‹ Madagascar; sa description, ses habitantsChapitre 92 sur 94 · LANGUE MALGACHE · texte numérisé non relu

LANGUE MALGACHE

man, on forme rnanasa, laver, et non mansasa; de tsiny, blâme, on forme manisy, blâmer et non mantsiny.

Mansasa et mantsiny seraient trop durs à prononcer.

C'est ainsi également que s'expliquent les transformations qu'ils font subir aux mots étrangers, en les incorporant clans leur langue. Ainsi de la chose, cheval, passeport, ils font leisoa, soaval, passipoàra .

Enfin, c'est par cette môme raison d'euphonie que Radama Ier, au commencement de ce siècle, lorsqu'il introduisit l'écriture parmi son peuple, ne voulut pas accepter l'alphabet anglais trop irrégulier et trop indécis, et qu'il rejeta de l'alphabet français le c, le q, Vu et Yx comme inutiles, mais surtout comme dures à la prononciation.

2° Un second caractère du malgache, c'est sa très grande régularité.

C'est une langue d'agglutination, avec un petit nombre de racines et un très grand nombre de dérivés. Mais ces dérivés se forment d'une manière constante et invariable, au moyen de préfixes verbaux (1), ayant chacun leur sens bien déterminé,

(1) Ces préfixes sont, man, mampi, mampan, malia, mi, mifampi, mifau. etc., et c'est avec leur secours que l'on forme les diverses classes de verbes.

Ainsi, avec anatra, vous formerez les verbes :

... i manatra, donner un avis.

.Utils , .

< mampianatra, enseigner.

Neutre : mi-anatra, étudier.

Causatil : mampan-anatra, taire admonester.

. . i mifampi-anatra, s'enseigner réciproquement.

Réciproques ' . , . ? r ,

imtfan-anatra, s admonester réciproquement.

de suffixes comme ana^ ou simplement en joignant ensemble plusieurs noms, qui apportent chacun leur signification propre, et forment ainsi ces noms si longs en apparence, et bien faits pour effrayer un étranger, mais que Ton prononce et retient sans difficulté quand on connaît la langue, car on en sait la signification. Ainsi :

Ambohibéloma est pour any-vohitra-veloma, au village des adieux.

Antananarivo, pour any-tanana-arivo, aux mille mains.

Andrianampoinimerina, pour Andriana-any-fony-Imerina, le seigneur là au cœur de l'Imerina.

C'est par des suffixes qu'on marque le genre : ainsi Zaza n'est ni garçon ni fille, mais

Zazalahy est un garçon.

Zazavavy, une fille;

La possession ou bien l'argent :

Trano-ko, ma maison.

Tia-nao, aimé de toi, etc.

Les mots sont invariables et n'ont aucune désinence changeante. Ainsi, il n'y a pas de marque du pluriel, et les trois temps des verbes s'indiquent par le changement de la lettre initiale, le présent par m, le passé par n et le futur par h.

Miasa afio, je travaille; Niaso aho, j'ai travaillé; Hiasa aho, je travaillerai.

langue malgache 5-V5

Le verbe être n'existe pas, ou plutôt n'a pas de forme propre, mais se trouve comme sous-entendu et compris dans tout substantif.

La construction delà phrase est la construction naturelle et logique; il n'y a d'exception que pour le sujet qui se place toujours après le verbe. Le pronom démonstratif présente cette particularité curieuse qu'il se répète avant et après le mot qu'il détermine :

Tanay ny izany andro izany.

En ce jour-là.

3° Enfin, c'est une langue très riche, mais dans le seul ordre matériel et physique. Les Hova n'ayant en effet ni philosophie, ni sciences, ni arts, ni culture intellectuelle d'aucune sorte, ne peuvent avoir de termes pour exprimer des idées qui pour eux n'existent pas. Mais pour les choses matérielles, ils ont une foule de mots pour rendre toutes les nuances de la pensée ; et là où nous nous servons de termes auxiliaires, d'adverbes ou de compléments, ils ont eux un verbe spécial et particulier avec son sens très déterminé et très précis.

Ainsi par exemple, pour rendre notre verbe porter, les Malgaches ont douze mots :

mitôndra | porter en général,

mitatào )

.. ,7 [ porter sur la tête,

miampôfo mitrôtro

> porter sur les genoux,

mildnja | porter sur les épaules, milàby | porter sur le dos,

misakélika

porter sous le bras, manakehka

misàmpy ) %

• * > \ porter a califourchon,

miantsampy ) r

mivimbina | porter à la main.

De plus les nombreuses particules ou affixes, qui sont de véritables auxiliaires; les suffixes qui modifient ou complètent le sens des mots auxquels ils s'ajoutent; les nombreuses formes verbales qui suivent toutes les flexions et toutes les nuances de la pensée, l'ordre, le désir, la cause, etc.; enfin la juxtaposition et composition des mots qui unit si facilement, en un seul terme, une multitude d'idées, donnent à la langue malgache une facilité merveilleuse d'expression et en font une des langues lés plus riches et les plus flexibles qui existent.

Il ne lui manque qu'une chose, une littérature écrite, ou tout au moins une littérature transmise oralement. Mais il n'y en a pas. C'est vraiment dommage, car les Malgaches excellent en certains genres, par exemple dans l'apologue.

En veut-on un exemple?

Le Père Basilide Rahidy, un Malgache, publiait dans la petite revue de la Mission catholique, le Resaka, une série de fables qui portaient droit et frappaient fort sur les vices et les travers de ses compatriotes haut placés.

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