‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 78 sur 94 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Le culte des morts est très développé à Madagascar, et présente certaines particularités fort remarquables qu'il sera utile d'étudier un instant.

Les divers honneurs rendus aux défunts, les cérémonies qui accompagnent leurs funérailles, les monuments qu'on leur élève , le souvenir que l'on garde d'eux, les hommages, les sacrifices, les prières qu'on leur adresse, l'examen des divers objets renfermés dans les tombeaux, tout cela en effet . est très instructif, et a d'autant plus d'importance que ce sont presque les seuls témoins qui nous restent du passé, les seuls souvenirs qui permettront un jour de reconstituer en partie l'histoire de Madagascar.

Jetons donc un coup d'oeil rapide sur ces différents points.

A peine quelqu'un est-il expiré, tout d'abord on procède, — et cet usage est général, — à la

toilette du défunt, que des personnes du même sexe, lavent, coiffent, revêtent de lambas neufs, afin qu'il puisse recevoir les visites de ses parents et amis. Puis, tout le monde se met en deuil, c'est-à-dire en blanc, qui est la couleur du deuil chez les Malgaches; on se dénoue les cheveux, on revêt des vêtements grossiers et sales , on ne se lave ni se peigne , et on ne doit jamais se regarder dans un miroir : si l'on en possède un, on aura soin de le retourner contre le mur. Les femmes enfin, surtout sur le plateau central, iront les épaules nues, agraffant leur tunique, au-dessous des bras, ou si Ton veut, se mettront en toilette de bal.

Puis commence la veillée, qui, telle qu'on la pratique, est un mélange de piété filiale et de débauche sauvage, dégénérant trop souvent en véritables saturnales.

A peu- près partout, sauf chez les Hova, cette veillée dure très longtemps, et Ton attend de longs jours, parfois des semaines entières, avant de procéder aux funérailles, un mois chez les Tanala, chez les Antankara et les autres tribus de l'Est; fort longtemps aussi chez les Sakalaves de l'Ouest, et jusqu'à deux ou trois mois quand il s'agit d'un noble Befsiieo.

Tantôt le cadavre est placé en plein air, comme chez les Sakalaves, où, aussitôt après le décès, le mort est sorti de sa case et exposé sur une estrade ou talatala, haute environ de 2. mètres, revêtu d'un nombre pair de lambas, la tête

tournée vers l'Est, recouvert d'un morceau d'étoffe, et ayant à coté de lui les divers objets qui doivent l'accompagner dans la bière. On entretient du feu sous les pieds, et on brûle de l'encens au vent, pour masquer les mauvaises odeurs.

Les femmes se tiennent au Nord-Est du Talatala, les hommes au Sud et au Sud-Est. En arrivant, les femmes s'accroupissent en face de la famille qui est là, morne et silencieuse ; puis, sans parler, elles se mettent à pleurer et à sangloter, de concert avec toutes les femmes présentes. La même scène recommence à chaque nouvelle visite.

Les Antankara enroulent leurs morts dans une peau de bœuf, des éclisses de bambou, ou des rabannes qu'ils ficellent avec des cordes de rofia, et les laissent ainsi exposés sous un hangar, où l'on ne cesse de brûler des résines, dans de petites coupes d'argile. A partir du troisième jour, on resserre fréquemment les cordes, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que les os, que l'on mettra alors dans leur cercueil, afin de les inhumer. S'il s'agit d'un chef, son corps est recouvert d'herbes aromatiques et de sable chaud continuellement renouvelé, jusqu'à complète momification.

Ailleurs, comme chez les Ranomena, petite tribu de La côte occidentale, confinée aujourd'hui entre Fanantara et Marohita, on les expose, le long du chemin, dans leur cercueil percé d'un trou afin de permettre au pus de s'en échapper. Une pierre marquera l'endroit, et c'est là que les enfants viendront faire leur prière au mort.

Mais ordinairement, c'est dans la case même que le cadavre est exposé, ou bien accroupi sur un kibany ou petite estrade, et revêtu de ses plus beaux habits, comme s'il était encore vivant, par exemple chez les Vazimba qui habitent, au Menabe, les bords du Manambolo et que Ton croit être les descendants des peuples aborigènes de File ; — ou bien, plus ordinairement, étendu sur une couche quelconque, avec une lampe à ses pieds, comme chez les Betsimisaraka et les Antaimoro ; — ou bien debout, attaché au poteau central de la case, comme pour les chefs des Betsileo.

Chez les Antainioro et leurs voisins du Nord et du Sud, les Antambahoaka et les Antanosy, qui vraisemblablement descendent comme eux des Arabes, la chambre est à cette occasion tendue d'un lamba brun rouge (lamba menamena), et l'on attache, autour des bras, des bandelettes de papier, avec des signes cabalistiques et des caractères arabes. S'il s'agit d'un chef, il est enterré deux jours après son décès, mais sa mort est tenue secrète pendant un mois, et ce n'est qu'alors qu'on en instruit le peuple en hissant un drapeau blanc sur sa case. Pour les chefs Betsileo, cette veillée est encore plus curieuse et revêt un caractère absolument répugnant , résultat d'une croyance très répandue chez eux et aussi chez quelques autres peuplades , les Vazimba par exemple, que l'âme de leur chef passe dans le corps d'un boa. Lorsqu'un noble Betsileo est expiré, ou, plus exactement, trois jours après sa

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