‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 76 sur 94 · CROYANCES. — DIEU ET L'AME · texte numérisé non relu

CROYANCES. — DIEU ET L'AME

Les habitants de Madagascar n'ont ni temples ni autels, ni même, à proprement parler, de prêtres. C'est probablement ce qui a fait dire à tant d'auteurs qu'ils n'ont pas de religion. Mais rien n'est plus faux.

Bien. — Ils ont la notion du vrai Dieu qu'ils appellent Andriamanitra , le Dieu qui a bonne odeur, peut-être en souvenir de l'encens qu'en d'autres pays, par exemple chez les Juifs, on brûlait constamment devant son autel , ou bien plus communément Zànahary , le Dieu Créateur (1). Cette dernière appellation est la plus ancienne et probablement la seule qui existât autrefois. C'est aussi la plus significative.

Les Malgaches sont donc clairement monothéistes. Toutes leurs formules de prières en font

(1) Les Sakalaves du Sud disent Drianahary.

foi. Dans toutes, en effet, ils s'adressent invariablement au Dieu Créateur, principe de tout bien et ennemi de tout mal. Les autres invocations aux ancêtres, aux vertus des douze montagnes, aux dieux inférieurs, bons ou mauvais, ne viennent qu'en second lieu, suivant leur proverbe : « Demandez par les ancêtres le bien que Dieu seul fera. »

Peut-être même serait-il facile de voir dans ces pratiques, une simple corruption de la tradition sémitique des anges bons et mauvais, et des invocations juives au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, au Dieu de nos pères, au Dieu des douze patriarches.

Le Rédempteur. — Une autre croyance plus vague, mais que l'on peut démêler au milieu du fétichisme qui a envahi le pays, c'est leur croyance en un Rédempteur, le fils de Dieu qui se serait fait homme et serait descendu sur la montagne d'Ankaratra au Sud-Ouest de Tananarive, pour converser avec les hommes, les instruire, faire le bien, et enfin mourir ou disparaître dans une région inconnue.

Je ne voudrais pas cependant trop faire fond sur cette croyance particulière, et, facilement j'en reporterais l'introduction aux missionnaires qui, à diverses époques, ont tenté d'évangéliser Madagascar, ou à l'influence des diverses nations chrétiennes qui, depuis trois siècles, ont essayé d'y fonder des établissements.

L'âme. — Enfin les Malgaches admettent une

Ame, mais dans un sens tout différent du nôtre. C'est pour eux une sorte d'ombre, de fantôme, de corps aérien. Elle n'est pas le principe vital de l'homme; mais, ordinairement unie à lui, elle peut en être séparée, et, pratiquement, s'en sépare onze mois ou un an avant la mort. Toutefois, elle ne quitte jamais le corps de sa propre volonté, et par suite, aucun Malgache ne meurt d'une mort naturelle. C'est le sorcier qui l'en chasse. Quand il a choisi sa victime, il passe près d'elle, inconnu et inollensif en apparence ; il met le pied sur son ombre, l'âme est saisie, et il l'emporte captive sans que le malheureux condamné à mort s'en aperçoive. Bientôt ce dernier maigrit, il perd ses forces, il va mourir s'il ne peut recouvrer son àme.

De là, en particulier chez les Hova, des rites curieux et fort étranges, soit pour découvrir où l'âme volée reste cachée, pour lui livrer la chasse, la prendre et la rapporter à sa demeure, soit au contraire pour l'attirer par des présents, du miel, du riz, etc., la prendre comme au piège et l'obliger à rentrer dans le corps qu'elle a quitté. Si l'on réussit, c'est la guérison, sinon ce sera la mort.

Ce que deviendra cette âme après la mort, les Malgaches n'en savent trop rien, et s'en inquiètent assez peu. Comme nous le verrons plus tard, en parlant des honneurs rendus aux morts, elle doit résider non loin des lieux où elle habita , dans son tombeau , d'où elle peut revenir aider ou

tourmenter les siens, suivant qu'ils l'honoreront, ou au contraire qu'ils la négligeront.

Quelques-uns , comme les Betsileo , croient à la métempsycose. Pour eux, l'âme des chefs passe dans le corps d'un serpent ; celle des simples particuliers, dans celui d'une anguille. De là certaines coutumes étranges, et un respect superstitieux, presque de l'adoration, pour ces animaux.

Il n'y a pas que l'homme, du reste, à avoir une âme. Les animaux, les plantes, les objets inanimés eux-mêmes en ont une. Et pour vivre, l'âme de l'homme a besoin de se nourrir tout comme le corps, seulement elle se nourrit de l'âme même du riz, du manioc, des fruits, de la viande, de l'eau, etc.

Telles sont, semble-t-il, les croyances primitives des Malgaches. Elles sont fort rudimentaires, et défigurées par les plus grossières superstitions. Cependant elles supposent, à l'origine , l'existence certaine d'un monothéisme assez épuré , dans lequel on retrouve sûrement l'existence de ces deux grandes vérités primordiales, base de toute religion, et qui existent au berceau de tous les les peuples :

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