‹ Madagascar sous Louis XIVChapitre 22 sur 49 · Mercure françois, t. XIII, p · texte numérisé non relu

Mercure françois, t. XIII, p

2. Une histoire complète avec documents à l'appui de-toutes les tentatives qui furent faites sous Henri IV et Louis XIII pour organiser le commerce de la France avec les Indes, nous est promise par M. P. Margry, l’ancien directeur des archives du Ministère de la marine et des colonies.

Du commencement du xvii* siècle à 1642, date de la forma-

croit que les mêmes arguments dont on se sert aujourd’hui pour faire ressortir les avantages d’une politique coloniale, n'avaient alors rien de secret.

Le feu roy nostre très honoré seigneur et Père, que Dieu absolve, — dit Louis XIIT dans cette lettre patente, — n'ayant pu faire résoudre, ny exécuter, pour avoir esté prévenu de la mort, les propositions qui luy avoient esté faites pour l’establissement d’une Compagnie puissante et bien réglée pour entreprendre un commerce général par terre et par mer, afin que par le moyen de la navigation nos subjets puissent avoir à bon prix, de la première main, comme ils avoient anciennement, les denrées et marchandises qui leur sont utiles et commodes, et faire transporter hors nostre royaume et terres de nostre obéissance, celles desquelles la sortie est permise et dont nos voisins et estrangiers ne se peuvent passer, à l'honneur et grandeur de nostre Estat, profit et accroissement de la chose publique, bien et advantages de nos subjets; nous avons cru que, l'ouverture nous estant faite par plusieurs marchands des principales villes maritimes de ce royaume, de remettre la navigation et le commerce entre les mains de nos subjets, par establissemens de Compagnies et Sociétez, nous ne devions pas davantage différer d’embrasser les occasions qui s'en offrent, ny en retarder les moyens, s'ils sont trouvez justes, sensez, profitables à nostre Estat et à l’a-

tion de la Compagnie Rigault, on comptcrait quatre tentatives. Le 13 novembre 1600, il y eut une Compagnie de marc''ands de Saint-Malo, Laval et Vitré pour le commerce des mers orientales ; une autre en 1606 avec le sieur Deroy pour chef; . une troisième en 1616 composée d’armateurs et de capitalistes de Rouen et de Paris ; la quatrième enfin fut formée en 1633 par Dumé d’Aplemont. Mais ces Compagnies pour une raison ou pour une autre ne donnèrent pas de résultats,

vantage de nos subjets; cela estant un dessein qui peut autant apporter de réputation et de gloire à nos affaires et mieux que nul autre occuper et enrichir nos dits subjets, chasser l'oisiveté et fainéantise, retrancher le cours des usures et gains illégitimes.…

Or, ce n'était pas dans un autre but que celui de s'occuper de cette question, continue la lettre, que la charge de grand maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France, abolie sous les guerres de religion, était rétablie et confiée au cardinal de Richelieu,

avec pouvoir, authorité et mandement spécial de traiter avec toutes sortes de personnes, voir e! examiner les propositions qui nous ont esté et seront faites sur le sujet de l’establissement du commerce, en discuter et reconnoistre le mérite, bien et utilité, résoudre et assu-rer tous articles, traitez, contrats et conventions avec tous ceux qui se voudront lier et joindre pour former les dites Sociétez et Compagnies de commerce, et autres particuliers traitez et entreprises de mer, à la charge toutes fois que tous les dits contrats, traitez et autres actes passez à cet effet, n'auront aucune force ny vertu qu'ils ne soient ratifie4 par nous.

En octobre 1626, on en avait à peu près fini avec lés protestants et la noblesse; nos lecteurs savent d'autre part que tout marchait à souhait contré Ja maison d'Autriche, Or cet instant dë répit, on le voit; là royauté française l’employait immédiatement à essayer de réparer le temps perdu, et à tâcher de nous mettre; sous le rapport colonial, au niveau des autres

40 CE QU'ÉTAIT AU COMMENCEMENT DE 166% nations. Le fait seul que la besogne était confiée à Richelieu prouve jusqu'à quel point elle avait cette question à cœur.

Quels que fussent cependant le zèle et lactivité que Richelieu apportait d'habitude en tout ce dont il se chargeait, quand on consulte les faits, on reconnaît qu'il ne devait point lui être donné de réussir dans cette mission. Nous ne savons si c’est qu'il fut absorbé par les soins de sa politique intérieure et les nécessités de ses combinaisons continentales, ou s'il préféra se consacrer exclusivement à la création d’une marine d’État, laissant au second plan et pour plus tard ce qui regardait les colonies et le commerce au long cours.

