‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 77 sur 94 · DU CULTE ET DE LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

DU CULTE ET DE LA CIRCONCISION

Le culte que les Malgaches rendent à la divinité est encore plus incertain , moins fixé et plus rudimentaire que leurs croyances.

Croyant à Dieu et à sa Providence , ils l'invoquent souvent , en même temps que la terre et le nom des ancêtres, et son nom est sans cesse sur leurs lèvres, dans les petites comme dans les grandes circonstances de leur vie. Ils le prient, mais seulement pour demander les biens temporels, la santé, la richesse, des enfants, des honneurs. Ils lui offrent aussi les prémices de toute chose, le premier morceau de viande à un festin, un habit neuf que l'on met pour la première fois, la première eau du bain de fandroana. Tous ces objets lui sont, non pas sacrifiés, mais seulement dédiés par cette parole de consécration : « à Dieu les prémices, à vousles prémices, Andriamanitra, » qui est bien un véritable hommage. Quelquefois même ils lui font des vœux, par exemple de se priver de tel aliment pendant un certain temps, d'immoler un coq, etc., s'il leur accorde une grâce déterminée , un enfant , un heureux voyage ou toute autre faveur. Et ces vœux sont toujours fidèlement gardés. Enfin on lui offre des sacrifices,

des coqs, des moutons, des bœufs (1). Mais ici encore, il faut leur appliquer ce que Flacourt disait des Malgaches du Sud : 1° Ils n'offrent des sacrifices qu'afin de pouvoir en manger la viande, et 2°, détail curieux et cependant bien fondé sur la nature humaine, de ces offrandes ils donnent la première part au démon et la seconde seulement à Dieu , par cette raison de prudence que, le démon étant plus méchant et partant plus à craindre , il faut tout d'abord songer à l'apaiser.

Tout leur culte est là, à L'exception toutefois d'une pratique religieuse dans le principe, et encore aujourd'hui accompagnée de sacrifices, de prières et de pratiques superstitieuses, la circoncision. On est tout surpris de la trouver à Madagascar; mais elle y est universellement admise parmi toutes les peuplades qui l'habitent, une

(1) Chez les Sakalaves du Sud-Ouest « toute prière ou action de grâces sont accompagnée du sacrifice d'un bœuf dont le sang sert à teindre Xhazomanitra, ou arbre de la loi, qui est destiné à perpétuer le souvenir de la cérémonie ; on attache les pieds de l'animal, et, après l'avoir renversé à terre, on le place la tête vert l'Est; devant lui, dans une petite coupe d'argile, brûle l'encens : le chef de famille prononce une prière à haute voix , tout en frappant la victime sur le ventre avec le couteau sacré; puis un morceau de la viande du bœuf est cuite au [pied de l'hazomanitra et est religieusement offerte aux mânes des ancêtres; le reste se distribue aux assistants... Les rois Maroseranana et Andrevola remplacent quelquefois le sacrifice de bœufs par des sacrifices humains. Ainsi les jeunes rois, lorsqu'ils se rasent pour la première fois, teignent le rasoir du sang d'un vieillard célèbre par son courage et qu'on immole à cette occasion. » (Grandidier, Madagascar, p. 32.)

seule exceptée, celle des Mahafaly au Sud-Ouest. Chez les unes , elle se pratique tous les ans ; chez les tribus du Sud, comme le raconte Flacourt, tous les sept ans; tous les sept ans également chez les Ho va. Chez ces derniers, un an après la fête septennale, il y avait comme une véritable année jubilaire pendant laquelle toutes les prisons étaient ouvertes et tous les délits pardonnes. Généralement la circoncision est accompagnée de grandes réjouissances. Certaines tribus de Sakalaves font cependant exception à cause de l'incertitude où l'on est du résultat de l'opération; il n'est pas rare en effet que l'enfant succombe faute de soins. La fête alors se célèbre plus tard avec force sacrifices, festins et orgies. C'est le seul cas où Ton tue un taureau au lieu d'un bœuf, et l'enfant circoncis est placé sur l'animal pendant l'invocation.

Flacourt fait une description très pittoresque et le Père de La Vaissière une autre très exacte de tout ce qui se pratiquait à cette grande cérémonie de la circoncision.

Avant 1869, c'était la fête par excellence des Hova (1). Elle durait deux mois. On commençait par administrer le tanghen à tous les sorciers, afin de purifier le royaume de cette race maudite. Puis toift devait être à la joie, aux danses, aux

(1) Depuis cette époque, la fête de la circoncision n'existe plus officiellement, mais le fait môme delà circoncision se pratique toujours. Ce sont les familles qui circoncisent leurs enfants, quand elles veulent, mais toujours au milieu de fêtes et de réjouissances, ordinairement à l'époque froide, juillet et août.

chants et aux festins, sans oublier, bien entendu, les discours et les souhaits de bonheur. On se ruinait aussi en habits de parade, surtout pour le jour solennel entre tous où arrivait en ville « Veau sainte » que des officiers étaient allés en grande pompe chercher à quelque source vénérée par la superstition. Le Père de La Vaissière raconte que « dans la dernière circoncision des princes, deux hommes robustes, désignés comme héros de la toilette, succombaient sous le poids des chaînes d'or et d'argent dont on les avait chargés. On dut leur adjoindre à chacun deux aides.

« Un habit de parade se loua 250 francs pour cette seule journée. »

Enfin le jour de la circoncision est arrivé. Après minuit, des hommes, choisis parmi les plus courageux du village, vont chercher de l'eau fraîche, qu'ils apportent dans une courge, pour laver les blessures des enfants. Ils marchent, se défendant vigoureusement de leurs lances et protégeant de leurs boucliers l'eau sainte contre la foule qui les accable de pierres ; car il ne faut pas qu'une goutte de cette eau soit répandue : ce serait un mauvais présage et la cérémonie devrait être renvoyée. Puis on apporte les enfants au milieu d'une foule compacte hurlant et criant, tandis que le pontife de la circoncision fait son office, en se servant d'un mauvais rasoir.

Ce n'est pas tout, voici deux détails fort étranges dont parle Flacourt : 1° La continence absolue et la

séparation complète des deux sexes est de rigueur, pendant la nuit qui précède la cérémonie de la circoncision ; 2° l'oncle de l'enfant circoncis est obligé de manger la partie amputée. Si quelqu'un manquait à la première condition , il devrait quitter l'assemblée avant la cérémonie, car il serait impur; et rien, sauf l'absence, ne peut dispenser de la seconde, si l'enfant a un oncle vivant (1).

Que signifient ces deux pratiques et quelles conclusions peut- on en tirer pour l'étude des origines et de l'histoire des peuples de Madagascar : ce n'est pas encore le temps de l'examiner. Je ne puis cependant m'empêcher de remarquer que la première me parait entièrement judaïque, et que l'autre pourrait être simplement un usage indigène ajouté aux cérémonies de la circoncision transmise aux Malgaches par une influence étrangère.

(1) Cette seconde pratique n'existe, chezles Sakalaves, que pour les fils aînés de rois. Pour les autres enfants « la partie amputée est placée dans un fusil chargé à poudre, ou bien est piquée à la pointe d'une lance, et l'on tire le coup de fusil, ou l'on jette la sagaie par-dessus le toit de la maison du père. La sagaie s'enfoncet-elle droit en terre? c'est un présage assuré que l'enfant sera courageux. » (Grandidier, Madagascar, p. 33.)

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