cap d'Ambre, les trois baies successives Robinson, Ampanamasina ou Jackinson et Ambavanibe ouLiverpool, appelées ordinairement ports du cap d'Ambre et situées sur la côte ouest de la péninsule appelée Babaomby. Elles peuvent toutes les trois offrir un abri à un bâtiment à vapeur empêché de doubler le cap d'Ambre, mais la meilleure est Ambavanibe.
5° Enfin après avoir franchi le cap d'Ambre (11° 57') et redescendu de quelques kilomètres la côte Est, nous voici en face de la plus belle, sinon de la meilleure rade de Madagascar, c'est-à-dire de Diego-Suarez.
Jusqu'à ce qu'on ait établi des feux, projetés depuis longtemps, l'entrée en est impossible pendant la nuit et difficile même le jour, quand il y a grosse mer. Il faut alors descendre assez au midi jusqu'à ce que l'on ait complètement en vue, au sud de Nosy-Volana, ou ile de la Lune, l'Ilot des Aigrettes, afin de bien prendre la passe et de n'être pas jeté par le courant sur les récifs. Mais une fois cette passe franchie, la vue de la rade est simplement magnifique.
Nous avions abord, quand j'y entrai, des per-
sonnes qui avaient vu Brest et Rio-de-Janeiro : elles trouvaient Diego supérieur à ces deux splendidcs rades, les plus célèbres du monde. Ayant 15 kilomètres de profondeur, droit en face de la passe; 18 et 20 jusqu'aux fonds de droite et de gauche; 14 et 15 de large, avec quatre baies secondaires qui peuvent former autant d'excellents ports : la baie des Français au Sud, entre la presqu'île d'Orangia et celle de Diego-Suarez, avec le rocher ou ilôt appelé Pain de Sucre à son extrémité méridionale; le Cul de Sac Gallois au S.-O. relié aux autres baies par le port de la Nièvre, qui est le plus fréquenté de tous, entre Antsirana et Diego; la baie des Cailloux-Blancs au Nord-Ouest, avec les trois ilôts du Sépulcre, de la Coquille et de la Tortue ; la baie du Tonnerre enfin , délimitée par les Pierres-Noires à l'Ouest, et la langue Nord de la passe à l'Est; donnant partout à la sonde, un fond suffisant pour les plus gros navires, elle pourrait contenir toutes les flottes du monde, qui y seraient parfaitement en sûreté, au moins en temps ordinaire.
Le goulet en est très étroit. L'ile de la Lune le divise en deux passes : celle du Nord, qui n'a pas de profondeur, est par suite inaccessible et se défend toute seule; et celle du Sud, avec un chenal de 900 mètres de large, que défendront un fort déjà construit sur la presqu'île d'Orangia et un autre projeté sur Nosy-Volana.
Enfin, il n'y a pas de récifs ; et le fond, généralement de vase, est très bon. Pendant le cvclone
d» MADAGASCAR.
du cinq février 189'+, l'Eure fut jeté à la côte, il est vrai; mais, outre qu'on ne peut rien conclure d'un cyclone, tellement la violence du vent est alors exceptionnelle, le Hugon et le paquebot des Messageries Maritimes résistèrent très bien.
La baie de Diego est donc un des points les mieux choisis. Elle offre de bons mouillages , nombreux et sûrs; son climat est meilleur que celui delà plupart des autres points de la côte, et son entrée est facile par brise maniable ; enfin des terres élevées et la configuration de la côte se prêtent facilement à la défense.
Par contre, l'eau douce manque ; la rade est trop au nord de Madagascar et par suite peu favorable au commerce, et le cap d'Ambre est très dur à doubler en mousson de S.-E. quand on vient de l'Ouest, impossible même pour de petits bâtiments à vapeur et des voiliers, ou des bâtiments en marée.
C'est pour remédier à ces inconvénients que Ton a proposé de couper l'isthme qui sépare la baie .des Cailloux Blancs de la baie Liverpool. Ce serait parfait alors; et comme ce travail est très facile, l'isthme n'ayant que k kilomètres le long de deux ruisseaux, on peut espérer qu'il se fera sûrement.
Telles sont les principales baies ou rades, les principaux ports de relâche de Madagascar. Peu de pays en ont autant et d'aussi bons. Ils sont inégalement répartis, mais au Nord on en trouve à chaque pas, où des vaisseaux peuvent se trouver
en sûreté. Le meilleur de tous est Ambavatomby, puis Diégo-Suarez, Nosy-Bé, Mahajambo et Majunga; et, sur la côte Est, Sainte-Marie et Tamatave , qui ont vu cependant se perdre le La Bourdonnai* à Sainte-Marie, et quantités d'autres à Tarn a t ave.
La partie méridionale est bien moins favorisée que le Nord, mais là encore il y a Fort-Dauphin qui est praticable, et Tulear, qui est très bon. C'est du reste le seul port de la cote Ouest et Sud- Ouest.