‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 81 sur 94 · TOMBEAUX · texte numérisé non relu

TOMBEAUX

Plusieurs tribus n'ont pas de tombeaux ; ce sont celles du Nord et de l'Est.

Ainsi les Àntankara enterrent leurs morts dans un endroit désert et placent le cercueil dans un trou de rocher ou sur la terre même. C'est précisément parce qu'elle servait ainsi de cimetière,

qu'une petite île du fond de la baie de Diégo- Suarez est appelée sur les cartes « île du Sépulcre », et en malgache « Nosy-Loapasana », île percée de tombeaux. De même, chez les Betsimisaraka, les cercueils sont disposés sur le sol, sous un bois touffu, dans un ordre régulier et à une petite distance les uns des autres. Et on a soin de mettre à la tête, divers objets, et, en particulier, une bouteille de rhum, présent tout à fait de couleur locale chez ce peuple d'ivrognes.

Certaines familles cependant, exhaussent les cercueils sur une petite estrade et construisent, pour chacun d'eux, un hangar, afin de les protéger contre la pluie et le soleil ; d'autres enfin les introduisent dans le corps d'un arbre évidé, dont ils bouchent les ouvertures au moyen de rondelles de bois. C'est à peu près la même chose chez les Tanala.

Chez quelques peuplades de la forêt enfin, le corps, enfermé dans un tronc d'arbre, est suspendu au-dessus de la terre à une distance suffisante pour le préserver des animaux ou plutôt du seul animal carnassier de Madagascar, le fosa, ou petit loup-cervier. Chez les Antanala d'Ikongo, c'est encore plus simple : ils marquent par une entaille, faite à l'arbre le plus voisin, la place où ils ont enterré le cadavre, ce qu'ils font du reste sans cris ni pleurs.

Toutes les autres tribus ont des tombeaux : assez remarquables chez les Hova, et les Betsiléo, où ils sont soumis à quelques règles architectoniques,

rudimentaires, mais invariables; plus simples et plus sauvages chez les autres peuples.

Chez les Bara, les Sakalaves et les autres tribus de l'Ouest, le tombeau est généralement formé d'un amoncellement de pierres encaissées dans une cage de pieux. Chez les Bara, cet amas de pierres n'a pas plus de 0m,30 à 0m,40 de hauteur. Il y a même quelques familles qui déposent le corps tout nu, soit dans des cavernes, soit au milieu des rochers, mais toujours entouré de crânes de bœufs tués à l'occasion des funérailles. Chez les Sakalaves, sur la plate-forme du tombeau, sont déposés des objets de toutes sortes, figures humaines, figures d'oiseaux, bouteilles, etc., qui constituent des ochj et, à la tête flotte un morceau de toile blanche attachée à un piquet. Toute l'ornementation, en un mot, rappelle celle des îles du Pacifique.

Les tombeaux sont différents, s'il s'agit des chefs ou des gens du peuple, chez les tribus d'origine arabe.

Pour les premiers, c'est-à-dire les Baandriana, leurs tombeaux appelés « Lonaka » (c'est le nom de toutes les résidences royales), se composent, dans l'Anosy, de deux dalles dressées Tune à la tète, l'autre v moins haute, aux pieds; une palissade circulaire entoure chaque tombe, dont l'entretien est confié à la famille des Zafîndrosara, qui seuls peuvent y pénétrer. Les tombeaux du peuple situés au bord du chemin chez les Antaimoro, au milieu des bois chez les Antanosy, consistent en une fosse,

revêtue intérieurement de pierres, et fermée par une dalle placée au niveau du sol avec un drapeau blanc, llottant au sommet d'une perche, comme chez les Sakalaves.

Les Bezanozano, les Antankay et les Antsihanaka dressent trois pierres sur la fosse du cùté de la tête, celle du milieu dominant les deux autres. En avant est piqué un pieu effilé où sont posés des crânes de bœufs; quelquefois une corne contenant du miel et du riz y est attachée, et, autour des pierres sont enroulés des morceaux d'étoffe, des fragments de lamba, etc. Ces pierres et ces pieux sont assez nombreux le long du chemin ou sur le sommet des montagnes, et on en aperçoit plusieurs en allant de Tamatave à ïananarive.

Mais ce sont surtout les Betsileo qui donnent à leurs tombeaux un cachet original où se trouvent parfois, chose curieuse, des traces d'ornementation et d'architecture.