Ce qui est certain en tous cas, c’est qu'en partant de l’idée que les possessions coloniales sont de quatre espèces : les colonies de production, comme à Java par exemple, et dans quelques parties de l'Inde anglaise, où les conquérants obligent les indigènes à produire telle ou telle denrée qu'ils leur achètent ensuite ; /2s colonies de commerce, qu'on utilise principalement comme débouchés aux produits de la métropole, ainsi que la Grande-Bretagne fait aux Indes, et comme elle projetait voilà trois années de le faire en Égypte ; les colonies qu’on peut appeler d'administration, où l’on se contente de gouverner le pays et de lui faire payer l’inpôt, comme cela se passe pour nous en Cochinchine et dans la partie arabe de l'Algérie ; — ce qui est certain, disons-

nous, c’est que ce fut, pour ainsi parler, uniquement dans la création de colonies de la quatrième espèce, C'est-à dire dans la création de colonies de peuplement, que Richelieu paraîtrait avoir eu une conduite et un plan suivis.

IH donna bien des règles au courant d’émigration qui nous portait alors presque exclusivement du côté des Indes occidentales ; on doit même dire que c'est sous son ministère et en vertu de chartes de concession signées de lui, que les « îles de lAmérique » et quelques points du continent américain ont réellement commencé à se peupler de colons Français. Mais ce serait en vain qu'on chercherait de sa part un acte attestant qu'il ait positivement songé à déterminer de sérieux courants commerciaux ‘entre la France et les contrées exotiques. La preuve la plus convaincante nous en est justement fournie par ses colonies de peuplement.

La question du commerce y était en effet tellement regardée comme secondaire, ou l’on devait si bien la négliger par la suite, qu'en 166%, c'était précisément cette raison qu'invoquait Louis XIV, pour prononcer la déchéance des petites compagnies fondées par le grand ministre, et pour les remplacer par une grande Compagnie des Indes occidentales.

Comme il ne suffit pas à ces compagnies, — dit effectivement Louis XIV dans l'édit de constitution de cette grande Compagnie, — de se mettre en possession des terres que nous leur concédons, et de les faire défricher

et cultiver par les gens qu’elles y envoyent à grands frais, si elles ne se mettent en estat d'y establir le commerce par le moyen duquel les François qui s’habitueront aux dits pays communiqueront avec les naturels habitans en leur donnant, en échange des denrées qui croissent dans leur pays, les choses dont ils ont besoin; et comme il est aussi absolument nécessaire pour faire ce commerce d'équiper nombre de vaisseaux pour porter journellement les marchandises qui se débitent aux dits pays, et rapporter en France celles qui s'en retirent, ce qui n’a point esté fait par les compagnies ci-devant formées...

Et un peu plus bas :

Et comme dans les isles de l'Amérique où la fertilité des terres y a attiré un grand nombre de François, ceux de la compagnie à laquelle nous les avions concédées en l’année 1642, au lieu de s'appliquer à l’agrandissement de nos colonies et d'établir dans cette grande étendue de pays un commerce qui leur devoit estre très avantageux, se sont contentés de vendre les dites isles à divers particuliers, lesquels s’estant seulement appliqués à cultiver les terres, n’ont subsisté depuis ce temps-là que par le secours des estrangers ; en sorte que jusqu'à présent ceux-ci ont seuls profité du courage des François qui ont les premiers découvert et habité les dites isles et du travail de plusieurs milliers de personnes qui ont cultivé les dites terres.

Les tentatives de Louis XTIT n'ayant donc guère plus réussi que celles de Henri IV,.et Mazarin, en raison des guerres civiles et étrangères de la Fronde, s’étant trouvé de son côté dans l’impossibilité d’entreprendre quoi que ee fût au point de vue colonial,

on sait pourquoi la France, depuis le commencement du xvu siècle, était arrivée à l’année 166% sans avoir, avec les contrées exotiques, une organisation de commerce quelconque ressemblant de près ou de loin à cette Compagnie hollandaise des Indes dont il vient d’être parlé. Par leur Compagnie des Indes orientales et avec celle des Indes occidentales qu'ils établirent quelque temps après, les Bataves avaient si bien accaparé le commerce international, qu'on les appelait couramment portitores mundi, « les facteurs du monde ». Les seules colonies que nous eussions et où se rendaient les émigrants de France, étaient toutes situées en Occident, de l’autre côté de l'océan Atlantique, et au total elles ne constituaient que des colonies de peuplement dont le commerce était aux mains de l'étranger,

