LES IDOLES OU SAMPY
Nous l'avons vu dans le chapitre précédent, le culte des morts est le culte principal et le plus répandu à Madagascar, mais ce n'est pas le seul.
A un autre point de vue , ce culte , on pourrait peut-être l'expliquer dans un sens raisonnable qui en exclurait l'idolâtrie. Les ancêtres alors seraient les agents et serviteurs de la divinité. Ils « demanderaient et obtiendraient pour les vivants ce que Dieu seul peut accorder (1) ». Ce serait comme une contre-façon des honneurs rendus à nos Saints, ou, si l'on veut, comme une corruption des hommages rendus par les Juifs aux Patriarches, leurs ancêtres. Au moins ce culte serait facile à purifier, de manière à en exclure tout ce qu'il a d'idolàtrique et à n'en garder que ce qu'il a de bon et de raisonnable.
(1) Proverbe malgache.
Mais il est impossible de dire la même chose des idoles ou sampy, ou pour parler plus exactement des amulettes ou ody, qui sont si répandues à Madagascar, et en qui tout le monde a une confiance absolue. Car, s'ils ne sont pas idolâtres, au sens classique du mot, les Malgaches sont adonnés au plus grossier fétichisme, et ce fétichisme a tout envahi , tout perverti , absorbé toutes les anciennes croyances.
Ces amulettes sont répandues chez toutes les tribus, et tout le inonde en porte, par exemple chez les Sakalaves où tout homme, libre ou esclave, possède son talisman parfois acheté à des prix très élevés. C'est ordinairement pour eux une corne de bœuf, renfermant au milieu de sable arrosé de graisse, des clous, des morceaux de bois, des vis, des verroteries, etc., tous objets dans lesquels ils mettent une confiance entière.
Chaque talisman a sa vertu particulière. Les uns rendent invulnérable, les autres donnent la santé, la richesse, le succès. Habituellement, on les porte suspendus au cou; j'en ai vu cependant un, enlevé à un vieux guerrier sakalave tué dans une incursion, suspendu à une vieille ceinture à côté de sa boîte à poudre et de son sac à balles. De temps en temps, on leur adresse des prières, on leur immole des victimes, on leur fait des libations en versant quelques gouttes de rhum sur le sable. £!on pas toutefois que ces objets aient par eux-mêmes le pouvoir d'aider ceux qui les prient ou de punir ceux qui les mépriseraient ;
mais c'est Dieu qui leur a communiqué cette vertu dont ils peuvent librement se servir.
Il est inutile de discuter avec les Malgaches sur la fatalité et l'absurdité de telles croyances. Ils ne vous croiront pas. Ou s'ils paraissent se rendre à vos paroles, ce sera uniquement en apparence ; au fond ils resteront aussi convaincus qu'auparavant, et en secret ils continueront à rendre les mêmes honneurs à leurs ody.
Comme nous l'avons dit déjà, M. Besson, admis à Ikongo, et devenu l'ami du vieux roi des Tanala indépendants, en eut la preuve. Le seul résultat qu'obtint son éloquence fut d'être obligé de confectionner lui-même à l'usage de son hôte un talisman, évidemment plus fort que tous les autres, parce qu'il était l'œuvre d'un Vahaza.