‹ Madagascar sous Louis XIVChapitre 25 sur 49 · DE PAR LE ROY · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROY

Chers et bien amés, ayant considéré que rien ne se pouvoit estre plus avantageux aux peuples que Dieu a soumis à nostre obéissance, ni plus capable de leur faire gouster l'aise et le repos que nous leur avons acquis par la paix, que le restablissement du commerce en dehors de notre royaume, par le moyen duquel éeul l'abondance de toutes choses peut y estre attirée et se respandre sur le général et sur les particuliers, qui auront plus de facilité par ce moyen à se défaire des denrées qui y croissent et qui ne s’y peuvent consumer et à débiter les manufactures qui s’y font, la quantité desquelles, estant augmentée par le trafic, donnera matière d’employ à une infinité de personnes de tous âges et de tout sexe; nous avons pris Résolution d'establir une Compagnie puissante pour faire le commerce des Indes orientales ; ce qui estant venu à la connoïissance des marchands-négocians de nostre bonne ville de Paris, ils ont de nostre consentement et avec nosire permission tenu diverses assemblées dans lesquelles après avoir examiné les grâces et les avantages qu'ils pourroient attendre de nous et qu'ils ont jugez nécessaires pour affermir cet establissement et pour convier plus de personnes à s’y intéresser, ils ont dressé des Articles, le 26 du mois de may dernier, lesquels ils nous ont fait présenter par quelques-uns d’entre eux qu'ils ont envoyez exprès en ce lieu, |

Et comme nous avons été bien aise de rencontrer

une occasion si favorable pour donner à nos sujets des marques de nostre affection et de l'amour que nous leur portons, nous avons bien volontiers accordé les demandes contenues dans lesdits Articles, sans considérer en aucune manière la diminution qu'elles apportent à nos droits et aux revenus ordinaires de nos fermes ; ce qu'il vous sera facile de connoistre par la lecture. desdits Articles et des responses que nous y avons données, dont nous vous envoyons copie.

Et nous vous avons bien voulu les accompagner de cette lettre, pour vous dire que nostre intention est qu'incontinent que vous l'aurez reçue et celle qui vous sera adressée de la part des syndies de la Compagnie du commerce des Indes orientales, vous ayiez à faire faire une assemblée générale des habitants de nostre ville de... de toutes conditions; qu’en icelle vous fassiez lecture desdits Articles et de ncs responses sur iceux, et fassiez connoistre à tous nos sujets qui s’y trouveront, que comme nous n'avons rien plus à cœur que l’establissement de cette Compagnie, nous nous porterons avec un soin et une application singulière à la protéger en toutes occasions.

Et d'autant que dans nostre dite ville de Paris, ceux qui ont eu dessein d'entrer dans ladite Compagnie et qui sont desjà plus de 300 de tous ordres ont signé au bas de la copie desdits Articles, nous désirons que vous en fassiez faire une copie en papier pour recevoir toutes les signatures de ceux qui voudront s'associer et s’intéresser en ladite Compagnie. Qu’ensuite vous donniez part aux syndics d'icelle en nostre dite ville de Paris de ceux qui auront signé, et que vous informiez le sieur Colbert, conseiller en nostre conseil royal et intendant de nos finances, de tout ce qui se sera passé dans cette assemblée, en laquelle nous vous recommandons

108 POUR ORGANISER LE COMMERCE DES INDES de ne rien obmettre de ce qui dépendra de vous, pour faire connoistre à chacun l'utilité et l’advaniage de cet establissement pour tous ceux qui s'y intéresseront. N'y faites donc faute, car tel est nostre plaisir.

Donné à Fontainebleau, le 13° jour de juin 1664.

Signé : Lours, et plus bas : LE TELLIER,

En recevant une semblable lettre de leur roi, is élait moralement interdit à ceux auxquels elle était adressée de ne point afficher le plus grand zèle pour la Compagnie ; ilest même évident qu'il y avait pour eux tous un point d'honneur à recueillir le plus d’adhésions possibles, et à avoir la plus longue liste de souscripteurs à envoyer.

D'ailleurs, comme on s’en peut assurer par le dernier paragraphe, dans cette lettre on leur détaillait la manière dont ils devaient procéder pour réunir des adhérents, et pour faire signer sur l’heure, sans donner le temps de la réflexion.

Comble enfin de la prévoyance ! comme il pouvait se faire que les maires et échevins ne sussent point devant leurs assemblées comment appuyer ou faire comprendre lidée de la création d’une Compagnie des Indes, en même temps que les 119 lettres étaient expédiées aux syndies, le roi leur conseillait de joindre au paquet desüiné à chaque ville, un exemplaire du Discours d'un fidèle sujet du roi. C'était tout un arsenal d'arguments qu'il n’y avait plus qu'à développer.

A nos lecteurs d'imaginer l'effet qu'une pareille circulaire était fatalement appelée à produire, par l'intermédiaire des maires et des échevins, sur le tiers état des villes de provinces : commerçants, artisans et bourgeois.

Il est clair que, de ce côté-là, on pouvait compter sur un Concours financier sérieux.

Mais il n'y avait pas qu'eux, il y avait encore les autres ordres de l’État.

Aucune pièce n'existe dans les Archives de la marine nous permettant d'aflirmer positivement qu'on ait directement tenté quelque chose auprès du clergé ; mais les Volumes verts de la Bibliothèque nationale prouvent qu'il fut deson côté mis à contribution. D’ailleurs, comme on travailla tout le monde, nous ne verrions pas les raisons qui l’auraient fait épargner.

En ce qui concerne la noblesse, le roi s'étant engagé à prêter à la Compagnie, pendant dix ans et sans intérêts, une somme de 3 millions, sur laquelle il consentait à supporter les pertes de la Compagnie durant cette période, il n'y a qu'à connaître les mœurs du temps, pour savoir que c'était là un exemple auquel, bon gré mal gré, toute la Cour était tenue de se conformer. Dut-on beaucoup insister auprès d'elle à ce sujet? Nous l’ignorons. Toujours est-il qu'à en juger par la liste des actionnaires, le chiffre des souscriptions des gens de la Cour fut relativement énorme. Quant à la noblesse des provinces, les intendants reçurent l’ordre de la talonner.

Colbert et Le Tellier furent, de leur côté, chargés des corps de justice, des intendants et des gens de finance. Rien ne serait intéressant comme de connaître les circulaires qu’ils durent leur envoyer à cette occasion. Malheureusement, 11 n’en subsiste aucune dans les papiers du Ministère de la marine. La seule que l’on ait fait partie des archives dü département du Cher. Mais comme elle est instructive ! Elle émane de Colbert et laisse entrevoir la pression hautaine et brutale avec laquelle on procéda avec les fonctionnaires. Elle était adressée aux présidents et trésoriers généraux de France.

La voici, du reste, car le texte vaut mieux que tous les commentaires qu’on en voudrait faire :

Page 1