On pourrait peut-être objecter que depuis 1642 notre pays était doté d’une « Compagnie d'Orient » dont la concession avait été accordée à un Dieppois du nom de Rigault. Mais cette Compagnie ne mérite pas plus la peine d’être mentionnée, que celles dont il a été précédemment question en note. Ses opérations étaient exclusivement bornées à la mise en valeur de Madagascar, et l’on connaît par l’histoire que, même dans cet objet restreint, vu l’incapacité ou les idées fausses de ses administrateurs, elle n’arriva Jamais à rien de satisfaisant f,

1. Voir à ce sujet notre ouvrage précédemment cité sur Madagascar.

rs CE QU'ÉTAIT AU COMMENCEMENT DE 1664

En résumé, pour en revenir à la question de l'état du commerce de la France avec les Indes orientales, on voit qu'en l’année 166%, tandis que les autres pays, l'Espagne, l'Angleterre, le Portugal, la Hollande et le Danemark avaient avec ces contrées un commerce suivi et solidement organisé, nos relations commerciales avec ellés étaient pour ainsi dire complètement nulles. Elles consistaient en de rares armements, entrepris de distance en distance par des marins aventureux, armements tellement rares et exceptionnels, que, sur toutes les côtes de France, à leur départ comme à leur arrivée, on leur donnait les proportions de véritables événements.

Il s’ensuivait donc que pour toutes les denrées apportées alors des Indes et dont il était de notoriété publique que la consommation française absorbait près d’un tiers, nous étions tributaires des Espagnols, des Portugais, des Danois, de l'Angleterre ou de la Hollande.

Or il n’était ignoré de personne que les Hollandais, chez lesquels nous nous approvisionnions au meilleur compte, nous faisaient payer ces denrées 12 0/0 plus cher que si nous étions allés les chercher nous-mêmes dans le pays; — ces 12 0/0 représentés en grande partie par les droits d'entrée et de sortie que ces marchandises acquittaient en Hollande, où leur Compagnie était forcée de les débarquer avant de les écouler sur les marchés de l'Europe.

Devant un pareil chiffre, il serait superflu de

LE COMMERCE DE LA FRANCE AVEC LES INDES 45 faire ressortir tout ce qu'un tel état de choses avait de préjudiciable à la France; d'autant plus qu'avec la Hollande, la question économique se compliquait d’une question politique, puisque nous contribuions ainsi à enrichir une nation qui prétendait alors régenter l'Europe, et avec laquelle d’un instant à l’autre nous pouvions être appelés à nous mesurer.

Obligation morale pour Louis XIV d'essayer d'établir chez nous un commerce avec les contrées exotiques et surtout avec les Indes orientales. — Raison particulière qui pouvait l'y encourager.

On comprend, dans ces conditions, dans quel regrettable état d’infériorité se trouvait la France en 1664, par rapport aux autres peuples de l’Europe occidentale.

De quelque côté que l’on envisageñt la question, tout nous conseillait, pour ce qui regardait nos approvisionnements des Indes orientales, de nous affranchir des services de l'étranger et de nous arranger pour nous suflire à nous mêmes.

Il y avait là une lacune de la plus haute importance, d’une importance d'État, à combler.

Mais en dehors de toutes les raisons économiques ou politiques qui auraient pu l'y décider, il est

incontestable que l’entreprise était d'autant plus de nature à tenter Louis XIV, qu'il y avait pour lui, en espérance, la gloire de réussir et d'aboutir à où ses deux plus grands aïeux, Henri IV et Louis XIE, n'avaient pu faire que des projets.

Étant donnée l'importance économique du commerce des Indes orientales et notre manque absolu de relations commerciales avec ces contrées, exposé de ce qu'aurait fait Louis «XIV en pareille circonstance, s'il eût été le roi que les critiques se sont efforcés de nous décrire.

Les vues générales, auxquelles il nous était nécessaire de nous arrêter, nous ayant permis de circonscrire la question et de la placer dans son relief entier, nous avons maintenant toute liberté d'entrer dans le sujet de notre étude et de poser nettement le problème.

Étant donc donné ce que nous savons et des grandes Compagnies des Indes et du défaut absolu de relations commerciales entre la France et les Indes orientales, si l'on admettait un moment Ja supposition que Louis XIV eût été le souverain fastueux, gonflé d’orgueil, l’homme frivole et « à perruque », tout à l’ostentation et aux plaisirs, qu'on

LE COMMERG£ DE LA FRANCE AVEC LES INDES 49 s’est évertué depuis trente ans à nous dépeindre ; à quoi se serait-il résolu, ou plutôt qu'aurait-il fait si quelque particulier ou l’un de ses secrétaires d'État, lui avait soumis le projet de créer une Compagnie des Indes orientales ? Telle est la question. Il est probable qu'il y aurait souscrit en principe, peut-être même avec une certaine chaleur. Mais il est certain que, pour le reste, c’est-à-dire pour l'exécution et le détail, 11 se serait complètement reposé sur son ministre, surtout quand ce ministre était un homme de la taille et de la capacité de Colbert.