« Le tombeau Betsileo, raconte M. Jully, est un véritable hypogée, creusé dans la terre argileuse et auquel on accède par une pente douce.. A la partie supérieure, l'imagination du propriétaire, selon les ressources de sa fortune, se donne libre cours on rencontre des mausolées à prétentions architecturales, surmontés de colonnades, de corniches, le tout naturellement très rudimentaire et grossier. L'exemple le plus curieux que j'aie vu d'un de ces couronnements était une ornementation où les crânes de bœufs immolés en l'honneur du défunt, étaient disposés dans un ordre à peu

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près semblable à celui qu'ils occupent dans le système dorique » (1).

D'autres fois, raconte le P. Abinal, ce sont de véritables mausolées composés de six ou huit colonnes reliées entre elles par des masses de petites pierres enchevêtrées; ou bien ce sont de tout petits murs adossés à des rochers gigantesques et qui de loin ressemblent à des huttes de reclus; d'autres fois, au contraire, ils sont perchés aux sommets des montagnes les plus élevées, ou bien au flanc d'un rocher inaccessible.

lien donne deux exemples curieux: Une femme riche, dernière héritière d'une grande famille, ne voulut rien laisser à personne. Elle fit donc transporter, à grands frais, d'innombrables pierres à l'Ouest d'Ivatoavo, au sommet d'un pic semblable à une aiguille , et s'y fit construire un tombeau visible à dix lieues à la ronde; puis, n'ayant plus d'argent, elle mourut contente, en ordonnant de tuer tous les bœufs qui lui restaient, pour ses funérailles. Sa mémoire et son tombeau sont connus dans toute la contrée.

Un seigneur Betsiléo, celui d'Isandra, devait encore faire mieux. Il choisit pour son tombeau un des rochers les plus élevés du pays, et c'est là, à mi-hauteur, que des ouvriers suspendus à des câbles fixés au sommet de la montagne, purent à force de travail lui creuser une chambre mortuaire. Il y fut enterré avec de grands honneurs ,

et, avec lui, tous ses trésors que l'on croyait devoir y être en sûreté. Mais un voleur finit par y trouver accès et y alla souvent, emportant chaque fois une partie du butin. Un jour, il s'y établit même à demeure et osa y allumer du feu. Avant le coucher du soleil, dix mille Betsiléo ébahis regardaient la fumée sortant du tombeau et étaient persuadés que l'âme de leur seigneur se chauffait, tout en préparant son riz.

Ce qui frappe d'abord dans l'étude des tombeaux hova, c'est leur situation tout à côté des maisons, parfois dans la cour même , ou tout au moins à proximité du village. Ainsi les sept souverains prédécesseurs d'Andrianampoinimerina sont enterrés dans le Rova de Tananarive, tout près du palais.

Déplus ces tombeaux s'élèvent toujours àl'angle Nord-Est de F habitation ou du village. C'est là une règle invariable qui ne souffre pas d'exception , et dont le souvenir pourra permettre plus tard d'établir l'existence et l'assiette d'anciens villages aujourd'hui disparus.

Enfin leur orientation est toujours la même, leur grand axe étant légèrement tourné dans la direction Nord-Ouest Sud-Est, et l'entrée se trouvant toujours à l'Ouest.

On distingue deux sortes de tombeaux en Imerina, les anciens , c'est-à-dire ceux qui furent faits avant que les Hova n'eussent appris des Arabes à extraire des dalles de pierre, et les nouveaux.

Nous avons des premiers un modèle parfait dans

les sept tombeaux du Rova. Ces tombeaux, dont le premier, au Nord-Ouest, est attribué à Andrianjaka, le prétendu fondateur de Tananarive, et qui devait régner au commencement du dix-huitième siècle, sont alignés sur une seule rangée allant du Nord-Ouest au Sud-Est. Ils sont tous semblables, formant un rectangle maçonné en petits morceaux de granit, de vingt mètres de long environ sur trois mètres de large et un mètre de hauteur. Sept petites cases en bois ( tranomasina , maison sainte), bâties suivant les règles de construction des anciennes maisons malgaches, surmontent ces tombeaux. Seulement leur toit de chaume a été remplacé par du bardeau sous Ranavalona I're, après 1840, date de l'introduction de cette manière de couvrir. L'intérieur de ces cases contenait primitivement des nattes , du riz, un pilon et un mortier à riz, et les divers objets de la vie usuelle.

Le touibeau proprement dit était un trou carré, percé dans ce massif, et maçonné sur les cotés avec de petites pierres. La voûte en était faite de plateaux d'Ambora, bois jaune, odorant et imputrescible qui rappelle le camphrier. Le corps du souverain était placé sur un espèce de lit, formé des mêmes- bois, enveloppé de plusieurs lamba de soie indigène, orné de tous ses bijoux, c'est-à-dire autant qu'on peut le savoir, — car personne ne peut visiter ces tombeaux, — d'anneaux d'argent et de colliers de corail qu'il portait au cou, aux bras, aux chevilles, aux doigts des pieds et aux

doigts des mains, avec des diadèmes formés de petites plaques d'argent semblables à des sequins et reliées entre elles par des chaînettes. De plus, à côté du cadavre , se trouvaient les insignes de la royauté : le lamba pourpre, la canne d'ébène ornée d'argent, des objets de toutes sortes et des pièces de monnaie, dont le millésime nous permettra plus tard de fixer la date de la vie de ces souverains.

