‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 91 sur 94 · CHAPITRE XXIV LANGUE MALGACHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV LANGUE MALGACHE

Une question que l'on pose souvent au voyageur revenant de Madagascar, et que l'on m'a faite bien des fois à moi-même, est celle-ci : Quelle langue parlent les Malgaches? français ou anglais? » — Ils ne parlent ni l'un ni l'autre. Quelques-uns savent un peu d'anglais; quelques autres un peu de français; il y en a même, formés par la mission catholique, qui savent fort bien notre langue et la prononcent mieux que certains de nos compatriotes; mais, entre eux. les Malgaches ne parlent jamais que leur seule langue nationale, la langue malgache, et c'est tout naturel, car elle est fort belle.

Cette langue est sensiblement la même dans toute l'île et parmi toutes les peuplades qui l'habitent. Évidemment, il y a des différences, parfois très notables. Le grand nombre des castes et des tribus, leur éloignement et leur manque de relations, leurs jalousies et leurs guerres fréquentes, quelques usages particuliers qui réservaient certains termes à la sorcellerie ou à l'usage des chefs, et que l'on ne devait plus employer après la mort

5i2 MADAGASCAR.

de ceux-ci, la tendance de certains peuples à user d'expressions figurées — ainsi les Sakalaves disent maetsaka, du désaltérant, pour rano de Feau; famonUj, de l'émollient, pour i wlika, de l'huile ; — les différences d'organe, de goût, d'occupation et surtout l'absence d'écriture qui laisse la langue toujours changeante et jamais fixée, tout cela et mille autres causes expliquent facilement cette diversité. Mais il n'en reste pas moins vrai qu'il n'y a à Madagascar qu'une langue unique, au fond partout la même, dont le dialecte hova, compris de tous, le plus répandu et le plus régulier, est comme le type et le modèle, tandis que les autres en sont des déformations ou des patois.

Et cette langue, loin d'être une langue primitive, pauvre et barbare, est au contraire remarquable.

Je lui trouve trois caractères bien distincts :

1° Elle est très douce à la prononciation et très agréable à entendre. Aussi l'a-t-on surnommée r italien de l'hémisphère austral.

Aucun mot n'est terminé par une consonne,, mais toujours par une voyelle très faiblement prononcée ; toutes les syllabes sont claires et sonores et la syllabe accentuée toujours nettement frappée; aucune articulation, difficile ou douteuse; aucun assemblage de consonnes, rude ou moins harmonieux. Et cette douceur est tellement dans le génie de la langue qu'elle entraîne le changement ou la suppression de nombreuses consonnes dans la formation ou l'union des mots.

Ainsi de Sàsa, lavage, et de la particule verbale

Page 1