Il nous semble que ç'aurait très certainement été ainsi que tout se serait passé. Accordons néanmoins qu'il aurait fait un peu plus, justement dans l'ambition d'illustrer son règne par une œuvre où ses prédécesseurs avaient échoué, et par exemple qu'il se fût inquiété de temps en temps des suites du projet qu'on lui aurait soumis. Mais s'il cût poussé l'intérêt Jusqu'à exiger d’être plus ou moins régulièrement mis au courant de l'exécution, il est peu croyable qu'il serait allé au delà, et nous ne pensons pas qu'en dépit de tout, la conscience de ses devoirs de roi eût obtenu davantage de lui.

Telle est bien, à n’en point douter, la conduite que Louis XIV aurait tenue en cette affaire, s’il eût été l’homme et le roi que la critique contemporaine prétend.

Eh bien, nous allons mettre à présent les documents sous les yeux de nos lecteurs, et leur raconter ce que Louis XIV fit au contraire en personne dans cette circonstance. Et, lorsqu'ils auront vu l'activité et l'intelligence pratique dont il fit preuve, nous serions étonné que cette parole de Mazarin ne leur revint pas en mémoire, que pour le travail et l'application il ÿ avait en Louis XIV l « estoffe de quatre roys », et qu'en conséquence, ils ne fussent pas disposés à croire que, dans ce jugement, l’astucieux Italien doit avoir eu complètement raison.

h ; | BU DEUXIEME PARTIE

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L. LOUIS XIV, POUR LE COMMERCE DE LA FRANCE % AVEC LES INDES ORIENTALES, FAIT FONDER E= UNE COMPAGNIE PAR ACTIONS.

Probabilité que Louis XIV eut de lui-même lidée d’organiser un commerce suivi entre la France et les Indes orientales, — Faits attestant en fous cas qu'il eut une façon, particulière à lui, de comprendre ce que devait être la Compagaie qui serait chargée de ce commerce.

Nous avons parlé tout à l'heure de lidée d'un projet de création d’une Compagnie des Indes présenté à Louis XIV, et auquel ce dernier aurait accordé son approbation. Mais ce n'était là qu'une simple hypothèse. Car après avoir examiné les choses de près, on est conduit au contraire à cette convic-

tion, qu'au lieu d’un rôle tout passif, Louis XIV dut

en avoir un des plus actifs à cet égard, et par exemple qu'on lui doit attribuer une part très réelle dans le dessein premier de créer en France un sérieux Courant commercial avec les Indes.

D'abord, du moment où, du temps de Henri IV et de Louis XF, la question du commerce avec les

contrées exotiques avait agité les Conseils du gouvernement, 1] n'est pas douteux qu'il dut en être à plus forte raison de même après ce dernier roi, lorsque les désordres de la Fronde eurent pris fin. Quand de petits États européens, comme la Hollande, le Danemark, le Portugal, possédaient là-bas d’importants et riches établissements, 1l est même certain que notre manque absolu de relations commerciales avec les Indes orientales avait dû constituer alors en France une sorte de problème politique, dont tous les esprits sérieux de notre pays devaient, chacun de son côté, s’efforcer de trouver la solution.

Il y a une heure surtout où cette question dut particulièrement s'imposer à l'attention publique. C'est vers 1661, à la mort de Mazarin, lorsque Louis X1V prit la direction effective des affaires. Les guerres civiles dont nous avions tant souffert sembla'ent alors à jamais terminées ; toutes nos appréhensions de naguère relativement à la maison d’Autriche avaient disparu ; cette Espagne qui nous avait causé pendant près d’un siècle les plus grands maux, était maintenant liée à la France par le traité des Pyrénées ; et le mariage de Louis XIV avec la fille de Philippe IV était encore venu cimenter l'alliance. Dans quelque direction que l’on sondât l'horizon, nulle part n'apparaissait le moindre sujet de conflit, capable d’engendrer une grande guerre. Depuis le traité d’Aix-la-Chapelle, les peuples, comme les gouvernements, étaient persuadés qu'une

longue période de paix s’ouvrait enfin devant l’Europe.