Dans les nouveaux tombeaux, les murs de maçonnerie en blocage sont remplacés par de grandes dalles de granit au nombre de quatre : trois formant les côtés et une quatrième , plus grande que les autres, le plafond. La porte, limitée par deux dalles plus petites , est faite elle-même d'une feuille de granit présentant en haut et en bas deux gonds évidés dans l'épaisseur delà pierre et destinés à en faciliter le maniement. Elle se trouve toujours à l'Ouest. En face est la place d'honneur où il n'y a ordinairement qu'un seul lit, réservé au chef de la famille, aux grands ancêtres. Les autres membres sont rangés au Nord et au Sud, sur deux ou trois rangs de gradins superposés.

Extérieurement le tombeau se compose d'un terre-plein limité par des pierres étroites, debout et jointes bout à bout, ou bien reliées entre elles par un blocage en petites pierres posées à plat. A l'Est, à la place directement opposée à la porte, se trouve une dalle plus haute que les autres et formant stèle ; cette stèle est placée exactement

au-dessus de la place d'honneur ou du lit des ancêtres; c'est là que se font les sacrifices, et c'est elle qu'on enduit de graisse au jour du Fandroana. La porte du tombeau est ordinairement dissimulée derrière un amoncellement de terre, et le couloir qui y conduit, comblé. Au-dessus du terre-plein se trouve nue plate-forme où s'élève la case en bois [trano-manara, maison froide) pour les deux premières castes de la noblesse ; une seconde stèle de forme bizarre, avec deux volutes figurant les pétales d'une fleur, pour certains tombeaux du peuple.

Les corps sont toujours disposés dans ces tombeaux de la même façon, la tête du mort étant toujours tournée vers l'Est, c'est-à-dire vers le soleil levant. Seuls, les ancêtres sont orientés Nord- Sud, la tête du côté du Nord.

Les lits sont de fortes dalles de granit laissant entre elles un espace de 80 centimètres.

L'extraction de ces dalles et de celles, plus grandes encore , qui forment les côtés et la couverture du tombeau, est très simple et très curieuse. On. étend une couche de bouse de vache sèche en ligne à l'endroit même où l'on veut couper la dalle, on la brûle lentement, on y verse de l'eau froide, et l'on y met le feu. Il se produit une fissure tout autour, et il suffit alors de soulever la dalle au moyen de leviers et de la conduire. Pour cela, si elle est très grande , on s'y met 100, 200, parfois 1,000 personnes : les femmes tirant sur des cordes en avant, les hommes de

côté , et le propriétaire debout sur la pierre excitant tout le monde par des chants, des cris ou des lazzis. Au fond c'est une fête; on tue des boeufs, on boit du rhum et cela coûte fort cher.

Aussi les Hova se bâtissent-ils leurs tombeaux de leur vivant, et ils y mettent parfois de longues années. Certains même restent inachevés, leur propriétaire ne trouvant pas moyen de faire conduire la dernière dalle, la plus grande de toutes, celle qui doit recouvrir le monument.

Peu à peu, sous l'influence des blancs, les tombeaux se modifièrent, devinrent de véritables monuments, et l'on plaça tout autour une colonie d'esclaves pour les garder. Tel, par exemple, celui que M. Laborde construisit pour la famille du premier Ministre, àïsotry, à l'Ouest de Tananarive.

Quelquefois le cadavre ne peut être retrouvé, par exemple celui d'un soldat mort dans une expédition, ou d'un voyageur expiré au loin : alors on enterre à sa place son oreiller et sa natte; ou, en tout cas, on lui fait élever aux confins d'une de ses terres, à proximité de la route la plus fréquentée, un monument consistant en un poteau ou en une dalle en pierre, appelée en beaucoup d'endroits Tsangambato (pierre debout) (1).

Parfois ces poteaux portent des figures grossièrement sculptées. Ainsi le Révérend Richardson en a trouvé dans la partie occidentale du pays Bara, qui avaient trois mètres de hauteur et portaient à

(1) On place aussi parfois des Tsangambato aux endroits où le corps a été déposé au cours des funérailles.

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leur sommet une figure de femme, grossière et de grandeur naturelle.

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