AVANT-PROPOS
Opinion de la critique historique actuelle sur le rôle de Louis XIV dans les actes de son Gouvernement, — Objection décisive qu’on lui peut opposer.
Nous ne croyons pas qu'il soit jamais arrivé de lire une histoire un peu détaillée de ce qu'on nomme encore le « grand siècle », sans avoir été extrèmement surpris de l'attention toute particulière que Louis XIV, d’après les historiens, aurait accordée au développement du commerce et de l'industrie. Quant à nous, nous avouerons qu’en parcourant les lois et les ordonnances de son règne, nous sommes fréquemment resté confondu devant certaines mesures de détail, d’une ingéniosité infinie, auxquelles il avait eu recours pour favoriser telles ou telles branches de notre production; mesures de détail — car c’est justement de là que venait notre élonnement — que, depuis une soixanlaine d'années, aucun de nos hommes d'État
LV AVANT-PROPOS n'aurait certainement osé prendre, sil eût eu le ième but à atteindre : tant avec nos façons contemporaines de voir, il aurait été assuré d’être (axé par tout le monde de faiblesse intellectuelle ou d’étroitesse d'esprit, pour en avoir seulement eu la conception.
S'il en est ainsi, qu'on s’en persuade bien, c'est uniquement parcé qu'en dépit de limportance acquise en notre siècle par les choses d'ordre économique, nos sentiments n'ont pas un seul instant cessé d’être aristocratiques, et parce que, consciemment ou non, nous en sommes encore à peu près tous à considérer les commerçants et les industriels comme chargés de ce que l’on aurait appelé jadis « les œuvres serviles » de la société. De là la résistance réelle à supposer que Louis XIV ait jamais travaillé personnellement à accroître le commerce ou l'industrie de son royaume. Certes, il n’est pas douteux que dans les préoccupations de son gouvernement cette question ait tenu une grande place, et il serait d'autant plus difficile de soutenir le contraire, que l’on rencontre une foule de faits qui l’attestent. Mais ce dont chacun instinctivement se refuse à convenir au dedans de soi, c’est, nous le répétons, que le roi ait été pour quelque chose dans tout ce qui s’est fait de ce côté, ou si l’on aime mieux, qu'il y ait apporté du sien.
Évidemment, dans l’état actuel de nos préjugés, nous obéissons à l’idée qu'il y à une incompatibilité absolue entre les facultés de l’homme doué d’un certain goût ou de quelque capacité pour l'économie