Un meilleur ensemble de circonstances ne pouvait en conséquence se présenter pour tenter l'organisation dans notre pays d’un commerce avec les Indes, et pour essayer de combler une lacune qui, sous le rapport économique, nous portait les plus graves préjudices. Il n’y avait pas d’autre part de tâche plus féconde, plus utile et en même temps plus nécessaire, à laquelle un homme politique pût se dévouer durant la paix. On est donc en droit d'affirmer que vers cette époque, soit de lui-même, soit pour en avoir fréquemment entendu parler autour de Jui, Louis XIV, comme tout le monde, dut très sérieusement réfléchir à cette question.

Cependant malgré les recherches auxquelles nous nous sommes livré à ce sujet, il nous serait impossible de dire d'une façon positive à quelle date exacte Louis XIV et ses Conseils prirent la résolution de trancher définitivement cette question du commerce avec les Indes. En s’en tenant au simple fait de la conservation dans les archives du Ministère de la marine et des colonies, d'un certain nombre de mémoires envoyés au roi au sujet des Indes orientales, et qui vont tous de la fin de 1663 au commencement de 166%, peut-être en pourrait-on conclure que ce fut dans les derniers mois de 1663!,

1. Parmi ces mémoires, il s'en trouve de fort remarquables ; un entre autres de Plusieurs notables marchands de Tours,

En lous cas, ce qui atteste bien qu'on voulut à ce moment résoudre complètement la question du commerce d'outre-mer, tant avec les Indes orientales qu'avec les Indes occidentales, ‘t'est qu'à l’époque où le projet pour les Indes orientales n’était encore qu'en préparation, Louis XIV faisait un édit (28 mai 1664) portant Establissement d'une Compagnie pour le commerce des Indes occidentales, Compagnie aux statuts de laquelle nous avons emprunté les citations données plus haut.

A propos de cette Compagnie des Indes occiden-

Nantes, La Rochelle et autres lieux, qui demanderait à lui seul une étude spéciale, car si les propositions faites au roi par ses auteurs avaient été adoptées, il est probable que la Compagnie des Indes de 1664 aurait donné d’autres résultats. Nous publions au reste ce mémoire à la fin du volume. — Un autre, qui mériterait d'arrêter, émane d’un chevalier de Jant, ancien envoyé de Mazarin à la cour de Lisbonne, où il avait entamé de son propre mouvement des négociations pour la cession à la France de quelques-uns des établissements que les Portugais avaient encore aux Indes. — Plusieurs sont de Hollandais: un notamment très instructif du « sieur Hubert Hugo », ancien agent de la Compagnie hollandaise des Indes, et qui, ayant pris du service dans la Compagnie française de 1664, fit partie du premier armement envoyé à Madagascar.

Ces mémoires, très étudiés, conseillaient tous à Louis XIV de créer en France une Compagnie des Indes orientales.

Ils sont aux Archives coloniales du Ministère de la marine et des colonies, dans le carton n° 1, intitulé Mapacascar, Correspondance générale (1642-1664). Bien qu'ils regardent spécialement la Compagnie des Indes dans le fonds de Jaquelle ils devraient en conséquence être placés, ces mémoires n'ont eu d'autre raison d'avoir été classés jusqu'ici dans ce carton, que quelques paragraphes qu'ils renferment sur la grande île africaine. ‘— Il y a également quelques mémoires du même genre dans le registre in-folio, coté COMPAGNIE DES INDES ORIENTALES, administration en France (1642-1669), 2 C?.

LOUIS XIV FONDE UNE COMPAGNIE PAR ACTIONS 57 tales, nous devons dire (toutefois que, comparativement à ce qu'il devait faire pour celle des Indes orientales, Louis XIV ne s’en occupa que fort peu. Sa création ne semblerait avoir eu pour lui d'autre objet, que de concentrer dans cette partie du monde les efforts que les Français y dépensaient un peu partout, et de faire surtout qu'on n’y laissât plus le commerce au dernier plan, comme cela s'était passé jusque-là.

Quoi qu'il en soit, s’il ne nous a pas été possible de déterminer exactement le mois et la semaine où le gouvernement de Louis XIV décida de mettre un terme à l’infériorité de la France sous le rapport du commerce avec les Indes orientales, nos recherches nous ont du moins fourni la preuve certaine que cette question fut envisagée dès le début par Louis XIV à un point de vue tout personnel. Et cette preuve, nous l’avons découverte dans un petit volume, dont nous aurons tout à l’heure beaucoup à nous servir { ; petit volume dans lequel lauteur, tout spécialement placé pour tout savoir, nous informe en passant que Louis XIV n'avait songé à la fondation d’une Compagnie des Indes orientales, qu'après avoir eu tout d’abord la pensée de faire le commerce avec ces pays pour son propre compte, comme Îles choses se passaient en grande partie pour les rois d'Espagne et de Portugal.

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