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FUNERAILLES, CONVOIS, CERCUEILS

Quand la veillée des morts est finie, on procède aux funérailles. La plupart des Malgaches mettent leurs morts dans un cercueil, par exemple les Àntakara, les Betsimisiraka, les Antaimoro (sauf pour les chefs) , les Antanosy, presque tous les Sakalaves et les Tanala. Il n'y a d'exception que pour les Hova qui enveloppent les leurs d'une multitude de lamba, et les déposent ainsi habillés sur la pierre de leur tombeaux; les Betsileo qui

(1) Anthropologie 1894, p. 397-398.

sont placés sur des nattes étendues à terre, couverts d'un simple morceau d'étoffe, et les Bara, dont les cadavres sont posés tout nus sur le sol et recouverts de pierres.

Le cercueil chez les Hova est réservé au souverain, et il est alors fait d'argent massif. Les personnes riches chez les Betsileo ont un cercueil. C'est le contraire chez les Antaimoro, où il est réservé au peuple, tandis que les chefs n'ont que le seul lamba.

Ces cercueils sont à peu près partout les mêmes, un tronc de bois creusé, recouvert d'un autre tronc également creusé et un peu plus graud, en forme de toit.

Un de ces cercueils était envoyé, il y a quelques années, de la petite île du Sépulcre, au fond de la baie de Diégo-Suarez, au Muséum d'histoire naturelle, par le commandant de la Romanche, M. R. Germinet.il mesure lm,52 de longueur et 0m,21 de largeur. Sa cavité est de lm,23 de long sur 0,n,14 de large; au niveau de la tête deux entailles lui donnent une largeur de 0m,17. Le couvercle, en forme de toit, à lm,6i de long sur 0m,23 de large; il est orné d'un décor en dents de loup, sculpté en relief, qui en contourne les bords et l'arête; d'un galon orné de stries penniformes, qui joint l'arête aux deux bords; enfin de quatre cercles coupés de traits à angles droits, suivant leurs diamètres. Ce couvercle est emboité dans un rebord ménagé tout autour de la bière, et qui fait une saillie d'un peu plus de 2 centimètres. La forme

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générale du cercueil est tout à fait pareille à celle des sarcophages en bois que M. Alfred Marche a découverts dans la grotte funèbre de Marin duque, et à ceux des autres petites lies voisines de Luçon, aux Philippines.

A l'intérieur, le squelette, qui est celui d'un jeune nègre de 12 à \k ans, est à peu près en place : on trouve la tête à l'une des extrémités; à l'autre, les os des jambes et des pieds. Le reste du corps, manifestement comprimé, montre des os plus ou moins déplacés au milieu de débris de rabanes et de lamba, que serrent encore des cordelettes de rofia. Aux pieds du mort se voient trois petites coupes de terre cuite montées sur pied, et qui doivent avoir servi de brûle-parfum pendant les préliminaires de l'inhumation (1).

Un très grand nombre de tribus , — à peu près toutes, sauf celles d'origine arabe (Antambahoaka, Antaimoro et Antanosy), les Ansihanaka, les Hova (d'origine malaise), et les Betsileo — , enterrent leurs morts au fond des bois, ou au milieu des rochers, dans un endroit désert, et n'y vont que pour les seuls enterrements, tellement ils en ont une grande frayeur. Les autres au contraire, les enterrent sur le bord du chemin, parfois môme dans les villages ou tout à côté.

Mais le convoi est à peu près partout le même, comme aussi les cérémonies observées à cette occasion .

(1) Grandidier, ouvrage cité, p. 215-216.

Tantôt le corps est porté à bras par plusieurs personnes, comme chez les Hova, tantôt sur une espèce cle civière ou kibany, comme chez les Sakalaves. Mais dans tous les cas, un convoi funèbre ne doit jamais passer auprès d'un roi, ni même aux environs de sa demeure, ou dans le voisinage d'une pierre sacrée. Ceux qui l'ont suivi, sont tenus de se purifier comme aussi toutes les personnes qui, d'une manière ou d'une autre, ont dû toucher le cadavre.

J'ai vu plusieurs de ces convois en Imerina; j'en ai croisé sur mon chemin. Il y a beaucoup d'ordre, de silence et de recueillement. Les gens, très nombreux, suivent le cadavre, par deux ou trois personnes de front, en une longue file très étendue qui se déroule sur le flanc des montagnes et produit un très pittoresque effet.

C'est à ce moment surtout que l'on déploie le plus de pompes, et que l'on fait le plus de démonstrations. Il y a des discours, des pleurs et des lamentations; il y a des offrandes, il y a aussi des prières adressées à celui qui disparaît et que l'on perd ainsi pour toujours. On voit des veuves échevelées se rouler dans la j)oussière et demander d'être murées dans le caveau ; des enfants se trouver mal, et refuser en trépignant de se séparer de leurs parents; des esclaves, à genoux, appeler leur maître et le supplier de les emmener avec lui. Tout cela ne manque pas défaire impression ! Malheureusement ce n'est que de commande, un simple rôle consacré par l'usage et que chacun doit

ci lu: dés morts.

accomplir suivant les divers usages de On met enfin le cercueil ou le cadavi tombe, toujours la tête tournée vers l'Ess couché sur le dos, souvent sur le côté ; et, avec lui, divers objets qui lui ont appartenu ou dont il est censé pouvoir avoir besoin : bols, assiettes, tabatière, morceaux d'argent, etc.; une provision de vivres, riz, rhum, miel, etc.

Les Tanala en particulier déposent, au milieu du foyer de l'humble case, qu'ils élèvent en guise de tombeau à leurs morts, une marmite neuve et du riz cuit; à côté, une mesure de riz et du bois pour le feu ; dans la main du mort assis à la place d'honneur, est un briquet, une pipe ou une tabatière, selon qu'il fut jadis fumeur ou priseur! On ferme la porte de la case et on se retire. Cette partie de la forêt devient dès lors sacrée, et son accès absolument interdit.

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